Dans le cadre de la discussion du projet de loi « relatif à la transparence, à la lutte contre la corruption et la modernisation de la vie économique » le gouvernement a fait adopter le 2 Juin 2016 un amendement visant d’une part à élargir aux abattoirs et aux entreprises de transport le délit de maltraitance envers les animaux et permettant d’autre part de protéger les employés de ces structures qui dénonceraient de tels agissements s’ils advenaient dans leur entreprise.


Pour une fois que le gouvernement actuel prend une bonne initiative en ce qui concerne le traitement des animaux, il est juste de le souligner.

« L’exposé sommaire » qui accompagne un amendement est un texte relativement bref  qui  a pour fonction de l’expliciter, d’en fournir les motifs et le but.  Dans le cas présent, il est très clair. Je le cite en entier.
« La diffusion successive d’images inacceptables dans les abattoirs d’Ales, du Vigan et de Mauléon ont interpellé l’ensemble des acteurs du secteur et les pouvoirs publics, ainsi que les citoyens, et ont renforcé la volonté d’une mobilisation collective.
À ce titre, le présent amendement vise donc à renforcer et harmoniser le cadre des sanctions pénales en qualifiant de délit les mauvais traitements exercés sur les animaux en abattoir et dans les entreprises de transport, comme c’est déjà le cas pour les élevages ou les refuges pour animaux.
De fait, la protection de tous les salariés signalant manquement grave à la loi, apportée dans le présent projet de loi et reprise des dispositions de la loi sur la lutte contre la fraude financière de décembre 2013, pourra alors s’appliquer aux cas des mauvais traitements observés à l’abattoir. Il est indispensable que les personnes qui travaillent dans un abattoir puissent disposer d’une protection particulière lorsqu’ils seraient amenés à constater des infractions à la protection animale dans le cadre de leur travail quotidien. »
Dans cet « exposé sommaire », le gouvernement reconnait donc que c’est la diffusion par l’association L 214 de vidéos montrant les mauvais traitements infligés aux animaux dans ces abattoirs qui est à l’origine de son amendement. Tous ceux qui se soucient du bienêtre animal peuvent donc féliciter et le gouvernement et l’association L 214 ; l’association L 214 puisque sans ses révélations, rien n’aurait été entrepris, le Gouvernement qui a su donner un débouché légal à l’indignation suscité par ces révélations.
 

Bien entendu, les végétariens qui le sont pour des raisons éthiques et non pour des raisons diététiques ne seront pas satisfaits, pas plus que ne le seront les « végans ». D’ailleurs le but que poursuit L 214 n’est pas seulement d’adoucir le sort des animaux promis à l’abattoir. Ce que vise cette association, c’est la disparition des abattoirs, l’abandon d’une alimentation carnée pour des raisons éthiques. Cet objectif peut sembler parfaitement irréaliste mais comme l’énonce un aphorisme célèbre « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer »

Si un jour, il advenait que les humains renoncent à une alimentation carnée, ce serait contraints et forcés, nécessité faisant loi sur une planète entièrement anthropisée et densément peuplée comme l’est l’ile de Tikopia, une des îles Salomon isolée au milieu de l’Océan Pacifique, un confetti de 5 km2 avec une densité de 240 habitants/km2, peuplée des seuls humains et de leurs cultures vivrières, où même l’élevage a dû être abandonné à cause du manque de place pour produire la nourriture des bestiaux.

Nous n’en sommes pas là et il faut espérer que nous n’y arriverons jamais bien qu’une planète jardin soit une utopie caressée par une certaine forme d’écologie, ce n’est pas celle de l’auteur de ces lignes. L’homme étant un mammifère omnivore, il y a peu de chance que les populations humaines deviennent en masse végétariennes et il y en a encore moins qu’elles deviennent véganes. Il ne faut donc pas se tromper de combat.

Que l’occidental mange moins de viande qu’il n’en mange et qu’il se souvienne qu’il est omnivore, qu’il peut donc aussi manger des céréales et des légumes, sa santé n’en sera que meilleure et cela sera bon aussi pour la planète. Mais vouloir que les hommes ne mangent plus du tout de viande, ce n’est pas conforme à leur nature et c’est une utopie dont les conséquences, multiples et diverses selon les pratiques agricoles, sont difficiles à déterminer. Elles ne seraient sans doute pas toutes positives. Paradoxalement cela pourrait conduire à la disparition des espèces et races d’animaux dont on refuse l’exploitation et/ou l’abattage. C’est ce que peut laisser supposer le cas de races de chevaux de trait ou de vaches jugées improductives ou moins productives que d’autres. Ces races ne subsistent que par la grâce quelques passionnés. Des sociologues considèrent qu’une idéologie végane triomphante pourrait conduire à la fabrication et à la mise sur le marché de viandes obtenues par cultures in vitro.

Après tout, ce n’est pas par pure compassion vis-à-vis des animaux de boucherie mais pour satisfaire l’opinion, choquée à juste titre par les vidéos de L 214 que le Gouvernement a introduit ces sanctions et contrôles par voie législative. C’est pour garantir, sinon la bonne santé, du moins la survie de la filière de l’élevage qui souffre déjà de mille maux. Pour cela, il est vital de rassurer l’opinion publique. Les bêtes seront sacrifiées mais « proprement ».

Cela est bien entendu inadmissible pour les végétariens « éthiques », a fortiori pour les végans. Leur objectif n’est pas d’obtenir que les animaux de boucherie soient abattus dans les meilleures conditions en leur évitant stress et souffrances mais qu’ils ne soient plus abattus du tout et que les abattoirs soient fermés. Cet objectif n’est pas entièrement compatible avec celui d’obtenir une amélioration de la condition des animaux de boucherie pour la raison simple que dans si l’abattage sans stress et sans souffrance d’animaux de boucherie était effectif et reconnu comme tel, végétariens éthiques et végans perdraient un argument de poids pour rallier les gens à leur cause.

C’est pourtant cet objectif qui doit être visé en priorité. Il est ou peut être consensuel au sein de la société et il y a encore beaucoup à faire pour que les animaux de boucherie soient abattus sans stress mais c’est possible comme le prouvent les résultats obtenus par Temple Grandin (Cf.  son ouvrage qui a eu plusieurs rééditions  Livestock Handling and Transport, 4th Revised ed. (June 27, 2014),  CABI éditeur). Il existe aussi des initiatives à encourager comme celle d’un  camion abattoir allant de ferme en ferme évitant aux animaux le stress et l’inconfort du transport et du séjour dans ces grandes unités qui abattent à la chaîne. D’autres éleveurs sont partisans de l’abattage dans le pré, d’un coup de fusil : « Vous savez, quand une vache est abattue dans le pré, elle ne s’y attend pas et les autres ne sourcillent pas. Cela change tout » (20 Minute «Nous voulons obtenir le droit d'abattre nos animaux dans nos fermes», 27/2/2016). Il faut qu’un mouvement d’opinion fasse évoluer la législation à l’échelle européenne. Jusqu’à présent, la loi interdit que les bêtes soient abattues à la ferme. 

Il va sans dire que cette recherche du bien-être du bétail suppose que l’on abandonne tout égorgement sans étourdissement préalable. Certaines autorités religieuses musulmanes considèrent que cet étourdissement, dès lors qu’il est en droit réversible permet un abattage hallal. Par contre, les autorités religieuses juives se sont montrées jusqu’à présent plus intransigeantes en ce qui concerne l’abattage casher. Il faudra leur faire comprendre qu’un peu plus de souplesse est nécessaire de leur part, d’autant que les fidèles de cette religion ont l’interdiction de manger la partie arrière de l’animal abattu qui est commercialisée sans qu’il puisse être fait mention de la façon dont il a été abattu, malgré la demande réitérée d’associations de consommateurs, d’éleveurs et de vétérinaires.

Récemment, lors de son audition devant la commission d’enquête parlementaire sur les « Conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français » le ministre de l’agriculture a encore déclaré qu’il était contre un tel étiquetage au motif que les barquettes de viande qui porteraient l’étiquette « abattu de manière casher » seraient invendables alors qu’il s’agit de morceaux que les non-juifs considèrent comme nobles : « Si on fait ça, on aura sur la barquette "abattu de manière casher". Bon, ça veut dire que la moitié de l’animal, quand il sera abattu ne sera pas commercialisable et sur les parties, pour ce qui nous concerne nous, les plus nobles [...] Moi sur ce sujet, je ne suis pas favorable à l'étiquetage. »

Lors de la dernière élection présidentielle seul Jean-Marc Governatori de l’Alliance Ecologiste Indépendante (AEI) avait proposé l’Interdiction de l'abattage sans étourdissement préalable, et l’interdiction de l'importation de viande issue d'animaux abattus sans étourdissement, et cela dès Janvier 2012, avant donc que cette question instrumentalisée par l’extrême-droite fasse irruption dans les médias. Mais en 2012 comme en 2007, Jean-Marc Governatori n’a  pas eu les 500 signatures pour se présenter. Quant à la candidate EELV, empêtrée dans les contradictions de son parti, elle avait choisi le déni de réalité, soutenant qu'ainsi sacrifiées, les bêtes ne souffraient pas !

Il est à noter que lors d’autres auditions de cette commission d'enquête parlementaire sur les «Conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français», des associations mais aussi des professionnels des abattoirs ont souligné que la recherche du bien-être animal était en contradiction avec l’absence d'étourdissement pour l'abattage rituel. Peut-être serait-il possible de s’appuyer sur les nouvelles dispositions législatives introduites par cet amendement pour rendre cet étourdissement obligatoire dans les abattoirs français avec interdiction d’importation de viande d’animaux abattus sans cet étourdissement préalable. Cela monterait que ces dispositions ne sont pas là seulement pour calmer l’opinion mais qu’elles sont utiles.

Le bien-être du bétail est un combat et un souci qui est actuellement porté sur la place publique surtout par les végétariens éthiques et les végans. Mais finalement, eux aussi instrumentalisent le combat contre cette maltraitance en s’en servant pour tenter de culpabiliser les gens ou de provoquer des sentiments de pitiés pour qu’ils renoncent à une alimentation carnée. Lorsqu’ils exhibent des portraits de petits veaux tout mignons, il serait bon de leur rappeler que si tout le monde suivaient le même régime qu’eux, ces veaux n’existeraient plus qu’en photo.  

Ce sont les omnivores qui devraient être à la pointe du combat pour le bien-être du bétail. En effet, assumer son statut d’omnivore opportuniste ne veut pas dire être insensible à la souffrance des animaux que nous mangeons. Il faut les tuer proprement, rapidement et par surprise. Il faut aussi que leur vie, bien que brève, ait été la meilleure possible et donc pas de gavage, pas d'élevage hors sol. C’est une exigence éthique et sa satisfaction concerne au premier chef tous les omnivores humains.

Ces dispositions légales ne sont qu'un début. Il y a encore beaucoup à faire et il faudra sans doute du temps pour que les choses changent vraiment.
 

Dimanche 19 Juin 2016 Commentaires (1)

Suite aux propos de Manuel Valls mettant en cause la CGT celle-ci a publié une mise au point que nous retranscrivons intégralement. Il faut voir que cette attaque contre la CGT préfigure la volonté du gouvernement qui se dit socialiste d'interdire les nouvelles manifestations contre le projet de loi travail. Cela nous est apparu nécessaire de reproduire le communiqué de la CGT pour contrebalancer auprès des lecteurs de ce blog la façon scandaleuse dont les grandes chaînes de TV ont rapporté les faits et minimisé l'importance de la manifestation.

Concernant les affrontements devant l’hôpital Necker, là aussi une mise au point s'impose car ces mêmes chaînes ont donné un compte rendu tendancieux des évènements en bonnes chiennes de garde de l'ordre établi aux ordres d'un gouvernement et d'un président de la république qui ont trahi ceux qui les ont porté au pouvoir. Elles ont emboîté sans vergogne le pas de Valls et Cazeneuve dans l'instrumentalisation de la détresse des enfants très malades et de leurs parents comme le dénonce l'un d'entre eux. Nous publions des extraits de son témoignage.


Le communiqué de presse de la CGT
Réaction de la CGT aux propos inacceptables du Premier Ministre Manuel Valls

Le Premier Ministre vient d’accuser la CGT d’être responsable des violences intervenues en marge de la manifestation nationale du 14 juin, à Paris, contre le projet de loi travail.
La CGT tient à rappeler au Premier Ministre que cette mobilisation, comme les précédentes, n’a pas été organisée par la CGT mais par 7 organisations syndicales de salariés et de jeunesse qui, depuis 4 mois, dans l’unité, demandent le retrait de ce texte régressif.
Quelle est la réalité des faits ? C’est en marge du cortège de cette manifestation, déposée par les organisations et validée par la Préfecture de police de Paris, que des bandes de casseurs se sont à nouveau livrées à des exactions que la CGT a d’ailleurs condamnées officiellement, une fois de plus, dans son communiqué national.
Le Premier Ministre ne peut ignorer qu’il incombe aux pouvoirs publics, dont il a la première responsabilité, d’assurer la sécurité et le maintien de l’ordre.
La CGT souligne le sang-froid et la maitrise des militants de son service d’ordre qui, sans faillir, ont pris les dispositions nécessaires afin de garantir la sécurité des participants à cette manifestation massive.
En conscience et prenant en compte les informations données par les services de la Préfecture, les organisations syndicales ont fait le choix de ne pas aller jusqu’au bout du parcours prévu, malgré la frustration légitime des participants, pour ne pas les exposer davantage à la violence et aux incidents générés par des éléments extérieurs. Face à cette contrainte, une fois encore, l’ensemble des services d’ordre des organisations a su créer et mettre en œuvre les conditions pour que les participants, venus de toute la France, puissent rejoindre leurs moyens de transport.
La CGT tient à rappeler au Premier Ministre que, comme il n’est pas de la responsabilité des supporters d’assurer la sécurité dans et autour des stades de l’euro de football, de la même façon il n’est pas de la responsabilité des manifestants d’assurer la sécurité dans et autour d’une manifestation autorisée par la Préfecture de police.
Menacer d’interdire les manifestations est le signe d’un gouvernement aux abois.
Plutôt que de faire l’inventaire tendancieux d’éléments à charge contre la CGT, Manuel Valls ferait bien mieux d’entendre la majorité des salariés, des jeunes et plus largement des citoyens qui rejettent ce projet de dumping social et de destruction de notre modèle de société.
Montreuil, le 15 juin 2016 "
Les affrontements devant l'hôpital Necker

Il semblerait que ce soit dans la confrontation violente entre CRS et groupes autonomes qui a eu lieu devant l’hôpital Necker que ce dernier a subi des dégradations.
Voici ce que rapporte à ce sujet le journaliste Thomas Clerget sur Regard.fr  :
Arrivés devant l’hôpital Necker, à l’intersection du boulevard Montparnasse et de la rue de Sèvres, les militants autonomes ont lancé une attaque intense, qui a duré près d’une demi-heure, sur la ligne de CRS placée au coin de l’établissement et barrant la rue de Sèvre. C’est dans ce contexte très précis que l’hôpital a subi quelques dégradations. Pendant que certains émeutiers cassaient le macadam pour en faire des projectiles, d’autres se relayaient pour les envoyer sans discontinuer sur les CRS. La durée de cette attaque aura de fortes conséquences puisque, in fine, elle permettra à la police d’interdire l’accès aux Invalides au reste de la manifestation, contribuant à son invisibilisation médiatique, puisque la place aurait vraisemblablement été occupée dans sa totalité.
Pour lire l’article complet suivre ce lien

Voici des extraits du témoignage d'un "parent d'un enfant très malade" de l'hôpital Necker :
Certes, briser les vitres d’un hôpital, même par mégarde, c’est idiot ; mais sauter sur l’occasion pour instrumentaliser la détresse des enfants malades et de leurs parents pour décrédibiliser un mouvement social, c’est indécent et inacceptable. Et c’est pourtant la stratégie de communication mise en œuvre depuis hier, par MM. Cazeneuve et Valls. Allègrement reprise par la droite et relayée sur un plateau doré par tous les médias.

Je le dis d’autant plus volontiers que l’hôpital Necker, j’y ai passé beaucoup de temps et que la détresse et l’angoisse des parents d’enfants très malades, je vois particulièrement bien ce que c’est.

Instrumentaliser cette souffrance à des fins aussi bassement politiciennes est abjecte.

Cette indécence est d’autant plus choquante lorsque l’on connaît la situation de l’hôpital public aujourd’hui. MM. Valls et Cazeneuve, « révoltés » du fond du cœur par cinq vitres brisées, le sont-ils autant par les conditions de travail effarantes des personnels hospitaliers ? Lorsqu’un généticien clinique doit travailler 70h par semaine car la direction de son hôpital n’a pas les moyens d’employer un nouveau docteur ni même une secrétaire, qu’elles en sont les conséquences sur tous ces gentils petits enfants malades au chevet desquels nos ministres accourent depuis hier ?
Quand les aides-soignantes et les infirmières sont épuisées, usées jusqu’à la moelle et rémunérées au minimum, qu’en est-il de la qualité des soins et de l’attention nécessaires à ceux qui passent des mois voire des années dans des couloirs d’hôpitaux ?

Lorsqu’ils mettent sur le même plan « émotionnel » des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ? Et tous ces journalistes qui ont titré sur cet horrible assaut contre l’hôpital des « enfants malades », prennent-ils la mesure du sens de leurs mots ?

La palme de l’infamie revient évidemment à M. Cazeneuve qui a tout de même réussi à ajouter à l’équation le fils des deux policiers tués avant-hier.

Des centaines de milliers de personnes défient le gouvernement dans la rue. Une ou deux cassent le double vitrage d’un hôpital. Une ordure tue deux policiers à l’arme blanche. Leur fils de trois ans est en soin à Necker. M. Cazeneuve établi un rapport émotionnel, affectif et psychique entre ces deux séries de faits : le lutte contre la Loi Travail et son gouvernement, le choc produit par la brutalité de ce double meurtre et la situation dramatique de cet enfant. Si les jeunes émeutiers qui ont cassé les vitres de Necker ont été idiots, MM. Valls et Cazeneuve, eux, sont obscènes.

Plutôt que de courir les plateaux télés pour dire des conneries pareilles, retirez la loi travail, financez correctement les hôpitaux et épargnez aux enfants et à leurs parents votre ignoble instrumentalisation. Merci d’avance.

Un parent d’enfant très malade de l’hôpital Necker.
Pour lire ce témoignage en entier, c’est ici

Jeudi 16 Juin 2016 Commentaires (1)

À l’heure où une ministre de l’écologie aux ordres des éleveurs ovins et des chasseurs milite activement pour que le loup ne soit plus une espèce strictement protégée, à l’heure où cette même ministre met en consultation un arrêté autorisant la destruction de 36 loups entre Juin 2016 et Juillet 2017, à l’heure où des individus qui se disent écologistes et qui sont membres du parti qui est censé représenter l’écologie politique écrivent un texte revendiquant l’éradication du loup en France, il est temps de rappeler que c’est une imposture de dire et de propager l’idée que le pastoralisme favorise la biodiversité en montagne, alors que le retour du loup en menaçant le pastoralisme est une menace pour la biodiversité des espaces montagnards.


Comme le résume bien Farid Benhammou « Certains détracteurs de la conservation du loup vont également fabriquer un discours au centre duquel se retrouve la biodiversité. Le syllogisme est simple : le loup (ou l’ours) est responsable de la fin du pastoralisme, or le pastoralisme de montagne entretient la biodiversité en montagne, donc le loup est nuisible à la conservation de la biodiversité. Ce raisonnement est activement porté par certains représentants professionnels agricoles et élus, relayés par certains médias et chercheurs. » La voie du loup, n°22, octobre 2005, p. 11.   

Voici trois textes qui montrent que la proposition soulignée est fausse.
 
 Texte n° 1 : « Le bétail exerce sur la prairie alpine une sorte de sélection négative »

Ceux qui veulent jouir du spectacle ravissant d’une prairie alpine feront bien d’y aller avant le passage des troupeaux.

Les modifications que le bétail imprime aux pelouses alpines sont plus profondes qu’on ne l’imagine d’ordinaire. Il ne s’agit pas d’une simple « cueillette de fleurs ». Le dommage atteint la végétation elle-même et va jusqu’à transformer de fond en comble les groupements naturels. Lorsque l’on parle d’une influence de l’homme à l’étage alpin où les prairies fauchées sont exceptionnelles, il s’agit avant tout de l’action qu’il exerce par le truchement de ses troupeaux.

Les bêtes en broutant causent un tort sérieux aux plantes les plus délicates, qui non seulement perdent avec leurs fleurs la faculté de se reproduire sexuellement, mais sont lésées aussi dans leurs organes végétatifs. Et ce n’est pas seulement la dent des herbivores qui compromet l’existence des végétaux alpins. Leurs pieds exercent des ravages importants. (…)

Les prairies servant régulièrement de pâtures prennent l’aspect caractéristique de montagnes russes. Les creux n’abritent que quelques mauvaises herbes paraissant insensibles au parcours du bétail, comme le pâturin couché Poa supina. Quant aux buttes qui représentent les parties les plus dures du sol et recouvrent souvent quelque caillou, elles sont épargnées pat le bétail routinier qui suit l’ornière. La végétation qui les recouvre est cependant très pauvre. En effet, exposée à l’action lessivante des pluies, la terre de ces « taupinières » s’appauvrit peu à peu en éléments minéraux. Seules des plantes peu exigeantes et plus ou moins acidiphiles peuvent s’y maintenir. Comme ces dernières à leur tour sont productrices d’humus acide, le phénomène primaire s’accélère, comme une réaction chimique qui serait catalysé par ses produits. Le résultat final d’une telle réaction en chaîne est l’appauvrissement général du pâturage. En résumé, on peut dire que le bétail exerce sur la prairie alpine une sorte de sélection négative du plus mauvais en broutant ou en écrasant les plantes les plus délicates. »

Claude Faverger (1956) Flore et végétation des Alpes, vol. 1, p.p. 194 – 195, Neuchâtel, Suisse. 
 

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Non seulement le pastoralisme n’entretient pas la montagne mais il a failli en faire un désert.
 

Texte n°2 : « Conséquences funestes de la transhumance »

On conçoit que, dès l’origine, [les premiers cultivateurs] aient assigné très judicieusement à la dépaissance la région gazonnée, riche en herbages succulents, qui s’étend au-dessus des bois et qui est si naturellement propice à l’élève du gros bétail, de même qu’à la nourriture des bêtes à laine. On conçoit aussi que ces riches pâturages qui s’offraient, pour ainsi dire, d’eux-mêmes, verts et fleuris pendant la belle saison, aient attiré les pâtres dont les troupeaux manquaient justement d’herbe durant l’été, au sein des régions inférieures, sous le climat sec et brûlant de Provence. De là l’usage, très anciennement connu des troupeaux transhumants, c’est-à-dire de ceux qui, parqués et retenus dans la Crau ou d’autres parties pierreuses de la Basse-Provence, y trouvant une herbe courte et rare, suffisante pourtant, pendant l’hiver et au premier printemps, remontent à la fin de cette dernière saison vers les sommets des Alpes, à la rencontre des pâturages que la neige vient d’abandonner, et dont l’herbe pousse avec d’autant plus de vigueur qu’elle n’a devant elle que trois à quatre mois de soleil et de chaleur avant de disparaître sous un nouveau tapis de neige, dès l’automne un peu avancé. Cette économie pastorale a longtemps fait la richesse de la région des Alpes, avant de l’épuiser. Elle contribua puissamment au déboisement et au dégazonnement des montagnes. En effet, l’intérêt dépendant de l’exploitation des troupeaux a dominé d’abord tout le reste ; et, après leur introduction sur des pentes uniquement gazonnés, on les aura amenés par la suite dans des parties récemment dépouillées de leur bois ou sur les lisières de ceux-ci. On a ainsi insensiblement amoindri le domaine forestier et entraîné sa dégradation soit totale, soit au moins partielle. Après les arbres, l’herbe même est devenue plus rare ; enfin, sur beaucoup de points, elle a entièrement disparu, et les écroulements torrentiels, agrandissant leur domaine et étendant leur action, ont achevé de réaliser la désolation de contrées primitivement riches et peuplées, plus tard entièrement désertes, le roc étant partout mis à nu.

L’aspect « ruiniforme » devenu, dans les Alpes, celui de la plupart des sommités et corrélatif d’un dépeuplement dont les progrès suivent une marche, pour ainsi dire inexorable, a frappé de nos jours une foule d’observateurs attentifs et impartiaux. Le chiffre décroissant des bêtes à laine est le symptôme le plus évident et le corollaire forcé d’un mal qu’on ne saurait nier. Mais en vain s’attachera-t-on à le déplorer, puisqu’on se trouve en présence d’un cercle vicieux et que le pacage lui-même constitue la cause active qui, en stérilisant les pentes originairement boisées ou gazonnées, entraîne la difficulté croissante de la dépaissance et par elle la diminution des troupeaux. C’est donc à la transhumance qu’il faut d’abord s’attacher. »

Gaston de Saporta « La transhumance et le déboisement dans les Alpes. Reconstitution du sol forestier » in Les Alpes Françaises, Albert Falsan édit., Nimes, 1893, reprint Lacour – Rediviva, Nimes, 2002, p.p. 327 – 329.  


A tous ceux qui se plaignent que l’abandon du pastoralisme entrainerait la fermeture des milieux et une perte de la biodiversité, on peut constater à partir du texte de Gaston Saporta, les catastrophes qu’a produites le déboisement, c’est-à-dire l’ouverture des milieux. Joint à la « sélection négative » décrite par Claude Faverger, opérée par les troupeaux même lorsqu’il n’y a pas de surpâturage, on voit combien est fallacieux l’argument selon lequel le pastoralisme entretient la montagne et est un facteur favorisant la biodiversité.

Dans les alpes du sud notamment le surpâturage a entrainé des phénomènes d’érosion de grande ampleur, rendant le pastoralisme lui-même problématique jusqu’à ce que les lois sur la restauration des terrains de montagne y mettent un terme. Cela est passé par un reboisement massif – d’abord autoritaire, ensuite plus négocié mais toujours volontariste – par l’aménagement des torrents et par la diminution de la charge ovine sur les pelouses d’altitude. La RTM (Restauration des terrains de montagne), les lois successives et le service spécifique ont permis de mener à terme cette entreprise « où, selon le Marquis de Saporta, l’homme ayant achevé son œuvre et payé sa dette envers la nature aura réussi à réparer le mal des générations antérieures, en restaurant les Alpes en leur état primitif ».
 

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Mais les leçons du passé s’oublient vite lorsque l’intérêt  et la pression de la mondialisation sont en cause. Le  surpâturage et le mal pâturage et leurs conséquences désastreuses réapparaissent avec l’augmentation de la taille des troupeaux, des dates inadéquates de montée à l’estive et de descente, un personnel insuffisant et mal formé, mettant de nouveau à mal les terrains de montagne.
 
Texte n°3  « Sans fleurs, ni couronnes »

« Les transformations du pastoralisme traditionnel avec passage à l’économie de marché passent par une augmentation très importante du nombre de têtes (5000 au lieu de 500 sur certains sites !), une arrivée précoce (mi-mai) et non modulée en fonction de l’état de la végétation, un départ tardif (mi-octobre) et un nombre de bêtes important. Les bergers, si bons soient-ils, sont incapables -au dire même d’éleveurs de la vallée de l’Ubaye- de s’occuper correctement de plus de 700 bêtes par troupeau.

L’escalade récente de ces pratiques pastorales a vu de gigantesques troupeaux s’égayer dans les prairies, autrefois dévolues à la fauche et souvent irriguées, autour des hameaux, voire des villages des hautes vallées. Ce sont les pelouses subalpines qui ont eu le plus à pâtir de ces excès. Les troupeaux, de plus en plus grands (plusieurs milliers de têtes pour les ovins : 4 000 ? 5000 ? en Ubaye. On ne sait. Ces chiffres sont tenus secrets. Plusieurs centaines de têtes pour les bovins ,dans la vallée de la Stura) ont aussi dévasté, au «niveau 2000», les pelouses à fétuque qui abritaient les plus belles espèces de notre flore alpine : anémones à fleurs de narcisse (Anemone narcissiflora), reines des Alpes (Eryngium alpinum, Livre Rouge National), lis de Saint-Bruno (Paradisea liliastrum), campanules barbues (Campanula barbata)….De vastes étendues désormais «steppiques» ondulent sous le vent tandis que les troupeaux saccagent, un peu plus bas, les sous-bois de mélèzes ou de pins, détruisent les murettes qui retenaient si bien la terre lors des orages et font le lit du ruissellement actuel et de la déforestation future. (…)

Une pelouse à fétuque paniculée, c’est 62 espèces en 1960 (sur 4m2, cité par A. Lavagne), 37 en 1972, 5 en 2001, au col de Vars qui avait déjà, à la fin du XIXe siècle la réputation de ne pas être un «paradis botanique» pour cause de pâturage d’ovins(…)

On voit de plus en plus de pacage sous forêt : Bassin de Barcelonnette, Haut-Verdon, vallée de la Durance… Les sous-bois fragiles du mélézin ne résisteront pas longtemps sur les pentes fortes des flancs de vallée. Déjà des couloirs mixtes (parcourus tour à tour par les avalanches et les coulées boueuses) griffent les versants. Avec le dégel des éboulis qui dure de longs mois, en raison du réchauffement, l’instabilité des versants est fortement accrue. Point n’est besoin de l’augmenter en introduisant des bovins dans les sous-bois !
La filière ovine est entraînée dans une spirale productiviste qui lui convient mal. »

Michèle EVIN, « Les effets du surpâturage dans les Alpes du Sud : impacts sur la biodiversité et la torrentialité », La voie du loup, n°22, octobre 2005, p.p. 14 – 17.
 
 

Mercredi 8 Juin 2016 Commentaires (1)

Le texte soumis à la réflexion du lecteur est extrait d’une conférence de Gaston de Saporta « Les anciens climats et le développement de la végétation », Conférence donnée au Congrès de l'Association Française Pour l’Avancement des Sciences tenu au Havre en Août 1877. Il montre deux choses qui semblent oubliées concernant le climat. La température et la variation de température moyenne ne suffisent pas à caractériser un climat. C’est l’objet du texte de le montrer. De cette démonstration il découle que le climat est d’abord une notion qui vaut localement. Et parfois un local réduit à quelque décimètres carrés, on parle alors de microclimat. Dès lors, il est difficile de donner un sens au « changement climatique» envisagé à l’échelle de la Planète et à l’objectif de le limiter à tel ou tel degré. Le Climat de la Terre reste quelque chose de local à l’échelle du système planétaire. Dans la mesure où si cette notion fait sens à l’échelle d’une planète, on pourra parler de climat de Vénus, de Mars, etc.


Il semble bien que le terme de « climat »  lorsque l’on parle de climat global de la Planète ou de réchauffement climatique n’a pas le même référent que ce même terme de « climat » lorsque l’on parle de « climat méditerranéen » ou de « climat de la Bretagne ». L’expression « climat de la Bretagne » est une expression qui renvoie à une entité singulière tandis que « climat méditerranéen » renvoie à une classe de climats singuliers dont le climat du bassin méditerranéen est le type mais qui peut s’appliquer à d’autres régions du monde. Non seulement le sens est différent : « climat méditerranéen » n’est pas synonyme de « climat de la côte méditerranéenne »,mais ce sont des expressions ayant un statut logique différent,  un concept ou un terme général comme « table » ou « ours polaire » pour le premier, un nom propre ou un terme singulier pour le second comme « Alcibiade » ou « le Piton de la Fournaise », ou bien encore « Rantanplan ».

Lorsque l’on parle de « réchauffement climatique » et que l’on signifie par là le réchauffement du climat de la Terre, l’expression « climat de la Terre » réfère comme un nom propre ou une description définie à une entité singulière comme dans le cas de « climat de la Bretagne » ou « climat de la Côte d’azur ». Mais autant il est peu douteux qu’il y ait un climat propre à ces deux régions et que l’expression qui les désigne fait sens, autant il est difficile de savoir s’il existe quelque chose qui serait le référent de « climat de la Terre », du moins dès que l’on distingue entre climat et température.   
 
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 « Pour montrer la différence très-marquée qui existe entre le climat et la température, il suffit de considérer que la température d'une contrée se mesure à due moyennes, soit annuelles, soit mensuelles, soit enfin correspondant à celles de chaque saison. Eh bien! Ces moyennes sont tout à fait insuffisantes pour faire connaître le climat. Elles ont pour résultat inévitable d'effacer les circonstances différentielles, de telle façon qu'un pays à saisons extrêmes peut obtenir une moyenne annuelle pareille à celle d'un pays à saisons sensiblement égales, et que deux régions, l'une très-sèche, l’autre constamment humide, pourront donner lieu à des moyennes identiques de température. Pour ne citer qu'un exemple, Brest et Marseille ont à peu près les mêmes moyennes (14,4 et 14,1), et la moyenne hivernale de la première de ces deux villes coïncide avec celle de Nice, à quelques dixièmes près, et cependant quelle différence entre le climat sec et venteux de la Provence et le climat pluvieux de la Bretagne ! »
Gaston de Saporta
 
(Louis Charles Joseph Gaston de Saporta (1823 – 1895) est un paléobotaniste français. )


 

Lundi 6 Juin 2016 Commentaires (0)

Lors de l’examen de la loi sur la biodiversité, une majorité de sénateurs sont revenus sur l’interdiction totale et sans dérogation à partir du 1 septembre 2018 des pesticides néonicotinoïdes qui exterminent les abeilles que les députés avaient votée au terme d’un débat ayant duré deux heures. La date avait de quoi inquiéter : l’entrée en vigueur de l’interdiction intervenait après le changement de majorité. Et lorsque l’on sait que les députés LR et UDI étaient en grande majorité contre cette interdiction qui allait selon eux « pénaliser » les agriculteurs Français, il y avait de quoi se faire du souci : rien était encore joué définitivement. Avec le vote du Sénat, c’est pire : tout est fichu par terre et il faut reprendre le combat. La loi est de nouveau devant le parlement : députés et sénateurs n’ayant pu s’accorder sur un texte commun.


Les députés devront revoter. Voteront-t-ils comme ils l’avaient fait en première lecture le 18 mars 2016 ?  Ce n’est pas certain ! Le Foll, l’actuel ministre de l’agriculture, était contre cette interdiction totale et bon nombre de députés socialistes étaient sur la même position que les députés LR et UDI. Quand on sait l’importance des abeilles domestiques ou sauvages dans le processus de pollinisation sans lequel notre alimentation même est en danger, on se dit que tous ces élus nous représentent bien mal et défendent bien mal l’intérêt général qu’ils sont censés incarner !
Il est vital que nous, leurs électeurs, fassions pression sur eux pour leur insuffler un peu du bon sens qu’il semble avoir perdu et qu’ils s’affranchissent des lobbies de l’agrochimie. Pour leur ôter aussi la tentation de ménager la chèvre et le chou en assortissant l’interdiction d’une foule de dérogations. L’expérience prouve en effet qu’une interdiction partielle du type de celle en vigueur actuellement est inefficace. Les quantités utilisées sont en constante augmentation malgré cette interdiction partielle et les abeilles continuent de mourir en masse.
 

Chacun peut écrire individuellement à son député et aux sénateurs de son département. Il est aussi possible de le faire par l’intermédiaire de Pollinis en participant à l’action que propose cette association. C’est plus aisé, plus rapide et au moins aussi efficace. Pollinis mène le combat pour l’interdiction de ces pesticides dangereux depuis quatre ans. C’est un mouvement citoyen européen, indépendant, à but non lucratif, qui mène des campagnes auprès des hommes politiques et des institutions européennes pour accélérer - en Europe et dans le monde - le passage à une agriculture durable, respectueuse de l'environnement et des pollinisateurs dont elle dépend. Pollinis repose entièrement sur les dons de citoyens engagés dans ce combat vital pour l'avenir de l'agriculture et de la planète, et ne reçoit aucun financement de gouvernements ou d'organisations professionnelles pour pouvoir conserver une parfaite indépendance vis-à-vis de tout pouvoir économique ou politique.

Voici des extraits du message de Nicolas Laarman, Délégué général de Pollinis :
 
 « On peine à le croire, et pourtant :
Alors que la Commission européenne était censée avoir mis en place depuis 2013 une interdiction partielle des pesticides néonicotinoïdes tueurs d'abeilles en Europe...
... alors que les députés et sénateurs français se mènent depuis un an une guerre politique pour interdire, totalement cette fois, ces poisons en France puis dans toute l'UE...
... pendant ce temps-là, les tueurs-d'abeilles continuent de proliférer tranquillement : des chiffres livrés aujourd'hui par Le Monde et les apiculteurs montrent qu'ils sont encore plus utilisés qu'avant !
On est passé de 387 tonnes de néonicotinoïdes en 2013, à 508 tonnes en 2014 – une augmentation de 31 % en un an seulement (1) alors que ces pesticides sont pointés du doigt dans une centaine d'études scientifiques pour leur responsabilité avérée dans le déclin massif des abeilles (2), et que l'EFSA, l'autorité sanitaire européenne, vient de confirmer que les abeilles étaient en train de périr par dizaines de millions dans tous les pays européens – France et Belgique en tête (3)...
C'est inacceptable !
Seule une interdiction ferme et immédiate pourra mettre un terme à cette aberration, et protéger les abeilles de ces poisons qui déciment les colonies et mettent en danger l'avenir même de l'agriculture un peu partout dans le monde.
C'est ce pour quoi Pollinis se bat depuis 4 ans maintenant ! Pour un résumé de ces quatre années de bataille contre les tueurs d'abeilles, cliquez ici.
Il y a quelques mois, les députés français ont répondu à notre espoir, en promulguant un amendement interdisant les néonicotinoïdes : nous étions à deux doigts de voir enfin les responsables politiques se montrer à la hauteur de l'enjeu !
Mais c'était sans compter l'emprise des lobbies de l'agrochimie sur le Sénat, qui a torpillé le texte dès qu'il en a eu l'occasion...
Après l'échec de la Commission mixte paritaire de mercredi, où les deux chambres étaient censées se mettre d'accord une bonne fois pour toutes, le sort des abeilles revient entre les mains des députés, qui vont voter le 7 juin prochain.
Il faut IMPERATIVEMENT qu'ils réintègrent l'amendement dans le texte.
Pendant que les politiques se font la "guéguerre", les abeilles meurent en silence, empoisonnés par des substances mortelles déversées massivement dans les champs qu'elles butinent.
Ce service écosystémique indispensable, que les abeilles rendent à l'Homme depuis des millénaires, nous ne pourrons pas le remplacer si l'abeille venait à disparaître.
Cela va bien au-delà de n'importe quel clivage politique : il s'agit de l'avenir de l'alimentation et la santé de nos enfants et leurs enfants après eux !
C'est pour faire entendre raison aux parlementaires que Pollinis vous demande, d'envoyer un message à votre député.
 
Certains parmi vous l’ont  déjà fait. Mais qui convaincre vraiment les élus, si ce n'est le même message, répété encore et encore, par des centaines de milliers de leurs électeurs ?
 
Alors s'il vous plaît, ne perdez pas une minute : signez dès maintenant votre pétition à votre député, et transférez ce message le plus largement possible autour de vous, pour nous aider à décupler la pression d'ici le vote du 7 juin. »

Pour cela cliquez ici   pour aller sur le site de Pollinis et signer cette lettre pétition.
Les abeilles, tout ce qui vit sur Terre et les générations futures comptent sur les citoyens engagés pour que la Vie ait un avenir sur cette planète. Ils comptent sur nous, ils comptent sur vous.
******
Notes du texte de Pollinis
(1) L’utilisation des insecticides « tueurs d’abeilles » est toujours en forte augmentation, Stéphane Foucart, LeMonde.fr - 27.05.2016
(2) Worldwide integrated assessment on systemic pesticides Rapport ANSES, Janvier 2015
(3) EU scientific workshop on bee health and sustainable pollination - European Food Safety Authority and the European Commission's Directorate General for Agriculture and Rural Development, 10 March 2016
 

Samedi 28 Mai 2016 Commentaires (2)

À la fois roman d’aventure qui n’est pas dépourvu d’humour, cet ouvrage de William Tenn est aussi une fable qui ne devrait pas déplaire aux adversaires de la vivisection, aux végans, aux antispécistes et plus largement à tous ceux (dont je suis) qu’agace prodigieusement la satisfaction béate que la majorité des philosophes français manifeste à l’égard de leur propre espèce. Sa lecture, à supposer qu’ils daignent le lire, ferait en effet grincer quelques dents à tous ces philosophes ou politiciens humanistes anthropocentristes. C’est un peu pour cela, pour son aspect provocateur et aussi parce que je trouve que c’est un bon livre que je tente d’en rappeler l’existence par cet article. Il appartient au genre protéiforme Science-Fiction.


« Des hommes et des monstres » de William Tenn : Quand les souris sont des hommes et les hommes des monstres. Une fable antispéciste…
Cet ouvrage a été publié en juin 1968 sous le titre « Of men and monsters » chez Ballantine Books, traduit en Français par Elisabeth Gille et Simone Hilling en 1970 aux éditions OPTA, n°74 de la fameuse collection Galaxie bis, réédité en anglais chez Hachette UK en 2011, disponible d’occasion en français.
 
Au premier degré il s’agit d’un livre de SF de facture assez classique, un roman d’aventure initiatique fort bien conduit, sans temps mort et plein de rebondissements. L’action se déroule dans un futur, proche ou lointain, où venus de l’espace des extra-terrestres ont envahi la planète et en sont devenu l’espèce dominante. Aux yeux des hommes déchus, ce sont des monstres, des géants immensément grands et outrageusement laids. Aux yeux de ces monstres les hommes ne sont que de la vermine, une vermine infecte qu’ils ne se hasarderaient pas à toucher avec leurs tentacules préhensiles et qu’ils attrapent avec des sortes de lanières sur lesquelles ils se retrouvent collés dès qu’elles les touchent. Il y a même une catégorie de ces monstres qui en ont une peur bleue et se mettent à hurler en les voyant. Les hommes les reconnaissent à la forme et à la couleur de leurs tentacules.
Il faut dire que comme les souris ou les cafards, les hommes vivent dans des galeries creusées dans l’épaisseur des murs des demeures des monstres et à leurs crochets en pillant leurs réserves en nourritures et produits variés. Comme pour les souris et les cafards dans nos maisons, il leur est très dangereux de se risquer à découvert mais cela leur pourtant nécessaire pour s’approvisionner.  
Le futur de l’humanité serait d’être réduit au statut de vermine prolifique et odorante parasitant une espèce qui la surpasse tant physiquement que par sa science et sa technologie.
 

Ce roman d’aventure initiatique s’avère être une des fables la plus anti-anthropocentriste, voire antihumaniste de la Science-Fiction. L’homme n’y apparaît que comme une espèce parmi d’autres, certes dotée d’un sens moral mais qui ne l’a pourtant pas empêchée de mal se conduire vis-à-vis des autres espèces sœurs, proches, ou éloignées qu’il a traitées de façon analogue à celle dont le traitent les Monstres, de façon monstrueuse donc. Simplement l’homme est susceptible de se sentir plus ou moins consciemment coupable des exactions qu’il a commises envers ces autres espèces. D’ailleurs les rapports entre espèces sont envisagés essentiellement en termes de lutte, domination et prédation. Entre l’espèce humaine et l’espèce extraterrestre dominante, il y a incommunicabilité totale et absence totale d’empathie, comme entre les hommes d’hier (nous donc) et les rats, les souris, les cafards et plus généralement toutes les autres espèces domestiquées, exploitées ou tuées.

Pour les monstres les hommes ne sont que des bestioles à détruire. Il ne leur vient pas à l’esprit qu’ils puissent avoir leur propre langage, une culture, qu’ils puissent exprimer des sentiments, ressentir des émotions, éprouver notamment peur et douleur. En fait, cela les indiffère. Ils se servent donc de ceux qu’ils ont capturés comme des animaux de laboratoire pour tester les pièges destinés à les détruire. Pour vérifier s’ils sont tous de la même espèce, ils dissèquent un individu par groupe capturé sans l’anesthésier (ce qui me fait penser aux lépidoptéristes qui, dans certains cas, examinent les « genitalia » des papillons capturés pour déterminer leur espèce ; il est vrai cependant qu’ils les ont tués au préalable en les gazant dans un bocal avec du cyanure). Les monstres traitent leurs captures, les générations humaines futures, comme les « scientifiques » d’aujourd’hui torturent, empoisonnent, tuent leurs animaux de laboratoires, notamment les rats et les souris qu’ils élèvent et manipulent génétiquement pour cela.

Le titre du roman « Des hommes et des monstres » renvoie à celui de John Steinbeck « Des souris et des hommes » instaurant une équivalence (souris ≡ hommes) et (hommes ≡ monstres). Les hommes sont aux souris dans notre réalité ce que les monstres sont aux hommes dans l’histoire qui nous est narrée.
Quoi de mieux pour faire prendre conscience de l’inhumanité de nos agissements envers les souris que de mettre des hommes à leur place et de nous décrire leur terreur, leur attente angoissée du supplice, leurs douleurs lorsqu’ils le subissent, leur résignation ou leurs efforts pour s’échapper.

Mais ce n’est pas tout. Et c’est là que la provoc est à son comble : les souris sont les hommes, elles révèlent leur essence : « une variété supérieure de vermine » capable de se répandre partout dans l’univers.
Et finalement, malgré les apparences, c’est la vermine qui gagne.
Bien entendu, il ne faut pas prendre tout cela au sérieux, un humour « pince-sans-rire » nous invite à ne pas le faire. Du moins, pas trop mais tout de même un peu…
 
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Deux extraits
« D’accord, dit-il enfin en s’arrêtant. L’homme a assassiné ses frères tout au long de son histoire, et les races sœurs tout au long de sa préhistoire. (…) Et alors ?
 –  « Alors, examine un peu plus à fond le dossier du criminel.   Et les autres espèces – celles qu’on pourrait appeler ses cousines ? Je t’ai parlé d’animaux qu’il avait domestiqués : le bœuf, l’âne, le cheval, le chien, le chat, le cochon. Tu sais ce que recouvre ce mot de domestication ? La castration d’un côté, l’hybridation de l’autre. Il enlevait aux petits le lait de leur mère. Il leur enlevait la peau du corps, il détachait la viande des os, pour ses besoins économiques, et dressait un animal à en conduire d’autres de sa propre espèce au massacre. Il déformait une créature à tel point qu’elle devenait la caricature d’elle-même – il en fut ainsi avec les chiens. Il enlevait son but au processus de la génération, de sorte que l’animal devenait une usine vivante d’œufs infertiles – il en fut ainsi avec les poules. Il enlevait à l’animal toute dignité, pour s’en servir dans ses sports – il en fut ainsi avec les chevaux et les taureaux. » (p. 194 de la traduction française)
 
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« L’homme partage certaines caractéristiques significatives avec le rat et le cafard : il peut manger n’importe quoi ; il est foncièrement adaptable à une grande variété de conditions de vie ; il préfère vivre sur ce qu’autres créatures emmagasinent ou fabriquent biologiquement. La conclusion inévitable est que la nature l’a créé pour être une variété supérieure de vermine, et que seule l’absence dans son milieu originel, d’un hôte suffisamment riche l’a empêché de remplir son rôle d’éternel parasite, et l’a obligé à vivre de son industrie toujours affamé et toujours agressif. » (p. 241 de la traduction française)

Ces deux extraits constituent des « respirations » dans l’action. Il ne faut surtout pas croire que des tirades de ce genre sont dominantes dans l’ouvrage. Elles en explicitent néanmoins la philosophie d’arrière-plan.
 
 
 

Vendredi 27 Mai 2016 Commentaires (1)

L’annulation du Schéma Régional Eolien (SRE) de l’ancienne région Auvergne par la Cour administrative d'appel de Lyon ne remet pas directement en cause les projets de construction d’éoliennes sur le territoire auvergnat. C’est tout de même une bonne nouvelle. Cette annulation et intervient après l’annulation de dix autres schéma régionaux (Pays de Loire, Aquitaine, Basse Normandie, Bretagne, Ile-de-France, Limousin, Lorraine, Midi-Pyrénées, Paca et Rhône-Alpes). Et dans tous les cas, c’est pour le même motif «absence d'évaluation environnementale préalable».


Le Schéma est annulé parce que selon les termes du jugement, n’ont été pris en compte  ni « le principe de participation du public aux décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement », ni « l’impératif de préservation de la sécurité publique, des paysages, de la biodiversité, des monuments historiques et des sites remarquables et protégés du patrimoine archéologique » !
De tels attendus sur un jugement devraient être de nature à interpeler tout écologiste digne de ce nom. Il devrait s’indigner du fait que ce jugement n’aura pratiquement aucun effet pratique. Comme les schémas en question ne sont que des recommandations, leur annulation n’entraînent pas une remise en cause des projets en cours, notamment dans les parcs naturels régionaux où les promoteurs ont fait pression pour qu’il soit possible d'implanter des usines d'aérogénérateurs improprement et trompeusement appelées "fermes d'éoliennes".
Le silence d’EELV comme celui de France Nature Environnement ou de la LPO deviennent assourdissants.
 

Dimanche 22 Mai 2016 Commentaires (0)

Laurent Wauquiez, le nouveau président (LR) de la nouvelle région Rhône-Alpes-Auvergne a annoncé le mardi 4 Mai, à Lans-en-Vercors un plan de 200 millions d’euros sur cinq ans pour le développement de canons à neige dans les stations de ski de piste pour produire de la neige artificielle censée pallier un éventuel manque de neige naturelle et mettre le ski de piste à l’abri des caprices de la météo et des changements climatiques. On ne pouvait imaginer mieux en matière de plan anti-écologique : un gaspillage énorme d’énergie et d’eau. Il faut prévoir aussi de nouvelles atteintes à la biodiversité montagnarde et le massacre de nouvelles zones humides à cause de la création de « retenues collinaires », c’est-à-dire des barrages qui accumuleront de l’eau pour alimenter ces maudits canons. Ces retenues collinaires sont d’ailleurs un projet sur lequel le nouveau Conseil régional travaille avec la Compagnie nationale du Rhône.


On s’étonnera moins de cette gabegie et de ce saccage programmé lorsque l’on saura que le « Monsieur Montagne » du Conseil régional, Gilles Chabert, dirige aussi la structure qui chapeaute l’Ecole (privée) du ski français, un mélange des genres inquiétant mais que Wauquiez et l’intéressé acceptent sans aucun état d’âme. On en voit le résultat.

Cet homme dont Wauquiez a fait son « Monsieur Montagne » est un redoutable lobbyiste au profit de cette Ecole de ski et il sait  ménager ses intérêts. Voici un extrait du portait que trace de lui Nicolas Stiel, dans l’édition du  28-02-2014 du journal Challenge « Surnommé "le général de l’Armée rouge", Chabert règne sur la montagne. Son royaume dépasse les 17.000 moniteurs de l’Ecole du ski français (ESF) et leurs 250 millions d’euros d’activité. Membre des conseils d’administration de la Compagnie des Alpes, de la Banque populaire des Alpes et du Dauphiné libéré, il siège dans de nombreuses instances et associations de montagne. A Paris deux jours par semaine, il a ses entrées aux ministères des Sports, du Tourisme, de l’Education nationale. L’Assemblée et le Sénat, il y va quand il veut avec son badge d’accès. A Bruxelles, son ami Michel Barnier, commissaire européen, fait avancer ses dossiers. » Cet ancien bucheron est aussi un fervent chasseur qui se soucie comme une guigne de la Nature et de sa préservation.Il est typique des personnes dont s’entoure Wauquiez qui lui aussi n’a rien à faire de la nature et de sa préservation.

A propos de ces retenues collinaires contre lesquelles il existe heureusement de nombreux verrous dans la législation et la réglementation environnementale, Wauquiez aurait déclaré « S’agissant de l’environnement, il n’y a rien d’incompatible. Il faut arrêter de faire du foin ». Ce que, selon le journal La Montagne (4/5/2016), « Gilles Chabert (…)  traduit à sa manière en déclarant : « S’il est une espèce à protéger en montagne, c’est bien l’homme. Les libellules dépressives, on s’en fout » Mauvais jeu de mot, ou une grossière erreur (l’espèce en cause est la libellule déprimée, ainsi nommée à cause de son abdomen plat et large !) en tout cas, une belle absurdité qui classe le bonhomme !

On ne peut imaginer en effet plus grand mépris à l’égard de la Nature et la biodiversité mais aussi de tous ceux qui font partie de l’espèce humaine, habitent la montagne, en vivent mais en ont une autre pratique que celle, dépassée et sans doute condamnée à laquelle s’accrochent les maires et responsables des stations de ski que ces deux sinistres personnages caressent dans le sens du poil. Tout pour les stations de ski, pour cette activité en voie de ringardisation qu’est le ski de piste et rien pour les autres. Tant pis pour eux et tant pis pour la montagne, sa flore, sa faune, ses paysages, sa naturalité qui fait tout son attrait en dehors des domaines skiables et de tout l’artificiel de villes mises à la montagne.

Voici le texte de la lettre ouverte que Mountain Wilderness France a adressée aux sieurs Wauquiez et Chabert ce 12 mai 2016.


Plan neige de la région Auvergne-Rhône-Alpes
200 millions pour les canons ? Quelle politique pour les 97% restant des territoires de montagne ?
 
Monsieur Wauquiez, Monsieur Chabert,
Nous avons écouté avec attention vos différentes déclarations relatives à la nouvelle politique "montagne" de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Vos propositions d’investissements visent à lever 200 millions d’euros sur 6 ans pour financer un "plan neige" axé principalement sur le développement des capacités de production de neige artificielle. Ces investissements concernent les stations de ski de piste soit, moins de 3% du territoire montagnard pour 3 mois d’activité par an.

Qu’en est-il du "reste" des territoires de montagne ?

Ceux-là même qui portent la valeur inestimable d’être parmi les derniers espaces de nature préservée en Europe, riches d’une beauté exceptionnelle et de patrimoines rares, riches d’expériences humaines extraordinaires, garants d’un tourisme 4 saisons, multi-activités et porteurs d’emplois pérennes ?

Qu’en est-il des femmes et des hommes, pluriactifs, qui vivent et travaillent à l’année au sein de ces territoires et des visiteurs qui s’y rendent tout au long de l’année ?

Nous nous interrogeons sur votre plan d’actions concernant les 97% restants des espaces montagnards. Quelle est votre politique pour ces territoires qui font eux aussi la renommée de nos montagnes dans le monde entier ?
Rappelons que le ratio du chiffre d’affaires de l’activité touristique est de l’ordre de 50% en hiver et 50% en été. Ainsi sur les 11 milliards d’euros dépensés en 2013 par les touristes dans nos montagnes, si 4,81 l’ont été en station, 6,13 l’ont été dans la montagne hors station ! Par conséquent, investir toutes les ressources publiques pour la seule mono-industrie du ski de piste nous semble résolument une vision passéiste et tellement réductrice face aux mutations observées de toutes parts au cœur de nos montagnes et de nos sociétés humaines. Ce serait un véritable gâchis !

Gâchis de ressources énergétiques et de capital environnemental

L’essor du ski connu dans les années 70 et le miracle de l’or blanc se trouvent 50 ans derrière nous. À l’époque, la pratique du ski de piste sur des terrains aseptisés explosait. Aujourd’hui, elle stagne et préfigure une probable régression. Les aspirations humaines sont ailleurs.

Les changements climatiques à l’œuvre modifient fortement la donne en montagne, avec une conscience de plus en plus claire que ce mouvement va en s’accélérant. Le réchauffement des températures, compris entre +1,6 et +2,2°C depuis 1950, est particulièrement sensible dans les Alpes et s’est accéléré depuis la fin des années 80. C’est deux fois plus que la moyenne mondiale et la région des Alpes du nord est celle qui se réchauffe le plus en France. Faut-il rappeler que les canons à neige consomment beaucoup d’énergie et d’eau ? Et que pour être produite et conservée, la neige nécessite des températures froides ?

La montagne, espace de rêves

Les tendances se dessinent de plus en plus clairement autour de motivations à rejoindre nos montagnes simplement, pour respirer, se ressourcer, retrouver un peu de sérénité dans nos sociétés actuelles en pertes de repères, de plus en plus secouées par les tensions et le stress. Aller en montagne, pour s’émerveiller et redécouvrir des sensations fortes a peut-être à voir avec le sens même de la vie humaine. Cette recherche d’authenticité des liens avec la nature explique sans doute la forte progression des pratiques douces de la montagne, en terrains peu ou pas aménagés. Preuve en est la très bonne santé des pratiques de randonnée, à ski, à pied ou en raquettes.

Pour l’avenir de nos montagnes, investissons dans l’énergie humaine !

Hébergeurs, agriculteurs, restaurateurs, guides et accompagnateurs en montagne, gardiens de refuge, garde-moniteurs des parcs nationaux et régionaux, artisans, artistes, bergers, producteurs locaux, acteurs du développement territorial ou encore élus des territoires de montagne : une multitude de femmes et d’hommes font aujourd’hui preuve de créativité et d’audace pour aller vers un tourisme, vers des activités économiques, vers des modes de vie plus en harmonie avec nos territoires montagnards, leurs singularités uniques et leurs véritables richesses. Tournons la page des anciens modèles de développement. Investissons dans les passions et l’énergie humaine !
Monsieur le Président et Monsieur le Conseiller spécial, nous sommes disponibles pour travailler et inventer un autre avenir, l’avenir de la montagne.

Frédi Meignan,
Président de Mountain Wilderness France
Association nationale de défense de la montagne, agréée protection de l’environnement et reconnue d’utilité publique.



Malheureusement, il y a toutes les malchances pour que cette lettre reste lettre morte. Les associations de défense de la Nature, de la montagne et de l’environnement vont avoir du pain sur la planche.
 

Samedi 14 Mai 2016 Commentaires (0)

Les réactions qu’ont suscitées la récente campagne de mesures faites par la CRIIRAD, laboratoire indépendant de mesure de radioactivité, pour surveiller l’évolution de la contamination du Massif du Mercantour dans les Alpes Maritimes par le « nuage » de Tchernobyl sont révélatrices de ce qui risque de se passer en cas d’un accident nucléaire majeur dans l’un des pays le plus nucléarisé, la France, qui n’a jamais fait officiellement le bilan de sa gestion calamiteuse de la catastrophe de Tchernobyl. Alors que journaux et radios ont dans un premier temps donné un large écho à ces mesures, les organismes officiels tels que l’IRSN, le Parc National éponyme alliés aux nucléocrates de service ont tout fait pour en minimiser la portée.


 n. b. : Ce texte est la suite de l’article précédent de ce blog dont la lecture préalable est donc vivement recommandée.

•Un écrit de circonstance, voire de complaisance commis par l’IRSN…

L’IRSN soutenait encore en 2010 comme son ancêtre l’OPRI du Professeur Pellerin en 1986, qu’« il n’y a jamais eu de réel danger » sanitaire en France à cause de la catastrophe de Tchernobyl ! En 2016, le propos du même organisme est bien plus nuancé. Fukushima est passé par là ! Il n’en reste pas moins que l’IRSN semble encore susceptible de produire des notes de complaisance lorsque des intérêts économiques liés à l’attractivité d’un territoire sont en jeu. Qu’en sera-t-il lorsque toute une région française subira les conséquences économiques et sanitaires d’un accident nucléaire majeur dont personne n’ose plus déclarer qu’il est impossible ?

L’IRSN avait cessé en 2005 sa surveillance radioactive du massif du Mercantour aussi discrètement qu’elle l’avait initiée en 1997. La population locale ne le saura qu’en 2010 par l’intermédiaire d’un article du journal Nice Matin qui précisait dans son édition datée du 12 avril 2010 qu’il venait de « l'apprendre incidemment ». Dans cet article, le journal rapportait les propos de Philippe Renaud, « chef de laboratoire à L'IRSN » qui continuait d’affirmer que : « Il n'y a jamais eu de réel danger » et qui donc continuait d’entonner la rengaine en cours depuis 1986, lorsqu’un des ancêtres de l’IRSN, l’OPRI assurait qu’en France, la contamination radioactive due à l’accident de Tchernobyl a été sans danger et sans incidence sur la santé des populations. En effet, s’il n’y a jamais eu de « réel danger » sur le Mercantour, une des zones les plus contaminées du territoire national, il n’y a eu de réel danger nulle part ! 24 ans après l’accident de Tchernobyl, le mensonge n’était toujours pas reconnu et alors que tous les autres pays européens limitrophes continuaient leur surveillance, la France l’avait interrompue. Elle reprendra cependant reprendra la surveillance des « zones de rémanences » dès 2013…Effet Fukushima ?

Le texte de l’IRSN intitulé Note d’information sur les «Points chauds» de contamination en césium 137 de certains sols de moyenne et haute montagne du massif Alpin daté du 6 août 2015 a manifestement été rédigé pour tenter de réduire l’impact de la publication par la CRIIRAD du résultat des mesures effectuées les 5 et 6 juillet 2015 au Col de la Bonnette (voir mon article précédent), résultats repris et abondamment commentés dans les médias régionaux et nationaux qu’ils soient généralistes ou spécialisés « montagne ». Dans ce texte l’IRSN s’attribue la découverte qui daterait de 1988 de taches hautement radioactives sur les sols du massif alpin et minimise le rôle des laboratoires indépendants. Pour l’IRSN, la publicité faite autour d’une précédente campagne de mesure en 1996 a fait baisser la fréquentation du Parc national. Il est sous-entendu que la responsabilité en revient à la CRIIRAD et que cela est regrettable car il n’y avait pas de danger et il n’y en a toujours pas selon l’IRSN dans cette note.

En effet il ressort de ce texte que des radiations de l’intensité mesurée par la CRIIRAD émanant de surfaces aussi minimes ne présentent aucun danger d’autant qu’elles sont situées en moyenne et haute montagne dans des lieux inhabités. Selon cette note on comprend qu’il faut banaliser ces taches de concentré de Césium-137, d’autant que des taches de contaminations radioactives de cette sorte il y en a partout dans tout le massif alpin en France comme à l’Étranger et pas seulement dans le Mercantour. C’est sur cette dernière assertion que s’appuiera le Parc National pour dénoncer un parti-pris contre « le Mercantour » de la part de la CRIIRAD.

Cependant les assertions contenues dans cette note contredisent sur plusieurs points les propos de Philippe Renaud, « chef de laboratoire à L'IRSN » rapportés par Nice-Matin. Elles contredisent même les propres documents de l’IRSN publiés sur son site !

 

Carte des dépôts théoriques de 137Cs (enBq.m2) provenant des tests atmosphériques d’armes nucléaires et de l’accident de Tchernobyl mise à jour en 2008 (IRSN)
Carte des dépôts théoriques de 137Cs (enBq.m2) provenant des tests atmosphériques d’armes nucléaires et de l’accident de Tchernobyl mise à jour en 2008 (IRSN)
On peut lire sur ce site, dans un texte consacré à la présentation du « programme de recherche 2013 – 2015 concernant les « constats sur les zones de rémanence » » que « les zones couvertes par l’expertise sont les zones les plus marquées par les retombées atmosphériques, c'est-à-dire les reliefs de l’est (les Vosges, le Jura, le Mercantour et la Corse) ». Il faudrait savoir ! Les retombées ont-elles été les mêmes dans tout l’arc alpin ou ont-elles été plus « marquées » dans le Mercantour ? Des cartes publiées sur le site de l’Institut dont celle reprise ici montrent bien que le Mercantour a été la zone hexagonale la plus contaminée. Les résultats de ce programme de recherche mises en ligne également sur ce site ne sont guère cohérents avec les assertions de la note du 6 août, particulièrement ambigüe par ailleurs.

Dans la note du 6 août, il est écrit : « l’IRSN a également montré que si une vache ou une brebis consommait, au cours de la même journée, de l’herbe provenant d’un ces points, l’augmentation de l’activité maximale du lait qui en résulterait (de l’ordre de 80 Bq/L) serait extrêmement fugace et n’aurait pas de répercussion sur l’ensemble du lait du troupeau. » Alors que selon Philippe Renaud, le lait des vaches du secteur a une teneur en césium 137 cent fois supérieure au lait de plaine et dix fois supérieure à celui d'autres régions d'altitude. Donc, le lait des troupeaux est bien affecté! Qui croire ? Et surtout faut-il les croire lorsqu’ils répètent cette fois à l’unisson le vieux mantra « Ce n’est pas dangereux » ?  Les assertions de 2010 de Philippe Renaud sont confirmées par les résultats du programme de recherche 2013 – 2015. Ils ont été publiés en 2016 par l’Institut sous le titre Constat Radiologique « Rémanence de la radioactivité d’origine artificielle »
 

Ces résultats sont cohérents avec ceux de la CRIIRAD et de l’ARCO. Les conséquences que l’IRSN en tire sont beaucoup plus nuancées que ce qui est affirmé dans la note du 6 août 2015 : « Dans les sols des massifs des Vosges, du Jura, des Alpes du Sud et de Corse, les activités en césium 137 sont toujours les plus élevées de France. Elles sont supérieures à 10 000 becquerels par mètre carré (Bq/m2), soit 8 fois la moyenne des sols français. Dans les prairies d’altitude des Alpes du sud, des activités supérieures à 100 000 Bq/m2 peuvent être observées sur des « points chauds » correspondants à de très petites surfaces (quelques dm2 à un m2 environ). »

En ce qui concerne les denrées alimentaires, la contamination en Césium-137 est, elle aussi, nettement plus importante que dans le reste de la France. Cela est particulièrement manifeste pour le lait «dont l’activité en césium 137, en moyenne de 0,32 Bq/litre sur les zones étudiées se distingue nettement de la gamme d’activités du lait produit ailleurs en France : entre 0,004 et 0,03 Bq/l. Une différence encore plus importante est constatée pour les denrées des forêts (baies, champignons et gibiers), dont l’activité en césium 137 est plus variable et peut atteindre plusieurs centaines de Bq/kg frais. » 

L’exposition de la population résidant dans ces zones est donc logiquement plus importante que celle des populations résidant en plaine ou dans des zones non touchées par les retombées radioactives du « nuage » de Tchernobyl. « En 2015, un habitant des zones les plus touchées par les retombées de Tchernobyl (est de la France) reçoit une dose moyenne de 37 microsieverts par an (µSv/an) contre 5,4 µSv/an pour une personne résidant ailleurs en France. Ces doses sont principalement dues à l’exposition externe au rayonnement émis par le césium présent dans les sols. » (en gras dans le texte).
Au vu de cette confrontation de ses différents écrits sur le sujet, on peut voir que l’IRSN est capable du pire comme du meilleur. Alors que le document de 2016 Constat Radiologique « Rémanence de la radioactivité d’origine artificielle » est une étude fouillée et détaillée qui semble présenter toutes les garanties de sérieux et d’objectivité, la note de 2015 Note d’information sur les «Points chauds» de contamination en césium 137 de certains sols de moyenne et haute montagne du massif Alpin est manifestement un écrit de circonstance pour ne pas dire de complaisance. Si l’IRSN est capable de produire un tel texte pour sauver une saison touristique, comment pourra-t-on croire ce qu’elle affirmera en cas d’accident majeur !

• L’attitude scandaleusement attentiste du Parc du Mercantour

En réaction à la publication des résultats des mesures effectuées par la CRIIRAD sur son territoire début juillet 2015 le Parc National du Mercantour s’est fendu d’un communiqué pour le moins étonnant, voire scandaleux. En substance, la CRIIRAD a beau être un laboratoire agréé, pour le Parc elle n’est pas une « autorité compétente » donc il ne tiendra pas compte de son avis. Il déplore « une stigmatisation » partiale du Mercantour sur un sujet « ancien » à partir de quelques mesures faites dans ce seul massif.  En conclusion, il ne fera rien tant que les autorités sanitaires ne donneront pas de consignes particulières.
Il n’a jamais rien fait au sujet de cette contamination : aucune mise en garde au plus fort de la contamination, ni depuis et il continuera à ne rien faire. Cela s’appelle la politique de l’autruche. Les élus du Conseil d’administration, pour la plupart maires des communes du Parc ou Conseillers départementaux (anciens Conseillers généraux), les préfets des deux départements concernés sont sans doute pour beaucoup dans cette attitude. Pour les maires des communes comme pour leurs administrés, il y a là une attitude caractéristique de déni de réalité dans laquelle leur « savoir » des faits (car élus et populations savent) coexiste avec un « savoir-faire » qui le refuse. On fait comme si cette contamination n’existait pas. Même des associations comme Vigilance Mercantour s’en soucient très peu. De cette chose-là d’ailleurs la plupart des habitants de ces communes n’en parlent pas. Ils ont continué de ramasser et de manger des champignons très abondants certaines années, de pêcher et de chasser comme si rien ne s’était passé. Une telle attitude témoigne en fait de la difficulté de vivre sur un territoire contaminé par la radioactivité et il faut dire que ni les administrations, ni les élus ne les ont mis en garde. Ils n’ont reçu ni conseil, ni aide pour vivre avec. Après la minimisation, la non gestion !

Au lieu de se plaindre de la stigmatisation du « Mercantour » par la CRIIRAD, le Parc, son administration et ses élus feraient mieux de s’inquiéter de la persistance d’une contamination radioactive significative de lieux très fréquentés de ce territoire. Sans doute redoutent-ils d’être mis face un état de fait désagréable car ils se gardent bien de demander que les fameuses autorités auxquelles ils s’en remettent aveuglement fassent une campagne plus poussée de mesures sur les points et zones que l’on sait avoir été gravement contaminées, en dégageant au besoin des crédits pour participer à son financement. Le Parc participe bien à des relevés floristiques et faunistiques. D’ailleurs d’un pur point de vue scientifique, il serait intéressant de connaître les impacts de cette radioactivité sur la flore et les mammifères herbivores et carnivores notamment. Mais le Parc préfère grandement faire l’autruche sur ces questions, aujourd’hui comme hier !

Comment peut-il parler de « sujet ancien » lorsque l’on sait que la contamination des sols du Mercantour a eu lieu il y a 30 ans et qu’il faut 300 ans pour que disparaisse la radioactivité du Césium-137, un radioélément qui n’existe pas à l’état naturel?

Il n’y a pas de volonté de stigmatiser le Mercantour ! Le choix des points de mesures correspondent aux points chauds détectés lors de la campagne de mesures de 1996 – 1997. Il se trouve que le col de la Bonnette située dans le parc national du Mercantour s’est révélé comme l’un des points les plus contaminés, si ce n’est le plus contaminé de tout l’hexagone. Ajoutons que selon la campagne de mesures de l’ACRO, il se trouve que c’est aussi le sol du col de la Bonnette qui est le plus radioactif en Césium-137 et que les points mesurés dans le Mercantour sont ceux qui sont encore parmi les plus contaminés. On ne peut imager plus grande ignorance du sujet. Le Parc ne s’est d’ailleurs jamais vraiment inquiété de cette radioactivité sur son territoire !

« Le Parc national du Mercantour constate qu'à ce jour, concernant un sujet ancien, les autorités sanitaires n'ont donné aucune consigne de précaution particulière et que donc, sauf contre ordre de ces mêmes autorités, il n'y a pas de restrictions d'usage particulières qui s'imposent aux habitants, socioprofessionnels et visiteurs qui fréquentent le territoire du parc. » Le Parc ne prendra aucune mesure tant que les autorités sanitaires ne donneront pas de consignes particulières. C’est à elles de décider. Il se contente d’ouvrir grand son parapluie de berger et de refiler la patate chaude à d’autres, en toute tranquillité : les dites autorités n’ont jamais rien exigé et n’exigeront jamais rien puisque l’OPRI et son successeur l’IRSN ont toujours déclaré qu’il n’y avait pas de danger. Le Parc ne fera rien et ceux qui le fréquentent continueront de subir des radiations à leur insu. La fréquentation du parc ne risquera pas de faiblir et les intérêts commerciaux et financiers de la région ne seront pas impactés.

Il est évident que les doses reçues sont faibles mais elles ne sont pas négligeables. Qu’est-ce que cela veut dire ? Est-ce que cela veut dire dangereux ? Toute exposition a des radiations est « dangereuse » aussi faibles qu’elles puissent être dans le sens où il n’y a pas une dose limite connue en deçà de laquelle il n’y pas de nocivité et au-delà de laquelle la nocivité commence. Simplement, il a été convenu au niveau international de recommander des limites admissibles d’exposition qui sont une sorte de compromis entre la protection des personnes et les nécessités de l’industrie nucléaire. Pour la population, cette limite est, pour la France, de 1 mSv/an (millisievert par an)  d’exposition hors radioactivité naturelle et médecine. Lorsque l’on parle de doses non négligeables comme celles reçues lors d’un bivouac ou d’un piquenique qui se situeraient par malchance sur une zone contaminée, cela ne veut dire ni danger, ni absence de danger, cela veut dire que la dose reçue est significative par rapport aux doses limites. Ainsi comme je l’ai rappelé dans l’article précédent, le fait de bivouaquer 4 heures sur certaines des zones contaminées lors de l’accident de Tchernobyl induit encore en 2015 une exposition non négligeable puisque dans un des cas défavorables au Col de la Bonnette on recevrait pendant ces quatre heures 20 μSv  (microsievert) soit ¼ de la dose mensuelle admissible qui est d’environ 80 μSv/mois. Il vaudrait donc mieux éviter de se rouler dans l’herbe grasse et douillette de ces combes contaminées. Encore faudrait-il savoir où se trouvent exactement les surfaces contaminées, donc qu’elles soient signalées comme étant à éviter. Mieux encore, il n’y aurait aucune dose issue de sources artificielles de reçue si, comme le demande la CRIIRAD, le sol contaminé était décapé lorsque l’on est sur ou à proximité d’un lieu fréquenté comme le col de la Bonnette qui est certes en pleine montagne et très haut en altitude, mais accessible à tous en automobile. C’est aussi un col favori des cyclistes. Il fut visité par le Tour de France naguère et le sera par le Giro cette année. Combien de temps y ont séjourné et y séjourneront les spectateurs ?

•Comparaison n’est pas raison ou l’art de noyer le poisson…

Le nucléocrate de service de l’AFIS – l’association scientiste qui fait la promotion de toutes les saloperies que la technoscience met sur le marché (nucléaire, nanotechnologie, OGM, etc.) – est en dehors du sujet lorsqu’il nous saoule d’une pléthore de comparaisons pour établir que séjourner sur une des taches de contamination au col de la Bonnette dans le Mercantour n’est pas dangereux et que la CRIIRAD ne cherche qu’à nous faire peur pour que nous rejetions le nucléaire.

Il établit une équivalence simpliste entre « non-négligeable » et « dangereux » alors que « non-négligeable » signifie qu’il s’agit d’une quantité non négligeable de radiations reçues par rapport à la dose limite annuelle et/ou mensuelle que l’on tolère en supplément des radiations reçues qui sont issues de sources naturelles et/ou médicales comme on vient de le rappeler dans le paragraphe précédent. Ces radiations « en plus » correspondent à un risque supplémentaire par rapport au risque naturel dont il convient de protéger les populations. Si la quantité reçue est « non-négligeable », cela implique qu’il vaut mieux éviter d’être soumis à ces sources et cela réclame des autorités compétentes une action pour que la contamination, source de l’irradiation cesse. Dans le cas d’une visite au col de la Bonnette on est largement en deçà de quantités reçues entraînant des effets déterministes telles que l’ont été, par exemple, les quantités reçues par les liquidateurs de Tchernobyl. Les effets ne sont que stochastiques (aléatoires). Mais même dans ce cas de figure, au Col de la Bonnette ou dans des lieux fréquentés du Parc comme la forêt et le lac du Boréon, il est inacceptable de ne rien faire, de ne pas mettre en garde les populations résidentes permanentes et saisonnières, de laisser des gens au contact de sols contaminés et de les laisser ingérer des produits qui peuvent l’être, notamment des champignons. En l’occurrence, il ne s’agit pas seulement de danger comme le voudrait l’AFIS, il s’agit de l’interdiction de faire courir un type de danger aux gens : un interdit tout à la fois légal et moral. Non respecté hier de façon flagrante, cette interdiction ne l’est donc toujours pas aujourd’hui. C’est cela que masque l’équivalence simpliste entre « non-négligeable » et « dangereux » effectuée par l’AFIS. Il lui suffit ensuite d’établir par des arguties que ce n’est pas (très) dangereux pour en conclure que c’est négligeable contrairement à ce qu’affirment la CRIIRAD et les antinucléaires. Par ce tour de passe-passe fondé sur la symétrie de la relation d’équivalence, seront ainsi justifiés les administrations diverses et les élu(e)s responsables qui n’ont pas pris, ne prennent pas et ne prendront aucune des mesures réclamées depuis le début par les laboratoires indépendants de mesure de la radioactivité et les défenseurs de la Nature et de l’environnement.

Le nucléocrate de service de l’AFIS compare la dose reçue en deux heures sur le sol contaminé du col de la Bonnette (10 μSv) avec la dose de radioactivité naturelle reçue en séjournant une semaine à cette altitude de 2 715 m et qui sera bien plus élevée (25.2 µSv). Or, les doses reçues bien que calculées de façon identique avec les mêmes unités  ne sont pas pour autant comparables lorsque l’on se pose la question de savoir si elles sont ou non négligeables. La dose issue de la contamination des sols n’est pas négligeable au regard de la dose admissible. Au regard de la dose admissible, on ne peut rien dire de la dose reçue à partir de la radioactivité cosmique, celle-ci étant naturelle et ne pouvant donc être prise en compte dans le calcul de la dose reçue par rapport à la dose admissible qui ne retient que les radiations ayant pour source l’industrie nucléaire, civile ou militaire !

Le nucléocrate de service de l’AFIS imagine donc qu’une personne passe une semaine de vacances au col de la Bonnette. Complétons le scénario et supposons que par malchance cette personne dresse sa tente dans une belle combe non loin de la route mais dont le sol est contaminé au Césium-137, exactement à l’endroit ou Bruno Chareyron de la CRIIRAD a fait ses mesures (voir article précédent). Pendant ces sept jours passés dans et autour de sa tente le campeur malchanceux aurait reçu à raison de 5 μSv/h pendant 24 h durant 7 jours 840 μSv. Ces 840 μSv supplémentaires reçus en plus des 25.2 µSv de radioactivité naturelle représentent 84% de la dose annuelle admissible. 84% de la dose annuelle admissible en 7 jours ! Cela est loin d’être négligeable. 

Si maintenant on juge de ce qui est négligeable ou pas vis-à-vis d’un risque potentiel, aucune dose, quelle que soit sa source,  n’est négligeable comme expliqué dans un paragraphe précédent. Et certes, plus faible et la dose, on peut supposer (mais ce n’est pas prouvé) que plus faible est le risque. Il semblerait en effet que les cellules des organismes vivant à des altitudes élevées et soumis à un rayonnement cosmique chronique se réparent plus facilement et plus complètement que les cellules d’organismes soumis occasionnellement à des rayonnements ionisant plus intenses sur une période plus brève.

Le nucléocrate de service conclut sa comparaison dépourvue de sens par une question inepte : « Faut-il interdire les séjours en montagne ? », alors que la question  est de savoir s’il faut décaper les sols les plus contaminés sur des passages ou des lieux fréquentés !

Poursuivant ses comparaisons absurdes il affirme : « Un voyage aller-retour Paris New-York occasionne une dose de 50 µSv donc 5 fois notre cas d’école [bivouac de 2 heures, soit 10 μSv] ! Faut-il interdire les voyages en avion ? » Il compare ainsi une fois de plus les doses reçues de radioactivité naturelle avec les doses admissibles hors radioactivité naturelles, ce qui ne signifie rien. Il en va de même pour toutes ses autres comparaisons.

Dans cette citation la réduction à l’absurde qu’il tente d’établir n’est qu’un sophisme qui mélange radiations d’origine artificielles évitables ou réductibles et radiations non évitables sous prétexte qu’elles sont physiquement de même nature. Si le sol des secteurs fréquentés ou susceptibles de l’être qui sont dûment répertoriés étaient décapés, la dose de radiation artificielle reçue serait nulle. Ces radiations sont évitables et devraient être évitées.

Si je veux faire un aller et retour Paris/New-York en avion, les 50 μSv seront inévitables. À moi de le savoir d’abord et de le choisir en connaissance de cause ensuite. La plupart des gens ne se posent même pas la question et ceux qui se la posent prennent en général le risque. Quant aux doses reçues par le personnel navigant de l’aviation commerciale, elles ne doivent pas dépasser la dose limite admise pour tous les travailleurs soumis aux rayonnements ionisants, c’est-à-dire une dose externe annuelle de 20 mSv. Ce n’est pas parce qu’elle est « naturelle » que la radioactivité cosmique est inoffensive. Et il en est de même pour la radioactivité tellurique.

En ce qui concerne les doses reçues lors d’examens médicaux, le physicien de l’AFIS affirme « si par malheur vous deviez subir un scanner abdominal, en une seule fois et en quelques minutes vous prendriez 10 000 µ Sv soit 1000 fois ce que l’on nous présente comme étant non négligeable (donc potentiellement dangereux si on abandonne la langue de bois).Pour autant croyez-vous que le radiologue vous envoie à la mort ? » Cet examen en particulier comme tout examen radiologique médical soumet le patient à des irradiations importantes. Si le radiologue n’envoie pas son patient à la mort, il lui fait prendre un risque au terme d’une analyse du rapport coût/bénéfice dont ce patient doit être informé et qu’il accepte. D’ailleurs, il peut, au moins théoriquement, refuser.

En outre, dans ce passage le physicien de l’AFIS se moque du lecteur. Bien sûr que le radiologue n’envoie pas son patient à la mort avec une dose de 10 000 μSv puisque comme il l’écrit « il n'y a pas de toxicité démontrée en dessous d'un seuil de 100 000µ Sv (soit 100mSv). On commence à « voir » quelque chose au-delà de 2 à 3 fois cette dose. » Mais, le « quelque chose » auquel il est fait mention est un effet déterministe. Lorsqu’il en conclut que dans le cas des radiations que pourrait subir un piqueniqueur malchanceux faisant la sieste à un mauvais endroit au Col de la Bonnette «  on est donc dans un rapport de 10000 (voire 30 000) avec des doses pouvant poser problème et il n'y a donc, en aucune manière, lieu de s'inquiéter et surtout d'inquiéter la population. », il confond – volontairement ? – effet déterministe et effet stochastique ! Le piqueniqueur ne sera pas pris de nausées, et autres troubles affectant les personnes fortement irradiées, mais il prend un risque supplémentaire en augmentant sa dose annuelle, un risque qu’il ne prendrait sans doute pas s’il était correctement informé en allant simplement piqueniquer et faire sa sieste quelques dizaines de mètres plus loin. Mieux encore, cette malchance de prise de risque supplémentaire n’existerait pas si le sol avait été traité comme demandé notamment par la CRIIRAD.

Ces quelques remarques sur le texte qu’a cru bon de faire paraître l’AFIS en réaction à la publication des mesures de la CRIIRAD et de ses demandes suffisent pour montrer que cette réaction de « scientifiques » qui « savent » face au bon peuple ignorant que l’on effraie à tort et qu’il faut rassurer n’a qu’un but : rouler le bon peuple en question dans la farine pour lui faire admettre l’inadmissible : vivre dans des zones contaminées par une catastrophe nucléaire majeure comme c’est le cas au Japon où la dose maximale admissible pour la population a été multipliée par 20 dans les zones contaminées par la catastrophe de Fukushima, ce qui correspond à la dose maximale admissible des travailleurs du nucléaire. Mais ce n’est pas grave pour l’AFIS et les nucléocrate, il y aurait encore de la marge et nous sommes plutôt dans un excès de précaution due au principe éponyme, objet de tous les sarcasmes de ces « scientifiques ».

C’est ainsi que l’on peut lire dans un texte publié sur un site quasi officiel consacré à la radioactivité – il utilise le sigle du CNRS et celui d’une maison d’édition scientifique – : « La limite de 1 mSv/an peut sembler excessive ». Le rédacteur de l’article de l’AFIS que nous examinons a dû s’inspirer de ce texte et s’empresser d’en reprendre les âneries dont il est émaillé. On peut en effet y lire que : « Si l’on appliquait la limite de 1 mSv à ces deux causes, [la radioactivité d’origine naturelle et celle reçue lors d’examens médicaux] on ne pourrait pas subir un scanner, il faudrait renoncer à l'avion, abandonner l'alpinisme, ne pas habiter la Bretagne ou la Corse. » Bref, on veut vous faire croire que vous pourrez vivre dans une zone contaminée sans risque pour votre santé ou celle de vos enfants. En cas d’accident nucléaire, grands ou petits vous pourrez encaisser jusqu’à 20 mSV/an, boire du lait contaminé, manger des fruits et des légumes contaminés produits par l’agriculture radieusement irradiée de la douce France. Ce qui s’est passé et qui se passe avec la contamination due aux retombées de Tchernobyl dans le Mercantour préfigure en tout petit grâce à la distance ce qui se passera en grand  lorsque l’accident aura lieu sous nos fenêtres.

Cause toujours, tu m’intéresse !

En initiant sa nouvelle campagne de mesures de juillet 2015 dans le Mercantour, la CRIIRAD avait pour but « de maintenir la pression sur les autorités pour qu’elles produisent des cartes détaillées et gèrent les points les plus radioactifs situés sur des zones fréquentées par le public. » La CRIIRAD souligne qu’il est nécessaire de « porter une attention plus particulière à des points d’accumulation qui pourraient être proches de tables de pique-nique, bergeries, bord de lacs, etc. » Cette association  a mille fois raison de considérer que « dans ces cas, il nous semble légitime de demander que ces secteurs soient balisés voire traités (décapage de la couche superficielle du sol). » Elle précise que « ce secteur particulier du Mercantour, aux environs du col de Restefond La Bonette, a été choisi, car c’est là que nous avions pu, en août 1998, faire des mesures en présence des autorités. »

Les réactions de l’IRSN, du Parc et des nucléocrates sont hélas les mêmes qu’à l’accoutumée en ce qui concerne le nucléaire : manœuvres dilatoires, politique de l’autruche et immobilisme. Mieux vaut laisser les gens s’irradier quelque peu que de prendre des mesures pouvant nuire à la réputation de la région et donc à son économie, au commerce, aux affaires. Ce sont celles-ci qu’il s’agit de préserver avant tout. En ce qui concerne le Parc National, cela n’a rien d’étonnant quand on sait que son Conseil d’administration était présidé à l’époque par Eric Ciotti, qu’il est composé d’une écrasante majorité de maires, présidents d’agglomérations, conseillers généraux dont Christian Estrosi (qui colporte que les loups du massif ont été introduits par des écologistes), de technocrates et de personnalité nommées par les préfets.

Bref, une fois de plus la CRIIRAD a reçu une fin de non-recevoir sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres malgré un soutien effectif de militants et une population globalement favorable qui lui fait confiance. On a dans cette affaire les prémices de ce qui risque fort de se passer en cas d’accident nucléaire en France.

On sait aujourd’hui qu’il y aura un autre accident nucléaire majeur sur la planète et la France est, hélas, bien placée pour être le pays où il aura lieu. Même les nucléocrates le savent et s’y préparent à leur manière. Mais comme dans le cas du Mercantour, leur préoccupation première n’est pas la protection des populations. C’est d’abord le maintien de l’ordre et c’est ensuite une gestion de la crise qui préserve l’économie du pays ainsi que l’expliquait le président de la CRIIRAD, Roland Desbordes lors d’une conférence à Colmar en 2014. En ce qui concerne le maintien de l’ordre, il faut entre autres conditions dont le recours à l’armée inutile ici Dieu merci, une maîtrise totale de la communication. Dans le cas du Mercantour étudié dans cet article,  on trouve à l’état embryonnaire la tentative d’une telle maîtrise. C’est la posture du Parc disqualifiant les résultats de la CRIIRAD sous prétexte qu’ils n’émanent pas d’une source officielle, posture qui a pu s’appuyer sur la note de l’IRSN soutenue par la nucléocrate AFIS. D’autre part, comme l’explique Roland Desbordes un des enseignements que les nucléocrates qui nous gouvernent ont tiré de la catastrophe de Fukushima est que cela revient moins cher et qu’une catastrophe est économiquement viable dès lors que l’on laisse vivre les gens dans des zones contaminées. Il n’est donc pas étonnant que même aujourd’hui, après cette catastrophe, aucune mesure sera prise pour protéger les gens de la contamination radioactive résiduelle qui pollue encore aujourd’hui encore le massif, qu’ils soient habitants permanents, touristes, estivants ou randonneurs.

Ainsi va la France nucléaire…..

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Annexes

Le communiqué du Parc National du Mercantour
 
Radioactivité : réaction du Parc national du Mercantour
Communication de la CRIIRAD : précisions apportées par le Parc National du Mercantour
La presse a relayé ces derniers jours une étude de la CRIIRAD relative à un éventuel danger de radioactivité sur le territoire du parc national :
  • Le Parc national du Mercantour indique qu'il n'a pas été destinataire de cette étude et qu'il n'a été associé ni à son déroulement, ni à sa préparation. Il en est de même pour les communes où les mesures ont été réalisées ;
  • Le Parc national du Mercantour regrette la stigmatisation du "Mercantour" à partir de quelques points de mesure localisés. Il aurait été intéressant de savoir ce que donneraient des prélèvements sur d'autres cols ou territoires alpins. Cette méthode ne paraît ni scientifique, ni équitable ;
  • Par ailleurs, si la CRIIRAD est une association indépendante qui est légitime à effectuer des mesures, le Parc national du Mercantour rappelle que les autorités compétentes en France sur la radioactivité sont l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), dont la DREAL est la déléguée territoriale, ainsi que l'Institut de Radioprotection et de sûreté Nucléaire (IRSN) ;
  • Le Parc national du Mercantour constate qu'à ce jour, concernant un sujet ancien, les autorités sanitaires n'ont donné aucune consigne de précaution particulière et que donc, sauf contre ordre de ces mêmes autorités, il n'y a pas de restrictions d'usage particulières qui s'imposent aux habitants, socioprofessionnels et visiteurs qui fréquentent le territoire du parc.
 
*
 
Extrait de l'article de l'AFIS
 

On passe maintenant aux choses plus significatives en termes de santé à savoir les effets de l’irradiation sur le corps humain. Essayons de donner quelques éclaircissements à cette accumulation de chiffres qui pourrait désarçonner le commun des mortels.

 

En premier lieu il faut comprendre la démarche intellectuelle qui est sous-jacente à ces explications :

 

L’IRSN examine les deux cas de figure suivants : une irradiation liée à la présence de Césium 137 (radioactif avec une demi-vie de 30 ans) et une ingestion de produits qui pourraient contenir ce césium (lait ou champignons  issus de ces zones). En effet l’activité dont il est question (les 100 000Bq / Kg dans quelques points chauds) peut se traduire en terme d’irradiation externe d’une part (lorsqu’on marche ou qu’on se couche dessus) et d’irradiation interne si on devait ingérer ce Césium d’une manière ou d’une autre.

 

Pour ce qui est de l’irradiation externe, l’article explique : « le fait de bivouaquer 2h sur certaines de ces zones induit une exposition non négligeable avec un débit de dose de 5 µ Sv/h au contact du sol. » Donc pour deux heures on retrouve les 10µSv évoqués par l’IRSN (qui d’ailleurs ne remet pas en cause les chiffres fournis par la CRIIRAD). Est-ce vraiment « non négligeable »?

 

Pour relativiser ces chiffres  voici quelques éléments de comparaison :

 

- Notons d’abord que l’irradiation naturelle à cette altitude est de 150nSv/h, donc si vous passiez une semaine de vacances à cette altitude  vous prendriez  150 x 24 x7 =25200nSv soit  25.2 µ SV donc deux fois et demie plus que notre dose non négligeable ! Faudrait-il interdire dans ce cas les séjours en montagne ?

 

- Un voyage aller-retour Paris New-York occasionne une dose de 50 µ Sv  donc 5 fois notre cas d’école ! Faut-il interdire les voyages en avion ?

 

- Un  français reçoit en moyenne, par an, une dose naturelle de  2 500 à 3000 µ Sv. Alors, 10 de plus ne font que… rester dans la moyenne, rien de plus !

 

- Dans certaines régions du monde, plus fortement radioactives du fait de gaz radioactifs remontant à la surface (le radon 222), la population reçoit 50 000  µ Sv par an (et même par endroits le double). Et pourtant toutes les études épidémiologiques montrent que même à ces doses il n’y pas d’aggravation du nombre de cancer ou d’autres maladies.

 

- Enfin, si par malheur vous deviez subir un scanner abdominal, en une seule fois et en quelques minutes vous prendriez 10 000 µ Sv soit 1000fois ce que l’on nous présente comme étant non négligeable (donc potentiellement dangereux si on abandonne la langue de bois).Pour autant croyez-vous que le radiologue vous envoie à la mort ?

 

 

En réalité, si l’on se réfère à des sources sérieuses, par exemple à la publication "Santé Radioactivité et rayonnements ionisants -édition 2004" issue de la collaboration entre d'éminents spécialistes de ces problématiques (Académie de Médecine,  de Pharmacie, de Radiologie, etc...), il n'y a pas de toxicité démontrée en dessous d'un seuil de 100 000µ Sv (soit 100mSv). On commence à « voir » quelque chose au-delà de 2 à 3 fois cette dose. On est donc dans un rapport de 10000 (voire 30 000) avec des doses pouvant poser problème et il n'y a donc, en aucune manière, lieu de s'inquiéter et surtout d'inquiéter la population.

 

Finalement, pour ce qui est de l’irradiation interne par ingestion, notons tout d’abord que l’article de la Provence et le document de France 3 n’en parlent pas, et pour cause.

 

En effet, l’IRSN montre que ce cas de figure très hypothétique n’engendrerait quasiment aucun effet sur l’organisme (10 à 100 µ Sv dans le cas d’un plat complet de champignons … qu’on ne trouve pas dans ces parages).

 

Lorsque la CRIIRAD, relayée par des journalistes en mal de buzz affirme que l’on mesure par endroits une radioactivité 100 fois supérieure au niveau naturel, nous pouvons aussi rétorquer  que les niveaux d’exposition sont pour autant 10 000 fois plus faibles que ceux considérés comme pouvant poser problème par les médecins et les scientifiques. Mais faire un titre en disant « nous avons mesuré des débits de dose 10000 fois trop faibles pour être dangereux » n’aurait probablement pas le même succès médiatique ! Alors que penser de cette alerte du CRIIRAD ?

 

En réfléchissant un peu, chacun pourra trouver quelques raisons.

BUFI Georges
Ingénieur-Membre de l’AFIS.

http://www.pseudo-sciences-13.org/radioactivite-mercantour.html


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 On trouvera les textes de l'IRSN analysés en suivant les liens ci-dessous :

- Note d’information sur les «Points chauds» de contamination en césium 137 de certains sols de moyenne et haute montagne du massif Alpin daté du 6 août 2015 http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Documents/IRSN_NI-Mercantour-Cesium137_06082015.pdf

 - Document de 2016 Constat Radiologique « Rémanence de la radioactivité d’origine artificielle » http://www.irsn.fr/FR/expertise/rapports_expertise/surveillance-environnement/Documents/IRSN_Constat-Remanence-France_201604.pdf


 
 

 

Mardi 10 Mai 2016 Commentaires (0)

Tchernobyl, il y a trente ans. L’OPRI (Office de Protection des Rayonnements Ionisants) et tout particulièrement le Professeur Pellerin nous ont menti. La reconnaissance officielle de ce mensonge n’a jamais eu lieu. Pourtant trente ans après, il y a encore des preuves de ce mensonge, notamment au col de la Bonnette dans le Massif du Mercantour. On y trouve encore des sols fortement contaminés comme le mettent en évidence les résultats des mesures effectuées par la CRIIRAD et l’ACRO.



On remarquera que sur les lieux, il n’y a aucune mise en garde : la radioactivité est pourtant là insoupçonnable pour le visiteur de ce site magnifique. En plein été, les pique-niqueurs sont là. (Vidéo réalisée par la Criirad)


Dans les Alpes maritimes et les Alpes de Haute-Provence certains sols sont toujours des «déchets radioactifs»

La campagne de mesures de la CRIIRAD
 
Le laboratoire de la CRIIRAD a procédé, les 5 et 6 juillet 2015, à des mesures de radioactivité et échantillonnages dans les Alpes, afin d’étudier l’évolution de la contamination résiduelle par les retombées consécutives à la catastrophe de Tchernobyl. A l’issue de ces mesures la CRIIRADa publié un communiqué de presse dans lequel il rappelle qu’en mai 1986, les retombées avaient été particulièrement intenses dans le sud-est de la France et que la CRIIRAD avait mis en évidence entre 1996 et 1998, de très fortes contaminations des sols dans le Mercantour. Les mesures faites l’été 2015 montrent encore une contamination sévère à certains endroits :
« Les nouvelles mesures réalisées au cœur du Parc National du Mercantour, entre 2440 et 2540 mètres d’altitude, dans le secteur du Col de la Bonnette-Restefond, à la frontière entre les départements des Alpes de Haute-Provence et des Alpes Maritimes, montrent que :
• À 1 mètre du sol, sur des centaines de mètres carrés, le niveau de radiation est toujours plus de 2 fois supérieure à la normale. Ces  forts niveaux de rayonnement sont dus à la contamination résiduelle des sols par le césium-137 imputable principalement aux retombées de la catastrophe de Tchernobyl. Les rejets radioactifs massifs provenant du réacteur accidenté ont entrainé des dépôts radioactifs particulièrement intenses dans le sud-est de la France et en particulier en montagne.
•En outre, en fonction de la topographie, des conditions climatiques, de la nature du couvert végétal et de la typologie des sols, le métal  radioactif qui s’est déposé sur de vastes étendues a pu être redistribué et induire de très fortes accumulations. »
Sur ces zones d’accumulation les niveaux de radiation au contact du sol les valeurs mesurées sont plus de dix fois, voire même plus de 100 fois supérieures au niveau naturel. Le fait de bivouaquer 4 heures sur certaines de ces zones induit toujours en 2015 une exposition non négligeable (débit de dose de 5 microsiverts/heure (μSv/h) au contact du sol). Pour rappel la dose limite (ce qui ne veut pas dire inoffensive) pour la population est de 1 millisievert par an (mSv/an) en dehors des expositions médicales et naturelles, soit environ 80 μSv/mois. En quatre heures de bivouac, on reçoit ¼ de cette dose !
Dans son communiqué de presse, la CRIIRAD rappelle qu’au début du XXème siècle, la radioactivité  des  sols était de 0 Bq/kg pour le césium-137. Aujourd’hui sur les points d’accumulation cartographiés au Col de la Bonnette, notamment près d’un lac temporaire, les échantillons de sol prélevés manifestent une activité dépassant les 100 000 Bq/kg en césium-137. La CRIIRAD a ramené ces échantillons dans son laboratoire dans des caissons plombés. Ce sont des déchets radioactifs qui, après analyse, auront été remis à l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs.
 

Césium-137 dans les sol alpin en 2015 (©ACRO)
Césium-137 dans les sol alpin en 2015 (©ACRO)
L’enquête participative de l’ACRO

Dans le cadre de son enquête participative « Tchernobyl, 30 ans après ? » Bilan de la cartographie citoyenne du césium-137 dans l’alimentation et l’environnement, l’association « Les Enfants de Tchernobyl » s’est associée au projet en envoyant à l’ACRO une série d’échantillons de sols des massifs montagneux du sud-est de la France et en finançant leurs analyses. Les échantillons ont été prélevés sur des points chauds recensés par la CRIIRAD en 1998. On retrouve partout une contamination résiduelle non nulle qui montre une évolution complexe qui est fonction non seulement de la décroissance du Césium-137 mais de la topographie, du type de sol et de la végétation comme l’a également noté la CRIIRAD.
Tous les massifs alpins restent contaminés selon cette enquête et plus particulièrement les Alpes du Sud, le col de la Bonnette en tête avec un rayonnement gamma très marqué dans toutes les combes visitées. Un prélèvement effectué du sol jusqu’5 cm de profondeur dans une combe secondaire a révélé une activité de 68 000 ± 5 000 Bq/kg sec de Césium-137.
Dans le massif du Mercantour, à la Vacherie du Boréon (Commune de Saint-Martin Vésubie (06)), en secteur forestier un prélèvement du même type montrait une activité de 33 400 ± 2 800 de césium-137. Dans cette forêt, le préleveur a relevé un rayonnement gamma plus important dans tous les creux forestiers qu’il a visités. L’activité de l’échantillon est l’une des plus fortes de celles mesurées sur les échantillons de sol de surface prélevés dans le cadre de cette campagne. Elle est troisième, derrière celle de l'échantillon prélevé au col de la Bonnette, champion incontesté avec une activité de 68 000 Bq/kg sec loin devant les 38 700 Bq/kg sec du col de la Pisse Sud dans les Écrins qui précède donc de peu la forêt du Boréon et ses 33 400 Bq/kg sec. On soulignera que c’est aux Vacheries du Boréon qu’est situé « Alpha, Le Parc des loups du Mercantour » qui attire des milliers de visiteurs chaque année – plus de 63 000 en 2015 – sans qu’aucune information concernant la contamination post Tchernobyl ne leur soit donnée.
D’ailleurs, de façon générale, aucun des points chauds ne sont signalés et ni la population locale, ni les visiteurs ou les randonneurs ne sont prévenus. Il ne faut pas tuer le tourisme ou le commerce !

La France : le pays le plus nucléarisé et le plus mal préparé à une catastrophe
 
La France est un des pays les plus nucléarisé au monde et l’un des moins préparés en cas d’accident dans une centrale. Ces centrales ont beau être considérées par les nucléocrates franchouillards comme les plus sûres du monde, des accidents graves furent frôlés à plusieurs reprises, ce qui devrait rabattre leur caquet et l’a d’ailleurs un peu rabattu, puisque d’impossible naguère, l’accident majeur est devenu possible dans leur discours. Il a d’ailleurs bien failli se produire en décembre 1999 comme cadeau d’entrée dans le XXIème siècle.
Le 27 décembre notamment lors de la tempête qui frappe le territoire, les parties basses des tranches 1 et 2, et dans une moindre mesure les tranches 3 et 4 de la centrale nucléaire du Blayais (Gironde) sont inondées, forçant l'arrêt de trois de ses quatre réacteurs : « l'inondation d'une bonne partie des bâtiments a successivement mis hors d'usage plusieurs installations de sauvegarde, comme le circuit d'injection de sécurité (RIS), qui permet de rétablir le niveau du circuit primaire, et l'EAS (aspersion de l'enceinte), qui permet de faire baisser la température à l'intérieur du bâtiment réacteur en cas d'accident. Quand ce fut au tour, à 8 h 23, le matin du 28 décembre, de la moitié des pompes du circuit SEC (eau brute de sauvegarde), qui prélève l'eau en Gironde, la situation est devenue très grave. C'est le SEC qui assure en effet le refroidissement de l'ensemble, par l'intermédiaire d'autres circuits, et la sûreté de la tranche n° 1 ne tenait plus qu'à deux pompes, justifiant le déclenchement d'un plan d'urgence interne. Les centrales vieillissent et se corrodent, la chance ne sera peut-être pas toujours au rendez- vous ! » (Jean-Pierre Deroudille, Sud-Ouest, 5 janvier 2000.)
 
Le caractère ingérable des catastrophes nucléaires
 
La France n’est pas préparée en cas d’accident nucléaire, mais peut-on l’être vraiment ?
Contrairement à ce que pourrait laisser penser certaines émissions TV et notamment le film diffusé sur Arte pour son dossier sur les 30 ans de la catastrophe de Tchernobyl, une catastrophe nucléaire n’est pas gérable comme le souligne Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire, directeur du laboratoire de la CRIIRAD qui a rédigé le communiqué de presse associé à sa dernière campagne de mesure « Le fait que, dans le Sud-est de la France, à 1 900 kilomètres de Tchernobyl, et plus de 29 ans après la catastrophe, certains sols restent contaminés à plus de 100 000 Bq/kg nous interpelle sur ce qui se passerait en cas de catastrophe nucléaire sur un réacteur situé à quelques kilomètres de nos frontières, ou au cœur du territoire français. La période physique du césium 137 est de 30 ans et il faut attendre 300 ans pour que sa radioactivité soit divisée par 1 000. »
 
Ségolène Royal proclame que pour mieux garantir la sécurité des Français, le périmètre de protection autour des centrales a été élargi de 10 km à 20, c’est certainement une bonne chose, mais ce n’est pas pour autant que nous sommes à l’abri. Comme le rappelle Bruno Chareyron, Tchernobyl est à environ 1 900 km du Mercantour, toujours contaminé aujourd’hui et dont les sols avaient reçu jusqu’à 545 000 ± 55 000 Bq/kg sec au Col de la Bonnette Restefond. Cernés de toute part par des centrales nucléaires vieillissantes qu’EDF veut continuer à faire fonctionner, il ne s’agit pas de se faire peur mais il ne faut pas non plus jouer l’autruche : si le pire n’est jamais sûr, il est prévisible et même prévu par les nucléocrates CEA, AREVA, EDF. Comme au Japon, après Fukushima, les normes seront modifiées pour que l’on laisse vivre gens dans des territoires contaminées. Les doses dites « admissibles » passeront de 1 mSv/an à 20 mSv/an, 20 fois plus ! Et dans ces zones, nous n’irons plus aux bois car l’atome y sera…

Les leçons que je tire de tout cela est semblable à celles que tiraient de l'accident de Tchernobyl et de la critique de l'industrie nucléaire Roger et Bella Belbéoch.
Elles ne seront pas partagées par bon nombre des anti-nucléaires tièdaces actuels, par ces écologistes obnubilés par l’effet de serre qui se disent anti-nucléaires mais qui dans le même temps encensent un ex-salarié aujourd’hui retraité du Centre de l’énergie atomique (CEA) et qui vont même jusqu’à lui demander  de préfacer leurs ouvrages parce que ce monsieur fut vice-président du GIEC. Ces gens-là, auxquels s’opposaient déjà dans les années 90 Roger et Bella Belbéoch, surestiment les possibilités des grosses unités de production des énergies éoliennes ou solaires et sous-estiment  le rejet de l’éolien par le corps social et finalement sous-estiment également l’urgence d’une sortie du nucléaire.

La seule issue possible, c’est de stopper sans délai le nucléaire, en France et partout dans le monde. Abandonner cette énergie maintenant et pas aux calendes grecques quitte à recourir aux centrales à flamme comme le font les allemands.
Ségolène Royal veut que l’on construise de nouvelles centrales nucléaires alors que c’est l’inverse qu’il faut faire : fermer celles qui existent, ne pas en construire de nouvelles et ne pas en exporter.
Impossible ? Bien sûr que non ! Les japonais l’on bien fait, contraints et forcés. Alors, que l’on ne nous raconte pas d’histoires. Il s’agit d’une volonté politique et de hiérarchiser des priorités.


 

********
 
• On trouvera le communiqué de la CRIIRAD et le résultat des mesures effectuées dans les Alpes par ce laboratoire  ici  ( Rappel : « La CRIIRAD - Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité – est née en mai 1986, au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl, à l’initiative d’un groupe de citoyens révoltés par les mensonges officiels et qui souhaitaient connaître la vérité sur la contamination réelle du territoire français. La CRIIRAD est une association. Elle possède son propre laboratoire d’analyses. Indépendante de l’Etat, des exploitants du nucléaire et de tout parti politique, la CRIIRAD existe grâce au soutien moral et financier de quelques milliers d’adhérents. Elle mène ses propres investigations, informe le public et les médias. Si nécessaire, elle interpelle les responsables et les pouvoirs publics, engage des actions en justice et contribue ainsi à faire évoluer la règlementation en vigueur. Actuellement, Roland Desbordes, physicien, préside le Conseil d’Administration. La CRIIRAD emploie 14 salariés. Le responsable du laboratoire est Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire.» (Extrait du texte de présentation de cette association sur son site.)

• L’enquête participative sur la contamination radioactive rémanente en France et en Europe  trente ans après l’accident de Tchernobyl a été conduite par l’ACRO c’est ici ( Rappel : « L’ACRO est une association loi 1901 déclarée à la Préfecture du Calvados en date du 14 octobre 1986 (JO du 29/10/86), elle est agréée de protection de l’environnement dans le cadre des régions de Basse-Normandie et de Haute-Normandie. Comme la CRIIRAD, elle a été créée, par un millier de personnes, dans les mois qui ont suivi l’accident de Tchernobyl, en réaction à une carence en information et en moyens de contrôles de la radioactivité localement adaptés à la situation, le tout dans un contexte de crise de confiance. L’émergence d’une telle structure indépendante est liée à la volonté de la société civile de rendre le citoyen auteur et acteur de la surveillance de son environnement, comme de son information.Dotée d’un laboratoire de mesure de la radioactivité agréé, l’ACRO mène des travaux d’études et de surveillance de la radioactivité dans l’environnement à sa propre initiative ou encore pour répondre à la demande de collectivités territoriales, de commissions locales d’information (CLI) ou d’associations. Les domaines d’intervention de l’ACRO sont donc variés, allant de l’information à l’expertise, en passant par l’analyse et la démarche participative. » Extraits du texte de présentation de cette association sur son site)
 

Samedi 30 Avril 2016 Commentaires (0)
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