Au quotidien

Résorber le chômage par la diminution du temps de travail : c'était déjà le mot d'ordre de la CGT en 1936...


Appel à la manifestation du 1 mai 1936
Appel à la manifestation du 1 mai 1936

Samedi 30 Avril 2016 Commentaires (0)

À Toulouse, la répression contre les opposants au barrage de Sivens se poursuit dans un grand silence médiatique. En voici un nouveau cas.
Mais peut-on s’attendre à autre chose avec des grands médias chiens de garde aux ordres et avec la dérive totalitaire de l’état PS des Hollande, Valls, Urvoas, et autre Cazeneuve ? Ceux-ci se gardent bien de sévir vraiment contre les agriculteurs casseurs et voyous lors de manifs pour le moins "musclées". À Sivens, leur aide leur a été bien précieuse pour combattre la ZAD comme l'a si justement relevé Reporterre.


Le Collectif « Tant qu’il y aura des Bouilles » communique :
 
« Guillaume a subi, comme beaucoup d'autres, la répression policière des mouvements d'indignation faisant suite aux événements de Sivens et au meurtre de Rémi. Il plaidait non coupable des faits qui lui étaient reprochés, mais fut condamné (à trois mois de prison avec sursis, plus dommages et intérêts pour les parties civiles) pour le délit de violences volontaires sur personnes dépositaires de l'autorité publique, et n'a pas pu faire appel de son jugement.
 
Pour cela, la loi le somme de se soumettre au prélèvement biologique qui permettra d'établir son profil génétique et de l'inscrire au FNAEG (Fichier National Automatisés des Empreintes Génétiques), et ce pour une durée minimale de 40 ans.
 
Convoqué, il s'est présenté à la section de la Sûreté Départementale du commissariat central de Toulouse pour signifier son refus, arguant d'un viol de l’État de son intimité et du caractère disproportionné voir inutile, et dangereux de ce fichage, que certains aimeraient imposer à tout citoyen dès la naissance sous le prétexte fallacieux d'un besoin toujours plus grand de sécurité. C'est un nouveau délit, et il est passible d'un an d'emprisonnement et de 15000 euros d’amende.»

Il était convoqué  aujourd’hui devant le tribunal de Grande Instance de Toulouse devant lequel le Collectif a appelé à un rassemblement de soutien non seulement pour  le défendre sur ses droits en tant qu'individu, mais aussi pour défendre le droit de tous contre les dérives totalitaires de la loi.

https://tantquilyauradesbouilles.wordpress.com/
 

 

Lundi 4 Avril 2016 Commentaires (0)

Une plainte a été déposée par l’ASPAS, Longitude 181 et Sea Shepherd suite à la pêche et l’abattage d’un grand requin blanc à la Réunion dans le cadre du programme CAP REQUINS 2. Ce programme scandaleux, qui utilise des fonds publics, ne protège en rien la population et détruit la biodiversité.


Massacre de requins à La Réunion : l’ASPAS, Longitude 181 et Sea Shepherd portent plainte !
Les associations Tendua, Longitude 181, One Voice, Sauvegarde des requins, Vagues et Fondation Brigitte Bardot dénoncent également cette pêche destructrice, organisée sans aucune validation scientifique.

En effet, le 15 octobre 2015, un grand requin blanc a été pêché dans le cadre du programme CAP REQUINS 2, dont les opérations menées sous la direction du CRPMEM (Comité régional des pêches) visent à capturer les requins bouledogue et tigre, espèces impliquées dans les récentes attaques à la Réunion. Mais les techniques utilisées causent de nombreuses prises accessoires qui ne sont pas connues précisément (aucun observateur indépendant n’étant accepté à bord des bateaux de pêche). L’une de ces victimes collatérales n’a pas pu passer inaperçue : un grand requin blanc, attiré par l’un des nombreux appâts placés dans la baie de Saint Paul, a été pêché et, sur la seule appréciation du CRPMEM, a été tué.

Rappelons que l’UICN classe le grand requin blanc parmi les espèces «vulnérables», c’est-à-dire menacées d’extinction. Ce statut a conduit l’Union européenne à interdire la pêche du grand requin blanc (Règlement (UE) 2015/104 du Conseil du 19 janvier 2015).

Cette espèce migratrice est également inscrite aux annexes I et II de la Convention de Bonn sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage du 23 juin 1979, et à l’annexe II de la Convention de Washington sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction du 3 mars 1973. De nombreuses conventions internationales propres à certaines zones géographiques prévoient sa protection dans le monde (Méditerranée, Antarctique,…).

Cette pêche est d’autant plus révoltante qu’elle est intervenue dans le cadre d’un programme de pêche que nos associations n’ont de cesse de dénoncer : rien ne démontre que la pêche des requins bouledogue et tigre est une solution pour éviter les accidents à la Réunion ; attirant artificiellement les requins près des côtes réunionnaises, ce programme peut même s’avérer contre-productif ; il est mené sans avis ni protocole scientifique, et en toute opacité.

En 10 mois, ce sont au moins 67 requins qui ont été tués, sur fonds publics. En plus de n’apporter aucune sécurité, cette pêche est un pillage de nos mers, financé par les contribuables, et qui viole la loi.

Source : Communiqué ASPAS et Sea Shepherd
Photo :  Terry Goss  

Vendredi 1 Avril 2016 Commentaires (0)

Il est temps de se mettre en mouvement pour le peuple crapaud !
Un communiqué de l'ASPAS


Les amphibiens ont déjà repris la longue marche, celle du printemps et de la reproduction ! Ils convergent avec entêtement, vers leurs lieux de reproduction, malgré nos voies bitumées et leur danger mortel. Pour endiguer l’hécatombe annuelle récurrente, l’ASPAS demande aux automobilistes un peu d’attention lors de leurs déplacements printaniers, et appelle les bénévoles, protecteurs de la nature, à se rapprocher des associations locales pour les opérations de ramassage. L’ASPAS diffuse gratuitement un guide de conseils et propose, à prix coutant, des panneaux signalétiques, à placer aux abords des routes pour alerter les usagers sur la migration.
Les crapauds, les grenouilles ou les tritons sont d’utiles éliminateurs de moustiques ou de limaces, et sont protégés par la loi. Or, chaque année, pendant leur migration nuptiale durant laquelle ils tentent de rejoindre les zones humides nécessaires à leur reproduction, ces amphibiens se font écraser par millions, agonisant parfois dans d’atroces souffrances.
S’ajoute à cette souffrance animale et à la disparition progressive de ces espèces sauvages protégées, un réel danger pour les automobiliste de « crapauplanning » … La prudence est donc de mise.
Vous constatez des écrasements de crapauds, et vous ne savez pas comment agir ?
 

Voici différents degrés d’action :

• Le plus simple et le plus immédiat : ramassez-les et faites-les traverser. Leur venin n’est absolument pas toxique pour l’homme, il faut juste ne pas se frotter les yeux. Pour ne pas abîmer leur peau fragile, mouillez-vous les mains avant de délicatement les saisir. Votre seul matériel sera une torche, un seau et un gilet fluo.
• Un peu plus collectif : rassemblez des volontaires et organisez des roulements, cela permet de créer des instants de partage et d’échanges conviviaux, autour d’une cause commune. Vous pouvez également coller des affiches chez les commerçants pour sensibiliser les gens. Prévenez éventuellement les gendarmes, qu’ils veillent au respect des vitesses lors des ramassages…
• Pour une action efficace et à plus fort impact, ou un projet de crapauduc, il faut contacter une association locale de protection de la nature et l’ASPAS pour vous aider dans vos démarches. Écrire au Conseil général et à la mairie, obtenir leur aide, leurs autorisations, etc.
• L’ASPAS propose aux particuliers, aux mairies et aux associations des panneaux de signalisation réfléchissants, en PVC, semblables aux panneaux routiers. Attention : leur pose sur la voie publique est soumise à autorisation accordée par les Conseils généraux ou les mairies.
À vos seaux et à vos gilets fluo, l’ASPAS est à votre écoute !

Laurent Baffie est partenaire de la campagne ASPAS pour les amphibiens

Pour commander ou obtenir des renseignements sur les panneaux de signalisation ou des informations sur l’exposition « Connaître et protéger les amphibiens« : tél : 04 75 25 14 14 ou actions@aspas-nature.org
 
Pour obtenir le document imprimé il suffit d’écrire à ASPAS – BP 505 – 26401 CREST Cedex en joignant 1 enveloppe A5 (16 x 23cm) timbrée avec deux timbres lettre verte 20 g.

 

Jeudi 10 Mars 2016 Commentaires (0)

«Europe’s forest management did not mitigate climate warming » tel est le titre quelque peu provocateur ou alarmiste d’un article publié dans le numéro du 5 Février 2016 de la revue Science, (Naudts et al., Vol 351, numero 6273 6 VOL 351 ISSUE 6273, p. 597). Dans cet article une équipe de chercheurs de l’Institut Pierre Simon Laplace (IPSL) publie des résultats qui remettent en cause les conceptions communément admises sur la gestion des forêts susceptible d’en faire des puits de carbone et d’atténuer le réchauffement climatique. Non seulement cette gestion n’aurait pas réduit le réchauffement climatique mais elle l’aurait renforcé.
Il s’agit ici d’examiner les conséquences des résultats publiés par Kim Naudts et son équipe pour le combat contre une gestion productiviste de la forêt française dans le contexte d’une politique environnementale dominée par la priorité donnée aux mesures supposées permettre d’atténuer le changement climatique.


Résumé
 
Après avoir exposé les principaux résultats auxquels sont parvenus les chercheurs de l’IPSL, on constate qu’une de leurs conséquences est que la préservation des forêts en libre évolution et la préservation de ce qui subsiste de naturalité dans les forêts gérées non seulement ne sont pas contraires à la politique climatique dominante mais qu’elles y contribuent alors que la gestion des forêts dans le cadre d’une sylviculture intensive renforce le changement climatique.  (§ I)
Sont ensuite passés en revue les arguments avancés en défense de la gestion forestière productiviste, ce qui permet d’établir que les forêts laissées en libre évolution sont au moins aussi résilientes que les forêts gérées face aux aléas climatiques, notamment les tempêtes et les incendies. Il n’y a donc pas plus (et même peut-être moins) de risques de déstockage massif de carbone avec les unes qu’avec les autres lors de ces aléas. (§ II – III)
La discussion de l’objection selon laquelle le bilan carbone de la forêt établi par Naudts et ses co-auteurs est négatif parce qu’il n’est pas complet et ne prend pas en compte « l’effet de substitution » induit par l’usage du bois conduit à distinguer nettement entre une énergie renouvelable et une énergie « décarbonée ». Plus encore, on montre qu’en France les mesures visant à développer industriellement la filière bois/énergie et plus généralement à exploiter la biomasse extraite des forêts comme source d’énergie renouvelable entrent en contradiction avec une politique d’atténuation du changement climatique. (§IV – VII)
 Cette conclusion revêt un intérêt majeur pour les défenseurs de la naturalité des forêts et du maintien de forêts en libre évolution. Elle débouche cependant sur une question troublante à laquelle on apporte quelques éléments de réponse : pourquoi le développement d’énergies renouvelables, notamment l’éolien et le bois/énergie, appréhendées comme « douces » s’avère particulièrement nocif envers l’environnement et la Nature ?  (§ VIII – IX).


(Le lecteur que les analyses et argumentations sur les détails de la gestion forestière rebuteraient peut se rendre directement à la section VIII.)

 

Gestion des forêts françaises et changement climatique.
I – Pour obtenir leurs résultats les auteurs ont dû reconstituer l’histoire de l’utilisation des sols depuis 1750 et procéder à des modélisations pour déterminer les effets biophysiques et biochimiques des changements d’utilisation des sols. La modélisation construite tient compte à la fois des modifications dans la couverture des sols (déforestation et reboisement) et des évolutions dans la gestion des surfaces boisées. Ils ont couplé cette modélisation avec un modèle de circulation atmosphérique pour déterminer dans le changement climatique ce qui revenait aux émissions globales de gaz à effet de serre d’origine humaine et ce qui revenait aux modifications dans l’utilisation des sols depuis 1750.
Si l’on suit leurs conclusions, la gestion des forêts en Europe envisagée depuis 1750 a conduit à un bilan carbone négatif qui se monte à 3,1 milliards de tonnes (3, 1 pétagrammes / 1 pétagramme (Pg)  = 10 12 kilogrammes) de carbone et cela en dépit d’un considérable reboisement, la surface occupée par les forêts ayant augmentée de 386 000 Km2 au cours de la période à partir de 1850. De plus l’enrésinement des surfaces boisées serait responsable d’une augmentation de la température ambiante en été qu’ils évaluent à 0,12 K (K pour kelvin – 0,12 K = 0,12°C : une variation de 1K étant égale à une variation de 1°C) tandis que le reboisement aurait induit à la limite supérieure de l’atmosphère un forçage radiatif de 0.12 watts par m2.
L’augmentation du forçage radiatif serait due principalement au reboisement comme tel. Elle s’expliquerait par une diminution de l’albédo des surfaces reboisées (elles sont plus sombres et absorbent plus de lumière solaire) que le puit de carbone créé par ces boisements ne compenserait pas totalement.
Au cours de la période et notamment à partir de 1850, la surface occupée par des feuillus a proportionnellement régressée au profit celle occupée par des conifères. Non seulement le reboisement s’est effectué pour l’essentiel avec des espèces de conifères mais en outre des conifères ont été substitués aux feuillus dans les forêts existantes, ce qui a conduit en définitive à une augmentation de 633 000 km2 des surfaces de conifères au dépens des surfaces de feuillus qui ont diminué de 436 000 Km2. La proportion de conifères par rapport aux feuillus est passée de 30% / 70% en 1750 à 57% /43%.
C’est ce remplacement des feuillus par des conifères qui serait le responsable  principal de l’augmentation de la température atmosphérique ambiante en été : 0,8 K pour 0,12 K d’augmentation totale. Cela s’expliquerait par une diminution sensible de l’évapotranspiration due au fait que les conifères ont des feuilles réduites à des aiguilles.
Il y aurait deux causes principales à ce que les auteurs nomment « la dette carbone », c’est-à-dire le Δ positif des émissions de carbone entre 1750 et aujourd’hui : l’extraction du bois (éclaircie, récolte, récupération de la litière) et la mise en production des forêts laissées en libre évolution et donc non exploitées.
L’exploitation forestière est émettrice de CO2  en ce qu’elle conduit au déstockage du carbone captif dans le bois et dans le sol des forêts tandis que « la diminution des stocks de carbone due à l’extraction du bois des forêts non gérées auparavant ne peut pas être compensée par la constitution d’un stock de carbone dans les produits du bois (seulement 0,05 Pg C [pétagrammes de carbone] seraient compensés) »

Certes le remplacement des feuillus par des conifères renforce temporairement l’effet « puits de carbone », ceux-ci ayant une croissance plus rapide que ceux-là. Cependant, ils sont récoltés plus tôt et au total en combinant l’extraction du bois avec le changement d’essence on obtient un excédent d’émission de carbone de 1,9 Pg C (1,9 milliard de tonnes). Pour le dire autrement, si à court terme une forêt exploitée stocke plus de carbone qu’une forêt qui ne l’est pas, sur le long terme, un peu plus d’un siècle et demi, c’est l’inverse.
De plus, la mise en production durant la période étudiée de 417 000 km2 forêts qui n’étaient pas gérées auparavant aurait conduit à elle seule  à l’émission de 3.5 Pg C (3,5 milliards de tonnes) dans l’atmosphère en estimant que par rapport à une forêt gérée, le carbone stocké dans une forêt non gérée est moindre de 24% pour la biomasse vivante, de 43% pour le bois mort, de 8% pour la litière et de 6% pour le sol. Seule une petite partie aurait été compensée  par le reboisement de 386 000Km2 de parcelles agricoles à partir de 1850 et par un enrésinement des boisements.
Forts de ces résultats, les auteurs peuvent  conclure que : « not all forest management contributes to climate change mitigation.» (Ce n’est pas le cas que n’importe quelle gestion forestière contribue à réduire le changement climatique.)

La forêt de Vendays-Montalivet en Gironde après le passage de la tempête de 1999
La forêt de Vendays-Montalivet en Gironde après le passage de la tempête de 1999
Comme le précisent les auteurs « Les forestiers ont favorisé une poignée d'espèce d'arbres commercialement rentables (le Pin sylvestre, le sapin de la Norvège et le hêtre) et, de cette manière, ils sont en grande partie responsables de la distribution actuelle des espèces de conifères et de feuillus ». Les forestiers cherchaient avant tout à satisfaire les demandes en bois d’une population sans cesse croissante qui fait plus que quadrupler passant de 140 000 000 habitants en 1750  580 000  000 en 2010, d’où la mise en exploitation de forêts laissées en évolution libre. C’est aussi pour satisfaire la demande qu’ils convertirent les taillis en futaies. Il ne s’agissait évidemment pas pour eux de gérer les forêts pour en faire des puits de carbone ; les politiques d’atténuation du changement climatique n’étant apparues que trèsrécemment.
Bien entendu, les résultats publiés dans cet article ne vont pas dans le sens des sylviculteurs productivistes. Ils remettent en cause l’idée qu’une gestion des forêts dans le but de production commerciale intensive de bois permettrait de faire du même coup que les surfaces boisées ainsi traitées contribuent à l’atténuation du changement climatique.
Dans un article précédent  (ici) j’ai rappelé comment les plantations de résineux, jointes à une sylviculture dite « dynamique » détruisaient les forêts véritables. Cette exploitation intensive antinature obéit à des impératifs de rentabilité mais se targue néanmoins d’être écologique en s’enrôlant sous la bannière de la « lutte contre le réchauffement climatique » au prétexte que cette forme de gestion renforce le rôle de puits de carbone joué par ces surfaces boisées. C’est ainsi que la dénaturation de la forêt française – et en fin de compte son sacrifice – pourrait se poursuivre, voire s’intensifier avec l’onction de politiciens « écologistes » au nom de la transition énergétique et du primat donné aux politiques climatiques. 
Or, si les résultats que publient ces chercheurs se confirment, les politiques d’atténuation du changement climatique ne pourront plus être invoquées pour justifier une sylviculture productiviste. Au contraire, la défense d’une politique forestière qui respecte la diversité et préserve ce qui reste de naturalité de nos forêts pourra s’appuyer sur un argument supplémentaire : les forêts non exploitées stockent sur le long terme plus de carbone que celles qui le sont.
On notera que Seid et al. (2007, p.73) avaient obtenu un résultat analogue dans un contexte et selon des méthodes différentes. Selon ces auteurs, si l’on considère une période de 100 ans, la «préservation intégrale » est ce qui permet d’obtenir la plus grande quantité de carbone séquestré grâce à la croissance du bois sur pied et à l’accumulation de bois mort, mais pour eux cette forme de non gestion n’est qu’une «référence biologique» pour situer les autres modes de gestion qu’ils envisagent et non une gestion réalisable (a feasible management alternative) principalement pour des raisons économiques et d’admissibilité sociale. 
 
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II – Contacté par le journal Le Monde, Jean-Luc Peyron, le directeur du groupement d’intérêt public sur les écosystèmes forestiers Ecofore reprend la doctrine traditionnelle : la forêt en France ayant doublé sa superficie et quintuplé son rendement à l’hectare, séquestrerait 8 % des émissions nationales annuelles de gaz à effet de serre (15% selon l’ADME 2016 soit presque le double : un tel écart fait problème !). Mais ni cette extension, ni cette productivité améliorée (obtenue principalement par l’enrésinement des parcelles, l’apport d’engrais et de pesticides au bilan carbone douteux) ne sont contestées par les chercheurs de l’IPSL. Ce qu’ils ont montré est que cette séquestration n’est que temporaire alors que sur le long terme, le stock de carbone dans les forêts en libre évolution est supérieur. 
Un autre argument invoqué par Jean-Luc Peyron que l’on retrouve aussi dans un autre contexte  dans des écrits de l’ADME consiste à prétendre qu’une forêt gérée résiste mieux aux tempêtes et aux sècheresses génératrices d’incendie que les forêts en libre évolution, donc avec moins de risque de déstockage brutal de carbone. La section suivante est consacrée à une critique de cet argument. On envisagera d’abord les tempêtes puis les incendies.
 
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III – Au préalable il faut souligner que, dans les deux cas, ce déstockage ne serait jamais qu’ « une dette carbone » qui serait compensée au bout d’un « temps de retour » plus ou moins long.
Les analyses des dégâts occasionnés dans les forêts françaises après la tempête de 1999 montrent à tout le moins que les choses ne sont pas aussi tranchées, pour ne pas dire plus, en ce qui concerne la résistance aux tempêtes.
Pour ce qui est des peuplements, est confirmée la situation « très défavorable des peuplements résineux quant à la résistance au vent, notamment pour l'épicéa commun et le douglas qui ont été les principales essences utilisées en reboisement : 10 à 15% des peuplements sont instables, 50 à 55% sont susceptibles de le devenir après une intervention sylvicole ; les peuplements stables n'occupent qu'un tiers de la surface. Le sapin pectiné présente un profil similaire. En ce qui concerne les autres essences, et avec des réserves sur la pertinence de la classification, la situation semble moins préoccupante pour le pin sylvestre et les pins autres que le pin maritime ; ce dernier ainsi que les autres résineux se situent dans une position intermédiaire. » (Pignard, G. 2000, p. 196) En substituant des peuplements d’épicéas communs et de douglas en peuplements souvent mono-spécifiques aux peuplements feuillus naturels, la Ce n’est que dans ce type de boisements que l’on a pu constater des effets « châteaux de cartes » dévastateurs.Ce n’est que dans ce type de boisements que l’on a pu constater des effets « châteaux de cartes » dévastateurs.

En outre si l’on raisonne en termes de naturalité, les chablis et volis dans les boisements des réserves naturelles occasionnés par la tempête de 1999 n’ont pas porté atteinte à ces boisements sur le moyen terme. Ils sont même souvent considérés comme bénéfiques pourson évolution.
Enfin du point de vue de la séquestration du C, une partie de ce C stockée  dans le bois des chablis sera reprise dans le sol, celle émise dans l’atmosphère lors du processus de dégradation sera reprise lors de la reconquête du chablis. Si en flux il y a émission de CO2, en stock le bilan de la décomposition au terme de la régénération et en attendant la nouvelle dégradation est nul.
Il faut ajouter un autre effet bénéfique du vent. Alors que les tempêtes d’intensité exceptionnelle telles que celles de 1990 ou de 1999 abattent arbres sains et malades, les arbres abattus par les tempêtes en années « normales » sont principalement des arbres souffrant de maladies affectant leur résistance mécanique comme par exemple les chênes parasités par les collybies (collybia fusipes) : «le risque de chablis en forêt d’Amance serait 7,8 fois plus  important pour les chênes fortement infectés que pour les chênes sains » (Drouineau, S. 2000, p. 162). L’auteur considère qu’il y a là un effet « d’écrémage » qui est masqué en cas de fortes tempêtes : « Les tempêtes ont pour effet premier d’écrémer les arbres fragilisés. À des vitesses de vent critiques, l’effet est dilué par l’apparition en masse de dégâts affectant des arbres et des peuplements sains. » Cet effet d’écrémage assainit les boisements. C’est pourquoi dans les chablis de la tempête de 1999 on trouve moins d’arbres parasités que dans celle de 1990. Cette dernières et les tempêtes ayant eu lieu entre temps à des vitesses sub-critiques ayant fait tomber les arbres dont la maladie affectait la résistance mécanique : « Ce même effet d’écrémage est invoqué par Piou, dans le cas de deux tempêtes se succédant à quelques années d’intervalle, pour expliquer que les taux d’infection racinaire des arbres abattus par la seconde tempête soient nettement moindres que pour les arbres abattus par la première (observation réalisée à l’Arboretum des Barres suite aux tempêtes de 1990 et 1999) » (Id. même page).

Concernant les incendies, il faudrait rappeler tout d’abord que les incendies de forêts sont à 90 % d’origine humaine lorsque l’origine du départ de feu est connue ; parmi les causes naturelles, c’est la foudre qui est la plus fréquente (Magnier, 2011). Donc la question principale en la matière est comment préserver les forêts des risques d’incendie que leur font courir les hommes, leurs installations, leurs infrastructures et leurs activités sans même parler des pyromanes. Elle se pose avec une acuité toute particulière en ce qui concerne la forêt méditerranéenne, mais pas seulement.
Il faut remarquer qu’une forêt qui a subi un incendie n’est pas morte pour autant. Dans les forêts qui sont le plus exposées à des feux comme les forêts méditerranéennes, une sélection naturelle s’est opérée au profit d’espèces pyrophytes, c’est-à-dire des espèces qui ont une bonne capacité de résistance au feu ou qui peuvent en tirer profit.
Parmi les arbres pyrophytes, on peut citer les pins d’Alep ou pins blancs de Provence. Leurs cônes leur servent de banques de graines aériennes. Dans ces cônes fermés par de la résine les graines peuvent rester en dormance plusieurs années en attendant qu’adviennent des conditions favorables à leur germination, c’est-à-dire un feu de forêt. La chaleur fait fondre la résine, ce qui permettra l’ouverture des cônes.  Les graines tombent sur un sol libéré de la concurrence des autres espèces et fertilisé par les cendres, ce qui va favoriser la germination et accélérer la levée des graines. Après un feu, ils sont les premiers à recoloniser un territoire amorçant ainsi les successions qui vont reconstituer la forêt brûlée. Il y a aussi des arbres tels les chênes-lièges qui peuvent supporter un incendie grâce à leur écorce extrêmement épaisse, ce qui est rare chez les feuillus. Les autres feuillus se régénèreront moins vite que les pins blancs de Provence à partir de rejets de leurs souches restées vivantes dans le sol. La forêt incendiée finira par se reconstituer à l’identique sans que les hommes aient besoin de s’en mêler.

Melanophila acuminata
Melanophila acuminata
Parmi les espèces pyrophytes, il y a aussi des insectes et des champignons. Parmi les insectes, on peut citer des coléoptères notamment Melanophila acuminata et Melanophila cuspidata qui se reproduisent sur les troncs brulés et que l’on retrouve en quantité dans les pinèdes incendiées (Léveillé, 2013). Melanophila acuminata serait dotée d’un capteur sensoriel spécial lui permettant de  détecter la fumée et la chaleur se dégageant d’une forêt qui brûle et ainsi s’orienter vers elle  (Léveillé, 2013). Parmi les champignons qui poussent sur les troncs brûlés, il y a Geopyxis carbonaria, Ascobolus carbonarius, Peziza petersii, Pyronema confluens.  En revanche les tortues d’Herman sont, elles, des victimes de ces incendies. Comme pour tout bouleversement  d’un milieu, il y a des gagnants et des perdants. Considérés globalement, les incendies s’ils n’étaient que d’origine naturelle seraient suffisamment espacés pour jouer un rôle positif dans l’évolution naturelle des forêts en leur permettant de se régénérer. Un incendie a des effets complexes (dégagement de chaleur mais aussi fumées) mais le bilan carbone en stock est nul au bout d’un temps T’ puisque tout le CO2 relâché dans l’atmosphère sera repris à nouveau lors du processus de reconstitution naturelle à l’identique de la forêt incendiée à T.

Pour éviter les malentendus, précisons qu’ici nous n’envisageons pas les pertes commerciales, ni les dommages aux biens ou aux personnes lors de ces incendies de forêt. Ce sont ces dommages qui nécessitent et justifient que l’on combatte de tels incendies en France, que l’on édicte des règles d’urbanisme et que l’on réalise des aménagements pour tenter de les éviter ou en maîtriser l’ampleur. Dans des parcs nationaux de grande étendue comme aux USA le problème ne se pose évidemment pas dans les mêmes termes en ce qui concerne la protection des biens et des personnes. Signalons au passage que l’épaisseur et les propriétés de l’écorce des grands séquoias les rendent capables de résister sans dommage à un incendie. Bien plus comme dans le cas des pins d’Alep, les cônes étonnamment petits de ces arbres gigantesques ne s’ouvrent qu’à la chaleur. Pauvres en réserves nutritives, les graines ont absolument besoin de la fertilisation des sols par les cendres pour se développer.Donc en résumé, les forêts en libre évolution se débrouillent bien toutes seules, sans l’intervention de forestiers, pour supporter les tempêtes et passer entre les flammes des incendies s’ils sont suffisamment espacés. Mais en cas d’incendies à répétition, le forestier est lui aussi impuissant. Bien plus, tempêtes et incendies sont des perturbations naturelles qui sont bénéfiques en assainissant les boisements et en permettant leur régénération.

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Cônes de pins d'Alep
Cônes de pins d'Alep
IV – Une des conséquences que l’on peut tirer des résultats publiés dans l’article de Science est que le renforcement de l’exploitation des forêts par le développement des filières bois/énergie et dans une moindre mesure bois/matériaux  peut entrer contradiction avec une politique d’atténuation du changement climatique et ne peut plus être considérée comme étant  automatiquement en synergie avec elle.
Pour les exploitants forestiers français partisans d’une sylviculture productiviste (qui avance souvent masquée) cette conséquence n’est pas acceptable. Pour eux comme pour l’ADME, il faut prendre en compte non seulement « l’effet de séquestration » du carbone mais aussi « l’effet de substitution », c’est-à-dire les émissions de CO2 évitées en substituant un produit du bois à des combustibles ou des matériaux dont la fabrication est génératrice de gaz à effet de serre.
Pour Jean-Luc Peyron cité par Le Monde « cette étude ne dresse pas le bilan carbone complet des forêts » parce qu’elle ne prend pas en compte « l’effet de substitution ».
Si cette critique était pertinente et correcte, elle aurait pour conséquence de restaurer la possibilité d’une convergence automatique entre une exploitation productiviste des forêts et les politiques d’atténuation du changement climatique jugées à tort ou à raison prioritaires aujourd’hui. Son examen a donc un intérêt pratique. Mais il a aussi un intérêt théorique en permettant de distinguer plus nettement entre deux objectifs de politiques publiques qui sont souvent présentés comme allant de pair et par là même souvent confondus.

Avant d’envisager la pertinence de l’argument, il faut noter qu’en ne prenant pas en compte les effets de substitution, les auteurs de cet article de Science n’ont fait que se conformer à la comptabilisation de l’Europe en matière d’émission de gaz à effet de serre. Selon cette comptabilisation, les émissions évitées par l’utilisation du bois récolté doivent être comptabilisées dans les secteurs de l’industrie et de l’énergie et pas dans le secteur UTCATF (Utilisation des Terres, Changements d’Affectation des Terres et Foresterie). Peut-on reprocher aux auteurs de l’étude de ne pas avoir pris en compte l’effet de substitution conformément à ces règles de comptabilisation qui sont celles qui ont été adoptées lors de la conférence sur le climat de Durban ?

On remarquera que la valeur de l’effet de substitution pour un usage ou une fabrication donnée va varier considérablement selon l’origine de l’énergie utilisée pour cet usage ou cette fabrication.  S’il s’agit par exemple de l’électricité utilisée comme chauffage ou pour produire de l’aluminium, tout va dépendre de son origine : hydroélectrique, photovoltaïque, éolienne ou nucléaire, la substitution n’entraînera aucune réduction d’émission de CO2. Elle ne sera pas du même ordre s’il s’agit de gaz ou de charbon… Dans certains cas, il se pourrait même que l’effet de substitution ait des conséquences négatives en matière d’émission de CO2. Bref, le calcul de l’effet de substitution va dépendre du mix énergétique d’origine qu’il va modifier et d’autres variables comme l’énergie utilisée pour « récolter » le bois, le transformer, etc., les temps de retour carbone…
L’effet de substitution est donc à prendre en compte pour évaluer le bilan carbone d’un mix énergétique pour une utilisation donnée, pas pour calculer celui de la gestion d’une forêt qui va rester identique alors que la valeur de l’effet de substitution correspondra au Δ des émissions de CO2 entre les valeurs du mix initial et du nouveau mix intégrant le bois, variable selon les types d’énergie mises en jeu.
L’argument n’est donc pas pertinent. L’effet de substitution de l’utilisation du bois/énergie et du bois/matériaux ne concerne pas le bilan carbone de la forêt mais celui d’une industrie donnée dans un contexte énergétique donné.

C’est donc bien un bilan carbone complet des forêts que dresse l’article de Science, ou s’il n’était pas complet, ce serait pour d’autres raisons à découvrir mais pas parce qu’il ne prend pas en compte les effets de substitution causés par l’introduction de produits du bois dans un mix énergétique. Et sur le pas de temps étudié, la quantité d’émission de carbone a été supérieure à la quantité stockée parce que la forêt a été exploitée et modifiée dans la répartition de ses essences précisément pour produire plus de produits du bois.
 
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V – Ce n’est que dans le cadre d’une politique globale de réduction d’émission de CO2 que l’on peut prendre en compte l’effet de substitution pour estimer l’intérêt de la filière bois/énergie et de la filière bois/matériaux. Il s’agit alors de savoir si l’effet de substitution est suffisant pour effacer la dette carbone que la gestion de la forêt a contractée pour maximiser les productions que l’on peut en tirer. Et si le temps de retour est suffisamment court pour que cet effet de substitution joue effectivement un rôle dans l’atténuation du changement climatique.

On peut remarquer que sur l’échelle de temps étudiée par Naudts et al., la filière bois qu’elle soit énergie ou matériaux a fonctionné à plein régime entraînant un déclin des surfaces boisées. Ce déclin s’est inversé et la pénurie de bois a cessé à partir de 1850, précisément lorsque d’autres matériaux et sources d’énergie ont été substituées au bois et notamment « le charbon de terre » au « charbon de bois » et qu’a été mise en œuvre une gestion « scientifique » des forêts (voir aussi McGrath et al., 2015).
Il est donc quelque peu cavalier de dire que « les effets de substitution ne sont pas limités » (ADEME 2015a). Les effets de substitution ont une limite parce que la substitution qui respecte une sylviculture durable, c’est-à-dire qui n’entame pas les boisements, est limitée à la production brute de bois de ces boisements. Donc en ce sens les effets de substitution sont limités aussi, sauf à accepter une « dette de carbone » permanente. En d’autres termes, sauf à entamer le capital forestier, on ne peut exploiter la forêt plus vite qu’elle se régénère. De plus en exploitant plus intensément les forêts, même si c’est de façon « durable », c’est-à-dire sans diminuer les boisements, il y a renforcement du déstockage de C, émission de CO2 et augmentation de la dette carbone.

Selon l’ADME pour contrebalancer ces émissions de C02 et pour repousser les limites des effets de substitution, il faudrait constituer des capacités de stockage supplémentaires, en d’autres termes accroître la productivité des forêts par la conversion de taillis en futaie, la sur-densification des futaies, l’augmentation de densité des plantations et, cerise sur le gâteau : « l’amélioration génétique ».
La conversion des taillis en futaies n’est pas nouvelle (Cf. McGrath et al., 2015). C’est même une des caractéristiques de l’évolution du couvert forestier sur les deux siècles et demi étudiés par Naudts et al. Cela n’a pas empêché l’accumulation d’émission de CO2 non compensées.
La surdensification des futaies est une des causes de moindre résistance d’un peuplement au vent (voir ci-dessus § III). Elle risque d’induire des déficits hydriques. Elle a aussi comme conséquence un appauvrissement des sols d’autant que l’exploitation des rémanents prive ces sols de nutriments, notamment en azote et carbone. Pour compenser cette perte, il faut introduire des fertilisants tandis qu’une plus grande sensibilité aux maladies implique le recours à des traitements chimiques. Enfin, l’amélioration génétique, même sans recours à l’ingénierie génétique est la porte ouverte à une artificialisation supplémentaire.
De plus, pour obtenir une régénération la plus rapide possible, l’ADME et les forestiers productivistes proposent une régulation sévère du gibier, comprenons le moins possible de grands ongulés (cerfs et chevreuil) à l’hectare en exterminant par chasseurs interposés les bêtes jugées en surnombre. C’est ce que ces gestionnaires appellent l’équilibre forêt-gibier.

Gestion des forêts françaises et changement climatique.
Bref, l’ADEME et les gestionnaires forestiers ne proposent ni plus, ni moins que de reproduire en sylviculture la fuite en avant du productivisme en agriculture avec à terme les dégâts sur l’air, l’eau et les sols, la biodiversité et la naturalité des forêts qui ne seront plus que des plantations d’arbres. Et comme les agriculteurs, les sylviculteurs se plaignent maintenant de l’existence de contraintes environnementales qu’ils estiment, pour le regretter « de plus en plus nombreuses » : « Sur le fond, j’estime que la plupart sont justes et fondées. Néanmoins, sous couvert d’un principe de précaution, utilisées sans discernement, elles sont souvent appliquées de manière excessive, voire absurde. » (Ollivier Patrick, 2009)Accentuer la mise en exploitation de forêt non encore exploitées, « nécessite des politiques ambitieuses de mobilisation de la biomasse. » (ADME, 2015b) Traduction : « nécessite une exploitation plus intensive des forêts et plus d’abattage d’arbres ». Lorsqu’un arbre est réduit par ces technocrates à de la « biomasse », il y a du souci à se faire sur le sort qu’ils réservent à nos forêts !
 
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VI – Avec cette notion de « effet de substitution », on se meut dans l’irréel pour promouvoir une artificialisation des forêts bien réelle. « Si on avait fait x au lieu de y, alors on aurait obtenu z ». Il s’agit d’un conditionnel « contraire aux faits ».  L’antécédent étant faux (on a fait y et non x), la logique nous impose de considérer que le conséquent (on aurait obtenu z) peut être vrai ou faux.
« Si l’on avait chauffé à 20°C ce collège avec une chaudière à mazout au lieu d’une chaudière à bois à haut rendement, on aurait émis x quantités de CO2 en plus ». D’un strict point de vue logique, on ne peut choisir entre cette proposition et sa contraire : « Si l’on avait chauffé à 20°C ce collège avec une chaudière à mazout au lieu d’une chaudière à bois à haut rendement, on n’aurait pas émis x quantités de CO2 en plus ». Cela ne peut être pas être constaté non plus, puisque c’est avec une chaudière à bois que le collège a été chauffé. Au mieux cela peut être calculé voire seulement estimé et il faut prendre en compte « le temps de retour » du carbone, c’est-à-dire le moment où la production de bois a été suffisante pour récupérer via la photosynthèse le carbone émis lors de la combustion, lui aussi estimé. Ces calculs et estimations dépendent d’un faisceau hypothèses qui diffèrent selon les études. Elles dépendent aussi de nombreux paramètres ainsi que de suppositions simplificatrices qui différent également.

Compte tenu de cela, il ne faut donc pas être étonné si tirant le bilan de son analyse fouillée de la littérature internationale spécialisée sur ces questions, Miriam Buitrago Esquinas (2012) conclut : «Même si l’augmentation du prélèvement reste inférieure à l’accroissement, il peut ne pas y avoir de bénéfices [pour le bilan C] dans un premier temps dans les scénarios présentés dans les études de cas analysées. C'est-à-dire que l’application de ces scénarios peuvent conduire à une augmentation des émissions par rapport au scénario « business as usual » à court terme. La temporalité à laquelle les scénarios d’intensification commencent à générer des bénéfices est très variable selon les conditions du territoire (productivité, type de sol, risques d’événement extrême, etc.), le type de gestion forestière (niveau de prélèvement, type de coupe, utilisation de techniques d’augmentation de la production, etc.), distribution entre les différents usages du bois et des valeurs du coefficient de substitution énergétique (type de combustible fossile substitué combiné à l’efficience du produit bois énergie) et les valeurs du coefficient de substitution matériaux (l’intensité GES du type de produit substitué combiné à l’intensité GES du produit bois). » (Souligné par moi, JFD).
Des choix différents dans les paramètres énumérés conduisent à des résultats différents qui expliquent la grande disparité des résultats selon les études considérées, disparités telles qu’il est impossible de généraliser ces résultats. Ce qui permet de comprendre le constat de l’auteure concernant les avis des « acteurs » du domaine : «il est important de souligner qu’il n’existe pas de consensus sur les pratiques sylvicoles optimales vis-à-vis de l’atténuation du changement climatique. Les stratégies peuvent même être complètement opposées par l’arbitrage entre l’effet de substitution et l’effet de stockage (de la dynamisation de la sylviculture, le raccourcissement des révolutions, le façonnement de peuplements moins denses et la mise en place de plantations très productives ou de pratiques qui promeuvent l’allongement de l’âge de coupe, le maintien des forêts denses ou la création de zones de réserves). » (Souligné par moi JFD).

La filière bois est-elle au moins « carbone neutre » si on prend en compte l’effet de substitution ? Certains acteurs en doutent car la filière génère des émissions temporaires, produit une décapitalisation en forêt sans stockage dans les produits (voir Buitrago Esquinas, 2012, p. 83), ce que viennent de prouver les résultats exposés dans l’article de Naudts et al., 2016.
                                                                                  
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VII – De ce qui précède il résulte qu’au vu des incertitudes en ce qui concerne l’impact des pratiques sylvicoles sur l’atténuation du changement climatique, il est pour le moins difficile de promouvoir au nom de la « lutte contre le changement climatique » une sylviculture intensive avec des pratiques du même type de celles qui ont cours en agriculture aujourd’hui. De même cette lutte ne peut être invoquée pour une intensification des coupes et pour la mise en gestion de forêts ou d’espaces boisés laissés actuellement en évolution libre pour diverses raisons (morcellement de la propriété, désintérêt des propriétaires, difficulté d’accès, topographie défavorable, contrainte paysagère, etc.).

La forêt naturelle en libre évolution à base de feuillus essentiellement n’est pas cause de la dette de carbone de 3,1 milliards de tonnes. Ce sont les forêts gérées qui le sont. C’est donc le type de gestion qui leur est appliquée qui est responsable de ce bilan. Les forêts conduites pour produire le maximum de bois en un minimum de temps, les coupes rases, l’exportation des rémanents…bref, tout ce qui constitue la continuation, le renforcement voire l’exacerbation de cette gestion conduite au maximum de ses possibilités ne peut qu’aggraver cette dette carbone et donc augmenter l’ampleur du changement climatique au lieu de le réduire.
Or c’est précisément cette gestion ultra productiviste que le gouvernement actuel comme les précédents s’efforce de promouvoir conformément au « Plan d'action national en faveur des énergies renouvelables (PNA EnR) »

Pour s’en convaincre voici deux citations extraites de la littérature ministérielle, la première étant écrite dans un style techno pur jus : « Le fléchage d’une partie du Fonds Chaleur vers la fourniture de biomasse, décidé par la Ministre Ségolène Royal et officialisé dans le cadre du Contrat Stratégique de la Filière Bois signé en décembre 2014, apporte un élément de réponse » à la « mobilisation de la ressource » jugée insuffisante pour remplir les objectifs assignés par le PNA Enr. (Ministère de l’environnement, 2016) et « L’atteinte des objectifs 2020 du PNA EnR supposerait ainsi (…) une croissance de l’ordre de +20 Mm3 du bois récolté en forêt. » Les mêmes causes produisant lesmêmes effets, cette politique française énergétique qui s’appuie principalement sur la filière bois/énergie pour atteindre les 20% de sa consommation finale d’énergie par les énergies renouvelables à l’horizon 2020 entre en contradiction avec la priorité accordée à « la lutte contre le changement climatique » pourtant proclamée haut et fort.

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Aujourd’hui avec son « Projet pilote de mobilisation des bois en Auvergne (PPMBA) » (ADEME 2015c), l’ADME s’en prend dans le département de l’Allier à la forêt auvergnate dont elle veut augmenter la production en mettant en exploitation les petites parcelles des propriétaires privés qui laissaient leur bois en évolution libre. C’est précisément cette mise en exploitation de forêts initialement non gérées qui est une des causes de la dette carbone des forêts que poursuit ce PPMBA avec l’objectif de le généraliser à la France entière et donc d’être un facteur aggravant de cette dette. Y aura-t-il encore demain, en France, quelques boisements en évolution libre ?

On peut craindre une réponse négative à cette question lorsque l’on constate qu’ont été mis au point des moyens d’exploiter les forêts en forte pente, notamment les forêts de montagne, peu exploitées  jusqu’à présent faute de techniques adéquates et rentables. Ces forêts en forte pente (> 30%) représentent représente 25% de la surface forestière et 27% de la ressource disponible. L’objectif de la France en matière de développement des bioénergies rend nécessaire la mise en exploitation de «  ces nouveaux gisements de biomasse » selon l’expression technocratique consacrée. On voit clairement ici encore, grâce à l’article de Naudts et al. comment cette politique énergétique est en contradiction avec une politique climatique d’utilisation des surfaces forestières pour atténuer le changement climatique et donc en contradiction avec les engagements de la fameuse mais déjà bien oubliée COP 21.

A l’autre bout de la chaîne, la filière bois/énergie a basculé vers le gigantisme industriel. Elle est en train de piller la forêt hexagonale sous prétexte de cogénération chaleur/électricité. La centrale bois/énergie d’Uniper (ex-E.On) à Gardanne destinée à produire de l’électricité et qui ne cogénère même pas de chaleur engloutira 900 000 tonnes de bois par an. Non contente de mettre à sac la forêt française, elle importe du bois venant de la forêt amazonienne.
La centrale bois/énergie d’Areva de Pierrelatte n’en dévore que 150 000 tonnes. Elle met pourtant en coupes réglées et rases la forêt drômoise alors que sa production d’électricité est ridiculement faible à cause d’erreurs de conception.
Avec la centrale du CEA à Saudron dans la Haute-Marne, à proximité de Cigéo, ce sont les forêts de Lorraine qui sont mises à contribution à hauteur de 20% des ressources forestières disponibles de la région (90 000 tonnes) pour expérimenter le projet absurde de fabriquer du diesel de synthèse avec du bois et de transformer ainsi les forêts françaises en puits de pétrole (vite taris vue la quantité de bois consommée)!

Même si l’on néglige l’incompétence et le côté saugrenu de nos Pieds nickelés et autres Géo Trouvetout de la nucléocratie, il reste que les équipements industriels de cogénération électricité/chaleur se multiplient, soutenus par les gouvernements successifs.

Alors que le combat contre la centrale de Gardanne a malheureusement bien peu de chances d’être gagné, on peut rappeler la lutte couronnée de succès contre les projets ERSCIA France, filiale de IBV Belgique qui mettait en danger les forêts morvandelles et sans doute aussi auvergnates. Avec la complicité des élus dont le « frondeur » Christian Paul, député de la Nièvre et Arnaud Montebourg  alors ministre, ERSCIA voulait créer un pôle de transformation bois à l’entrée du Parc Naturel du Morvan à SARDY LES EPIRY dans la NIÈVRE (58) en BOURGOGNE. Ce pôle aurait compris entre autres installations, une centrale de cogénération de biomasse avec un gigantesque incinérateur et une fabrication de granulés destinés à produire de l’électricité en BELGIQUE, chez ELECTRABEL, une filiale de GDF/Suez, aujourd’hui ENGIE. Il est probable que les luttes contre des projets de ce type avec création de ZAD ou non vont se multiplier à l’avenir.
 

Cheminée de la centrale bois E.on (297m) à Gardanne devant les tours de refroidissement de la centrale nucléaire
Cheminée de la centrale bois E.on (297m) à Gardanne devant les tours de refroidissement de la centrale nucléaire
Non content de promouvoir le renforcement de l’exploitation des forêts pour la production de chaleur et d’électricité, l’Etat voit d’un bon œil l’utilisation du bois pour produire du diesel de synthèse, ce projet soutenu et développé par le CEA. C’est ainsi que l’on peut lire dans le document cité (Ministère de l’environnement…, 2016) « Par ailleurs de nouveaux usages du bois seront également amenés à se développer. La production de biocarburants de deuxième génération pourrait, si la filière se développait à une échelle industrielle, nécessiter des volumes de bois très conséquents à horizon 2025 » La merveilleuse idée des Géo Trouvetout du CEA a donc rencontré un écho favorable auprès des technocrates du Ministère de l’environnement,…. (nommé jusqu’au récent remaniement ministériel, Ministère de l’écologie,…).Outre les ravages que cela va produire dans les forêts françaises, cette profusion de réalisations ou de projets industriels d’utilisation massive du bois/énergie que l’on supposait « décarboné » pouvait sembler en accord avec les politiques de réduction du changement climatique, ce qui les rendait  difficile à combattre. Elle apparaît maintenant avec la publication de l’article de Naudts et al., en contradiction avec elle, rendant la lutte contre les projets nouveaux plus apte à faire l’unanimité parmi les environnementalistes et les écologistes et aussi plus facile à médiatiser.

Comme le précise avec toutes les précautions de rigueur l’une des auteurs de cet article dans l’émission de France-Inter « la tête au carré » du 15 février 2016, Aude Valade, le carbone émis par l’utilisation massive du bois sera dominant dans le bilan carbone de la forêt. Elle rappelle également qu’il ne suffit pas de planter des arbres pour atténuer le changement climatique et elle ajoute que la forêt naturelle a bien d’autres services environnementaux à rendre. On peut citer par exemple la protection des sols et la régulation hydrique. Or, ce sont précisément ces services écosystémiques que les politiques gouvernementales négligent comme le montre la citation suivante extraite du 2ème rapport sur les progrès réalisés dans la promotion et l’utilisation des énergies renouvelables: « 9. Incidences estimées de la production de biocarburants et de bioliquides sur la biodiversité, les ressources en eau, la qualité de l'eau et la qualité des sols au cours des 2 années précédentes : Aucune évaluation de l'impact de la production de biocarburants sur ces ressources naturelles n'a été engagée au cours des deux dernières années. » (p. 38). On ne peut imaginer désinvolture plus grande vis-à-vis des conséquences de l’intensification de l’exploitation forestière nécessaire au développement de la production de ces « biocarburants » tirés de sources diverses dont le bois extrait des forêts.

Les analyses de cette section concernent le bois/énergie. Le bois/matériau pose des problèmes différents. Cette filière peut offrir de meilleures perspectives pour le devenir des forêts si toutefois elles sont gérées selon les principes d’une sylviculture irrégulière, continue et proche de la nature telle que celle développée par l’association Pro Sylva. Cette sylviculture permet également d’avoir des forêts exploitées dont la quantité de carbone stocké se rapproche le plus de celui d’une forêt en libre évolution. On remarquera que ce type de sylviculture proscrit les coupes rases, les labours, l’exportation du bois mort, des rémanents et de la litière. Pour plus de détails sur cette forme de sylviculture, on se rapportera à son site ici : http://www.prosilva.fr/html/index.html?PHPSESSID=72affd00a6cb3d200a37e7122a699bad. On peut aussi consulter Rossi M. et al., 2015 sur ce sujet qui ne sera pas abordé plus avant ici.
 
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VIII – Récapitulons :
1°) L’article de Naudts et al., montre en se fondant sur plus de deux siècles et demi d’archives concernant les forêts européennes que celles-ci non seulement n’ont pas joué le rôle de puits de carbone que l’on pouvait espérer mais qu’au contraire elles ont participé au changement climatique actuel. Ce ne sont pas les forêts comme telles qui sont en cause mais leur gestion, notamment l’exportation de bois hors de ces forêts, leur exploitation intensive, l’inversion par rapport à l’année initiale (1750) de la proportion entre résineux et feuillus, la mise en exploitation de boisements laissés en libre évolution. Cet article a fait l’effet d’un « pavé  dans la mare » en remettant en cause les idées reçues sur la gestion des forêts européennes tempérées bien que d’autres études plus partielles et/ou sur des forêts d’un autre continent aient déjà abouti à des conclusions analogues.

2°) La revue que j’ai effectuée dans les sections précédentes des principaux arguments invoqués par les théoriciens et acteurs de la sylviculture productiviste dominante aujourd’hui pour tenter de rétablir l’idée que la forêt gérée selon les principes de cette sylviculture est une forêt qui constitue un puits de carbone plus efficace qu’une forêt en évolution libre ne sont pas convaincants et cela même lorsque l’on envisage « l’effet de substitution ». Non seulement cet effet est variable, dépendant de contextes locaux, difficile à évaluer mais le concept même d’ « effet de substitution » pose problème dans la mesure où il se situe au plan de l’irréel (et non du virtuel !). De plus, contrairement aux assertions des partisans de la gestion productiviste en vigueur et en analysant les données tirées de la littérature produite par leurs propres organismes, il n’apparaît pas que la forêt naturelle laissée en évolution libre soit moins résiliente face aux aléas climatiques ou aux incendies.

3°) La sylviculture actuelle et celle prônée par les organismes officiels ont pour l’objectif d’avoir en 2020 un mix énergétique composé à hauteur de 20% par des Enr. L’Etat et les gouvernements successifs quelle que soit leurs couleurs politiques comptent l’atteindre en mobilisant en priorité la filière bois/énergie. Conjugué à la sylviculture actuelle, cela accentue encore, voire exacerbe les traits de la gestion forestière qui expliqueraient, selon les auteurs de l’article de Science la « dette de carbone » de la forêt contractée entre 1750 et 2010. Il faut donc distinguer entre la recherche d’énergies renouvelables et l’atténuation du changement climatique.

Le bois/énergie est une énergie renouvelable dès lors que le prélèvement est inférieur à l’accroissement mais ce n’est pas une énergie « décarbonée » bien que son bilan carbone puisse être comparativement meilleur dans certaines conditions que d’autres sources. Ce point est capital à la fois au plan théorique et bien sûr sur le plan pratique.
Il peut donc y avoir conflit entre des politiques ayant comme objectif l’atténuation du changement climatique et les politiques dites de « transition énergétique » lorsque la recherche d’un mix énergétique à base de renouvelables s’appuie en priorité sur la filière bois/énergie comme c’est le cas en France.

De cela il résulte une conséquence importante pour les défenseurs et les amoureux des véritables forêts, c’est-à-dire des forêts qui ont un fort degré de naturalité avec la diversité de leurs essences, leurs fourrés et leurs clairières, avec des arbres majestueux dans la force de l’âge et des arbres tordus, mal venus, avec des arbres vénérables, leurs troncs moussus, leurs creux et leurs fentes qui font le bonheur de toute une faune qui y trouve logement et parfois pitance tandis que d’autres les trouvent dans le bois mort ; des forêts avec leur tapis végétal changeant au fil des saisons et de la poussée du feuillage, leurs champignons ; des forêts où les oiseaux chantent dans les frondaisons, où vivent des petits carnivores et de grands ongulés, où se cache le chat forestier, où le lynx est réapparu et où le loup se fait attendre.

Les défenseurs de ces forêts ne sont plus sommés de mettre une sourdine à leur combat. Ils ne seront plus tiraillés entre deux objectifs qui pouvaient sembler inconciliables : la préservation de ces forêts d’un côté et de l’autre la lutte contre le changement climatique qui était censée impliquer la gestion productiviste et intensive des boisements et la promotion d’une filière bois ravageuse en expansion illimitée.

Certes en France, c’est souvent le cas que des politiques sectorielles s’imposent localement en contradiction avec des objectifs poursuivis par des politiques globales : les objectifs de la politique climatique et le développement du réseau autoroutier en sont un bel exemple. De plus, il faudra plus d’un article, fût-il publié dans la prestigieuse revue Science, pour que les instances politiques nationales, européennes et internationales, les institutions comme l’ADEME et a fortiori les organisations professionnelles de la gestion forestière et des filières bois changent de politique où simplement reconnaissent la validité des résultats de Kim Naudts et de son équipe de chercheurs et en tiennent compte, au moins à la marge.
Il reste qu’il est maintenant possible d’invoquer auprès du gouvernement et des ministères le respect des engagements de la France, pays organisateur de la COP 21, pour atténuer le changement climatique comme un motif pour préserver les forêts en libre évolution et mettre un frein à l’enrésinement des massifs de feuillus qui subsistent encore.

En France, dans les déclarations, sinon toujours dans les faits, la « lutte contre le réchauffement climatique », c’est-à-dire les mesures visant à son atténuation semble avoir le pas sur toutes les autres dans le domaine de l’environnement au niveau gouvernemental comme pour des grandes ONG environnementales internationales ou nationales. Du coup cette lutte devient un argument de poids pour la préservation de forêts naturelles en évolution libre et pour, sinon stopper, du moins tempérer sensiblement les prétentions sur la forêt de la filière bois et notamment de la filière bois/énergie.
 
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IX – L’ère de l’énergie fossile abondante et facile d’accès sera bientôt close. La situation actuelle avec un pétrole pléthorique et bon marché ne doit pas faire illusion. En tout cas, elle ne le fait pas aux acteurs du secteur énergétique qui doivent anticiper le temps du pétrole rare et cher, en voie d’épuisement qui ne peut manquer d’advenir. Les écologistes ne sont pas les seuls à considérer l’urgence d’une « transition énergétique ». Mais une transition énergétique sans une refonte de nos modes de vie n’a et n’aura rien d’une transition écologique. Le déploiement de l’éolien terrestre saccage des lieux peu anthropisés en y ouvrant des pistes, en y coulant du béton pour édifier de gigantesques convertisseurs d’énergie, tueurs de chauves-souris et hachoirs à oiseaux. Ils dénaturent les paysages naturels et patrimoniaux et pourrissent la vie des riverains à plus d’un kilomètre à la ronde. Le procès de ces engins n’est plus à faire même si ceux qui prétendent représenter les écologistes au sein des assemblées et des collectivités locales veulent ne rien voir et ne rien entendre à leur sujet. La filière bois/énergie ne vaut guère mieux en s’attaquant aux forêts, y compris les forêts de montagne difficiles d’accès, en les exploitant de façon intensive, en les convertissant en plantations d’arbres dépourvues de toute naturalité où les ongulés n’ont même plus droit de cité et qui n’ ont plus de forêts que le nom. Les ravages commis jusqu’à aujourd’hui ne sont rien à côté de ce que les exploitants forestiers et les industriels de la filière bois/énergie nous préparent.

Combien significatif est le titre d’un article du dossier de Reporterre consacré à la filière bois : «Aspiré par des centrales géantes, le bois n’est plus écologique » ! Un titre semblable aurait pu introduire un article sur la filière éolienne ou solaire. Et là est bien la raison qui fait que le rêve écolo d’énergies « douces » renouvelables tourne invariablement au cauchemar : le gigantisme et l’industrialisation, alors que pour les premiers écologistes, il s’agissait de petites unités de production sinon domestiques, du moins artisanales à l’échelon des communautés de base.
Qui dit gigantisme, dit industriel, capitalisme privé ou d’état, multinationales. Et ce sont bien des multinationales avides de profits juteux et de retours rapides sur investissements grâce au soutien étatique de ces filières qui ont accaparé le secteur des « énergies nouvelles ». Elles profitent d’un effet d’aubaine. Mais si elles tirent ou espèrent tirer profit de cette transition énergétique, elles sont avant tout opportunistes. Ce ne sont pas elles qui ont rendu ce gigantisme nécessaire. C’est nous tous, les occidentaux qui en sommes responsables, collectivement et individuellement lorsque nous avons décidé expressément ou tacitement que « notre mode de vie n’était pas négociable », lorsque de plus nous n’avons eu de cesse de l’exporter sur toute la planète, lorsqu’en adorateurs du « progrès » et de « la croissance » nous n’acceptons pas de limites ni économiques, ni démographiques.

Dans le cas des forêts et du climat qui nous occupent plus particulièrement dans cet article, il faut noter que la gestion productiviste de la forêt a été rendue nécessaire pour satisfaire la demande de bois d’une population en croissance continue comme le constatent Naudts et son équipe de chercheurs de l’IPSL dans leur article : «Par la production locale et le commerce, l’Europe s’est efforcée de satisfaire la demande en bois d’une population qui a augmenté de 140 millions en 1750 à 580 millions en 2010. En conséquence, 417 000 km2 de forêts initialement non gérées furent misent en production et 218 000 km2 de taillis furent convertis en futaies, lesquels, avec les 196 000 Km2 de reboisement, ont abouti à une augmentation de 833 000 km2. (Through local production and trade, Europe tried to satisfy the wood demands of a population that grew from 140 million in 1750 to 580 million by 2010. As a result, 417,000 km2 of previously unmanaged forests were taken into production, and 218,000 km2 of coppices were converted to high stands, which, together with the 196,000 km2 of afforestation, resulted in an 833,000 km2 increase. )». D’un autre côté les courbes du GIEC montrent aussi une corrélation entre l’augmentation des températures moyennes de surface et l’augmentation de la population terrestre.

La demande en bois/énergie ne peut qu’augmenter considérablement dans la mesure où celui-ci est et sera une composante essentielle du mix énergétique futur, un mix « défossilisé » par la force des choses. Même réduite à des plantations d’arbres fournissant de la biomasse, la forêt se gère sur un pas de temps qui voisine plus ou moins le demi-siècle dans le meilleur des cas. C’est en prévision de cette demande croissante (et des incidences du changement climatique) que le forestier gère sa forêt et qu’à l’autre bout de la chaîne, l’industriel conçoit ses centrales. Il n’est pas certain que le premier puisse satisfaire cette demande sans cesse grandissante répercutée par le second dans le cadre d’une gestion durable de ses boisements, c’est-à-dire d’une augmentation du prélèvement qui reste inférieure à l’accroissement. Après tout, sans la découverte du « charbon de terre » et des huiles minérales, les forêts étaient menacées. Il n’y a rien d’étonnant qu’elles le redeviennent aujourd’hui du fait de la raréfaction prévisible de ces produits fossiles.

Le « small is beautiful », le petit sans lequel les énergies douces ne le sont plus et deviennent ravageuses ne pourra pas satisfaire les besoins en énergie de la population actuelle de l’Europe (sans parler de la population mondiale) si son mode vie reste inchangé. D’autant que cette population continue de croître.
L’énergie abondante a été une condition nécessaire de l’essor de la civilisation occidentale comme elle a permis l’essor démographique de l’espèce humaine en augmentant considérablement la capacité de charge de la planète. Sa raréfaction prévisible montre qu’elle est aussi son tendon d’Achille.
Gestion des forêts françaises et changement climatique.

 

Références
 

ADEME, 2015a. La biomasse forestière. Chiffres clés et observations, http://www.ademe.fr/expertises/produire-autrement/production-forestiere/chiffres-cles-observations/biomasse-forestiere

ADEME, 2015b. Forêt et atténuation du changement climatique, Les avis de l’ADME, Juin 2015, 12 p. https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/avis_ademe_foret-attenuation-cght-clim_vdef.pdf

ADME, 2015c. Projet pilote de mobilisation des bois en Auvergne (PPMBA).Résultats et enseignements collectifs de l’expérimentation. 14 p. http://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/mobilisation_des_bois_en_auvergne.pdf

ADME, 2016. Biomasse et transition énergétique. Et si la solution venait de la forêt ? Communiqué de presse 24.02.16 http://www.presse.ademe.fr/wp-content/uploads/2016/02/CP_Etude-disponibilite-biomasse_fev2016.pdf

Binctin B., 2014,  « Aspiré par des centrales géantes, le bois n’est plus écologique » Reporterre, 17 décembre 2014 http://reporterre.net/Aspire-par-des-centrales-geantes-le-bois-n-est-plus-ecologique

Buitrago Esquinas Miriam., 2012.  « Evaluation des stratégies forestières d’atténuation du changement climatique en France métropolitaine ». Une revue de la littérature scientifique et du positionnement des principaux acteurs. Dynamiques Territoriales & Paysages/Paysages et Médiation, document ADEME, 100 p. http://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/foret-changement-climatique.pdf

Drouineau S., Laroussinie O., Birot Y., Terrasson D., Formery T., Roman-Amat B., 2000. Expertise collective sur les tempêtes, la sensibilité des forêts et sur leur reconstitution. Dossier de l'environnement de l'INRA n°20, INRA-ME&S, Paris, 336 p.

Drouineau, S. 2000. « Relation entre état sanitaire des peuplements et dégâts de tempête » in Drouineau S. et al. 2000, p.p. 160 – 162.  

Le Hir, P. 2016 « Les forêts d’Europe ne tempèrent pas le réchauffement climatique », Le Monde, 04.02.2016.

Léveillé, P. 2013 Régénération des forêts après incendie, Dossier Inra, http://www.inra.fr/Grand-public/Ressources-et-milieux-naturels/Tous-les-dossiers/Incendies-de-foret/Regeneration-des-forets-apres-incendie/%28key%29/5

Magnier C., 2011  Le risque de feux  de forêts en France Études & documents n°45 août 2011, Commissariat général au développement durable / Service de l'observation et des statistiques, www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr

McGrath M. J, Luyssaert S., Meyfroidt P., Kaplan J. O., Bürgi M., Chen Y., Erb K., Gimmi U., McInerney Daniel, Naudts K., Otto J., Pasztor F., Ryder J., Schelhaas M. J., Valade A., 2015. « Reconstructing European forest management from 1600 to 2010 » Biogeosciences, Vol. 12, No. 14. (23 July 2015), pp. 4291-4316, doi:10.5194/bg-12-4291-2015.

Ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, 2014. Rapport sur les progrès réalisés dans la promotion et l’utilisation des énergies renouvelables. 2ème Rapport, Paris, 55p. http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Article_22_France_report_FR.pdf

Ministère de l’environnement, de l’énergie et de la mer, 2016 Panorama énergies-climat, édition 2015. Fiche n° 21 Paris, http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/21_-_Biomasse_-_OK.pdf

Naudts Kim, Chen Yiying, McGrath Matthew J., Ryder James, Valade Aude, Otto Juliane, Luyssaert Sebastiaan., 2016. « Europe's forest management did not mitigate climate warming », Science 05 Feb 2016 : 597-600

Ollivier  P., 2009. Exposé au colloque La forêt française, une chance pour sortir de la crise. Les rendez-vous des Annales des Mines, http://www.annales.org/club/2011/Foret_%20francaise.pdf

Pignard G., 2000. « Évolution de la forêt française : une vulnérabilité accrue face aux tempêtes » in Drouineau S. et al. 2000. pp. 190 – 197.

Rossi  M.,  André  J.,  Vallauri  D.,  2015.  Le  carbone  forestier en  mouvements. Éléments  de  réflexion  pour  une  politique maximisant les atouts du bois. Lyon, Rapport REFORA, 40 pages.

Seidl  R.,  Rammer  W,  Jager  D.,  Currie  W.  et  Lexer  M., 2007.  Assessing  trade-offs  between  carbon  sequestration  and timber production within a framework of multi-purpose forestry in Austria. Forest Ecology and Management, 248 (1-2), pp. 64-79.


 
Gestion des forêts françaises et changement climatique.

 
Illustrations



Frédérique Berlic/l’indépendant http://www.lindependant.fr/2012/07/17/energies-renouvelables-un-deuxieme-reseau-de-chaleur-inaugure,153059.php

En Gironde, la forêt de Vendays Montalivet après la tempête de 1999  Photo Jean-jacques Saubi extraite de « En images : il y a quinze ans, la tempête Martin frappait notre région » Portofolio, Sud-Ouest 27/12/2014 http://www.sudouest.fr/2014/12/27/en-images-il-y-a-quinze-ans-la-tempete-martin-frappait-notre-region-1780108-4018.php

Melanophila acuminata, AG Pr. Schmitz Wiki Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Melanophila_acuminata.jpg

Cônes de pins d’Alep, Jean-Pierre Bazard, Wiki Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:C%C3%B4nes_de_pin_d'alep_%28Pinus_halepensis%29.JPG?uselang=fr

Coupe rase dans la forêt cévenole  https://sosforetcevennes.wordpress.com/base-documentaire/ où l’on trouvera plus de photos.

Cheminée de la centrale de Gardanne (hauteur 297 m) Photo : ?/ Terre Sacrée

Illustration  reprise à Reporterre, ici. http://reporterre.net/Aspire-par-des-centrales-geantes-le-bois-n-est-plus-ecologique

Forêts et bois de l’Est http://foretsetboisdelest.blogspot.fr/

E. ON piège à con Manifestation contre la centrale de Gardanne, Pierre Isnard-Dupuy, Reporterre http://reporterre.net/Manifestation-contre-la-desastreuse-centrale-a-biomasse-de-Gardanne
Gestion des forêts françaises et changement climatique.

Dimanche 6 Mars 2016 Commentaires (0)

Le Sénat a voté une loi sur la biodiversité sérieusement écornée par rapport au projet qui avait été adopté en première lecture à l’Assemblée nationale. Une majorité de ces sénateurs à l’écoute des lobbies divers et variés portent ainsi un mauvais coup à cette biodiversité que le texte initial défendait déjà bien mal. Parmi les reculs l’un des plus grave est le retrait de l’interdiction pure et simple des pesticides tueurs d’abeilles remplacée de vagues mesures attentistes. Ainsi ces poisons auront encore de beaux jours devant eux, d’autant que le parlement qui examine en ce moment le projet de loi en seconde lecture risque fort d’entériner ce retrait si l’on ne réagit pas. Il y a urgence. Je reprends ci-dessous l’appel de Pollinis et j’incite vivement tous les défenseurs des abeilles à participer à l’action que propose cette association. La pression des gens sur les députés qu’ils ont élus doit contrecarrer celle des lobbies qui en se souciant de leurs seuls intérêts particuliers à court terme conduisent les humains à leur perte en dévastant la nature.


Tous les signaux sont dans le rouge : les députés français s'apprêtent à rejeter l'interdiction des pesticides tueurs-d'abeilles néonicotinoïdes sur la base d'arguments irrecevables directement dictés par les lobbies de l'agrochimie :
Sans une pression massive et immédiate des citoyens sur les députés français, la décision historique d'en finir une fois pour toutes avec ces poisons pour sauver les abeilles et l'environnement passera définitivement à la trappe.
L'enjeu est capital. Et pas seulement pour la France :
Car si nous gagnons cette bataille décisive en France, l'un des principaux bastions de l'agriculture industrielle, il sera beaucoup plus simple d'obtenir ensuite l'interdiction des tueurs-d'abeilles au niveau européen.
C'est pourquoi je vous demande de signer de toute urgence la pétition au député de votre circonscription, en utilisant le système de pétition en ligne que nous avons préparé >> Cliquez ici


Un petit rappel des faits est sans doute nécessaire :

En mars 2015, l'Assemblée Nationale en France adoptait un amendement au projet de loi « Biodiversité » (1) interdisant purement et simplement les pesticides néonicotinoïdes sur le sol français dès janvier 2016.
Pour tous les citoyens et les associations qui militent depuis des années pour l'interdiction de ces pesticides mortels pour les abeilles, l'initiative courageuse des deux députés qui avaient déposé l'amendement a été une vraie bouffée d'espoir !
Pourtant :
À peine arrivé au Sénat, l'amendement a été immédiatement enterré par une poignée de sénateurs de la Commission Environnement (2) qui ont rejeté en bloc les rapports de plus en plus alarmants des académies scientifiques qui tirent la sonnette d'alarme avec de plus en plus d'insistance ! (3)Pollinis a bataillé et réussi à faire redéposer l'amendement : malgré une mobilisation rapide des citoyens et 280 000 messages de protestation envoyés directement sur la boîte mail des sénateurs, il a été rejeté une deuxième fois par le Sénat français – et savez-vous sur la base de quels arguments ?

Quasiment mot pour mot ceux de l'agrochimie !

C'est affligeant : voir les lobbies balayer d'un revers de main méprisant les centaines d'études alarmantes produites par des laboratoires publics et indépendants du monde entier comme si elles n'avaient aucune valeur scientifique... Les entendre clamer que leurs produits ne sont pas si dangereux que ça, et accuser les agriculteurs de mal les utiliser et leur faire porter le chapeau pour la mort de millions d'abeilles... Ça nous fait dresser les cheveux sur la tête, ici à l'association.
Mais que des responsables politiques, des élus de la nation censés protéger l'intérêt général reprennent en cœur les mêmes insanités... C'est insupportable !
Et ça ne veut dire qu'une seule chose : que les lobbies de l'agrochimie ont renforcé considérablement leur pression sur le Parlement français.

Ce sont d'ailleurs les mêmes arguments fallacieux qui sont aujourd'hui repris par les députés qui s'apprêtent honteusement à rejeter à leur tour l'interdiction des tueurs-d'abeilles en France !

Alors, que les choses soient claires une bonne fois pour toutes :

NON : ce n'est pas parce que les agriculteurs utiliseraient mal les produits ou ne respecteraient pas les consignes de sécurité, comme le prétendent les firmes agrochimiques, que les néonicotinoïdes tuent les abeilles et tout ce qu'il y a dans le sol et les cours d'eau... et qu'ils sont en train de mettre en danger l'ensemble de la biodiversité dans le monde ! (4)
C'est dans la nature même de ces produits, 7000 fois plus toxiques que le DDT pour les abeilles et tous les petits insectes et lombrics indispensables à la vie, de ravager tout ce qu'ils croisent sur leur passage. Et il n'y a pas d'autre choix possible pour sauver la nature et sécuriser nos productions alimentaires que de les interdire au plus vite, purement et simplement.

OUI : la France, comme n'importe quel pays de l'Union européenne, peut parfaitement interdire unilatéralement la vente des pesticides néonicotinoïdes sur son territoire... ou de tout autre produit qu'elle jugerait dangereux pour l'environnement, la santé publique, ou pour sa sécurité alimentaire par exemple !
Ce n'est qu'une question de volonté politique des élus. L'Italie l'a déjà fait chez elle, et personne n'y a trouvé à redire ! (5)

OUI : les agriculteurs peuvent parfaitement se passer des néonicotinoïdes et autres pesticides tueurs d'abeilles ! Leur retrait du marché n'entraînerait aucune baisse du rendement des récoltes contrairement à ce que répètent en boucle les lobbies de l'agrochimie. 

L'agence de sécurité sanitaire américaine, l'EPA, vient à nouveau de le démontrer pour la culture du soja par exemple (6) ; d'autres études menées à travers le monde, en Italie, au Canada, au Brésil et aux Etats-Unis, arrivent exactement aux mêmes conclusions sur d'autres grandes cultures comme le maïs. (7)
Les recherches prouvent en outre que, contrairement à ce que croient la plupart des gens encore aujourd'hui, les agricultures innovantes sans pesticides produisent autant en moyenne que l'agriculture chimique industrielle… 
Mais qu'elles sont systématiquement plus rentables pour les fermiers qui les utilisent ! (8)
Ce que les lobbies cherchent désespérément à dissimuler par ailleurs, c'est ce que coûte à l'agriculture d'éradiquer les abeilles et les pollinisateurs à coup de pesticides : 
20% de récoltes en moins en moyenne quand la pollinisation n'est plus assurée - jusqu'à 30% sur le colza - c'est ce que vient de montrer une étude menée sur 5 ans dans plus de 12 pays à travers le monde ! (9)

C'est pour toutes ces raisons que Pollinis a besoin de vous de toute urgence.
Pour convaincre les députés, et exercer une pression déterminante sur l'ensemble de l'hémicycle pour que, le jour du vote, l'amendement StopNeonics - qui nous débarrassera vraiment de ces pesticides tueurs-d'abeilles - soit voté, nous devons faire déborder les boîtes mail des députés de messages de protestation.

Vous n'avez pas besoin de faire des recherches pour connaître le nom des députés que vous devez interpeller : entrez simplement votre code postal dans le formulaire que nous avons préparé, et la liste des députés de votre région s'affichera automatiquement.
Vous n'aurez plus qu'à valider pour que votre message soit envoyé pour vous.
Nous avons mis en place ce système simple, qui ne vous prendra pas plus de 2 minutes de votre temps, pour qu'un maximum de personnes puissent participer;

Alors s'il vous plaît, prenez 2 minutes pour les abeilles : signez dès maintenant votre pétition aux députes, et transférez ce message à un maximum de personnes autour de vous, pour nous permettre de rallier des dizaines de milliers de signatures supplémentaires !
C'est le meilleur moyen, et peut-être même le seul, de mettre une pression assez forte sur les députés pour les obliger à adopter cet amendement qui mettra enfin un terme à plus de vingt ans de massacre intensif des abeilles au profit de l'industrie agrochimique.

L'adoption de cet amendement créera un précédent en Europe qui obligera la Commission européenne à s'aligner : si vous n'êtes pas résident Français, vous êtes quand même concerné ! Vous pouvez agir en signant la pétition de soutien à cette campagne : cliquez ici.
Le vote final aura lieu dans moins de 10 jours : aidez-nous à rallier le plus grand nombre de personnes pour que la pression des citoyens soit plus forte que celle des lobbies agrochimistes !
Un grand merci d'avance.
Bien cordialement,
Nicolas Laarman
Délégué général 

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Notes

(1) AMENDEMENT N°754 (Rect) déposé le 12 mars 2015
(2) Reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages - Examen du rapport et du texte de la commission de l'Aménagement du territoire et du développement durable au Sénat
(3) Worldwide integrated assessment on systemic pesticides
Rapport ANSES, Janvier 2015
(4) Task Force on systemic Pesticide, 2015
(5) Furlan L., Kreutzweiser D., 2014 ; Alternatives to neonicotinoid insecticides for pest control: case studies in agriculture and forestry ; Environnemental Science and Pollution Research (2015) 22:135–147
(6) EPA, Memorandum, Benefits of Neonicotinoid Seed Treatments to Soybean Production, October 3, 2014
(7) Wilde G., et al., 2007 ; Seed Treatment Effects on Early-Season Pests of Corn and on Corn Growth and Yield in the Absence of Insect Pests ; Kansas (USA)
Fournier et al., 2013 ; Les néonicotinoïdes en grande culture : pertinence agronomique et impacts environnementaux ; Québec
(8) Crowder D. W., Reganold J. P., 2015 ; Financial competitiveness of organic agriculture on a global scale : PNAS, June 16, 2015, vol. 112 no. 24
(9) Mutually beneficial pollinator diversity and crop yield outcomes in small and large farms. Lucas A. Garibaldi & al.Science, Jan 22, 2016
 

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Extrait d'une tribune parue dans Le Monde :
 

« Oui nous sommes solidaires avec l’oiseau englué »


" (...) Aujourd’hui, nos parlementaires peuvent considérer que les DDT d’hier sont les néonicotinoïdes d’aujourd’hui, des pesticides extrêmement nocifs. D’autres amendements tirent les consciences vers le bas. Ne restons pas indifférents. Faire reculer la souffrance animale ne relève ni du dogmatisme, ni de la sensiblerie, mais tout au contraire, d’une éthique élémentaire et progressiste. En ce début de XXIe siècle, nos parlementaires sont confrontés, comme le furent leurs prédécesseurs, à un choix déontologique qui ne s’inscrit ni à droite, ni à gauche, mais seulement au cœur de leur conscience. Nous comptons sur eux pour que cette loi biodiversité ne soit pas dénaturée et s’impose, elle aussi, dans l’histoire."

Les signataires de cette tribune sont Allain Bougrain Dubourg (président de la Ligue pour la protection des oiseaux), Sandrine Bélier (ancienne eurodéputée), Elisabeth de Fontenay (philosophe et essayiste), Aymeric Caron (journaliste), Boris Cyrulnik (psychiatre et psychanalyste), Franz Olivier Giesbert (éditorialiste et écrivain) et Frédéric Lenoir (philosophe et sociologue)

Pour lire cette remarquable tribune en entier :

http://mobile.lemonde.fr/idees/article/2016/03/01/oui-nous-sommes-solidaires-avec-l-oiseau-englue_4874595_3232.html?xtref=https://t.co/lXOrbbet3u
 
 

Dimanche 6 Mars 2016 Commentaires (0)

Cette déclaration du Président de France Nature Environnement que l’on ne peut qu’approuver fait suite aux révélations du Canard Enchaîné dans son édition du 17/02/2016. Mais on se dit que ce gouvernement n’est plus à un mensonge près et que sur Notre-Dame-des-Landes, ce n’est pas l’opposition de droite qui lui cherchera des poux dans la tête.


France Nature Environnement  a publié ce mercredi le communiqué suivant :

Le Canard Enchaîné vient de rendre public un rapport transmis par la DREAL[1] des Pays de la Loire au préfet de Loire-Atlantique en 2014, qui contredit l’argumentation des soutiens au projet d’aéroport : le réaménagement de l’aéroport existant de Nantes-Atlantique n’aura pas d’impact négatif sur le lac de Grand Lieu, à l’inverse d’un transfert. Plus grave encore que cette révélation, ce rapport avait été dissimulé par l’Etat (…). Cela est de mauvais augure pour le débat précédant l’hypothétique référendum.

Cela fait plusieurs mois que les soutiens au projet d’aéroport prétendent que la solution d’un réaménagement de l’aéroport existant entraînera un impact négatif sur le lac de Grand Lieu, situé au sud de Nantes. Le Premier Ministre est même allé jusqu’à l’affirmer à l’Assemblée Nationale pour justifier la nécessité du nouvel aéroport. Pourtant le rapport de la DREAL confirme l'analyse des associations : c’est bien le transfert de l’aéroport vers Notre-Dame-des-Landes et non son réaménagement qui risque de porter atteinte à la faune du lac de Grand-Lieu en augmentant la pression foncière à ses bords. Rappelons en outre qu'il détruira plusieurs centaines d'hectares de zones humides.

L’existence de ce rapport de 2014 ne peut qu’interroger nos associations : en effet, nous avions en mars 2015 écrit au préfet de Loire-Atlantique en lui demandant de nous transmettre tous les rapports réalisés « quant aux incidences environnementales possibles d’un tel réaménagement ». Le rapport de la DREAL ne nous a jamais été communiqué : il a donc été dissimulé par la préfecture, alors même que l’argument des impacts du réaménagement sur le lac de Grand Lieu prenait de plus en plus de place médiatiquement parlant. Plus grave encore, cet argument était parallèlement utilisé par la préfecture elle-même devant le tribunal administratif de Nantes pour justifier de l’absence de solution alternative au transfert de l’aéroport... aboutissant au rejet de nos recours en justice. Le Préfet n'a ainsi pas hésité à mentir aux associations de protection de la nature puis aux juges du tribunal administratif.

« La dissimulation qui a été faite de ce document est insupportable et inacceptable ! » estime Denez L’Hostis, président de France Nature Environnement. « Elle confirme que ce dossier d’aéroport a été instruit dans la plus grande opacité, si bien que les différentes phases de concertation avec le public n’ont jamais été que poudre aux yeux. Combien d’autres analyses défavorables au projet sont encore gardées secrètes par l’Etat ? Nous exigeons que tous les documents utiles à la compréhension du dossier soient enfin mis sur la table. L’hypothétique référendum à venir ne saurait être organisé sur le fondement d’un mensonge d’État »

[1]     Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement de Loire-Atlantique (services déconcentrés du ministère de l'environnement en région).

 

Mercredi 17 Février 2016 Commentaires (1)

Ségolène Royal avait battu en retraite dès Vendredi dernier.
Aujourd’hui Macron, le suppôt des marchands de pub bouffe à son tour son chapeau.


Il aura fallu pour cela que 60 000 personnes affirment leur opposition lors de la consultation publique obligatoire. Devant une levée de boucliers aussi massive qui montre le ras le bol des gens vis-à-vis du matraquage publicitaire, Ségolène Royal a été contrainte de convenir qu’il fallait en tenir compte « sinon cela remet en cause le principe de la consultation publique lorsqu'un texte a une incidence sur l'environnement» avait-elle déclaré.

C’est finalement ce qu’a dû également admettre à son corps défendant le suppôt des afficheurs, le fringant Emmanuel Macron. Devant le tollé soulevé par ce décret, il a capitulé à son tour au cours d’une conférence de presse organisée ce matin.

À propos de la mesure qui aurait permis l’implantation interdite jusqu’à présent de panneaux  de 12 m2 (4x3) scellés au sol dans les villes de moins de 10 000 habitants, il a déclaré : « À court terme, notre préférence, c'est d'abandonner une mesure qui n'était pas consensuelle »  « À court terme… » La capitulation ne serait-elle que provisoire ? Qu’en sera-t-il à moyen terme ? Il n’est pas du tout exclu qu’il tente de remettre le couvert à l’occasion et il faut rester vigilant.

Quoi qu’il en soit, finis les cadeaux aux afficheurs pour le moment et, espérons-le,  pour longtemps. De l’ancien projet de décret, il ne reste  plus que l’article 1 concernant l'autorisation de panneaux de 50 m2 pouvant être implantés jusqu’à 10 m de hauteur aux abords des stades de plus de 15 000 places, décret pris en prévision de l’euro de football : « Donnons-leur des jeux et de la pub » !

Toutes les autres dispositions scélérates ont passé à la trappe. Exit donc l'article 2 qui permettait d'installer des publicités scellées au sol dans les agglomérations de moins de 10 000 habitants, là où elles ont toujours été interdites, l'article 3 qui prévoyait une  grande tolérance vis-à-vis de la pollution nocturne par la publicité lumineuse,  l'article 4 qui légalisait des centaines de milliers de panneaux illégaux, l'article 5  qui permettait aux afficheurs de placer des mobiliers urbains numériques dans des agglomérations de moins de 10 000 habitants.

En politicienne habile, Ségolène Royal s’est empressée de siffler avec les merles pour s’attribuer le mérite du retrait de ce projet de décret contre Emmanuel Macron, son collègue mais peut-être pas ami. En fait ce retrait n’est pas sa victoire comme le titre France TV Info. Si victoire il y a – il reste tout de même les gigantesques publicités lumineuses sur les stades – c’est celle des associations qui ont mené campagne contre ce décret et celle des 60 000 personnes qui ont témoigné de leur désaccord lors de la consultation publique sur le site du Ministère de l’environnement. Et cela va bien au-delà de ce décret.

Tout d’abord, cette reculade ministérielle redonne le moral à tous ceux qui se mobilisent à chaque mauvais coup du gouvernement pour pétitionner ou pour participer à ces enquêtes. On peut réussir ! Si nous sommes assez nombreux – et il faut être très nombreux – le gouvernement peut reculer, au moins ponctuellement comme sur ce projet de décret.
 
Ensuite le retrait partiel de ce projet peut sinon faire jurisprudence
, du moins être un argument de poids lorsqu’une mobilisation de même ampleur se produira.

Enfin il faut tirer les leçons du maintien de l’article 1 du décret.

Il met  en application l’article 223 de la scélérate loi Macron qui stipule  que « les dispositifs publicitaires, lumineux ou non, implantés sur l'emprise des équipements sportifs ayant une capacité d'accueil d'au moins 15 000 places assises peuvent déroger au premier alinéa de l'article L. 581-9 en matière d'emplacement, de surface et de hauteur, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ».

Dans le projet de loi initial, les stades devaient avoir au moins 30 000 places, soit le double !
 Avec l'article 1 du décret, la surface de ces panneaux peut atteindre 50 m2 au lieu des 12 m2 de la règle générale.
Il est évident que cet article aurait pu être plus restrictif et sur ce point, c’est Macron qui a eu le dernier mot « Sur ce volet, il n'y a pas de contestation, nous sommes d'accord pour que ce décret puisse paraître » a-t-il déclaré lors de cette conférence de presse.

De toute façon un article de décret ne peut pas remettre en cause un article de loi.
Cet article de loi a été voté par des députés qui ont été élus pour nous représenter mais qui ensuite légifèrent souvent à l’opposé de ce que souhaitent leurs électeurs. Ils ne prennent pas la peine de nous demander notre avis. A nous de leur donner en agissant en amont ! Si nous le faisons massivement, peut-être en tiendront-ils compte au moins autant qu’ils écoutent les lobbies. Après tout ce ne sont pas les lobbyistes qui ont en main un bulletin de vote. C’est nous, même si, après réflexion, certains parmi nous ne votent pas !

La suite du texte de l’article 223 de la loi Macron n’est pas souvent citée pourtant elle est importante : « L'implantation des dispositifs dérogatoires est soumise à l'autorisation du conseil municipal ou de l'assemblée délibérante de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ou du conseil de la métropole de Lyon » En d’autres termes si les conseils municipaux, les agglos ou les communautés urbaines ne donnent  pas l’autorisation, ces « dispositifs dérogatoires » ne seront pas implantés.

Rappelons que la possibilité d’implantation de ces horreurs avait pour but de donner aux collectivités des recettes supplémentaires afin qu’elles puissent financer la rénovation des stades à l’occasion de l’Euro de football ou d’autres grands événements sportifs.
Il ne tient qu’aux habitants des villes concernées de faire pression sur leurs élus locaux pour qu’ils cherchent ailleurs des crédits pour cette rénovation. Il se pourrait donc que devant les mobilisations locales aucun de ces horribles panneaux ne voient le jour.

En attendant, ne boudons pas notre plaisir. Les paysages de la France, les entrées de ville de nombreuses communes ont obtenu au moins un sursis.
 

Mardi 9 Février 2016 Commentaires (0)

La référence à tout propos, et en général hors de propos, au changement climatique et à la COP 21 est aujourd’hui la référence obligée pour toutes les actions pour la préservation de la nature et de l'environnement, voire même pour la bonne santé des populations. La "lutte" contre le changement climatique les fédère en quelque sorte mais dans la confusion la plus totale. Tout se passe comme si le combat pour telle ou telle cause environnementale ou de défense de la Nature n'a de chance de mobiliser et de réussir, ou même seulement d'être visible et audible que s'il fait référence au changement climatique, même s'il n'a que peu ou pas de rapport avec le climat et que cela brouille les enjeux.


Cela s’est manifesté avec une évidence particulièrement nette lors de cette COP 21. Il suffisait de se rendre le dimanche 6 décembre 2015 au Village des Alternatives de Montreuil qui s’est tenu en marge de la conférence pour s’en rendre compte. Il y avait là, rassemblés sous la bannière de l’urgence climatique ceux qui voulaient promouvoir la consommation locale et le « manger bio », ceux qui expliquaient que pour sauver les espèces, il fallait planter des arbres et comme Zadig cultiver son propre jardin. Côte à côte avec ceux qui militent pour la sobriété énergétique, il y avait ceux qui promeuvent les ressourceries/recycleries et le zéro déchet. Il y avait des ateliers de « désobéissance  civile »,  etc. Tous ces thèmes se voulaient rattachés plus ou moins artificiellement et de façon fort confuse, y compris dans l’esprit de nombreux participants, à la question du réchauffement climatique. Certes si, comme cela est vraisemblable, une condition nécessaire d’une lutte efficace pour minimiser le réchauffement climatique ou pour s’y adapter est un changement radical de nos façons de produire et de consommer passant par une nouvelle organisation sociale, alors même un atelier de désobéissance civile peut être utile dans la lutte contre le réchauffement climatique !

Mais si ce changement radical est véritablement une condition nécessaire pour une politique climatique efficace, il le sera aussi pour la préservation de la biodiversité, des matières premières, des océans et de leurs ressources halieutiques, etc.   Pour l’un des organisateurs de ce village des alternatives « On va essayer de montrer (par cette manifestation) que ces alternatives toutes réunies construisent une société plus joyeuse, plus solidaire, plus humaine ». Soit, mais pourquoi toutes les  rattacher d’une façon arbitraire et confuse au climat alors que pour beaucoup d’entre elles, ce n’est ni leur motivation première, ni leur effet principal. Ainsi en est-il de la gestion des déchets selon les trois R (Réduire,  Réutiliser, Recycler) qui vise d’abord à économiser les ressources et notamment les matières premières, des politiques de l’eau, du bio qui vise à préserver les sols et la biodiversité, etc. Embrigadement sous la bannière de la lutte contre le changement climatique de toutes ces luttes et initiatives diverses et variées ou au contraire, instrumentalisation du changement climatique pour les promouvoir en profitant plus ou moins habilement de la caisse de résonnance fournie par la tenue de cette COP 21 et de l’emballement médiatique associé ? 

Particulièrement significatif de ce qui peut apparaître comme une sorte d’instrumentalisation de la lutte contre le changement climatique est le cas du combat contre la réalisation de l’aéroport de Notre Dame des Landes. Les opposants à la construction de cet aéroport  ont  réussi à le rattacher de façon spectaculaire à la question climatique en proclamant que sa réalisation était contradictoire avec les politiques de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Certes, il s’agit de la construction d’un nouvel aéroport et le trafic aérien est fortement émissif de CO2 mais il ne s’agit pas d’un aéroport supplémentaire puisque celui construit à Notre Dame des Landes  viendrait en remplacement de Nantes Aéroport. Ce qui est en cause avant tout, c’est l’emplacement choisi pour le construire : une zone humide particulièrement riche d’un point de vue d la biodiversité, une zone bocagère unique relativement épargnée par les ravages de l’agriculture industrielle. C’est cela qu’il s’agit de sauver de la disparition sous le béton et le goudron des aménageurs. Aujourd’hui, à côté de ces agriculteurs respectueux de l’environnement et de la Nature, s’est constituée sur le site une ZAD, véritable embryon de cette nouvelle façon de produire et de consommer apte à relever les défis écologiques lourds de catastrophes si nous continuons le business as usual et c’est aussi tout cela qui est précieux et à préserver.

D’ailleurs pour ces militants « anti-aéroport »,  il ne s’agit pas de lutter contre l’augmentation éventuelle du transport aérien. La meilleure preuve en est que leur « atelier citoyen » a planché sur « le maintien et l’aménagement de l’aéroport de Nantes-Atlantique, en alternative au projet de Notre-Dame-des-Landes ». Les aménagements proposés sont censés permettre de conserver l’aéroport sur son emprise actuelle « pour accueillir davantage de passagers, pour un coût tout à fait raisonnable. Aérogare, parkings, circulation autour de l’aéroport…, tout peut être restructuré pour réorganiser les circuits de façon optimale, tant pour le confort des passagers que pour l’activité des compagnies aériennes. L’agrandissement de l’aérogare est possible dès à présent, puis ultérieurement si nécessaire, en fonction de l’augmentation du trafic » (Nantes-Atlantique, Principaux résultats de l’atelier citoyen, ici  ). Il n’est donc pas question de chercher à limiter le trafic aérien et de refuser le projet de Notre Dame des Landes en tant qu’il permettrait son accroissement, la solution proposée le permettant également.

Enfin si les zones humides marécageuses sont à protéger, il sera très difficile d’expliquer que c’est en raison de la lutte contre le réchauffement climatique puisque ces zones sont fortement émettrices de CH4 puissant gaz à effet de serre.

Bref, l’invocation du changement climatique pour combattre le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes ne se justifie que par la volonté de rendre ce combat plus visible médiatiquement et tenter ainsi de le populariser et de lui trouver de nouveaux supporters. Et c’est finalement une bonne chose puisque ça a marché.

Finalement mises à part les associations spécialisées qui ont le changement climatique pour objet, toutes les autres qui s’y raccrochent le font par confusionnisme ou par opportunisme, exactement comme les scientifiques qui s’arrangent pour que les projets de recherche pour lesquels ils demandent des crédits puisent comporter une référence la plus crédible possible au changement climatique.
C’est de bonne guerre, mais cela n’est pas sans conséquence.
 
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Avant de le montrer en détail sur deux cas : la pollution atmosphérique et la biodiversité, je voudrais expliciter en quoi la position défendue ici est différente mais complémentaire de celle selon laquelle la question du changement climatique occulte et vampirise en quelque sorte tous les autres problèmes d’environnement, certains étant tout aussi urgents, préoccupants et ayant des conséquences plus néfastes tant en termes économiques que de santé publique, thèse  magistralement démontrée par Guillaume Sainteny dans son ouvrage Le climat qui cache la forêt.

En fait sur le terrain,  les actions pour défendre la nature ou l’environnement ne sont nullement réduites ou éclipsées par la question climatique: il y a toujours des associations qui agissent pour défendre les loups, la biodiversité, la qualité de l’eau ou le traitement correct des déchets et une économie circulaire, pour une agriculture bio, des circuits courts, des monnaies locales, etc. Des collectifs formels ou informels se forment dans des combats locaux mais à valeur globale comme à Sivens, Roybon,  Gardanne, Notre Dame des Landes, etc. Simplement ils utilisent sciemment ou confusément la question climatique comme faire-valoir de la cause pour laquelle ils combattent  pour peu que ce combat entretienne avec elle des liens même lointains, et même si, comme c’est le plus souvent le cas, cette relation ne peut être établie que grâce à la confusion médiatico-politique ambiante sur les questions écologiques. En  faisant cela ils participent volens nolens à cette vampirisation des politiques environnementales et de protection de l’environnement mise en évidence et dénoncée par Guillaume Sainteny.

Instrumentaliser la question climatique est donc de bonne guerre dans beaucoup de cas et permet de gagner des batailles mais cela peut être dangereux.  On va le voir en détail dans les deux cas que je vais traiter maintenant : la pollution atmosphérique et la préservation de la biodiversité et de la naturalité.

Embrigader la lutte contre la pollution atmosphérique sous le drapeau de la lutte contre le réchauffement climatique, c’est privilégier la seconde au détriment de la première et cela sans débat. Il en va de même pour la préservation de la biodiversité et de la naturalité.

Réduction des gaz à effet de serre versus purification de l’atmosphère

Naguère séparés les polluants atmosphériques et les gaz à effet de serre sont regroupés depuis la loi de 1996 sur « l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie ». Or il s’agit de deux catégories bien distinctes. Les émissions de CO2 et de la plupart des gaz à effet de serre ainsi que leur présence dans l’atmosphère ne dégradent pas la qualité de l’air au sens où ils ne portent pas atteinte à la santé de ceux qui le respirent et/ou n’aggravent pas les pathologies dont ils peuvent être affectés.
En revanche les particules fines (PM2,5 et PM10) assez petites pour être« respirables » et pénétrer jusque dans les alvéoles pulmonaires ne semblent pas être « à effet de serre » et pour la plupart d’entre elles avoir même un rôle d’atténuation de cet effet. Des climatologues auraient constaté que la pollution particulaire avait permis de ralentir le réchauffement sur l'Est des États-Unis à la fin du XXe siècle. Dans cette région, la température moyenne aurait ainsi chuté de un degré entre 1930 et 1990.(En savoir plus ). En fait, le rôle de ces particules en la matière n’est pas totalement élucidé et dépend probablement de leur composition. Par contre il ne fait aucun doute qu’elles sont particulièrement néfastes pour la santé de ceux qui les respirent.

Ce n'est pas seulement à l'horizon 2050 que les polluants atmosphériques tueront des gens. Ils les tuent déjà, ici et maintenant et le gouvernement qui a fait son cinéma lors de la COP 21 ferait bien de se préoccuper sérieusement de ce problème. La pollution à l'ozone et aux particules fines PM2,5 à elle seule cause le décès prématuré de 48 000 personnes par an en France.

Entre les véhicules à moteur diesel et ceux à moteur à essence, la France en favorisant fiscalement les premiers avait fait le choix implicite de privilégier la « lutte contre le changement climatique » sur la qualité de l’air, les moteurs diesels émettant moins de C02 que les moteurs à essence qui eux, émettent moins de polluants atmosphériques. En fait, même s’il s’agissait surtout dans l’esprit des gouvernants de favoriser les constructeurs français, on  voit bien sur ce cas que politique de santé environnementale et politique climatique peuvent exiger des choix opposés. Et cela perdure avec le système de « bonus-malus ». Celui-ci  n’est calculé encore actuellement qu’à partir des émissions de CO2 et favorise donc des véhicules qui peuvent être plus émetteurs de particules fines et d’oxydes d’azote, polluants atmosphériques mais qui ne renforcent pas l’effet de serre.

Autre source majeure, voire principale, d'émissions de particules fines : le chauffage au bois. Outre ces particules fines, les fumées produites par la combustion du bois contiennent  plusieurs composés polluants, comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et le benzène considérés comme cancérogènes. Pourtant, ce type de chauffage  peut être recommandé à cause de son bilan négatif en émission de CO2 : les arbres abattus comme bois de chauffe, s’ils sont remplacés par de nouvelles plantations, le bilan en émission de CO2 est nul. Substitué à un chauffage au fioul, un chauffage au bois réduit donc les émissions de gaz à effet de serre. La filière bois de chauffe a ainsi pu être valorisée comme ENR non émettrice de gaz à effet de serre. Elle l’est encore par la ministre actuelle de l’écologie qui s’est fait remarquer par sa croisade contre l’interdiction des feux de cheminée à foyer ouvert dans l’agglomération parisienne et qui a récidivé en faisant l’éloge du chauffage au bois.

Par contre les impératifs de santé publique actuels demanderaient que le chauffage au bois soit réglementé très sévèrement et interdit dans les agglomérations sauf si sont utilisés des appareils munis de dispositifs spécifiques réduisant les émissions, réglés par des professionnels et contrôlés obligatoirement chaque année. Ici encore impératifs de santé environnementale et politique climatique se heurtent de front. Il y aurait sans aucun doute des choix à faire, des compromis à trouver. Faudrait-il encore que ces contradictions soient clairement explicitées et les choix débattus. En plaçant sous la bannière du « combat climatique »toutes les politiques environnementales dans la confusion la plus totale, ni les politiques, ni les écologistes n’en prennent le chemin.

Lutte contre le changement climatique versus biodiversité et naturalité

L'érosion de la biodiversité n'a pas pour cause principale aujourd'hui le changement climatique. Les causes  principales en sont la disparition, la fragmentation ou la dénaturation des habitats des espèces, des pratiques culturales inadéquates, le commerce mondial,  la chasse et le braconnage... et in fine, l'explosion de la population mondiale. Pourtant de nombreux programmes d'études sont lancés pour déterminer l'impact du changement climatique sur la biodiversité dans une grande confusion entre causes, conséquences. Il faut dire que pour avoir des crédits de recherche, mieux vaut se situer dans ce créneau. Chercheurs et labos l’ont parfaitement compris.

Là encore des contradictions peuvent apparaître entre les exigences de sauvegarde des paysages, des espaces naturels et des espèces menacées d’un côté et les politiques climatiques de l’autre. C’est le cas notamment avec les usines d’aérogénérateurs installées en général sur des crêtes, à proximité de forêts dans des lieux semi-naturels ou du moins faiblement anthropisés ou bien en co-visiblité avec des monuments historiques comme dans le cas tristement célèbre de la cathédrale de Coutances.

Des stations d’Aristoloches pistoloches ont été détruites pour l’édification d’éoliennes industrielles dans le sud du Massif central alors que cette plante est très rare et le papillon qui lui est inféodé, la Proserpine est en grand danger d’extinction. Ces usines d’aérogénérateurs sont aussi une menace pour toutes les espèces  de chauves-souris, espèces qui sont toutes en danger d’extinction en France. Elles le sont aussi pour les rapaces.

Tout cela est assez bien connu, bien que volontairement ignoré par les thuriféraires des énergies dites renouvelables qui les considèrent comme un moindre mal pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les ravages que peuvent produire sur les forêts le développement de la filière bois/énergie considérée comme une forme d’ENR le sont moins et méritent donc que l’on s’y arrête plus longuement.

Le développement du bois/énergie et la filière associée, ENR supposée non émettrice de CO2 (du moins en stock, sinon en flux) entre en conflit avec les exigences de préservation de la biodiversité en forêt. On peut le constater sur la question de l’utilisation des résidus  d’exploitation  forestière  (rémanents). La filière bois/énergie s’y intéresse pour la fabrication de granulés et de plaquettes. Cependant la récolte de ces rémanents (menus bois,  chutes et rebus, petites tiges) constitue une exploitation plus intensive de la forêt et une exportation de biomasse supplémentaire qui n’est pas sans conséquences écologiques.
Au niveau des sols tout d’abord la récolte des rémanents entraine une diminution des stocks de matière organique, de carbone. Elle cause un appauvrissement significatif des réserves de nutriments tels que l’azote, le phosphore ou le calcium nécessaires à un bon état de la végétation herbacée ou ligneuse. Le bois au sol et le bois mort jouent un rôle capital dans l’écosystème forestier :  « Le bois  au  sol  est  un  habitat  essentiel  pour  de  nombreux  microorganismes,  notamment  fongiques  et bactériens. Il retient l’humidité, accumule l’azote et le phosphore, augmente le taux de carbone organique et constitue  un  habitat  pour  les  organismes  saprophytes  mais  aussi  pour  les  cortèges  ectomycorhiziens  et bactériens dans les forêts matures. » (Guy Landmann et al. 2015, p. 17) Le bois mort et les rémanents jouent aussi un rôle d’abri temporaire pour toute une faune allant des arthropodes aux mustélidés tandis que toute la biodiversité associée à ces rémanents constitue des ressources pour les oiseaux et les mammifères carnivores, y compris les chauves-souris. C’est l’ensemble de ce que les écologues appellent les chaînes trophiques qui est concerné par un effet de cascade.

Les appétits de la filière bois/énergie posent donc un réel problème dès que l’on prend conscience  du rôle capital joué par le bois mort dans l’écosystème forestier. Il faut noter que  ce problème ne peut être résolu en laissant simplement se décomposer quelques billes de bois pour compenser ces exportations hors forêt de rémanents car « bien  plus  que  le  volume  total  de  bois  mort  au  sol, c’est  la  diversité  des  types  de  pièces  de  bois  mort qui joue  un  rôle  déterminant  pour  la  biodiversité  des  espèces  saproxyliques  (Bouget et  al.,  2012).  Les communautés présentes dans les petits bois morts ne sont pas un sous-échantillon de celle des gros bois morts,  et,  les  pièces  en  état  de  décomposition  hébergent  des  assemblages  d’espèces  différents  (et  plus riches) des pièces fraîches. Les grosses pièces ne peuvent remplacer les petites pièces, pas plus que les éléments morts de la canopée ne peuvent se substituer à celles au sol. » (Guy Landmann et al. 2015, p. 17).

Enfin il faut rappeler que ce bois mort dont la présence et la décomposition est si précieuse pour la santé, la résilience de l’écosystème forestier et sa biodiversité produit en se décomposant du CO2 et du méthane(CH4) qui a un pouvoir radiatif 21 fois plus puissant que le CO2. Laisser se décomposer les rémanents est bon pour la biodiversité forestière mais mauvais pour la lutte contre l’effet de serre.  

Ici encore des arbitrages seront nécessaires. En fin de compte la question à résoudre est celle de savoir quelle forêt nous voulons. Enrôler la défense des forêts sous la bannière de la « lutte contre le changement climatique », c’est le décider d’emblée sans en avoir débattu et pour certains sans même soupçonner qu’il puisse y avoir matière à débattre : les forêts ne sont-elles pas le poumon de la Planète ?

La formule « les forêts sont le poumon de la Planète » est certes une jolie formule mais son sens n’est pas très clair. On veut sans doute dire par cela que les forêts produisent de l’oxygène et absorbent du carbone. Certes ! Mais l’inverse est tout aussi vrai notamment lorsqu’il s’agit de la forêt amazonienne ou de toute forêt mature d’un fort degré de naturalité peu ou pas exploitée. Ces forêts ont un bilan CO2 nul, le vieux bois laissé sur place restituant en se décomposant tout le carbone qu’il avait stocké en se formant et consommant exactement la même quantité d’oxygène que celle qu’il avait produit lors de sa formation. Par contre le bois prélevé lors des coupes dans les forêts exploitées ne se décompose pas et le carbone qu’il a emmagasiné continue à être stocké sous formes diverses : meubles, charpentes, tonneaux, etc. Seule une forêt exploitée dans laquelle la production nouvelle de bois sera prélevée peut jouer le rôle de poumon de la planète, c’est-à-dire une forêt qui va produire plus d’oxygène qu’elle n’émettra de CO2. C’est ainsi aussi qu’elle jouera ce fameux rôle de « puits de carbone » grâce aux exportations du bois qu’elle aura produit.

Enrôler les forêts dans la lutte contre le réchauffement climatique, c’est donc favoriser les forêts exploitées sur les forêts laissées à elles-mêmes. C’est développer « une sylviculture dynamique », c’est-à-dire une sylviculture qui vise avant tout à produire rapidement. C’est aussi préférer à la conservation de forêts matures feuillues, des forêts jeunes composées d’arbres à croissance rapide,  mais dans lesquelles la diversité biologique est faible et le degré de naturalité voisin de zéro. La préservation de la biodiversité peut là encore entrer en conflit avec la politique climatique et il en va de même pour la préservation d’espaces naturels à fort degré de naturalité que sont les forêts non exploitées et laissées en évolution libre. Matures, elles ne joueront pas le rôle de puits de carbone et leur bilan en termes d’émission de CO2 sera nul. Elles en auront produit autant que consommé. 

La forêt est un sujet sensible, source de conflit entre les différents usagers. Le genre de forêts plantées et/ou conduites pour produire un maximum de bois dans un temps minimum correspond bien à la conception d’une foresterie fortement teintée de productivisme. Il convient parfaitement à ceux qui veulent rationaliser, valoriser et rentabiliser la forêt française, ONF, communes, propriétaires privés, tous soucieux de profit. Le fait d’être de surcroît  des puits de carbone efficaces permet de présenter  ce genre de forêts comme « écologique ». C’est ainsi que peuvent être justifiées les plantations de « sapins » douglas parfaitement adaptées à ces usages, arbres que les défenseurs de la Nature n’hésitent pas à qualifier de « peste verte ».

Ces derniers sont unanimes à dénoncer cette conversion en plantations monospécifiques de résineux des forêts naturelles à majorité de feuillus, notamment les forêts composée en majorité de hêtres qui sont une de ces espèces dites « dryades » ou « climaciques » , c'est-à-dire celles qui composent les dernières phases des successions végétales dans les forêts tempérées de nos contrées. Dans le Morvan ou dans les Vosges certains militants n’hésitent pas à utiliser la tronçonneuse pour endiguer cette invasion de résineux quitte à risquer les foudres de la justice. Leurs actions peuvent être comparées à celles des « faucheurs d’OGM », bien qu’elles soient bien moins médiatisées.

Ces tentatives d’enrésinement de la forêt française ne datent pas d’aujourd’hui. C’est même une constante des aménageurs forestiers, même si c’est pour des motifs variés, l’objectif est toujours le même : produire un maximum de bois en un minimum de temps. Et la riposte des plus déterminés est la même. Ainsi dans les années 70, en sabotant les engins de l'ONF et en décapitant les jeunes plans, des « éco-guerriers » firent échouer un plan gestion de la forêt de Fontainebleau qui prévoyait coupes rases de vieilles futaies et plantations de résineux. Le plan fut suspendu et un « Comité pour l’avenir de la Forêt de Fontainebleau » fut créé.

Ces éco-guerriers renouaient ainsi avec les peintres de l’école de Barbizon,  Théodore Rousseau en tête, qui avaient fait échouer une première tentative d’enrésinement pour boiser les platières en massacrant les plantations de pins des aménageurs. Ces ancêtres des éco-guerriers furent à l’origine d’un premier plan d’aménagement de la forêt avec la création en 1861 des « réserves artistiques » comprenant 542 hectares de vieilles futaies et 555 hectares de rochers soustraits à toute intervention, où rien ne serait abattu ou planté.

Cependant il est plus facile (ce qui ne veut pas dire qu’il est facile !) de s’opposer à une foresterie productiviste à Fontainebleau où la forêt possède une réputation mondiale non seulement pour sa biodiversité mais aussi grâce à sa glorification par les écrivains et les peintres. A proximité de la concentration urbaine capitale, sa fonction de loisir est première et aujourd’hui reconnue par l’ONF (les 13 millions de visiteurs annuels ne sont pas sans poser problème mais c’est une autre histoire). Défendre la biodiversité et/ou la naturalité des forêts du Morvan, de l'Auvergne, des Cévennes ou des Vosges est nettement plus ardu.
Et même défendre leur existence tout court ! Par exemple contre les projets de méga-centrales de biomasse tels que celui d’E.On à Gardanne qui prévoit d’y brûler 855.000 tonnes de bois par an pour moitié prises sur la forêt française. Comme le dénonce Jean-Claude Génot : « Avec un tel procédé industriel, l’arbre, formidable organisme vivant, devient une biomasse et la forêt un champ d’arbres car après la coupe rase, les forêts céderont le pas aux plantations de conifères à croissance rapide. »

Quel devenir pour les forêts françaises ? Doivent-elles être transformées en champ d’arbres ? Leur naturalité et leur biodiversité doivent-elles être sacrifiées au profit de l’atténuation et de l’adaptation au changement climatique ? Ceux qui chantent les louanges des forêts puits de carbone, précieux auxiliaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, ceux qui préconisent le développement de la filière bois comme ENR le font-ils en connaissance de cause ? Ceux qui croient que la forêt amazonienne joue ce rôle, sûrement pas. Mais à côté de ces écologistes naïfs et ignorants, il y a des écologistes (ou prétendus tels) qui ne le sont pas mais qui subordonnent toutes les politiques environnementales et de protection de la nature à une politique climatique jugée absolument prioritaire. Il y a aussi des gestionnaires de forêts publiques ou privées particulièrement bien formés et informés pour lesquels il s’agit là d’une bonne aubaine pour réitérer avec la forêt ce qui a été fait avec l’agriculture sans avoir à redouter ceux qui parmi les écolos sont vent debout contre le changement climatique au point d’en oublier tout le reste.  

 Jean-Claude Génot a sans doute raison lorsqu'il affirme : « Tout ce qui se profile sous couvert d’adaptation au changement climatique et de réduction des gaz à effet de serre vise à en finir avec la forêt telle que François Terrasson la définissait. Adieu forêt magique, désordonnée, sombre et composée d’arbres vénérables, place au champ d’arbres clair quadrillé de couloirs pour les machines, composée d’arbres standardisés, rajeunis et espacés, qui répond aux attentes de l’industrie et à la volonté de maîtrise de certains ingénieurs forestiers qui ne pouvaient pas supporter que la forêt, dernier refuge du sauvage, ne soit pas domptée.»
À l’évidence, une authentique politique de préservation des forêts françaises, de leur biodiversité et de leur naturalité heurte de front les politiques énergétiques visant à les utiliser pour atténuer le changement climatique, si tant est que ces dernières ne soient pas qu’un faire-valoir d’une sylviculture productiviste.

L’avenir de la forêt française, notre façon de la considérer et de la préserver : tout cela doit faire débat. Enrôler la défense des forêts sous la bannière de la « lutte contre le changement climatique » dans la confusion et en parfaite méconnaissance des conséquences de cette subordination, c’est le trancher d’emblée sans qu’il ait vraiment eu lieu et interdire même qu’il puisse avoir lieu et cela au détriment d’une politique de préservation de ces forêts.
 
Ouvrages cités :

Génot Jean-Claude, 2013. François Terrasson, penseur radical de la nature. Editions Hesse : Saint-Claude-de-Diray 41350,  237 p.
Landmann  G.,  Achat  D.,  Augusto  L.,  Bigot  M.,  Bouget C.,  Boulanger  V.,  Cabral  A.-S., Cacot E.,  Deleuze  C.,  Gibaud  G.,  Nivet  C.,  Pousse  N.,  Richter  C.,  Saint-André  L.,  Thivolle Cazat A., Zeller B., 2015. Projet RÉSOBIO. Gestion des rémanents forestiers : préservation des  sols  et  de  la  biodiversité.  Synthèse  de  l’étude RÉSOBIO  Angers :  ADEME,  Paris : Ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt - GIP Ecofor, 24 p.
Sainteny Guillaume, 2015. Le Climat qui cache la forêt ; comment la question climatique occulte les problèmes d’environnement. Editions Rue de l’échiquier, Paris, 267 p.
 
 

Mardi 9 Février 2016 Commentaires (0)

Le GIEC, l’Église de la climatologie et leurs thuriféraires prévoient qu’à cause du réchauffement climatique on ira de catastrophes en catastrophes. Pourtant, l’histoire, la préhistoire et la paléo-histoire du climat semblent indiquer l’inverse. Les périodes chaudes ont toujours été favorables à la vie et, dans les temps historiques, aux hommes. Les froides, c’est le contraire : « Les périodes de réchauffement ont toujours correspondu à des âges d'or pour l'humanité. Ce fut le cas il y a 8 000 ans, au Néolithique, avec l'invention de l'agriculture et plus tard au Moyen Age entre le Xe et le XIIIe siècle. A l'inverse les périodes de refroidissement ont toujours été synonymes de baisse de récoltes et donc de famines, de conflits voire d'épidémies qui ont provoqué de véritables hécatombes. Le XIVe siècle a été, pour toutes ces raisons, l'un des épisodes les plus noirs de l'histoire de l'Europe. Du coup, je m'étonne que la perspective d'un éventuel réchauffement soulève tant de craintes et de préventions... » Yves Lenoir, écologiste anti-nucléaire, auteur de Climat de panique et de Tchernobyl sur Seine avec Hélène Criée.


Climat : un petit coup de chaud, c’est agréable….
Une faune indigène en pleine santé grâce à une succession d’hivers doux

Pour montrer l’abomination du réchauffement climatique qui serait en cours, pour le faire toucher du doigt en quelque sorte, rien ne vaut quelques images d’ours polaires sur une banquise qui se fendille. On les retrouve même dans les manuels de SVT des collèges. Comment ne pas s’apitoyer devant les malheurs de ce gros nounours blanc qui, vu de loin, ressemble à une belle peluche, à un doudou ? Comment ne pas se sentir coupable ? Certes, ce n’est pas seulement le réchauffement climatique qui menace ce super prédateur mais il est certain que, d’origine anthropique ou non, si le réchauffement climatique se poursuivait selon les prévisions du GIEC, ce qui pour l’instant n’est plus vraiment le cas, l’espèce aurait à s’adapter et ne serait pas, pour ce que l’on en sait, l’une des gagnantes de ce changement.
L’ours polaire arctique ne devrait pourtant pas nous faire oublier une faune plus familière, celle qui fréquente nos jardins par exemple que quelques jours de froid extrême met à mal. Pour elles, un petit coup de chaud serait bien agréable.

Climat : un petit coup de chaud, c’est agréable….
Si j’étais un rouge-gorge, ou une mésange charbonnière, bleue, nonnette, à longue queue, ou un autre petit passereau, je serais bien heureux que les hivers soient moins rudes, durent moins longtemps. J’aurais plus de chance de les surmonter, moins de risque d’y laisser des plumes.
Si j’étais un jeune marmotton né cet été, moi aussi j’aurais plus de chance de sortir d’hibernation et d’être encore en vie à la fin de l’hiver pour goûter aux bonnes choses de la vie.
Si j’étais un jeune chamois, un petit bouquetin, ou un vieux barbu cornu, la vie serait moins dure et je passerais l’hiver sans trop de souci.
C’est un fait que mettent en évidence les comptages réalisés dans les parcs nationaux, les hivers doux que nous avons vécus naguère et que nous vivons actuellement sont favorables aux populations d’ongulés sauvages qui peuplent nos montagnes et cela malgré l’apparition d’un nouveau venu, le loup.

Des arbres qui poussent plus vite et sont plus grands

Cela est dû autant à la température plus douce qu’au CO2 plus abondant. La croissance des arbres est proportionnelle à la disponibilité de ce gaz honni et à la température. Jouons à YAB et alignons des chiffres : on note une augmentation de 30% à 150% de volume des essences forestières, cette augmentation étant la plus marquée chez les résineux. Les chênes sont plus hauts de 10 mètres en moyenne. La maturité d’un chêne est passée à 180 ans, elle était de 250 ans ; celle d’un hêtre à 120 ans, elle était de 100. Fin de l’épisode YAB qui vient de remonter dans son hélico. Grâce à lui, à sa gabegie de carbone, les arbres ont leurs houppiers qui frémissent d’aise… A moins que ce ne soit à cause du déplacement d’air des pales de son hélico.

Si maintenant on s’intéresse à nos semblables

On le sait bien, les nuits les plus chaudes sont aussi les plus câlines…

Climat : un petit coup de chaud, c’est agréable….
Demandez donc à ceux qui dorment sous les ponts ou sur les trottoirs des quartiers d’affaires s’ils préfèrent les nuits où l’hiver devient mordant aux nuits plus douces des hivers de la fin du siècle dernier ! Pour tous ceux qui goûtent aux joies du camping urbain sur les quais de la Seine ou ailleurs, un petit coup de chaleur, ça ferait du bien. Comme le chantait Aznavour « La misère est moins dure au soleil »
En 1816 en Amérique, le ciel a été obscurci par des projections volcaniques, ce qui a entrainé la baisse des températures, empêchant le blé de murir et entrainant une grave famine.
De façon plus générale, lorsque le froid décroît, cela est bénéfique à l’agriculture. Les terres cultivées augmentent, les récoltes sont meilleures et les famines moins nombreuses. L’optimum climatique du Moyen Age – période pendant laquelle les températures étaient beaucoup plus élevées que maintenant, au moins dans l’hémisphère nord – a été une période faste pour l’humanité. Le Groenland portait bien son nom et les Vikings découvrent l’Amérique. Par contre avec la dégradation du climat au XIVe siècle, les famines reviennent de 1315 à 1317, en 1332, de 1335 à 1338 tandis que commence la guerre de cent ans (1337) et que dix ans plus tard sévit de 1348 à 1350, la peste noire.

L’ennemi de la vie, ce n’est pas le chaud, c’est le froid.

Vous êtes-vous demandé pourquoi les « hot spots » de la biodiversité sont nombreux dans les régions au climat tropical et semi-tropical ?

Tout simplement parce qu’un climat chaud et humide est plus favorable à l’épanouissement de la vie qu’un climat froid et sec. Un climat chaud et humide est excellent pour une végétation aussi exubérante que diversifiée. Plus la diversité végétale est importante, plus variées et nombreuses seront les espèces herbivores que cette végétation pourra nourrit car la nourriture sera variée. C’est un enchaînement vertueux. Si les forêts tropicales abritent beaucoup plus d’espèces d’arbres que les forêts européennes, c’est aussi parce que les glaciations d’il y a deux millions d’années ne sont pas descendues jusqu’à ces latitudes.

Climat : un petit coup de chaud, c’est agréable….
Savez-vous pourquoi les forêts nord-américaines possèdent environ huit fois plus d’espèces d’arbres que les forêts européennes (environ huit cents espèces pour les premières, seulement une centaine pour les secondes) ?

Parce que lors des glaciations du quaternaire, les arbres des forêts européennes n’ont pas pu se « réfugier » en Afrique, pris au piège par la barrière que constituent les chaînes de montagne des Alpes et des Pyrénées et la mer Méditerranée. Les chaînes de montagne d’Amérique du Nord sont, elles, orientées nord/sud et le Mexique crée une continuité avec l’Amérique du Sud. Le refroidissement ayant débuté à l’aube du quaternaire et s’étant poursuivi lentement, les arbres du continent Nord-américain ont pu, génération après génération, migrer vers une zone climatique adaptée à leurs besoins et échapper à l’hécatombe des grandes périodes de glaciation qui ont débutées il y a deux millions d’années. Aux alentours de 13 000 ans BP, le réchauffement climatique a permis aux arbres de repartir vers le Nord. En Europe, les rescapés du froid qui avaient trouvé asile dans les Carpates roumaines, les Balkans croates, l’Italie et le sud la France vont revenir lentement repeupler leurs régions d’origine. Le retour a commencé avec les espèces pionnières que sont les Bouleaux, les Tilleuls et les Pins qui reconstituèrent l’humus sur lequel purent alors s’installer le Sapin et le Hêtre, il y a environ 5000 ans, puis arrivèrent Charmes et Châtaigniers. Il a fallu attendre 2000 ans de plus avant que n’arrivent les Chênes. Les Épicéas sont parmi les derniers arrivés, il y a quelques 500 ans avant J. -C. Le refroidissement climatique a apporté la mort et nos forêts n’ont jamais retrouvé la biodiversité qui était la leur au début du quaternaire. Sur le continent américain, les espèces d’arbres ont pu se soustraire au froid mortifère et grâce au réchauffement climatique venir repeupler leurs anciens territoires. Un petit coup de chaud, c’est bon pour la biodiversité forestière. Un coup de froid, c’est la cata.

Un petit coup de chaud et c’est la malaria dans la vallée du Rhône? En voilà une blague !

Elle est propagée par le GIEC et Al Gore. Lisons plutôt ce qu’en dit le Professeur Reiter, de l’Institut Pasteur, l’un des meilleurs spécialistes mondiaux des maladies ‘tropicales’. Il a claqué la porte du GIEC et a dû batailler ferme pour que son nom ne figure pas sur les fameux rapports dont il conteste et le contenu et la méthode. Il considère que l’idée selon laquelle « Les maladies ‘tropicales’, notamment le paludisme, se propagent vers les latitudes septentrionales en raison de la hausse des températures » est une idée fausse. Selon lui, « les données historiques montrent que, par le passé, le paludisme était répandu dans les régions tempérées, jusqu’en Scandinavie, et a même su résister aux années les plus froides du petit âge glaciaire. Par ailleurs, dans la majeure partie d’Europe et d’Amérique du Nord, la prévalence de la maladie a amorcé une chute rapide au milieu du 19è siècle, précisément au moment où la planète commençait à se réchauffer. Ce recul s’explique au vu des changements complexes intervenus dans l’écologie rurale et les conditions de vie suite à l’industrialisation, notamment le dépeuplement des zones rurales, les nouvelles techniques culturales et pastorales, le drainage, l’amélioration de l’habitat, l’offre de meilleurs soins de santé et la baisse substantielle du prix de la quinine. » L’extension ou la régression du paludisme ne sont pas liées à l’augmentation ou la baisse des températures, à un réchauffement climatique éventuel mais à des combinaisons de facteurs beaucoup plus complexes.

Un petit coup de chaud et voilà les tempêtes, ouragans et autres calamités météorologiques ? Pas sûr du tout.

« Depuis quelques années, il ne se passe pas un hiver excessivement chaud, comme celui de 1989 – 1990, ou très enneigé comme le dernier, voire une inondation spectaculaire sans que l’on en appelle ici ou là, à « l’effet de serre ». Ces événements peuvent-ils s’expliquer par la variabilité naturelle du climat ou sont-ils liés à un changement climatique d’origine anthropique ? Faute de données suffisantes, il est difficile de répondre à cette question. Les mesures instrumentales ne sont en effet pas assez longues pour décrire la fréquence de ces événements dans le régime climatique précédant le réchauffement climatique actuel, c’est-à-dire grosso modo avant 1900. Pour cela, il faudrait étudier les documents historiques relatant ces épisodes dits exceptionnels sur les sept ou huit derniers siècles. » Christian Pfister, le puzzle climatique des historiens, La Recherche, 321, Juin 1999, 64 – 68.

Tous les effets catastrophiques d’un petit coup de chaud prédits par le GIEC sont contestés par des scientifiques de renom et l’histoire du climat comme sa paléo-histoire ne tranche pas en faveur de ce catastrophisme. Si l’on ne perd pas de vue cette vérité incontestable, à savoir que la chaleur favorise la vie et ses manifestations, qu’elle a été une des conditions de l’apparition de notre civilisation, et même si l’on estime que cela ne fut peut-être pas une bonne chose, on peut réellement douter que les Cassandre du GIEC aient raison.
Oui, pour tout un tas de choses, un petit coup de chaud, c'est agréable et avant que l’on retrouve les températures de l’optimum du Moyen Age, il y a encore de la marge.

Photos :
Ours polaire, Angsar 23/07/1996 (Wikicommons)
Jeunes bouquetins, Col de Fenestre, Parc du Mercantour, J.F. Dumas, 20/08/2009
Tentes de SDF le long du Canal Saint-Martin, Aleske (Wikicommons)
Quercus rubra (Chêne rouge), Duke Island Park, New Jersey, Timothy van Vliet, 2004 (Wikicommons)
Marmotte sortant d'hibernation au printemps.

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Postscriptum

Cet article que j'avais voulu un peu provocateur a été publié initialement le 6/02/ 2012. En quatre ans, les choses n'ont guère évolué et il n'a pas pris une ride. Simplement j'aurai pu ajouter de nouvelles références.
Je le mets à nouveau en page d'accueil suite à un tweet envoyé il y a quelques jours par une journaliste, militante de la cause animale qui écrit «Chaque jour de cet hiver qui n'en est pas, je regarde la météo en pensant aux ours polaires. Sortez les mouchoirs » sans penser que la faune sauvage d’ici, y compris les oiseaux qui vivent dans nos villes,  profite de cet hiver peu rigoureux.



 
Climat : un petit coup de chaud, c’est agréable….

Mercredi 3 Février 2016 Commentaires (0)
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