Cet article est une contribution à une critique du véganisme à partir d’un point de vue écocentré. Les végans ont une haute considération pour eux-mêmes. Ils pratiquent la culpabilisation et la stigmatisation de ceux qui n’adoptent pas leur mode de vie ou osent le critiquer. Or du point de vue d’une « éthique de la terre » ce mode de vie n’est pas « juste ». C’est le but de cet article de le prouver.
C’est à une critique de la justification du véganisme par ces considérations écologiques que cet article est consacré. Pour l’essentiel je souhaite montrer que ces considérations sont spécieuses. Elles reposent sur la réduction de l’élevage à l’élevage industriel dans le cadre d’une agriculture productiviste et elles s’appuient sur un bilan mondial en faisant fi de situations régionales ou locales pourtant très contrastées, sur des confusions voulues ou non notamment en ce qui concerne l’usage de l’eau.
Le véganisme généralisé aurait pour effet immédiat la fermeture des milieux et la disparition des prairies en France et en Europe au-dessous de la limite altitudinale des arbres. C’est à partir de la mise en évidence des conséquences fâcheuses de cette disparition pour la biodiversité que je construirai cette contribution à la critique du véganisme.
Avant de poursuivre, je souhaite mettre en garde sur trois points afin que les développements qui suivent ne soient pas interprétés de travers. Tout d’abord, les développements qui vont suivre ne valent pas pour les pelouses alpines, celles qui se déploient naturellement au-dessus de la limite altitudinale des arbres ou juste en dessous. Dans ces pelouses alpines, la transhumance d’immenses troupeaux de moutons est catastrophique pour les sols, la flore et la faune sauvage à cause de surcharge pastorale et d’absence de conduite de ces troupeaux trop souvent laissés seuls.
Ensuite, il n’est pas question de donner un blanc-seing à la profession qui trop souvent s’assoie sur les bonnes pratiques, ce qui se traduit par une exploitation trop intensive des prairies, une utilisation déraisonnée des antibiotiques et autres produits vétérinaires, un épandage d’engrais à des doses trop élevées, une mauvaise gestion des déchets, une insouciance du bienêtre animal et du sort des bêtes à l’abattoir, etc. …, bref par le sacrifice des bêtes et de l’environnement, par l’épuisement de la Nature et des salariés agricoles au profit de la sacro-sainte rentabilité qui bien souvent ne suit pas malgré une productivité exacerbée et n’est donc pas au rendez-vous, du moins dans les filières traditionnelles.
Il faut toutefois reconnaître que les temps sont durs pour les paysans, le métier difficile, les intermédiaires voraces. Le libéralisme triomphant est incompatible avec une agriculture paysanne. Quant aux gens, ils préfèrent se ruiner en gadgets électroniques à obsolescence programmée plutôt que de payer à son juste prix une nourriture de qualité.
Enfin, cette critique du véganisme n’est nullement incompatible avec un combat pour le bien-être animal et contre la chasse loisir. Si l’hypothèse de Pierre Jouventin (2016) est correcte, nos ancêtres ont dû se résoudre à pratiquer l’élevage parce qu’ils étaient des chasseurs de gros gibiers trop efficaces. Cette efficacité s’était d’abord traduite par une abondante nourriture permettant à diverses espèces du genre Homo d’accroître leurs effectifs. Ensuite elle a conduit à une pénurie de gros gibiers jointe à une augmentation de bouches à nourrir. Pour sortir de cette impasse, quelques espèces au moins de ce genre Homo dont Homo sapiens ont effectué la révolution néolithique, l’élevage se substituant à la chasse, le gros gibier étant devenu trop rare. Avec le développement de cet élevage comme source principale de protéines animales, la chasse s’est transformée peu à peu, notamment dans la civilisation occidentale, en un loisir.
Défendre un élevage raisonnable produisant des protéines carnées à consommer avec modération dans le cadre d’une alimentation équilibrée, c’est condamner la chasse car tuer le ventre plein, pour le plaisir est totalement injustifiable, totalement immoral. Chasse ou élevage, il semble que nous n’ayons guère eu le choix en des temps très lointains. Aujourd’hui, exceptées quelques populations reliques de chasseurs-cueilleurs que notre si belle civilisation ne manquera pas de finir d’exterminer, nous ne l’avons plus du tout, l’élevage est notre source quasi-unique de protéines carnées.
Pour faire oublier cette évidence, les végans s’attachent à démontrer que nous ne sommes pas des carnivores. Et de fait nous ne le sommes pas. Nos dents et les mouvements de nos mâchoires, notre estomac, notre intestin, nos processus de digestion et d'élimination sont ceux d'omnivores. Mais être omnivore, cela ne signifie pas physiologiquement que l'on puisse s'abstenir de tout produit carné ou d'origine animale, n'en déplaise aux végans. On peut le faire certes, mais il sera alors nécessaire pour ne pas être carencé de recourir à des substituts plus ou moins naturels pris sous forme de compléments alimentaires.
Tout bien considéré, il y a au moins un point commun entre les végans et les transhumanistes : les uns comme les autres refusent leur condition humaine, soit qu’ils n’acceptent pas les « imperfections » et les limitations de leur corps biologique, soit qu’ils n’acceptent pas leur statut d’organisme hétérotrophe. Purs esprits, immortels, se nourrissant de l’air du temps, voici leur idéal.
0.1 Les végans n’aiment ni la vie, ni la Nature en dépit de leurs déclarations.
Ce qu’ils aiment, c’est une vie édulcorée et une nature aseptisée, la seule que, citadins pour la plupart, ils fréquentent quotidiennement. Pour aimer et défendre la vie, il faut accepter la mort, la sienne comme celle des autres qu’ils soient humains ou d’une autre espèce. Tel est le paradoxe de la vie sur Terre qui ne peut se perpétuer qu’ainsi. A défaut de le comprendre, il faut humblement l’admettre, sans vouloir rien y changer, car « La Nature en sait plus ».
0.2 L’empathie est sans doute le ressort premier qui conduit les végans à condamner l’élevage et à refuser d’utiliser pour quelque usage que ce soit des produits d’origine animale. Éprouver de l’empathie pour des jeunes mammifères est une réaction naturelle : « comme il est mignon !» Cette réaction face au « mignon » faite pour déclencher le soin aux jeunes de notre espèce est génétiquement programmée et elle peut s’étendre aux jeunes d’autres espèces et même à des objets comme les doudous. Ceci est bien connu et a été analysé depuis longtemps par les éthologues (voir par exemple, inter alia, Lorenz, 1965). Les végans usent et abusent dans leur propagande de ces déclencheurs avec des photographies ou des photomontages de porcelets, petits veaux, poussins, etc... L’empathie des végans est sûrement moindre à l’égard d’une fourmi et pourtant, il a été établi que les individus de certaines espèces de fourmis se reconnaissaient dans un miroir, alors que de nombreux mammifères échouent à ce test. Ces fourmis ont donc une certaine conscience d’elles-mêmes. Je ne suis pas certain que les végans fassent beaucoup de cas de ces animalcules même si, par esprit de système, ils s’interdiront de manger des insectes et tenteront de donner mauvaise conscience à ceux qui le feront. Mais ils auront beaucoup plus de mal à y parvenir que lorsqu’il s’agit de veaux ou d’agneaux. Par parenthèses on notera que même le miel est prohibé dans un régime végan sous le prétexte ahurissant qu’il s’agit d’une exploitation des abeilles alors que pour les gens informés à l’esprit non déformé, il s’agit d’un cas typique de mutualisme ! (voir La cabane de Tellus)
1.1 Le véganisme, c’est la disparition des prairies permanentes et de leur cortège d’espèces associées en plaine et moyenne montagne de l’Europe tempérée. Lorsque l’on se prétend végan ET écologiste, il faut s’inquiéter des conséquences sur les écosystèmes de ce que l’on préconise. C’est sur l’une d’entre elles que je vais insister maintenant, la disparition des praires de fauche et de pâture dans une Europe où l’élevage aurait été supprimé. Cela concerne plus particulièrement les zones de moyennes montagnes européennes. Il s’agit de la fermeture des milieux dans ces zones.
1.2 L’agriculture et notamment l’élevage est en crise. C’est le moment choisi par les végans pour intensifier leur propagande et tenter de lui donner le coup de pied de l’âne. Si l’auteur de ces lignes est convaincu que bien des pratiques culturales ou d’élevage sont à revoir en Europe et dans les pays riches en général, il est en total désaccord avec l’objectif des végans : la disparition de l’élevage et de l’utilisation de tout produit d’origine animale.
1.3 L’élevage traditionnel raisonné de plaine et de moyenne montagne en plein air permet de garder des milieux ouverts, que ce soient des pelouses sèches ou des prairies humides avec leurs cortèges faunistiques et floristiques associés. Si tout le monde ou même seulement une grosse majorité de gens cessaient de manger de la viande ou des produits d’origine animale comme le lait ou le fromage, dans beaucoup de cas, notamment en dessous de la limite altitudinale de la forêt, le milieu se refermerait entrainant la perte d’un grand nombre d’espèces animales et végétales.
Par exemple, en Auvergne, ce sont les hêtraies et dans les parties les plus hautes les hêtraies-sapinières qui recouvriraient les volcans et les plateaux. On maintiendrait peut-être quelques troupeaux de moutons pour que les touristes puissent encore observer les formes de certains volcans remarquables, mais ce serait tout. Car que faire de ce que ces troupeaux permettent d’obtenir, les végans proscrivant l’utilisation du cuir, de la laine, du lait, du fromage et bien sûr de la viande. Les paysages des hauts plateaux de l’Aubrac, du Cézallier, du Cantal perdraient cette étrange beauté que leur confèrent les prairies d’estive qui s’étendent à perte de vue. Dans un monde végan, il n’y aurait plus de vaches sur ces hauts plateaux (ou si peu) et donc, plus de prairie et guère d’humains.
1.4 En Europe une centaine d’espèces de papillons de jour sur les 380 recensées est menacée et de nombreuses espèces ont déjà disparu. Plus de 50% de ces espèces fréquentent tous les milieux herbacés : prairies mésothermophiles, gazons xérothermophiles, milieux herbacés mésophiles, prés à litières, etc. En France, sept sous-espèces fréquentant ces milieux sont éteintes. La première sous-espèce à s'éteindre est Lycaena dispar gronieri, disparue des marais de Saint-Quentin dans l'Aisne vers 1905; par la suite, six sous-espèces de Rhopalocères ont disparu ces dernières décennies parmi lesquelles Parnassius apollo francisi ; P. a. peyerirrwffi ; Pieris manni andegava ; Coenonympha oedipus sebrica ; C. Coe.herbuloti; Maculmea arion microchroa. (Guilbot, 1999 ; UINC et al. 2012).
Il n’y a pas que les papillons. Un grand nombre d’autres espèces d’insectes serait impacté. La disparition ou la régression des prairies permanentes se traduirait par un appauvrissement sensible de la biodiversité florale de ces zones, au moment même où des mesures sont prises pour faire en sorte de privilégier le pâturage extensif qui reste compatible avec une riche biodiversité. Celle-ci fournit en retour une meilleure nourriture aux bestiaux avec pour conséquence des fromages plus goûteux : « La gestion de la biodiversité constitue un enjeu majeur pour les exploitations. Elle y est de plus en plus fréquemment considérée non seulement comme une résultante du mode de conduite des parcelles, mais aussi vis-à-vis des services qu’elle rend aux activités d’élevage (Clergue et al., 2005) : qualité des produits animaux, valeur nutritive des fourrages, souplesse d’utilisation des prairies, etc. Sa préservation est désormais explicitement prise en compte dans l’attribution de la nouvelle prime herbagère agro-environnementale (PHAE 2), les éleveurs qui s’y engagent ayant l’obligation de respecter un certain pourcentage de leur surface en éléments fixes de biodiversité tels que les estives ou les haies. » (Dumont et al. 2007, p. 23).
Qui sait que la prairie pâturée entretenue par fauche ou par pâturage extensif est l’écosystème le plus riche en espèces au m2 (jusqu’à 89 espèces) ? Ce n’est que si on utilise une maille plus large de 100m2 que les forêts tropicales humides la surpasse (Dale-Harris 2013), (Mauchamp et al. 2012).
La disparition d’espèces d’insectes ou de plantes du territoire national ou européen ne semble pas gêner plus que cela les végans qui semblent être inconscients ou insouciants des conséquences que produiraient leurs choix alimentaires, vestimentaires et autre de n’utiliser aucun produit ou matière première d’origine animale, un choix qu’ils aimeraient bien voir généralisé, généralisation pour laquelle ils se livrent à une propagande active et pas toujours ni très éthique, ni très honnête.
1.5 Paradoxalement la disparition de races domestiques d’animaux ne les gêne pas non plus.
C’est pourtant ce qui se produirait inéluctablement si toute une population cessait de s’alimenter avec des produits d’origine animale. Le cas des chevaux de trait est éclairant à ce sujet. L'arrivée du tracteur dans les années 1950 sonna le glas de nombreuses races de chevaux de trait. Les extinctions de ces races sont des pertes patrimoniales.
Certains végans, parmi les plus militants d’entre eux, tentent de passer sous silence cette conséquence fâcheuse : la disparition des animaux sur le sort desquels ils s’apitoient et tentent de nous faire verser une larme.
Sous la photo d’un joli petit cochon rose, on pouvait lire : « Si vous ne les mangez plus, ils ne les tueront plus », photo et légende, tweetées et retweetées par les végans. Je tweetais alors :
« (Dumas Jean-François @dumas_jf 29 mars @Muriel_F_Pacani @L214) Mais ils n'existeront plus non plus! Il faut le savoir. »
Ce qui me valut la réponse
« (Muriel F @Muriel_F_Pacani 30 ma.@dumas_jf @L214) Faire naître moins d'animaux issus de sélections génétiques artificiellement organisées par l'homme ne sera pas un mal. »
Curieuses réponse : ce n’est pas de « faire naître moins d’animaux… » qu’il s’agit, c’est de ne plus en faire naître du tout ou en nombre infime pour des fermes « à la Marie-Antoinette », ces « fermes » bidons que l’on installe dans les villes pour une occasion quelconque, avec quelques chèvres, poules, moutons que viennent caresser les enfants et se faire ainsi une idée fausse de l’élevage en confondant bétail et animaux de compagnie, confusion qu’exploiteront à merveille les végans pour leur propagande. Voilà donc une réponse bien rédigée pour cacher que l’enjeu, c’est la disparition de races, voire d’espèces domestiques ; réponse bien calculée aussi pour cacher que pour les animaux existant, cela signifiera un passage prématuré à l’abattoir, sauf pour quelques-uns que des associations pourront recueillir.
1.6 La reconquête des prairies permanentes par la forêt naturelle serait le meilleur scénario mais pas le plus probable.
Dans le pire scénario et, hélas, le plus probable, ce serait des plantations de douglas ou d’épicéas, en rang d’oignons pour « valoriser » ces espaces laissés à eux-mêmes. C’est déjà ce qui se passe en raison de la déprise agricole ici ou là dans des secteurs où l’exode rural a été particulièrement sévère.
Remplacer les prairies par des champs là où la nature des sols le permet (cas de figure assez rare en moyenne montagne où la roche affleure, par exemple dans les « cheires » volcaniques du Puy-de-Dôme) entrainerait un appauvrissement faunistique et floristique encore plus important. Comme je le développe en détail plus loin, pour ceux que les émissions de CO2 inquiètent, ce changement d’usage des sols entraînerait un déstockage massif de carbone. Et pourtant pour ne pas dépendre de l’import, il faudrait bien augmenter les surfaces labourées pour produire les graines et autres plantes du régime végan.
Ces scenarii plus ou moins catastrophiques ne sont pas de simples vues de l’esprit. En ce moment, il y a, comme chacun le sait, une crise de surproduction de lait avec baisse du prix de celui-ci aux éleveurs. Les troupeaux non seulement n’étant plus rentables mais devenant de plus une charge, beaucoup d’éleveurs sont contraints de les réduire. La vente des vaches laitières pour la boucherie a augmenté ces derniers mois. (La conversion en bio demande une trésorerie que tous les éleveurs déjà endettés n’ont pas.) On redoute une déstabilisation du marché de la viande bovine avec l’arrivée massive et prématurée de 800 000 vaches laitières à l’abattoir. Il faut d’ailleurs souligner que ce sont les petites exploitations paysannes qui sont touchées les premières et non les fermes-usines où les animaux sont traités comme des machines à fabriquer du lait.
Si en plus les gens se mettent à ne plus consommer de produits laitiers (lait, yaourts, beurre, fromage, …) l’hécatombe sera encore plus grande, y compris parmi les vaches laitières gestantes !
Ne plus boire de lait et ne plus manger de fromage, c’est condamner les vaches laitières à une mort prématurée. Les Bishnoïs qui se singularisent par un strict respect de tous les êtres vivants et pas seulement des animaux mais aussi des arbres et des plantes, boivent du lait de chèvre et font du fromage. Les animaux leur donnent leur lait mais inversement, il arrive que les humaines nourrissent au sein les faons orphelins. Ils sont plus cohérents et avisés que bien des végans de nos contrées.
2.1 Les végans et autres végétaliens utilisent abondamment dans leur propagande des arguments écologiques pour condamner la consommation de viande et de produits d’origine animale (lait et produits laitiers, œufs, miel…). Ils s’en vont répétant urbi et orbi que l’élevage qu’il soit laitier ou pour la viande est une catastrophe écologique. La production de viande et de lait serait responsable du défrichement des forêts au profit des pâtures et des cultures fourragères. L’élevage aurait des impacts sur le changement climatique et la biodiversité. Il induirait aussi un gaspillage et des pollutions de l’eau.
Ce réquisitoire s’appuie essentiellement sur le rapport de la FAO de 2006 Livestock's long shadow, du moins sur les résumés et présentations de ce pavé relativement indigeste de 390 pages sans compter les préfaces, remerciements, les tables des matières, des tableaux, des figures, etc.
2.2 Cependant les végans font une double confusion peut-être involontaire, plus sûrement voulue dans un but de propagande. Le rapport vaut pour l’ensemble des filières et cherche à dresser un panorama mondial tout en reconnaissant des situations contrastées. Ainsi ce qui vaudra pour l’Amérique latine par exemple, n’est pas automatiquement transposable à la France et à l’Europe. La seconde confusion consiste à mettre dans le même sac les différents types d’élevage en les réduisant aux élevages industriels.
2.3 Le rapport de 2006 de la FAO présente une analyse environnementale globale des systèmes d’élevages à l’échelle de la planète. Cette analyse met en évidence les conséquences néfastes écologiquement et le caractère non soutenable de l’élevage tel que pratiqué aujourd’hui. Il ne pourra faire face à une demande mondiale de plus en plus grande en produits carnés (viande et lait) dont la FAO prévoit le doublement à cause de la croissance démographique, du développement de l’urbanisation et de l’élévation des revenus et donc du pouvoir d’achat dans les pays « émergeants » ou « en développement » ; élévation des revenus et du pouvoir d’achat se traduisant entre autres choses par la préférence accordée à la consommation de protéines d’origine animales.
On notera aussi que la FAO privilégie dans ce rapport comme dans les suivants (FAO, 2010) l’élevage industriel avec de grosses unités de production rationalisées (des usines à viande !) comme réponse possible à cette demande, mettant en exemple les élevages de volailles. Elle laisse aussi à penser que l’amélioration des races par la transgénèse sera un des moteurs des progrès technologiques futurs en la matière. Les experts de la FAO sont loin d’avoir une vision écologiste de l’état du monde en général et de l’agriculture en particulier.
2.4 La comparaison effectuée dans le rapport de 2006 de la FAO entre la quantité de GES émis par l’élevage avec celle dues aux transports montre qu’à l’échelle de la planète la première dépasse la seconde. Cette comparaison a fait couler beaucoup d’encre parce que la question du « réchauffement climatique » a réussi à occuper le devant de la scène en ce qui concerne les enjeux écologiques du siècle.
Mais quand on y regarde de plus près, on constate que le facteur principal d’émission dans le calcul de la FAO est la déforestation qui serait responsable de 34% des émissions. Il est évident que si ce facteur concerne les Pays d’Amérique Latine, il ne peut concerner les pays européens. Là encore selon les pays la situation va varier.
Lorsque l’on est au fait de la situation en France et en Europe, on est étonné de lire dans le rapport de 2006 que les systèmes de types pastoraux sont responsables de la dégradation de la biodiversité et de l’augmentation des GES à cause de la déforestation. Vrai sans doute, globalement, à l’échelle mondiale, ce n’est pas le cas à l’échelle européenne. En Europe et en France en particulier, c’est l’inverse : la régression de l’élevage de type pastoral notamment à cause de l’exode rural et de la déprise agricole a entraîné une reforestation (du moins des plantations de résineux qui ne mériteraient pas le nom de « forêt ») plus pauvre en biodiversité et peu efficace en tant que « puits de carbone ».
Les prairies permanentes restantes qui représentent encore environ 1/3 de la Surface Agricole Utile (SAU) européenne sont conduites sans pesticides, avec peu d’engrais de synthèse. Non seulement elles permettent la survie de nombreuses espèces et chaînes trophiques mais de plus les prairies permanentes sont des « puits de carbone » au moins aussi efficaces que les forêts exploitées qui n’en sont pas sur le long terme contrairement à l’opinion reçue et véhiculée par les forestiers productivistes (voir ici mon article sur les forêts puits de carbone).
2.5 C’est pourtant sur les dégâts de l’élevage sur la forêt Amazonienne au Brésil ou en Argentine que se focalisent les Végans.
Pour eux, ces dégâts sont causés indirectement par la consommation de viande dans l’UE et en France plus spécialement. On peut lire sur un site de propagande Végan ou végétarien « L’Union européenne, dont la superficie des forêts augmente, est le 4e importateur de bovins derrière les USA, la Russie, et le Japon. En outre, 80 % des importations de bovins de l’UE viennent d’Amérique du Sud. Les Français sont les premiers consommateurs européens de viande bovine (FranceAgriMer, 2010). Ainsi la consommation de viande en Europe et en France est une cause de la déforestation en Amérique du Sud»
Manque de chance pour les auteurs de ce texte : les Français sont peut-être les premiers consommateurs européens de viande bovine mais en 2011, 75% de cette viande était d’origine française, 22% provenait de pays de l’UE, par ordre d’importance, Allemagne, Pays-Bas, Irlande, Italie et dans une moindre mesure Belgique, Espagne et Royaume Uni. Seuls 2% étaient d’origine extra-européenne. En 2015 la part de la viande bovine consommée produite en France a augmenté et atteint 79% tandis que les 21% restant proviennent exclusivement de pays de l’UE (Barbin et al. 2010, 2011, 2015 ; Interbev 2016).
Il est donc faux de considérer que la consommation de viande bovine en France est cause de la déforestation amazonienne. Et l’argumentaire des végans visant à culpabiliser les omnivores français s’effondre. Ce qu’il faudrait plutôt accuser, c’est la culture du soja car là l’élevage UE n’est pas innocent mais il s’agit essentiellement des filières industrielles et plus particulièrement les filières industrielles volaillères et porcines comme nous le verrons plus loin.
2.6 Pour les rédacteurs du site Végan Viande info, en Europe, il ne faut pas regretter le remplacement des prairies par des forêts puisqu’une jeune forêt de hêtres va dans sa période de croissance stocker plus de carbone qu’une prairie. Peut-être, mais comme je l’ai déjà indiqué, il y a de grandes chances pour que ce soient des plantations à vocation commerciale d’épicéas ou de douglas (voire des cultures) qui remplaceront les prairies, et non des forêts de hêtres en libre évolution. Dans ce cas sur le moyen et long terme le changement d’usage des sols aura un bilan défavorable en termes de GES (Naudts et al. 2006). En outre dans le court terme, lorsqu’une forêt est plantée ou s’installe en remplacement d’une prairie, « le bilan est au mieux nul à défavorable en ce qui concerne l'évolution du stock de carbone à l'hectare, puisque le contenu en carbone d’une prairie (…) est le même que celui d'une forêt tempérée, en ordre de grandeur. » ainsi que le rappelle Jean-Marc Jancovici sur son site Manicore, ce carbone étant stocké dans le sol. Enfin, il n’y a pas que l’effet de serre à prendre en compte, il y a comme je l’ai souligné la biodiversité, les paysages, le facteur humain…
En France, c’est l’abandon des prairies permanentes qui serait pénalisant. D’ailleurs parmi les mesures destinées à atténuer les émissions de GES dues à l’élevage, il est recommandé en EU par les ingénieurs agronomes et les techniciens agricoles de pratiquer un élevage extensif sur des pâturages de longue durée pour éviter un retournement trop rapide des prairies qui déstocke le carbone (Pellerin et al. 2013). De nombreux auteurs ont étudié les processus de stockage du carbone dans les pairies pâturés et dans les exploitations agricoles consacrées à l’élevage notamment de bovins. (Soussana et al. 2004, 2007, Martin 2011, Pellerin 2013, et les bibliographies associées ; pour le point de vue de la FAO, on consultera Gerber 2014).
Certes, les bovins rejettent du méthane (CH4), un gaz 23 fois plus puissant que le CO2 en potentiel de réchauffement global (PRG) mais d’une durée de vie plus faible : environ 12 ans contre 200 ans pour le CO2. Toutes activités confondues, l’agriculture est la principale source des émissions de protoxyde d’azote (N2O) un composé stable au PRG de 298 (310 sur 100 ans) et dont la durée de vie est de 150 ans. Ces émissions proviennent de l’usage des engrais et de la gestion des déjections organiques (fumier, purin) mais en ce qui concerne l’élevage des bovins : « si les bovins paissent en pâturage, presque tous ces gaz peuvent être retenus dans le sol. » comme le note l’étude des Amis de la Terre et de la Fondation Heinrich-Böll-Stiftung (2014) qui ne sont pas suspects de complaisance vis-à-vis des éleveurs européens.
Ces recherches et études ont des objectifs pratiques en sus de celui purement académique d’acquisition de connaissances : il s’agit tout d’abord de trouver des mesures permettant d’optimiser le bilan en GES de l’élevage notamment de bovins en pâturage, de rendre cet élevage compatible avec les objectifs de réduction des GES. Il s’agit ensuite de réhabiliter cet élevage aux yeux du public. Aucun de ces deux derniers objectifs ne saurait convenir aux végans puisqu’ils concourent à rendre cet élevage durable et acceptable socialement.
Comme bien d’autres pour d’autres causes, les végans s’efforcent d’utiliser la lutte contre le changement climatique pour leurs propres objectifs. Selon eux la lutte contre le réchauffement climatique doit passer par le renoncement aux protéines carnées, donc la suppression de l’élevage.
Ce n’est pas l’avis des Amis de la Terre qui considèrent que modulo de bonnes pratiques, l’élevage est susceptible de participer à la limitation du réchauffement climatique : « Directement ou indirectement, le bétail est responsable d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Pourtant, agriculteurs et scientifiques affirment qu’avec une gestion appropriée le bétail ne serait plus un fardeau pour le climat. L’élevage des bovins ne doit pas forcément être nuisible au climat. La garde des animaux en pâturage est avantageuse : la transformation de champs cultivés en friches permet de retenir les plus grandes quantités de dioxyde de carbone dans les 30-40 premières années. On ne devrait pas sur-fertiliser ces prairies avec un trop grand nombre d’animaux ou de grandes quantités d’engrais chimiques, et laisser les systèmes de racines des plantes se développer sans contrainte. Les bovins rejettent du méthane : les fermes bovines et laitières dont les animaux produisent 28 % de ce gaz particulièrement nuisible au climat, sont souvent blâmées pour cette raison. Mais si les bovins paissent en pâturage, presque tous ces gaz peuvent être retenus dans le sol. Et les animaux ne devraient pas recevoir de céréales ou du soja comme aliment complémentaire. » (2014, p. p. 34 – 35). Pour une étude détaillée des mesures à mettre en œuvre dans les élevages bovins français pour limiter les émissions de GES, leur faisabilité technique et économique, on se reportera à Pellerin et al. 2013. Pour un panorama des mesures à prendre pour l’ensemble des filières selon les régions du monde, on se reportera à la synthèse de la FAO (Gerber et al. 2014). Passer toutes ces mesures proposées et /ou déjà mises en œuvre au crible d’une vision écologiste excéderait notre présent propos.
Il faut d’ailleurs noter que les préoccupations concernant tant la biodiversité que les émissions de GES ne sont pas toujours prises en compte de façon satisfaisante par les éleveurs – c’est le moins que l’on puisse dire, notamment dans l’élevage standard.
D’ailleurs défendre les agrosystèmes tels que les prairies permanentes et les prairies pâturées bocagères, ce n’est pas dédouaner les éleveurs et en particulier les fermes usines et l’élevage industriel, tout au contraire. « En évoquant le tapis de fleurs des prairies de notre enfance et le panachage de toutes teintes qu’offre leur diversité, du rose-violet des centaurées au jaune citron du salsifis, des prairies jaunies par le pissenlit au tapis plus délicat formé par les trèfles violets ou blancs, nul ne songerait à croire qu’elles sont menacées. Et pourtant elles le sont » (Jean-Jacques Bret, Directeur du Comité interprofessionnel du gruyère de comté, préface à Mauchamp et al. 2013 p.11). Comme l’écrit J. J. Bret deux dangers principaux la menacent : l’anthropisation et les pratiques agricoles courantes.
À ces dangers qui ont commencé à « écorner ce capital », on en voit poindre maintenant un nouveau : la propagande végan qui trouve un terrain favorable auprès des urbains ou des rurbains d’autant plus que les scandales des filières, tout type de viande confondu, conduisent à douter de la qualité sanitaire de produits dont on ne sait s’ils sont ou non falsifiés. De ce point de vue l’industrie de viande est à son corps défendant une alliée efficace des végans comme le sont les pratiques particulièrement ignobles et inacceptables qui ont cours dans beaucoup trop d’abattoirs, pour ne pas dire tous. Les éleveurs qui les couvrent ou qui les acceptent, scient la branche sur laquelle ils sont assis.
3 Pour les Végans l’élevage pollue l’eau de façon excessive.
Ils oublient de préciser qu’il s’agit d’un type d’élevage particulier : l’élevage industriel hors-sol. Celui-ci se développe aux dépends de l’élevage fermier traditionnel à cause de la concurrence mondialisée qu’instaurent les politiques libérales appliquées à l’agriculture en général et à l’élevage en particulier tandis que une grande majorité de consommateurs – mais pas tous – ne regardent que le prix. Le pouvoir d’achat en berne de ces derniers les poussent à des arbitrages budgétaires en défaveur de la partie consacrée à la nourriture tandis qu’est privilégiée le poste des loisirs – on va bronzer en hiver loin de l’Europe – et des gadgets électroniques – le téléphone portable dernier cri, l’ordinateur ultra puissant pour les jeux vidéo, la montre connectée, etc., …, le tout rapidement obsolète pour des raisons techniques ou de mode.
Comme il a été bien montré par différentes études reprises par la FAO (2010), c’est avec l’élevage industriel que se pose avec acuité la question des effluents, lisiers notamment. La grande concentration d’animaux dans les élevages hors sols de l’élevage industriel entraine la production de grandes quantités d’effluents dont le stockage et le traitement posent problème alors qu’il n’offre plus de débouchés naturels à ces matières qui servaient à engraisser les prairies et les cultures dans les systèmes herbagés ou mixtes, les liens entre l’élevage et le sol étant rompu. « La dissociation physique entre l’élevage industriel et la ressource dont il dépend entraîne une rupture des transferts de nutriments entre la terre et le bétail. Il en résulte des problèmes d’épuisement des nutriments à la source (terre, végétation et sols) et des problèmes de pollution à l’arrivée (effluents d’élevage, de plus en plus rejetés dans les cours d’eau au lieu d’être rendus à la terre). L’ampleur du problème est illustrée par le fait que les quantités totales de nutriments présents dans les déjections animales sont égales ou supérieures à celles contenues dans tous les engrais chimiques utilisés chaque année (Menzi et al., 2009). » (FAO, 2010, p.62).
C’est la gestion des déjections qui occasionne de graves nuisances et pose des problèmes épineux en Europe et notamment en France. Il s’agit d’ailleurs moins de l’élevage bovin que l’élevage industriel des monogastriques hors sol, notamment porcins et volailles. Outre la pollution des nappes phréatiques, des cours d’eau et des rivages dont la Bretagne offre un bel exemple, ces déjections sont la source principale des émissions de protoxyde d’azote (N2O). Par contre, ces élevages d’animaux monogastriques produisent très peu de méthane. Il ne semble pas qu’en France, les agriculteurs de ces filières porcines et volaillères soient prêts à faire des efforts pour améliorer l’impact écologique de leurs exploitations. Ils n’ont de cesse au contraire de se plaindre d’un excès de règlements environnementaux.
Mais là encore, ce qui est en cause, c’est d’abord et essentiellement l’élevage industriel et non l’élevage labélisé AB ou Rouge et /ou AOP ou biologique. On notera que ces filières labélisées ne sont pas en crise, la demande étant supérieure à l’offre pour certains produits comme les œufs ou le lait bio (ici)
4.1 Pour les végans la production de viande est excessivement exigeante en eau et pourrait entrainer des pénuries de la ressource.
En ce qui concerne l’utilisation de l’eau en élevage, les végans et autres propagandistes du régime végétalien comme certains « animalistes » rapportent qu’il faut 15 000 litres d’eau pour obtenir un kilo de viande bovine. Selon les textes cela varie entre 13 000 L/kg pour les plus basses jusqu’à 15 500 pour les plus hautes en passant par 15 415 (on admirera le "15" des "15 400" !) On trouve ces chiffres sur des sites végans ou végétariens, sur des sites écolos intoxiqués par la vulgate environnementale végane, mais aussi dans des journaux comme Libération ou Le Monde et pour ce dernier titre dans un article des « décodeurs » censés établir ou rétablir des vérités malmenées ! L’élevage menacerait les ressources en eau de la planète, l’élevage en général et l’élevage bovin en particulier.
4.2 Tous ces braves gens ne sont nullement étonnés de l’énormité du chiffre : 15 000 litres pour 1 kilo de viande ! Ils oublient tous de préciser qu’il s’agit d’une moyenne et surtout qu’il s’agit de 15 000 litres d’ « eau virtuelle » ! Peut-être certains d’entre eux ne le savent même pas.
Pour ceux qui l’ignoreraient précisons donc que l’ « eau virtuelle » est la somme de trois sortes d’eau : l’eau bleue, l’eau verte et l’eau grise. L’ « eau bleue », c’est « l’eau circulant sous forme liquide et prélevée dans les rivières, les eaux dormantes ou dans les nappes phréatiques pour les besoins des activités humaines » (Corson et al., 2013 p. 241) C’est l’eau qui est la matière première de l’eau du robinet. Pour ce qui concerne la filière bovine, elle sert dans l’étable ou au pré à abreuver les bêtes qui peuvent aussi en boire à la rivière ou dans les mares. C’est également celle qui est utilisée pour nettoyer les locaux de l’exploitation. L’eau d’irrigation des cultures fourragères qui nourrissent les animaux et l’eau nécessaire à la transformation de la viande sont aussi de l’eau bleue. La quantité d’eau consommée pour tous ces usages correspond en France à environ 3 à 4% des 15 000 litres d’ « eau virtuelle » estimés nécessaires pour obtenir 1kg de viande de bœuf.
Quant à l’eau grise, c’est la quantité théorique d’eau qu’il faudrait rajouter à une eau polluée pour qu’elle devienne conforme aux normes environnementales. Elle représente en France 3% des 15 000 litres d’ « eau virtuelle ».
Tout le reste des 15 000 litres, c’est de l’ « eau verte ». Comme l’expliquent bien Corson et al., 2013, l’eau verte est l’eau nécessaire pour la croissance des plantes. On considère qu’elle est égale à l’évapotranspiration réelle, c’est-à-dire, à la somme de l’évaporation des sols et de la transpiration des plantes poussant sur ces sols. En d’autres termes, pour ce qui est de l’élevage bovin, il s’agit du volume d’eau de pluie stocké dans le sol sous forme d’humidité et qui s’évapore des plantes et du sol des surfaces cultivées pour l’alimentation des bêtes et des surfaces pâturées par les troupeaux. Ce volume d’eau correspond donc principalement à l’eau de pluie réceptionnée par les surfaces d’élevage.
« Chapagain et Hoekstra (2004) ont été les premiers à additionner eau bleue, eau verte et eau grise pour obtenir ce qu’ils appelaient des flux d’eau «virtuelle » des produits agricoles. Graduellement, cette expression a fait place chez ces auteurs au terme « empreinte eau », le caractère virtuel n’apparaissant plus. Cette « empreinte eau » a été ensuite assimilée à la quantité d’eau nécessaire pour produire les denrées agricoles. » (Ibid., p. 241).
4.3 Il est bien évident que lorsque l’on parle d’eau sans précision, on entend ce terme dans son sens ordinaire, c’est-à-dire l’eau bleue. Par ailleurs la quantité d’eau verte dépend de trois facteurs : le climat de la région, le type de sol et le type de végétation. On comprend alors les écarts dans les évaluations selon la viande considérée. Lorsque l’on somme ces différentes catégories d’eau, il n’est plus étonnant qu’un kilogramme de viande de porc ne demande que 4 800 litre et un kilo de poulet 3 900 litre d’eau virtuelle, d’autant que la plupart des élevages de porcs et de volailles sont hors sol.
D’ailleurs, comme Interbev le remarque à juste titre – il faut le reconnaître – sur son site « si l’on inclut cette eau verte dans le calcul, on en vient à la conclusion qu’il faut diminuer les surfaces dédiées à l’élevage, ce qui conduirait paradoxalement à intensifier la production, élever les bovins en bâtiments et à cesser de les alimenter à l’herbe », cette forme d’élevage industriel hors sol qui est condamnable à la fois écologiquement, éthologiquement et éthiquement pour ce qui concerne le bien-être animal ; condamnation que ne partage d’ailleurs pas Interbrev et forme d’élevage pour laquelle, il semble que la FAO marque un certain penchant pour satisfaire dans le futur la demande des consommateurs d’une planète surpeuplée.
Il y a de bons arguments pour ne pas prendre en compte l’eau verte lorsque l’on cherche l’impact de l’élevage sur la ressource en eau douce comme on peut en prendre conscience à la lecture de l’article de Corson et al. 2013.
Ainsi, à l’échelle du bassin versant, l’utilisation d’eau bleue – quel qu’en soit l’usage – diminue la quantité d’eau douce disponible dans des proportions bien plus importantes que l’utilisation d’eau verte dont les effets sur cette eau douce sont très faibles.
Ensuite, pour un élevage consistant en un système de parcours extensifs, Pimmentel et al. 2003 ont calculé une consommation d’eau verte et bleue de 200 000 litres/kg de viande bovine. Un tel système demande une grande surface et donc une grande quantité d’eau verte par kilo de viande. Comme le remarquent Corson et al. : « Si on généralise cette valeur, la consommation totale pour la production mondiale de viande bovine pendant un an, soit 80 millions de tonnes (en 2009), serait trois fois plus [élevée] que le prélèvement annuel d’eau douce pour toutes les activités humaines de la planète. »
Ils ajoutent : « En poussant à l’extrême ce mode de calcul, des bovins pâturant une grande surface de végétation de faible valeur nutritive (friches, broussailles) ou peu productive (zones arides, haute montagne) et ayant donc une faible vitesse de croissance auraient une consommation d’eau extrêmement élevée par kg de viande, alors que la même surface sans animaux aurait une évapotranspiration comparable, et que la présence d’animaux a très peu d’impact sur une éventuelle pénurie d’eau. » (p. 245)
L’article cité met en évidence une grande variabilité dans les méthodes d’estimation ainsi que de grandes variations selon les systèmes de production considérés qui vont de 27 à 540 L d’eau bleue par kg de carcasse pour les bovins produits en Australie selon une estimation, 58 à 551 selon une autre. Variations selon aussi les pays : 77 L par kg au Pays-Bas et 873 L par kg en Inde. Dans cet exemple, c’est la différence d’efficacité alimentaire qui expliquerait l’écart.
Des méthodes de calcul qui n’aboutissent pas à des résultats identiques ou même semblables (voir le tableau comparatif dans l’article cité), des moyennes qui cachent de grandes diversités devraient rendre plus prudents en ce qui concerne l’utilisation de ces données dans la propagande qu’elle soit végane ou carniste !
Il n’en reste pas moins, en fin de compte, que c’est la consommation d’eau bleue qui est un critère simple pour évaluer la contribution des animaux d’élevage au risque de pénurie d’eau. En France, selon la norme ISO 14046 prenant en compte les prélèvements d’eau réels et leur impact sur le milieu, il faudrait 50 litres d’eau pour produire un kilo de viande bovine. Bien loin donc des 15 000 litres que dénoncent les sites végans, végétariens et aussi les grands quotidiens nationaux.
Le lecteur peut s’interroger sur l’intérêt des calculs des volumes d’eau virtuelle ou de l’empreinte eau. A quoi donc servent-ils ? Les calculs des quantités d’eau virtuelle pour la production de telle ou telle denrée ont d’abord eu pour but de mettre en évidence que les importations de produits agricoles permettent de compenser le faible potentiel des pays arides. Le concept d’ « empreinte eau » qui en découle permet d’estimer l’eau totale nécessaire aux productions agricoles d’un pays.
4.4 La consommation en eau bleue, la seule qui pourrait causer une pénurie si elle était excessive est donc, en fait, tout à fait raisonnable mais tout n’est pas réglé pour autant, voici pourquoi.
Sur un site l’évapotranspiration qui est la principale composante du flux de l’eau est, en général, peu dépendante de la quantité de biomasse produite sur le site. Il en résulte qu’un changement d’affectation des sols, par exemple la conversion d’une parcelle forestière en prairie, ne modifie pas le risque de pénurie d’eau. Cependant, ce n’est pas le cas avec la déforestation de forêts tropicales qui fait exception au cas général. Celle-ci diminue l’évapotranspiration. Elle diminue de ce fait l’humidité de l’air qui circule au-dessus de la surface défrichée et diminue les précipitations sur les régions situées en aval du courant d’air (d’après Corson et al., o.c.). (Pour plus de précisions se rapporter aux références qu’ils citent p. 242).
Or l’UE et la France en particulier importent massivement du soja du Brésil et d’Argentine pour engraisser bétails et volailles. Dans ces pays cette culture du soja pour l’exportation est avec l’élevage proprement dit les deux principales causes de la déforestation. Comme le note le WWF dans son rapport Viandes: un arrière-goût de déforestation la culture du soja occupe plus d’un million de kilomètres carrés dans le monde et bien que d’importants progrès aient été réalisés en ce qui concerne la productivité, il reste que les surfaces de cultures se développent et continueront à se développer avant tout par la destruction de la végétation native sud-américaine.
5.1 Avec le soja d’importation on peut considérer que, à cause de ses importations massives de soja pour engraisser son bétail et ses volailles, la France porte une bonne part de responsabilité dans la déforestation amazonienne, des éventuelles pénuries d’eau douce qui peut en résulter et aussi et surtout des graves conséquences sociales, sociétales et ethnologiques qui l’accompagnent.
Il est très difficile d’avoir des chiffres précis concernant les importations totales de soja (graines, huile et tourteaux). Selon un responsable de la Confédération paysanne cité par L’expansion, L’express « Chaque année, l'Europe importe près de 40 millions de tonnes de soja et la France 4,5 millions de tonnes, dont plus de la moitié sont génétiquement modifiées ». Cette évaluation est cohérente avec un rapport du bureau d’étude « Consultants Naturels » sur ce sujet, jugé sensible par les auteurs du rapport.
La partie des résultats publiée en ligne est reprise sur de nombreux sites qui ne citent pas toujours leurs sources.
Selon ce rapport, sur les 4,7 millions de tonnes consommés en France en 2009, la quasi-totalité est importée (4,63 millions de tonnes). 3,1 millions de tonnes ont été consommés en tant que tourteaux par l’industrie de production de viande, soit 66% de la consommation totale française de soja. C’est la filière industrielle de la volaille se taille la part du lion. Ce soja provient surtout d’Amérique latine : du Brésil 68,10%, d’Argentine 9,39% en 2010. Ce soja est transgénique entre 70 et 80%. Depuis ce rapport, en se fondant sur les statistiques publiées par AGRIMER la tendance serait à la hausse en France, tant en production intérieures non OGM, qu’en importation OGM car il existe aussi une filière sans OGM pour l’agriculture AB mais elle s’approvisionne surtout en France et en Italie.
5.2 Ce n’est que depuis une trentaine années que les tourteaux de soja ont été introduits massivement dans l’alimentation du bétail, en remplacement des tourteaux d’arachide, utilisation qui s’est accrue ensuite à cause de l’interdiction des farines animales.
C’est la recherche d’une productivité toujours plus grande qui est une des causes de cette utilisation massive des tourteaux de soja pour doper en protéines l’alimentation du bétail et de la volaille. Ces rations sur-protéinées jointes à une sélection génétique des races donnent des poules qui pondent 250 œufs par an alors qu’elles n’en pondaient que 130 dans les années 20, des poulets prêts à consommer en cinquante jours au lieu de cent cinquante, soit trois fois moins de temps qu’au milieu du siècle dernier tandis que la production des vaches laitières a quadruplé : 8 000 litres de lait par an au lieu de 2 000.
La dépendance de l’élevage au soja comme l’absence d’autosuffisance de l’UE et en particulier de la France en matière d’oléoprotéagineux s’explique aussi historiquement par les accords commerciaux internationaux et les orientations de la PAC. Les pays européens avaient choisi de continuer à se concentrer sur la monoculture céréalière. Ce que résume ainsi un document officiel de l’actuel ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt : « « En Europe, la dépendance en protéines végétales importées est structurelle et repose sur des causes historiques issues en partie des accords commerciaux négociés dans le cadre du GATT dans les années 1960. En échange de droits protecteurs pour les céréales de l'Europe, les droits à l'importation des oléagineux et des produits de substitution aux céréales en Europe ont ainsi été abaissés. Cette dépendance a atteint dès les années 1970 des niveaux très élevés. Ainsi, la croissance de l'élevage européen, et donc de l'industrie de l'alimentation, s'est fondée sur une répartition mondiale des productions attribuant au continent américain la majorité de la production de protéines végétales et permettant à l'Europe d'instaurer initialement la préférence communautaire pour l'élevage et les céréales. » (Plan protéines végétales pour la France 2014 – 2020, p. 7) (Sur ce point voir aussi Billon et al., 2009, p. 11 qui cite Piro, 2006).
Le besoin d’aliments « complémentaires » ne cesse de croître avec la recherche incessante d’une productivité accrue pour une rentabilité maximale, l’envolée de la consommation de viande blanche et le développement en France d’un élevage hors sol de bovins pour le lait avec notamment la ferme des « mille vaches » et pour la viande avec par exemple la ferme des « mille veaux », la recherche de débouchés à l’export pour des productions de plus en plus excédentaires de lait et de viande. Il est illusoire de croire que l’on pourra arriver à une autosuffisance en matière de soja étant donné la situation actuelle de l’élevage dominé par l’élevage industriel dans un cadre de politiques productivistes.
5.3 Cependant, même l’agriculture productiviste cherche des alternatives au soja. Ce n’est pas pour sauver la végétation amazonienne, les petits paysans brésiliens et argentins ou les peuples autochtones qui vivent en forêt mais parce que la consommation de soja par le bétail et les volailles rend l’élevage industriel dépendant des productions de pays tiers et d’un cours du tourteau de soja qui peut fluctuer considérablement d’un mois sur l’autre mais qui est globalement orienté à la hausse même s’il est en 2016 aux alentours de 400 USD (dollar US) la tonne bien plus bas que son record historique de plus de 600 USD en Août 2012. Tous les analystes s’accordent pour considérer que malgré des fluctuations dues à divers facteurs dont l’abondance des récoltes variable d’une année sur l’autre, la tendance à la hausse de ce produit ne peut que se confirmer.
Un autre facteur joue aussi contre ces importations : la crainte que les consommateurs refusent des produits tels que viandes, œufs, lait issus d’animaux bourrés d’aliments OGM.
Il y a enfin un autre risque bien décrit dans le Plan protéines végétales pour la France 2014 – 2020 « Le marché mondial des protéines végétales est tendu en raison notamment de la forte demande de la Chine, qui concentre d'ores et déjà 60 % des importations mondiales de soja et qui tire les prix à la hausse. En effet, la convergence vers un mode de vie occidentalisé avec un régime alimentaire à base de protéines animales (viande bovine, lait), entraîne par ricochets en Asie des besoins importants en alimentation animale et en protéines végétales, importées d'Amérique (USA, Brésil, Argentine principalement). À terme, les flux d'exportation en provenance d'Amérique qui bénéficient actuellement à l'Europe pourraient être détournés au profit de l'Asie. » (p.7, je souligne).
C’est pourquoi le ministère a lancé ce plan pour viser notamment à une plus grande indépendance de la France en matière de protéines animales. Il s’agit de relancer la culture de certaines légumineuses comme la luzerne ou le pois, de trouver des variétés les plus adaptées culturalement et économiquement et de profiter de leur capacité à fixer l’azote pour les utiliser en plantes d’assolement en rotation des cultures.
Pour le poulet industriel dont la vie est brève et qui est élevé en grande partie avec du tourteau de soja, le remplacement de cette source de protéine est plus problématique car il a besoin d’un aliment avec une densité énergétique élevée et riche en acides aminés. L’aliment ne doit cependant pas contenir des concentrations élevées de substances antinutritionnelles présentes dans d’autres légumineuses. Le problème ne se pose évidemment pas pour les poulets élevés au grain !
5.4 Il ressort de cela que, même pour l’élevage conventionnel, il est possible et du point de vue même de l’agriculture productiviste, il est souhaitable de réduire, voire tarir les importations de soja. En d’autres termes si cet élevage est conjoncturellement lié à la production de soja en Amérique du Sud, il ne l’est pas intrinsèquement et il peut s’en affranchir, ce qui est d’ailleurs en cours aujourd’hui.
On ne peut donc s’appuyer sur les dégâts dus à la culture du soja au Brésil ou en Argentine pour condamner l’élevage en soi et militer pour sa disparition comme le font les végans. C’est l’élevage industriel tel que pratiqué aujourd’hui qui est, en la circonstance, écologiquement condamnable. Il est bien plus utile et efficace d’agir pour le transformer, sauf si l’on milite avec des arguments spécieux pour le véganisme. Le véritable terrain de lutte des animalistes devrait être ailleurs. Finalement, l’étude du cas du soja renforce la thèse que je soutiens ici, à savoir que l’écologisme ne peut avoir comme horizon le véganisme.
Bien sûr, on peut toujours dire : « arrêtons de manger des œufs, de la viande, du fromage, du beurre, de boire du lait … » et le problème de la dépendance au soja de la France, de l’UE, de la Chine, de l’Inde, etc., sera résolu ainsi qu’une des causes majeures de la déforestation de la Forêt amazonienne aura disparu. Cette solution n’en est pas une, ni à court et moyen terme, ni même peut-être à long terme, puisque non seulement en France ou en Europe mais dans le Monde c’est exactement l’inverse qui se produit. Comme le rappelle Les amis de la Terre et al. (2014) « La croissance économique au sein du BRICS [Le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du sud], le groupe formé des initiales des cinq plus grands pays émergents, se reflète dans leur consommation de viande » (p. 48). Ce sont plus d’un demi-milliard d’individus qui sont en mesure de satisfaire leur appétence pour des protéines animales.
Même si cette solution était efficace pour l’Amazonie, elle ne devrait pas être retenue puisqu’il existe d’autres solutions, notamment celle de retrouver une autonomie pour la production des matières premières agricoles. En effet, en ce qui concerne la France, j’ai montré au début de cet article que cet arrêt de l’élevage entraînerait des bouleversements dans l’occupation des sols néfastes du point de vue des paysages et de la biodiversité à l’échelle du territoire hexagonal, même si cette biodiversité a été la conséquence des actions d’ancêtres défricheurs aux dépens de la naturalité des forêts en libre évolution. Faut-il ajouter les drames humains que cela entraînerait, notamment dans des régions où l’élevage est la principale et souvent la seule activité agricole ?
5.5 Sur ce sujet de l’utilisation des sols comme sur beaucoup, tout est une question de mesure, d’un équilibre entre la naturalité et la diversité des systèmes écologiques. Il est sans doute difficile d’établir quelle est la juste mesure mais il est certain que le véganisme est dans la démesure, exactement comme l’élevage industriel dans le cadre d’une agriculture productiviste dont il est une partie. Ce n’est pas aux scientifiques de décider quand il est juste pour un territoire donné de limiter au profit de systèmes agricoles ou agropastoraux l’évolution libre des forêts, l’ensauvagement des friches et des terres en déprises. Il s’agit d’une question politique qui aujourd’hui est abandonnée aux mécanismes du marché, de la rentabilité et du profit dans le cadre de la mondialisation libérale.
6.1 Que l’agriculture productiviste soit dans la démesure, de cela les écologistes en sont convaincus. Mais que le véganisme le soit aussi, de cela il est sans doute nécessaire de les convaincre. C’est l’un des buts de cet article. Mais pour être complet il reste à établir factuellement, que d’autres systèmes sont possibles. Il est d’autant plus facile de le faire que ces systèmes existent et qu’il s’agirait de les développer et d’abord de les préserver. Dans les paragraphes qui suivent, je vais en mentionner quelques-uns.
6.2 Si l’on envisage la question à l’échelon mondial, un autre élevage existe depuis longtemps, un élevage de subsistance qui concerne des milliards de personnes « dont certaines parmi les plus pauvres au monde, et qui dépendent de l’élevage de toutes sortes d’animaux domestiques, des poulets aux yaks, issus soit des élevages pastoraux, soit des systèmes agricoles mixtes. » (Les amis de la Terre et al., 2014, p. 59) Pour défendre ce mode d’élevage des associations de petits agriculteurs se regroupent de par le monde. Le véganisme et même le végétarisme ne peut que leur être étranger. D’ailleurs les associations véganes ne s’adressent pas à eux. Le véganisme est un luxe pour des gens en général aisés des pays riches.
6.3 Dans les pays riches aussi, l’élevage labélisé esquisse plus ou moins radicalement selon les labels une autre forme d’élevage respectueuse de la Nature et des animaux et cela même si certains labels se montrent assez peu contraignants voir pas du tout comme le label « viande française » qui s’applique à la quasi-totalité de la viande mise sur le marché en France. La lecture de son cahier des charges, montre que seule la traçabilité est concernée en dépit de la publicité faite autour.
Si avec tous ces labels, il s’agit avant tout de rassurer le consommateur, d’enrayer la baisse des prix et de trouver plus facilement des débouchés (Roche et al., 2000), le lien avec le sol presque toujours est rétabli, il l’est avec beaucoup de rigueur pour le label AOP et aussi, quoiqu’à un degré moindre, IGP. Presque tous les cahiers des charges des différents labels instaurent des limites à l’élevage industriel en ce qui concerne la taille des élevages (cas des volailles fermières), l’origine des aliments complémentaires et leur quantité, les traitements vétérinaires, etc... Ils comportent des exigences concernant le bien-être des animaux. Les plus exigeants sont incompatibles avec l’élevage industriel et le label bio ne peut être attribué à des produits du gavage que ce soit le foie gras proprement dit ou les autres morceaux des volailles gavées comme les magrets de canard.
Si l’on prend l’exemple de la viande bovine labélisée AOP « Fin gras du Mézenc » cela se traduit par une alimentation essentiellement à base de foins de la région de l’AOP pour l’hiver et d’herbe en pâture pour la belle saison : « La ration de base des animaux est constituée exclusivement d’herbe pâturée ou de foin issus des prairies d’altitude décrites ci-dessus. Le foin et les compléments alimentaires sont distribués manuellement, ce qui correspond à une pratique traditionnelle de soins individualisés aux animaux. » Lors de la période d’engraissement, les compléments alimentaires strictement définis ne doivent pas dépasser une quantité précise : «La quantité maximum ne pourra excéder en aucun cas 700 g d’aliment complémentaire par 100 kg de poids vif de bovin et par jour avec un maximum de 4 kg par jour pour les génisses et 5 kg par jour pour les bœufs. » Les aliments transgéniques sont exclus. La charge des pâtures est définie de manière stricte pour la préservation des prairies : «Le chargement total de l’exploitation ne peut excéder 1,4 d’unité gros bétail (UGB) par hectare de surface fourragère principale (SFP). La superficie des prairies de fauche et des pâtures est au minimum de 0,7 hectare pour chaque bovin destiné à la production de « Fin Gras » ou « Fin Gras du Mézenc ». Le cahier des charges du « Bœuf de Charolles » AOP présente des exigences analogues. Il faut souligner en outre que ce label ne peut être accordé que s’il s’agit d’une démarche collective d’un groupement conséquent d’éleveurs de la région géographique concernée, à la différence du label AB qui fait l’objet d’une demande de labélisation individuelle et qui peut être complémentaire à la labellisation AOP.
Pour les poulets fermiers élevés en plein air, l’exigence d’une nourriture non OGM n’est pas dans le cahier des charges communs à toutes les productions du label mais apparaît (ou non) dans les fiches produits particulières avec des règles plus contraignantes. L’engraissement doit se faire avec une ration comprenant en majorité des céréales : « Dans tous les cas, pour les pintades et chapons de pintades, le pourcentage de céréales et de sous-produits de céréales au stade de l’engraissement doit être supérieur ou égal à 70 %. Pour les autres volailles, ce pourcentage est porté à 75 % minimum au stade de l’engraissement. » Il s’agit d’un minimum et là encore des normes plus sévères peuvent être en vigueur dans les fiches produits.
Les règles qui concernent directement ou indirectement le bien-être de ces volailles, y compris lors de leur transport à l’abattoir et portant sur l’abattage lui-même sont strictes et détaillées dans le tronc commun.
6.4 S’il est assez facile de trouver des volailles fermières élevées en plein air, bio ou non, il est beaucoup plus difficile de trouver de la viande bovine bio ou AOP qui n’est produite qu’en d’infimes quantités. Même la viande bovine label rouge est relativement rare. En outre, il y a des différences de prix sensibles entre ces viandes et les viandes standard correspondantes qui les rendent inaccessibles à bien des bourses. Il s’agit de produits destinés à des gens relativement aisés soucieux de leur bien-être et de leur santé avant toute chose. Ils représentent néanmoins une autre forme d’agriculture qui serait plus accessible que l’on pourrait le penser s’il y avait une réorientation des subventions de la PAC, si le consommateur faisait les arbitrages budgétaires nécessaires et décidait de manger moins de viande mais de la viande de très bonne qualité.
Les laits, fromages, œufs bio, IGP ou AOP sont produits en de plus grands volumes et plus accessibles, y compris pour des familles aux revenus relativement modestes, à condition qu’il ne s’agisse pas de familles nombreuses.
Il faudrait aussi mentionner des circuits parallèles ou alternatifs (vente directe, AMAP, coopératives, autoproduction, …) qui échappent à la mainmise de l’agroalimentaire, de la grande distribution et représentent encore un autre modèle de production/consommation.
Toutes ces formes d’élevages développent des agrosystèmes complémentaires des écosystèmes naturels qui pourraient coexister harmonieusement avec eux pour une biodiversité riche, des paysages variés et plaisants, en France comme ailleurs selon les spécificités propres à chaque région du monde. Ce sont eux qu’il faut défendre au lieu de vouloir faire disparaitre toute forme d’élevage comme le voudraient les végans.
Il faut les défendre sans oublier de recontextualiser cette défense dans le cadre d’un rejet de la mondialisation libérale et des accords de libre-échange d’une part et d’un arrêt de la croissance démographique d’autre part.
6.5 Comme je l’ai rappelé en citant d’ailleurs des documents officiels, ce sont les accords du Gatt et les négociations dans le cadre de l’OMC qui ont conduit à la structuration d’une agriculture productiviste dominée par les grandes firmes de l’agroalimentaire et de la grande distribution. Outre les marchés non régulés induisant une concurrence féroce, c’est la nécessité de nourrir une population en croissance exponentielle qui pousse à rechercher une productivité maximale des élevages et d’un rendement maximum des cultures au moins autant que l’appétence pour les protéines carnées des populations des pays émergeants voulant vivre à l’occidental.
On ne peut que s’accorder avec les végans sur un point : l’évolution actuelle de l’élevage industriel est un fléau pour la planète et il est d’une barbarie inouïe envers les animaux de rente. Les lobbies de l’élevage industriel et des firmes de l’agroalimentaire veulent pourtant nous convaincre que l’élevage et l’agriculture paysanne, qu’ils soient bios ou non, ne sont pas en capacité de satisfaire la demande en produits carnés de populations sans cesse plus nombreuses. Mais l’élevage industriel le pourra-il lui-même ? Il semble impossible que l’agriculture productiviste actuelle, élevage compris puisse durer. Elle est trop gourmande en énergie.
7.1 Pour les végans, l’adoption d’un régime végan serait le seul durable et apte à vaincre la faim dans le monde, aujourd’hui comme demain : « Si nous utilisions les céréales produites pour nourrir les animaux d’élevages à des fins de consommation humaine, nous pourrions nourrir plus de 2 milliards d’êtres humains. De quoi éradiquer la faim dans le monde, et nourrir les 2 milliards d’humains qui devraient accroître la population humaine d’ici 2050. » Selon les végans, une alimentation à base de protéines carnées mobilise trop de surfaces de terre arable pour faire face à l’accroissement démographique de la population humaine terrestre ; un régime carné nécessitant sept fois plus de terres qu’un régime végan. Avec un hectare de soja il serait possible de nourrir 120 personnes alors que pour la même surface « un hectare de bétail » n’en nourrirait que quatre (cf. Végan Impact)
Même en admettant que la surface agricole nécessaire pour produire de la viande ou des produits laitiers soit plus grande que celle qui est nécessaire pour une production de céréales et légumineuses, il ne s’en suit pas que c’est un régime végan (sans lait, ni œufs) qui permettrait de nourrir plus de personnes.
Selon une étude parue dans la revue Elementa en Juillet 2016 (Christian et al. 2016), c’est un régime végétarien avec lait qui permettrait de nourrir le plus de personnes (807 millions) sur le territoire des USA. Viennent ensuite par ordre décroissant un régime végétarien avec lait et œufs (787 millions), un régime omnivore à 20% (769 millions), à 40% (752 millions) et seulement en cinquième position un régime végan (735 millions).
Ce paradoxe s’explique lorsque l’on considère qu’il faut prendre en compte non seulement les performances à l’hectare mais aussi la nature des surfaces agricoles disponibles. Or, toutes les parcelles consacrées au pâturage ne sont pas utilisables pour des cultures de soja ou de blé. Il en va de même pour les parcelles consacrées à la culture des plantes fourragères qui ne peuvent être toutes utilisées pour produire soja et blé, base de l’alimentation à la mode végane. Il en résulte qu’une population entièrement végane n’utilisera qu’une partie de la SAU (surface agricole utile), ce qui n’est pas le cas de celles qui seraient végétariennes ou qui sont omnivores au moins en partie.
En France on aboutirait sans doute à un résultat équivalent, les surfaces en herbe représentant 42% de la surface agricole (Mauchamp et al. 2012, p. 12). Au niveau mondial, les résultats seraient sans doute encore plus défavorables pour le régime végan, les pâturages et terres fourragères représentant 80% de la superficie agricole totale selon la FAO (citée par Mauchamp et al. 2012, p.11).
7.2 De toute façon tous ces calculs restent hypothétiques.
Ils présupposent implicitement qu’il faut jouer sur la variable « régime alimentaire » alors que c’est sur la variable démographie qu’il faut faire porter avant tout l’effort même si la variable alimentaire de l’importance. Certes, il faudrait que les occidentaux mangent moins de viande et de meilleure qualité mais il est évident que sans une politique dénataliste au niveau mondial, la croissance démographique finira par avoir raison de l’espèce humaine.
Dès lors la question de l’élevage et de la nourriture des populations humaines ne se posera plus. En d’autres termes, s’il est évident que les occidentaux et ceux qui veulent imiter leurs travers mangent trop de viande, la survie de l’espèce et le maintien d’une planète habitable aux ressources suffisantes passent d’abord par la mise en œuvre urgente d’une politique antinataliste, sinon toutes les autres mesures, certes nécessaires, seront vaines.
En fin de compte, les végans en nous faisant croire que l’adoption d’un régime sans produit d’origine animale permettrait de nourrir une population humaine sans cesse plus nombreuse nous détourent des vrais problèmes en ce qui concerne, non pas la survie de la planète, mais celle de notre propre espèce sur cette planète et donc nous vouent à l’inefficacité.
8. Conclusion
La viande synthétique fabriquée par de la culture cellulaire in vitro paraîtrait aux végans comme un substitut tout à fait acceptable si ce n’était son prix actuellement rédhibitoire ! Le véganisme, c’est l’univers des ersatz. Ersatz du cuir, de la laine, de la viande, du lait… Le végan est l’homme (au sens générique) moderne typique « séparé de la terre » décrit par Aldo Leopold dans L’almanach d’un comté de sable : « Si l’on pouvait remplacer les fermes par de la culture hydroponique, il trouverait cela très bien. Les substituts du bois, du cuir, de la laine et autres produits naturels de la terre lui conviennent mieux que la chose même. » Il n’est pas douteux que Leopold mettrait les « steak de soja » au goût de beefsteak dans le lot des substituts de l’homme « moderne typique » qui n’a plus de « relations vitales » à la terre qui n’est pour lui qu’un « espace entre les villes ou poussent les récoltes » : « Lâchez le une journée dans la nature ; si l’endroit n’est pas un terrain de golf ou un «site pittoresque», il s’ennuiera mortellement » (p. 282). La nature comme terrain de jeu si possible sécurisé et aménagée, voici un autre substitut qui convient bien aux citadins parmi lesquels se recrutent principalement les végans.
Rappelons la maxime de l’éthique de la terre formulée dans la conclusion de l’Almanach d’un comté de sable : « Examinez chaque question en termes de ce qui est éthiquement et esthétiquement juste autant qu’en terme de ce qui est économiquement avantageux. Une chose est juste lorsqu’elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité, la beauté de la communauté biotique. Elle est injuste lorsqu’elle tend à l’inverse. »
De l’examen du mode de vie végan effectué dans cet article et notamment des conséquences de son refus d’utiliser tout produit d’origine animale, il ressort qu’il ne saurait satisfaire aux critères de la chose juste tels qu’énoncés dans ce texte d’Aldo Leopold qui est au fondement de l’éthique écocentrée, la seule congruente avec un écologisme qui refuse d’être anthropocentré.
……………………….
Annexes
A. Exemples d’anthropomorphismes délirants dans la propagande végane
Aujourd’hui, en éthologie la stricte « objectivité » n’est plus de mise mais cela n’autorise, ni ne légitimise les délires anthropomorphiques que l’on peut trouver dans la littérature végane.
1 – Les végans ont vu des vaches qui pleuraient !
On raconte beaucoup de choses sur la cruauté de la production de lait. J’aimerai bien savoir dans quels troupeaux, on peut observer « les laitières pleurant pendant des jours en cherchant désespérément leurs petits » comme il est écrit par une végane anonyme sur un site que par charité je ne nommerai pas. Il y avait « La Vache qui rit » voici maintenant « les vaches qui pleurent » ! Dans le pire des cas, celui de sevrages brutaux qui tendent à disparaître, il s’agit de deux jours, au maximum au cours desquels la vache est un peu perturbée. Plus d’ailleurs ferait baisser ses performances, ce qui ne serait pas rentable ! Dans les cas où sont utilisées les techniques de sevrage « en douceur », il y a très peu de beuglements de la part des mères comme de celle des veaux, voire aucun.
Dans les élevages hors-sol en atelier, la séparation de la vache avec le veau est immédiate et systématique « pour accélérer la rotation des vêlages sans handicaper la production mais, au contraire, pour l’amplifier et la consacrer entièrement à la vente » (Baratay, 2012, p. 159) De plus comme le remarque cet auteur (ibid .) « avec la sélection progressive de leurs aptitudes et de leurs tempéraments, les grandes laitières, comme la Prim’Hosltein, se montrent désormais moins attachées à leurs veaux et moins aptes à en prendre soin que les vaches allaitantes, se montrant même perturbées à devoir s’en occuper ».
Dans le cas du bio, en ce qui concerne les vaches limousines au moins, le sevrage en douceur est de rigueur. Et si le veau est engraissé au pré en compagnie de sa mère, la période de sevrage est voisine de la période « naturelle ».
Enfin, je signale que les vaches salers qui fournissent le lait pour le fromage éponyme « salers authentique » n’acceptent la traite que si leur veau commence la tétée, la termine et reste près d’elles pendant toute la traite. Elles donnent assez de lait pour nourrir le veau et faire le fromage. Dans tous les cas de sevrages tardifs, il n’y a pas de stress, ni de la mère, ni du veau.
En fait ces « vaches qui pleurent », l’auteure de la citation ci-dessus les a trouvées dans le texte d’un tract sur le site Vegan.fr qui l’a repris à une association végane US. Il faut citer le passage en entier car selon l’expression populaire, il vaut son « pesant de cacahuètes » de délire anthropomorphique, délire qui va crescendo comme chacun-ne pourra en juger : « Toutes réclament leur bébé en une langue universelle qui n’a pas besoin d’être traduite pour être comprise. Elles mugissent, pleurent et se désolent. Beaucoup d’entre elles, refusant d’abandonner la partie, continueront à appeler leur bébé nuit et jour, et retourneront encore et encore vers la place désormais vide. Certaines arrêteront de boire et de s’alimenter, cherchant fiévreusement le petit disparu, ou glisseront dans un muet désespoir. Toutes se souviendront jusqu’à leur dernier soupir du visage, de l’odeur, de la voix, de la silhouette de chacun des bébés qu’elles ont porté pendant neuf mois, senti bouger en elles, mis au monde, léché, aimé, et qu’elles n’auront jamais pu connaître, nourrir, protéger, ou regarder grandir. »
Le vocabulaire employé pour narrer ce délire n’est pas choisi au hasard. Il s’agit de donner à voir la vache comme une mère éplorée à laquelle on a volé son enfant. On remarquera le mot « veau » n’apparait pas, remplacé par « bébé », dont les pauvres mères n’oublieront pas la voix !
Il ne faut pas faire d’anthropomorphisme même si la période de gestation d’une femme est la même que celle d’une vache. Ce qui est condamnable, c’est la violence des élevages industriels et dans les élevages plus traditionnels, le surpâturage et l’exploitation sans limite tant du cheptel que de l’ouvrier agricole au nom de la rentabilité et d’une rationalité économique tout à fait déraisonnable qui s’efforce de bannir tout sentiment. Ne surtout pas faire du sentiment, c’est ce que recommandent fermement les ingénieurs agronomes aux éleveurs qui dans les petites structures pourraient se laisser aller à en faire vis-à-vis de leurs vaches qui ont des noms ; chose regrettable pour la bonne gestion du troupeau aux yeux de ces « experts », elle est capitale au contraire lorsqu’il s’agit d’un troupeau de salers à l’estive alors que le fromage est fait dans les burons, une pratique hélas en voie de disparition : merci l’Europe !
2 – L’insémination artificielle assimilée à un viol par l’association animaliste PETA
Dans un spot d’une minute réalisé par PETA (Pour une Éthique dans le Traitement des Animaux) cinq femmes, filmées en noir et blanc, prennent la parole pour évoquer un viol : « Un homme me retenait pendant qu’un autre me touchait. J’étais tellement effrayée. Je ne comprenais pas ce que j’avais fait de mal. Après ça, j’avais le sentiment de n’être plus rien. Je suis tombée enceinte. Ils ont usé de mon corps pour gagner de l’argent (…) Je ressens tout et je me sens bonne à rien. Je suis comme vous mais différente », déclarent les actrices avant de présenter à la caméra la photographie d’une… vache.
Ce spot a provoqué un lever de bouclier parce que beaucoup de gens trouvaient qu’assimiler une vache inséminée à une femme violée était scandaleux pour les femmes et notamment les femmes violées en les animalisant. « Aucune victime d’agression sexuelle ne devrait avoir à subir cette comparaison entre leur traumatisme et celui d’un animal, nous avons déjà été déshumanisés », écrit une internaute citée par le journal 20 minutes.
La réaction est étrange. Ce n’est pas une femme qui est assimilée à une vache, mais l’inverse : c'est une vache qui est assimilée à une femme. Dans une projection anthropomorphique délirante, PETA projette sur une vache inséminée les sensations, émotions, sentiments et souffrances d’une femme violée.
L’association s’est défendue en expliquant que « reconnaître que les animaux sont victimes de sévices sexuels pour produire de la viande et des produits laitiers ne signifie pas nier la gravité des abus sexuels à l’encontre des humains ».
En assimilant l’insémination artificielle d’une vache à un viol de ladite vache, PETA assimile un acte vétérinaire, l’insémination artificielle avec un acte de zoophilie ; assimilation pour le moins étonnante.
C’est avec d’autres pratiques humaines qu’une comparaison aurait été plus appropriée. De telles comparaisons auraient sans doute été perçues comme encore plus scandaleuses mais PETA n’aurait pas pu tirer profit du scandale puisqu’il n’y aurait pas eu de sévices à dénoncer dans cet acte vétérinaire.
En prétendant qu’il faut « reconnaître que les animaux sont victimes de sévices sexuels pour produire de la viande et des produits laitiers », l’association accuse les éleveurs et les vétérinaires de zoophilie, ni plus, ni moins. Il s’agit de pratiques condamnées par la loi française depuis 2004 (article 50 de la loi du 9 mars 2004) et on peut se demander pourquoi les professionnels mis en cause n’ont pas réagi face à une accusation semblable.
L’insémination artificielle n’est pas une forme de « sévices sexuels » et les vaches ne souffrent pas d’être inséminées. Si souffrance il y a, c’est de l’absence de taureau dans le troupeau qu'elle résulterait : la fréquentation de taureaux serait importante dans les troupeaux complets au pâturage selon Baratay, 2012 et pas uniquement pour « les aspects sexuels mais aussi pour des questions d’affinités et de collaboration » L’auteur constate aussi que « on ne s’est guère interrogé sur la frustration engendrée, qui est certainement forte même si l’accouplement pouvait être brutal et causer des infections » (p. 158). Ce qui serait cause de souffrance chez les vaches inséminées artificiellement, c’est qu’on les laisse sans un mâle dans le troupeau et qu’elles ne puissent s’accoupler, même si l’accouplement est du genre brutal. Nous voilà bien loin de la projection délirante de PETA.
B. Piqué sur Internet : Les végétaliens sont des passagers clandestins sur Terre.
« Manger végétalien, refuser l'élevage et donc le fumier, c'est être un passager clandestin. Le fumier des élevages nourrit mes légumes et moi ne je fais pas de mal aux bêtes »
Mais pas de panique, il y aura toujours des engrais chimiques.
C. Des faux steaks saignants, des carottes et betteraves fumées en guise de saucisson !
« Impossible Foods », voilà une entreprise qui mérite bien son nom : la Dépêche fr. du mardi 26 novembre rapporte qu’elle a « créé un burger végétarien à partir de blé, d'huile de noix de coco et de protéine de pomme de terre, en y associant une substance dénommée léghémoglobine (une molécule très proche de l'hémoglobine, mais présente exclusivement dans le domaine végétal), qui lui permet d'approcher l'aspect et le goût d'un steak saignant. »
Toujours selon cet article de La Dépêche, un concurrent, le tout aussi bien nommé « Beyond Meat » n’est pas en reste il fabrique « un hamburger végétal qui ressemble à la viande rouge, tant sur le plan visuel qu'au niveau du goût et de son comportement à la cuisson » Ce truc-là qui grésille dans la poêle est en vente pour les gogos dans les supermarchés bio US. Selon un site végan, le faux poulet de cette marque serait meilleur que le vrai. C’est possible si l’on compare avec du poulet aux hormones, aux os en caoutchouc élevé en batterie et gavé de soja transgénique.
Le journal mentionne également un restaurant de Greenwich Village à NY qui propose à son menu une assiette de charcuterie végétale où saucissons, jambons et terrines sont remplacés par de la carotte ou de la betterave fumée, du pâté de champignon, du chorizo de betterave.
Enfin pour clore cette revue du simili ou du faux, l’article signale l’ouverture aux USA de «boucheries» végétales qui vendent des imitations de salami, saucisses, boulettes de viande, « de rosbif ou encore de travers de porc ».
C’est fou, finalement, ce que les végans aiment la viande. (ajouté le 30/11/2016)
Références
Association « Le Fin gras du Mézenc » http://www.aoc-fin-gras-du-mezenc.com/le-fin-gras/lassociation/
Association végétarienne de France s.d., Fiche déforestation http://www.vegetarisme.fr/pourquoi-etre-vegetarien/environnement/deforestation/
Baratay E., 2012 Le point de vue animal – Une autre version de l’histoire, Le Seuil, Paris.
Barbin G., Champion F., Chaumet JM., Chotteau P., Lelyon B., Monniot C., Mottet A., Perrot C., Richard M., Trossat C., You G., 2010 Le marché mondial de la viande en 2010 Dossier Économie de l’Élevage n° 407 - Novembre 2010 https://observatoire-prixmarges.franceagrimer.fr/Lists/Liste%20des%20etudes%20autres/Attachments/71/IDEL_2010.pdf#page=1&zoom=100,-226,774
Barbin G., Champion F., Chaumet JM., Chotteau P., Lelyon B., Monniot C., Mottet A., Perrot C., Richard M., Trossat C., You G, 2011 Où va le bœuf ? Quel produit pour quel marché ? Institut de l’élevage Dossier Économie de l’Élevage n° 417 - Octobre 2011 http://idele.fr/fileadmin/medias/Documents/CR_1160034-Dossier_417_oct.pdf
Barbin G., Champion F., Chaumet JM., Chotteau P., Lelyon B., Monniot C., Mottet A., Perrot C., Richard M., Trossat C., You G, 2015 Où va le bœuf ? Vers toujours plus de transformation ! Institut de l'Elevage Dossier Économie de l’Élevage n° 461 Octobre 2015
Bennassar B., Goy J. 1975 « Contribution à l'histoire de la consommation alimentaire du XIVe au XIXe siècle » Annales. Économies, Sociétés, Civilisations,Volume 30, Numéro 2 pp. 402-430 DOI : 10.3406/ahess.1975.293615 www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1975_num_30_2_293615
Billon A., Neyroumande E., 2009. Vers plus d’indépendance en soja d’importation pour l’alimentation animale en Europe - cas de la France. Rapport ENESAD / WWF-Francehttp://www.luzernes.org/sites/default/files/2009_WWF_Enesad.pdf
Chabrat S., Baritaux V., Houdart M. 2014 « De la viande, du foin et un pastoralisme sédentaire - Le cas de l’AOP Fin Gras du Mézenc » Journal of Alpine Research | Revue de géographie alpine [En ligne], 102-2 | 2014, mis en ligne le 17 septembre 2014 ; DOI : 10.4000/rga.2422 ; http://rga.revues.org/2422
Cahier des charges « Bœuf de Charolles » décret n° 2010-1033 du 31 août 2010 relatif à l'appellation d'origine contrôlée « Bœuf de Charolles » https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000022779624&dateTexte=20161109
Cahier des charges de l'appellation d'origine « Fin Gras» ou « Fin Gras du Mézenc » décret n°2012-252 du 21 février 2012, JORF du 23 février 2012 Bulletin officiel du Ministère de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche, de la ruralité et de l'aménagement du territoire n°9-2012 http://agriculture.gouv.fr/ministere/cahier-des-charges-du-21022012
Cahier des charges Label rouge Poulet blanc fermier – élevé en plein air, entier, découpes, frais ou surgelé – LA 17/87 Edition 05
Chapagain A.K., Hoekstra A.Y., 2004 « Water footprints of nations. Volume 1: main report », Research report séries no. 16. UNESCO-IHE:Delft.
Chambre d’agriculture d’Auvergne, 2015 Panorama des filières territorialisées et de qualité en Auvergne http://www.allier.chambagri.fr/fileadmin/documents_ca03/diversification/Panorama_FQ.pdf
Christian J. Peters , Picardy Jamie, Darrouzet-Nardi Amelia F., Wilkins Jennifer L., Griffin Timothy S., Fick Gary W., 2016 « Carrying capacity of U.S. agricultural land: Ten diet scenarios », Elementa, Elementa: Science of the Anthropocene 4:000116. DOI: 10.12952/journal.elementa.000116. https://www.elementascience.org/articles/10.12952/journal.elementa.000116/
Conseil économique et social régional – Auvergne, 2010 L’agriculture en Auvergne : l’adaptation permanente d’une profession
Consultants naturels 2011 Étude de filière – Le soja en France http://consultants-naturels.fr/service/etude-de-filiere-le-soja-en-france/
Corson M. S., Doreau M. 2013, « Évaluation de l’utilisation de l’eau en élevage », INRA Prod. Anim., 26 (3), 239-248, http://prodinra.inra.fr/ft?id=AF799943-B96B-488B-8E1F-BFB7FA24B49C
Document INTERBEV 2016 « L’essentiel de la filière viande bovine française 2016 » http://www.interbev.fr/wp-content/uploads/2014/10/LIVRET-VIANDES-Bovine-2016-BD.pdf
Dale-Harris L. 2013 « Roumanie : un modèle de prairies productives » L’écologiste, n°40, Vol. 14 N°2, p. p. 27 – 28
Dumont B., Farruggia A., Garel J.P. 2007 « Pâturage et biodiversité des prairies permanentes », Renc. Rech. Ruminants, 14, 17 – 24. https://www.researchgate.net/publication/282708563_Paturage_et_biodiversite_des_prairies_permanentes
FAO, 2010 La Situation Mondiale de l'Alimentation et de l'Agriculture 2009, Le point sur l’élevage, Rome http://www.fao.org/docrep/012/i0680f/i0680f00.htm
FranceAgriMer, 2016 Bilans oléo-protéagineux provisoires 2015/16 actualisés et prévisionnels 2016/17 (21 septembre 2016) http://www.franceagrimer.fr/content/download/47491/454870/file/BIL-OLP-camp-C16-17%2004102016.pdf
Gerber, P.J.; Steinfeld, H.; Henderson, B.; Mottet, A.; Opio, C.; Dijkman, J.; Falcucci, A.; Tempio, G., 2014 Lutter contre le changement climatique grâce à l’élevage. Une évaluation des émissions et des opportunités d’atténuation au niveau mondial, FAO, Rome http://www.fao.org/3/a-i3437f.pdf
Gonon M. 1974 « Les Foréziens à table du XIIIe au XIVe siècle »» ALMA, Bulletin du Cange, 1973-1974, Vol. XXXIX, p. 23-37 http://hdl.handle.net/2042/3273
Guilbot R. 1999, « Les insectes des prairies : un maillon essentiel de l'écosystème prairial », Fourrage 160 (1999), p.p. 403 – 416).
Institut de l’élevage, 2011 « Où va le bœuf ? Quel produit pour quel marché ? » Dossier Economie de l’élevage, n° 417, oct. 2011
Institut national de l’origine et de la qualité Guides pratiques http://www.inao.gouv.fr/Espace-professionnel-et-outils/Produire-sous-signes-de-qualite-comment-faire/Guides-pratiques
Institut national de l’origine et de la qualité 2016 Guide de lecture pour l’application des règlements du RCE n°834/2007 et RCE n° 889/2008 version juillet 2016 http://www.ecocert.fr/sites/www.ecocert.fr/files/GUIDE-de-LECTURE-RCE-BIO_Juillet-2016_0.pdf
Jouventin P., 2016 L’homme, cet animal raté – Histoire naturelle de notre espèce, Editions libre & Solidaire, Paris.
Les Amis de la Terre, Fondation Heinrich-Böll-Stiftung (edits.) 2014 L’Atlas de la viande : la réalité et les chiffres sur les animaux que nous consommons (Version française) http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/latlasdelaviande.pdf
Lorenz K. 1965 Über tierisches und menschliches Verhalten. Aus dem Werdegang der Verhaltenslehre, München, (Trad. fr. Essais sur le comportement animal et humain – Les leçons de l’évolution de la théorie du comportement, Le Seuil, 1970)
Martin R., Gaurut M., Lardy R., Carrère P., Graux A.-I., Drouet J.L., Fiorelli J.L., Blanfort V., Capitaine M., Duretz S., Gabrielle B., Cellier P., Soussana J.-F. 2011, « Des modèles pour comprendre la réponse des écosystèmes prairiaux au changement climatique » Innovations Agronomiques 12, 97-108
Mauchamp L., Gillet F., Maly A., Badot P.M. 2012 Les prairies : biodiversité et service écosystémique, Presses universitaires de Franche-Comté
Ministère de l’environnement et du développement durable 2016 Chiffres clés du climat France et Monde Edition 2015 http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Chiffres_cles_du_climat_en_France_et_dans_le_monde_2015.pdf
Naudts K., Chen Y., McGrath M. J., Ryder J., Valade A., Otto J., Luyssaert S., 2016. « Europe's forest management did not mitigate climate warming », Science 05 Feb 2016 : 597-600.
Notices techniques Label Rouge http://www.inao.gouv.fr/Espace-professionnel-et-outils/Produire-sous-signes-de-qualite-comment-faire/Guides-pratiques/Notices-techniques-Label-Rouge
Patentreger B., Brezet G., Boisselet S., 2012 Viandes: un arrière-goût de déforestation, WWF http://www.wwf.fr/vous_informer/rapports_pdf_a_telecharger/forets/?1201/viande-soja-dforestation#
Pellerin S., Bamière L., Angers D., Béline F., Benoît M., Butault J.P., Chenu C., Colnenne-David C., De Cara S., Delame N., Doreau M., Dupraz P., Faverdin P., Garcia-Launay F., Hassouna M., Hénault C., Jeuffroy M.H., Klumpp K., Metay A., Moran D.,Recous S., Samson E.,Savini I., Pardon L., 2013. Quelle contribution de l’agriculture française à la réduction des émissions de gaz à effet de serre? Potentiel d'atténuation et coût de dix actions techniques. Synthèse du rapport d'étude, INRA (France)
Peters C. J., Picardy J., Darrouzet-Nardi A. F., Wilkins J. L., Griffin T. S., Fick G. W. 2016. « Carrying capacity of U.S. agricultural land: Ten diet scenarios » Elementa Science of Anthropocene 4: 000116. doi: 10.12952/journal.elementa.000116 https://www.elementascience.org/articles/116
Piro P., 2006. Résister à l’empire du soja. Faim Développement Magazine, (209-210), p.p. 14 – 37
Plouvier Liliane. « L'alimentation carnée au Haut Moyen Âge d'après le De observatione ciborum d'Anthime et les Excerpta de Vinidarius » Revue belge de philologie et d'histoire, tome 80, fasc. 4, 2002. Histoire medievale, moderne et contemporaine – Middeleeuwse moderne en hedendaagse geschiedenis. pp. 1357-1369 ; doi : 10.3406/rbph.2002.4672 http://www.persee.fr/doc/rbph_0035-0818_2002_num_80_4_4672
Roinsard A. (cord.) 2014, Alimentation des porcins en agriculture biologique, Cahier technique http://www.itab.asso.fr/downloads/porc-bio/cahier-porc-0.pdf
Roche B., Dedieu B., Ingrand S. 2000 « Analyse comparative des charges Label Rouge gros bovins de boucherie », 7e Journées 3R – 2000 – Questions techniques posées par les signes de qualité viande http://www.journees3r.fr/spip.php?rubrique150
SANNE E., BROUARD S., BOULLEAU T., 2013 Définition des stratégies et des actions à mettre en œuvre pour conforter les filières viande bovine du Massif Central – Partie 2 : des atouts en termes de potentiels de production vu au travers du cheptel bovin, Institut de l'Élevage – SIDAM http://www.sidam-massifcentral.fr/wp-content/uploads/2013/01/2-vaches-et-potentiel-de-production.pdf
Steinfeld H., Gerber P., Wassenaar T., Castel V., Rosales M. , de Haan C., 2006 Livestock's long shadow, FAO,Rome ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/010/a0701e/a0701e.pdf
Steinfeld H., Gerber P., Wassenaar T., Castel V., Rosales M. , de Haan C., 2009 L’ombre portéede l’élevage ( trad. fr de FAO 2006) FAO Rome ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/012/a0701f/a0701f.pdf
Solanet G., Levard L., Castellanet C., Feret S. 2011 L’impact des importations européennes de soja sur le développement des pays producteurs du Sud, Campagne Alimenterre, Février 2011 http://141.105.120.208/dsc/wp-content/uploads/2014/04/L%E2%80%99impact-des-importations-de-soja.pdf
Soussana JF coord., 2004, « Sources et puits de gaz à effet de serre (CO2, CH4, N2O) en prairie pâturée et stratégies de réduction » Programme Gestion des impacts du changement climatique, Rapport final de la seconde tranche du projet, http://www.gip-ecofor.org/doc/drupal/gicc/6-01SoussanaRF.pdf
Soussana JF, Allard V et al. 2007 « Full accounting of the greenhouse gas (CO2, N2O, CH4) budget of nine European grassland sites» Agriculture, Ecosystems & Environment, Vol. 121, No. 1-2, p. 121-134
UICN, MNHN, OPIE, Société Entomologique de France, 2012 La Liste rouge des espèces menacées en France - Papillons de jour de France métropolitaine, https://inpn.mnhn.fr/docs/LR_FCE/Dossier_presse_Liste_rouge_Rhopaloceres_metropole_Mars_2012.pdf
UICN France & MNHN, 2016, La Liste rouge des espèces menacées en France. Paris, France.
http://uicn.fr/wp-content/uploads/2016/10/R%C3%A9sultats-synth%C3%A9tiques-Liste-rouge-France.pdf
Viande Info sd, L’élevage accentue l’effet de serre et la déforestation http://www.viande.info/elevage-viande-gaz-effet-serre
.............
• L’illustration au début de l’article est extrait de dessins sur le site de l’éditeur « l’insomniaque ». http://www.insomniaqueediteur.org/category/plein-les-mirettes/galerie
• Illustrant les annexes, la photo (JFD) de ce troupeau pâturant dans une prairie semi-humide impropre à tout autre usage a été prise à proximité de l’étang de Pulvérières (63). La présence d’un taureau est une chose assez courante ici, à la limite de la chaîne des Dômes et des Combrailles.
Nature - environnement
Dans le cadre de la discussion du projet de loi « relatif à la transparence, à la lutte contre la corruption et la modernisation de la vie économique » le gouvernement a fait adopter le 2 Juin 2016 un amendement visant d’une part à élargir aux abattoirs et aux entreprises de transport le délit de maltraitance envers les animaux et permettant d’autre part de protéger les employés de ces structures qui dénonceraient de tels agissements s’ils advenaient dans leur entreprise.
« L’exposé sommaire » qui accompagne un amendement est un texte relativement bref qui a pour fonction de l’expliciter, d’en fournir les motifs et le but. Dans le cas présent, il est très clair. Je le cite en entier.
« La diffusion successive d’images inacceptables dans les abattoirs d’Ales, du Vigan et de Mauléon ont interpellé l’ensemble des acteurs du secteur et les pouvoirs publics, ainsi que les citoyens, et ont renforcé la volonté d’une mobilisation collective.
À ce titre, le présent amendement vise donc à renforcer et harmoniser le cadre des sanctions pénales en qualifiant de délit les mauvais traitements exercés sur les animaux en abattoir et dans les entreprises de transport, comme c’est déjà le cas pour les élevages ou les refuges pour animaux.
De fait, la protection de tous les salariés signalant manquement grave à la loi, apportée dans le présent projet de loi et reprise des dispositions de la loi sur la lutte contre la fraude financière de décembre 2013, pourra alors s’appliquer aux cas des mauvais traitements observés à l’abattoir. Il est indispensable que les personnes qui travaillent dans un abattoir puissent disposer d’une protection particulière lorsqu’ils seraient amenés à constater des infractions à la protection animale dans le cadre de leur travail quotidien. »Dans cet « exposé sommaire », le gouvernement reconnait donc que c’est la diffusion par l’association L 214 de vidéos montrant les mauvais traitements infligés aux animaux dans ces abattoirs qui est à l’origine de son amendement. Tous ceux qui se soucient du bienêtre animal peuvent donc féliciter et le gouvernement et l’association L 214 ; l’association L 214 puisque sans ses révélations, rien n’aurait été entrepris, le Gouvernement qui a su donner un débouché légal à l’indignation suscité par ces révélations.
Si un jour, il advenait que les humains renoncent à une alimentation carnée, ce serait contraints et forcés, nécessité faisant loi sur une planète entièrement anthropisée et densément peuplée comme l’est l’ile de Tikopia, une des îles Salomon isolée au milieu de l’Océan Pacifique, un confetti de 5 km2 avec une densité de 240 habitants/km2, peuplée des seuls humains et de leurs cultures vivrières, où même l’élevage a dû être abandonné à cause du manque de place pour produire la nourriture des bestiaux.
Nous n’en sommes pas là et il faut espérer que nous n’y arriverons jamais bien qu’une planète jardin soit une utopie caressée par une certaine forme d’écologie, ce n’est pas celle de l’auteur de ces lignes. L’homme étant un mammifère omnivore, il y a peu de chance que les populations humaines deviennent en masse végétariennes et il y en a encore moins qu’elles deviennent véganes. Il ne faut donc pas se tromper de combat.
Que l’occidental mange moins de viande qu’il n’en mange et qu’il se souvienne qu’il est omnivore, qu’il peut donc aussi manger des céréales et des légumes, sa santé n’en sera que meilleure et cela sera bon aussi pour la planète. Mais vouloir que les hommes ne mangent plus du tout de viande, ce n’est pas conforme à leur nature et c’est une utopie dont les conséquences, multiples et diverses selon les pratiques agricoles, sont difficiles à déterminer. Elles ne seraient sans doute pas toutes positives. Paradoxalement cela pourrait conduire à la disparition des espèces et races d’animaux dont on refuse l’exploitation et/ou l’abattage. C’est ce que peut laisser supposer le cas de races de chevaux de trait ou de vaches jugées improductives ou moins productives que d’autres. Ces races ne subsistent que par la grâce quelques passionnés. Des sociologues considèrent qu’une idéologie végane triomphante pourrait conduire à la fabrication et à la mise sur le marché de viandes obtenues par cultures in vitro.
Après tout, ce n’est pas par pure compassion vis-à-vis des animaux de boucherie mais pour satisfaire l’opinion, choquée à juste titre par les vidéos de L 214 que le Gouvernement a introduit ces sanctions et contrôles par voie législative. C’est pour garantir, sinon la bonne santé, du moins la survie de la filière de l’élevage qui souffre déjà de mille maux. Pour cela, il est vital de rassurer l’opinion publique. Les bêtes seront sacrifiées mais « proprement ».
Cela est bien entendu inadmissible pour les végétariens « éthiques », a fortiori pour les végans. Leur objectif n’est pas d’obtenir que les animaux de boucherie soient abattus dans les meilleures conditions en leur évitant stress et souffrances mais qu’ils ne soient plus abattus du tout et que les abattoirs soient fermés. Cet objectif n’est pas entièrement compatible avec celui d’obtenir une amélioration de la condition des animaux de boucherie pour la raison simple que dans si l’abattage sans stress et sans souffrance d’animaux de boucherie était effectif et reconnu comme tel, végétariens éthiques et végans perdraient un argument de poids pour rallier les gens à leur cause.
C’est pourtant cet objectif qui doit être visé en priorité. Il est ou peut être consensuel au sein de la société et il y a encore beaucoup à faire pour que les animaux de boucherie soient abattus sans stress mais c’est possible comme le prouvent les résultats obtenus par Temple Grandin (Cf. son ouvrage qui a eu plusieurs rééditions Livestock Handling and Transport, 4th Revised ed. (June 27, 2014), CABI éditeur). Il existe aussi des initiatives à encourager comme celle d’un camion abattoir allant de ferme en ferme évitant aux animaux le stress et l’inconfort du transport et du séjour dans ces grandes unités qui abattent à la chaîne. D’autres éleveurs sont partisans de l’abattage dans le pré, d’un coup de fusil : « Vous savez, quand une vache est abattue dans le pré, elle ne s’y attend pas et les autres ne sourcillent pas. Cela change tout » (20 Minute «Nous voulons obtenir le droit d'abattre nos animaux dans nos fermes», 27/2/2016). Il faut qu’un mouvement d’opinion fasse évoluer la législation à l’échelle européenne. Jusqu’à présent, la loi interdit que les bêtes soient abattues à la ferme.
Il va sans dire que cette recherche du bien-être du bétail suppose que l’on abandonne tout égorgement sans étourdissement préalable. Certaines autorités religieuses musulmanes considèrent que cet étourdissement, dès lors qu’il est en droit réversible permet un abattage hallal. Par contre, les autorités religieuses juives se sont montrées jusqu’à présent plus intransigeantes en ce qui concerne l’abattage casher. Il faudra leur faire comprendre qu’un peu plus de souplesse est nécessaire de leur part, d’autant que les fidèles de cette religion ont l’interdiction de manger la partie arrière de l’animal abattu qui est commercialisée sans qu’il puisse être fait mention de la façon dont il a été abattu, malgré la demande réitérée d’associations de consommateurs, d’éleveurs et de vétérinaires.
Récemment, lors de son audition devant la commission d’enquête parlementaire sur les « Conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français » le ministre de l’agriculture a encore déclaré qu’il était contre un tel étiquetage au motif que les barquettes de viande qui porteraient l’étiquette « abattu de manière casher » seraient invendables alors qu’il s’agit de morceaux que les non-juifs considèrent comme nobles : « Si on fait ça, on aura sur la barquette "abattu de manière casher". Bon, ça veut dire que la moitié de l’animal, quand il sera abattu ne sera pas commercialisable et sur les parties, pour ce qui nous concerne nous, les plus nobles [...] Moi sur ce sujet, je ne suis pas favorable à l'étiquetage. »
Lors de la dernière élection présidentielle seul Jean-Marc Governatori de l’Alliance Ecologiste Indépendante (AEI) avait proposé l’Interdiction de l'abattage sans étourdissement préalable, et l’interdiction de l'importation de viande issue d'animaux abattus sans étourdissement, et cela dès Janvier 2012, avant donc que cette question instrumentalisée par l’extrême-droite fasse irruption dans les médias. Mais en 2012 comme en 2007, Jean-Marc Governatori n’a pas eu les 500 signatures pour se présenter. Quant à la candidate EELV, empêtrée dans les contradictions de son parti, elle avait choisi le déni de réalité, soutenant qu'ainsi sacrifiées, les bêtes ne souffraient pas !
Il est à noter que lors d’autres auditions de cette commission d'enquête parlementaire sur les «Conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français», des associations mais aussi des professionnels des abattoirs ont souligné que la recherche du bien-être animal était en contradiction avec l’absence d'étourdissement pour l'abattage rituel. Peut-être serait-il possible de s’appuyer sur les nouvelles dispositions législatives introduites par cet amendement pour rendre cet étourdissement obligatoire dans les abattoirs français avec interdiction d’importation de viande d’animaux abattus sans cet étourdissement préalable. Cela monterait que ces dispositions ne sont pas là seulement pour calmer l’opinion mais qu’elles sont utiles.
Le bien-être du bétail est un combat et un souci qui est actuellement porté sur la place publique surtout par les végétariens éthiques et les végans. Mais finalement, eux aussi instrumentalisent le combat contre cette maltraitance en s’en servant pour tenter de culpabiliser les gens ou de provoquer des sentiments de pitiés pour qu’ils renoncent à une alimentation carnée. Lorsqu’ils exhibent des portraits de petits veaux tout mignons, il serait bon de leur rappeler que si tout le monde suivaient le même régime qu’eux, ces veaux n’existeraient plus qu’en photo.
Ce sont les omnivores qui devraient être à la pointe du combat pour le bien-être du bétail. En effet, assumer son statut d’omnivore opportuniste ne veut pas dire être insensible à la souffrance des animaux que nous mangeons. Il faut les tuer proprement, rapidement et par surprise. Il faut aussi que leur vie, bien que brève, ait été la meilleure possible et donc pas de gavage, pas d'élevage hors sol. C’est une exigence éthique et sa satisfaction concerne au premier chef tous les omnivores humains.
Ces dispositions légales ne sont qu'un début. Il y a encore beaucoup à faire et il faudra sans doute du temps pour que les choses changent vraiment.
Au quotidien
Suite aux propos de Manuel Valls mettant en cause la CGT celle-ci a publié une mise au point que nous retranscrivons intégralement. Il faut voir que cette attaque contre la CGT préfigure la volonté du gouvernement qui se dit socialiste d'interdire les nouvelles manifestations contre le projet de loi travail. Cela nous est apparu nécessaire de reproduire le communiqué de la CGT pour contrebalancer auprès des lecteurs de ce blog la façon scandaleuse dont les grandes chaînes de TV ont rapporté les faits et minimisé l'importance de la manifestation.
Concernant les affrontements devant l’hôpital Necker, là aussi une mise au point s'impose car ces mêmes chaînes ont donné un compte rendu tendancieux des évènements en bonnes chiennes de garde de l'ordre établi aux ordres d'un gouvernement et d'un président de la république qui ont trahi ceux qui les ont porté au pouvoir. Elles ont emboîté sans vergogne le pas de Valls et Cazeneuve dans l'instrumentalisation de la détresse des enfants très malades et de leurs parents comme le dénonce l'un d'entre eux. Nous publions des extraits de son témoignage.
Réaction de la CGT aux propos inacceptables du Premier Ministre Manuel Valls
Le Premier Ministre vient d’accuser la CGT d’être responsable des violences intervenues en marge de la manifestation nationale du 14 juin, à Paris, contre le projet de loi travail.
La CGT tient à rappeler au Premier Ministre que cette mobilisation, comme les précédentes, n’a pas été organisée par la CGT mais par 7 organisations syndicales de salariés et de jeunesse qui, depuis 4 mois, dans l’unité, demandent le retrait de ce texte régressif.
Quelle est la réalité des faits ? C’est en marge du cortège de cette manifestation, déposée par les organisations et validée par la Préfecture de police de Paris, que des bandes de casseurs se sont à nouveau livrées à des exactions que la CGT a d’ailleurs condamnées officiellement, une fois de plus, dans son communiqué national.
Le Premier Ministre ne peut ignorer qu’il incombe aux pouvoirs publics, dont il a la première responsabilité, d’assurer la sécurité et le maintien de l’ordre.
La CGT souligne le sang-froid et la maitrise des militants de son service d’ordre qui, sans faillir, ont pris les dispositions nécessaires afin de garantir la sécurité des participants à cette manifestation massive.
En conscience et prenant en compte les informations données par les services de la Préfecture, les organisations syndicales ont fait le choix de ne pas aller jusqu’au bout du parcours prévu, malgré la frustration légitime des participants, pour ne pas les exposer davantage à la violence et aux incidents générés par des éléments extérieurs. Face à cette contrainte, une fois encore, l’ensemble des services d’ordre des organisations a su créer et mettre en œuvre les conditions pour que les participants, venus de toute la France, puissent rejoindre leurs moyens de transport.
La CGT tient à rappeler au Premier Ministre que, comme il n’est pas de la responsabilité des supporters d’assurer la sécurité dans et autour des stades de l’euro de football, de la même façon il n’est pas de la responsabilité des manifestants d’assurer la sécurité dans et autour d’une manifestation autorisée par la Préfecture de police.
Menacer d’interdire les manifestations est le signe d’un gouvernement aux abois.
Plutôt que de faire l’inventaire tendancieux d’éléments à charge contre la CGT, Manuel Valls ferait bien mieux d’entendre la majorité des salariés, des jeunes et plus largement des citoyens qui rejettent ce projet de dumping social et de destruction de notre modèle de société.
Montreuil, le 15 juin 2016 "Les affrontements devant l'hôpital Necker
Il semblerait que ce soit dans la confrontation violente entre CRS et groupes autonomes qui a eu lieu devant l’hôpital Necker que ce dernier a subi des dégradations.
• Voici ce que rapporte à ce sujet le journaliste Thomas Clerget sur Regard.fr :
Arrivés devant l’hôpital Necker, à l’intersection du boulevard Montparnasse et de la rue de Sèvres, les militants autonomes ont lancé une attaque intense, qui a duré près d’une demi-heure, sur la ligne de CRS placée au coin de l’établissement et barrant la rue de Sèvre. C’est dans ce contexte très précis que l’hôpital a subi quelques dégradations. Pendant que certains émeutiers cassaient le macadam pour en faire des projectiles, d’autres se relayaient pour les envoyer sans discontinuer sur les CRS. La durée de cette attaque aura de fortes conséquences puisque, in fine, elle permettra à la police d’interdire l’accès aux Invalides au reste de la manifestation, contribuant à son invisibilisation médiatique, puisque la place aurait vraisemblablement été occupée dans sa totalité.Pour lire l’article complet suivre ce lien
• Voici des extraits du témoignage d'un "parent d'un enfant très malade" de l'hôpital Necker :
Certes, briser les vitres d’un hôpital, même par mégarde, c’est idiot ; mais sauter sur l’occasion pour instrumentaliser la détresse des enfants malades et de leurs parents pour décrédibiliser un mouvement social, c’est indécent et inacceptable. Et c’est pourtant la stratégie de communication mise en œuvre depuis hier, par MM. Cazeneuve et Valls. Allègrement reprise par la droite et relayée sur un plateau doré par tous les médias.Pour lire ce témoignage en entier, c’est ici
Je le dis d’autant plus volontiers que l’hôpital Necker, j’y ai passé beaucoup de temps et que la détresse et l’angoisse des parents d’enfants très malades, je vois particulièrement bien ce que c’est.
Instrumentaliser cette souffrance à des fins aussi bassement politiciennes est abjecte.
Cette indécence est d’autant plus choquante lorsque l’on connaît la situation de l’hôpital public aujourd’hui. MM. Valls et Cazeneuve, « révoltés » du fond du cœur par cinq vitres brisées, le sont-ils autant par les conditions de travail effarantes des personnels hospitaliers ? Lorsqu’un généticien clinique doit travailler 70h par semaine car la direction de son hôpital n’a pas les moyens d’employer un nouveau docteur ni même une secrétaire, qu’elles en sont les conséquences sur tous ces gentils petits enfants malades au chevet desquels nos ministres accourent depuis hier ?
Quand les aides-soignantes et les infirmières sont épuisées, usées jusqu’à la moelle et rémunérées au minimum, qu’en est-il de la qualité des soins et de l’attention nécessaires à ceux qui passent des mois voire des années dans des couloirs d’hôpitaux ?
Lorsqu’ils mettent sur le même plan « émotionnel » des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ? Et tous ces journalistes qui ont titré sur cet horrible assaut contre l’hôpital des « enfants malades », prennent-ils la mesure du sens de leurs mots ?
La palme de l’infamie revient évidemment à M. Cazeneuve qui a tout de même réussi à ajouter à l’équation le fils des deux policiers tués avant-hier.
Des centaines de milliers de personnes défient le gouvernement dans la rue. Une ou deux cassent le double vitrage d’un hôpital. Une ordure tue deux policiers à l’arme blanche. Leur fils de trois ans est en soin à Necker. M. Cazeneuve établi un rapport émotionnel, affectif et psychique entre ces deux séries de faits : le lutte contre la Loi Travail et son gouvernement, le choc produit par la brutalité de ce double meurtre et la situation dramatique de cet enfant. Si les jeunes émeutiers qui ont cassé les vitres de Necker ont été idiots, MM. Valls et Cazeneuve, eux, sont obscènes.
Plutôt que de courir les plateaux télés pour dire des conneries pareilles, retirez la loi travail, financez correctement les hôpitaux et épargnez aux enfants et à leurs parents votre ignoble instrumentalisation. Merci d’avance.
Un parent d’enfant très malade de l’hôpital Necker.
Nature - environnement
À l’heure où une ministre de l’écologie aux ordres des éleveurs ovins et des chasseurs milite activement pour que le loup ne soit plus une espèce strictement protégée, à l’heure où cette même ministre met en consultation un arrêté autorisant la destruction de 36 loups entre Juin 2016 et Juillet 2017, à l’heure où des individus qui se disent écologistes et qui sont membres du parti qui est censé représenter l’écologie politique écrivent un texte revendiquant l’éradication du loup en France, il est temps de rappeler que c’est une imposture de dire et de propager l’idée que le pastoralisme favorise la biodiversité en montagne, alors que le retour du loup en menaçant le pastoralisme est une menace pour la biodiversité des espaces montagnards.
Voici trois textes qui montrent que la proposition soulignée est fausse.
Ceux qui veulent jouir du spectacle ravissant d’une prairie alpine feront bien d’y aller avant le passage des troupeaux.
Les modifications que le bétail imprime aux pelouses alpines sont plus profondes qu’on ne l’imagine d’ordinaire. Il ne s’agit pas d’une simple « cueillette de fleurs ». Le dommage atteint la végétation elle-même et va jusqu’à transformer de fond en comble les groupements naturels. Lorsque l’on parle d’une influence de l’homme à l’étage alpin où les prairies fauchées sont exceptionnelles, il s’agit avant tout de l’action qu’il exerce par le truchement de ses troupeaux.
Les bêtes en broutant causent un tort sérieux aux plantes les plus délicates, qui non seulement perdent avec leurs fleurs la faculté de se reproduire sexuellement, mais sont lésées aussi dans leurs organes végétatifs. Et ce n’est pas seulement la dent des herbivores qui compromet l’existence des végétaux alpins. Leurs pieds exercent des ravages importants. (…)
Les prairies servant régulièrement de pâtures prennent l’aspect caractéristique de montagnes russes. Les creux n’abritent que quelques mauvaises herbes paraissant insensibles au parcours du bétail, comme le pâturin couché Poa supina. Quant aux buttes qui représentent les parties les plus dures du sol et recouvrent souvent quelque caillou, elles sont épargnées pat le bétail routinier qui suit l’ornière. La végétation qui les recouvre est cependant très pauvre. En effet, exposée à l’action lessivante des pluies, la terre de ces « taupinières » s’appauvrit peu à peu en éléments minéraux. Seules des plantes peu exigeantes et plus ou moins acidiphiles peuvent s’y maintenir. Comme ces dernières à leur tour sont productrices d’humus acide, le phénomène primaire s’accélère, comme une réaction chimique qui serait catalysé par ses produits. Le résultat final d’une telle réaction en chaîne est l’appauvrissement général du pâturage. En résumé, on peut dire que le bétail exerce sur la prairie alpine une sorte de sélection négative du plus mauvais en broutant ou en écrasant les plantes les plus délicates. »
Claude Faverger (1956) Flore et végétation des Alpes, vol. 1, p.p. 194 – 195, Neuchâtel, Suisse.
********
Non seulement le pastoralisme n’entretient pas la montagne mais il a failli en faire un désert.
On conçoit que, dès l’origine, [les premiers cultivateurs] aient assigné très judicieusement à la dépaissance la région gazonnée, riche en herbages succulents, qui s’étend au-dessus des bois et qui est si naturellement propice à l’élève du gros bétail, de même qu’à la nourriture des bêtes à laine. On conçoit aussi que ces riches pâturages qui s’offraient, pour ainsi dire, d’eux-mêmes, verts et fleuris pendant la belle saison, aient attiré les pâtres dont les troupeaux manquaient justement d’herbe durant l’été, au sein des régions inférieures, sous le climat sec et brûlant de Provence. De là l’usage, très anciennement connu des troupeaux transhumants, c’est-à-dire de ceux qui, parqués et retenus dans la Crau ou d’autres parties pierreuses de la Basse-Provence, y trouvant une herbe courte et rare, suffisante pourtant, pendant l’hiver et au premier printemps, remontent à la fin de cette dernière saison vers les sommets des Alpes, à la rencontre des pâturages que la neige vient d’abandonner, et dont l’herbe pousse avec d’autant plus de vigueur qu’elle n’a devant elle que trois à quatre mois de soleil et de chaleur avant de disparaître sous un nouveau tapis de neige, dès l’automne un peu avancé. Cette économie pastorale a longtemps fait la richesse de la région des Alpes, avant de l’épuiser. Elle contribua puissamment au déboisement et au dégazonnement des montagnes. En effet, l’intérêt dépendant de l’exploitation des troupeaux a dominé d’abord tout le reste ; et, après leur introduction sur des pentes uniquement gazonnés, on les aura amenés par la suite dans des parties récemment dépouillées de leur bois ou sur les lisières de ceux-ci. On a ainsi insensiblement amoindri le domaine forestier et entraîné sa dégradation soit totale, soit au moins partielle. Après les arbres, l’herbe même est devenue plus rare ; enfin, sur beaucoup de points, elle a entièrement disparu, et les écroulements torrentiels, agrandissant leur domaine et étendant leur action, ont achevé de réaliser la désolation de contrées primitivement riches et peuplées, plus tard entièrement désertes, le roc étant partout mis à nu.
L’aspect « ruiniforme » devenu, dans les Alpes, celui de la plupart des sommités et corrélatif d’un dépeuplement dont les progrès suivent une marche, pour ainsi dire inexorable, a frappé de nos jours une foule d’observateurs attentifs et impartiaux. Le chiffre décroissant des bêtes à laine est le symptôme le plus évident et le corollaire forcé d’un mal qu’on ne saurait nier. Mais en vain s’attachera-t-on à le déplorer, puisqu’on se trouve en présence d’un cercle vicieux et que le pacage lui-même constitue la cause active qui, en stérilisant les pentes originairement boisées ou gazonnées, entraîne la difficulté croissante de la dépaissance et par elle la diminution des troupeaux. C’est donc à la transhumance qu’il faut d’abord s’attacher. »
Gaston de Saporta « La transhumance et le déboisement dans les Alpes. Reconstitution du sol forestier » in Les Alpes Françaises, Albert Falsan édit., Nimes, 1893, reprint Lacour – Rediviva, Nimes, 2002, p.p. 327 – 329.
A tous ceux qui se plaignent que l’abandon du pastoralisme entrainerait la fermeture des milieux et une perte de la biodiversité, on peut constater à partir du texte de Gaston Saporta, les catastrophes qu’a produites le déboisement, c’est-à-dire l’ouverture des milieux. Joint à la « sélection négative » décrite par Claude Faverger, opérée par les troupeaux même lorsqu’il n’y a pas de surpâturage, on voit combien est fallacieux l’argument selon lequel le pastoralisme entretient la montagne et est un facteur favorisant la biodiversité.
Dans les alpes du sud notamment le surpâturage a entrainé des phénomènes d’érosion de grande ampleur, rendant le pastoralisme lui-même problématique jusqu’à ce que les lois sur la restauration des terrains de montagne y mettent un terme. Cela est passé par un reboisement massif – d’abord autoritaire, ensuite plus négocié mais toujours volontariste – par l’aménagement des torrents et par la diminution de la charge ovine sur les pelouses d’altitude. La RTM (Restauration des terrains de montagne), les lois successives et le service spécifique ont permis de mener à terme cette entreprise « où, selon le Marquis de Saporta, l’homme ayant achevé son œuvre et payé sa dette envers la nature aura réussi à réparer le mal des générations antérieures, en restaurant les Alpes en leur état primitif ».
********
Mais les leçons du passé s’oublient vite lorsque l’intérêt et la pression de la mondialisation sont en cause. Le surpâturage et le mal pâturage et leurs conséquences désastreuses réapparaissent avec l’augmentation de la taille des troupeaux, des dates inadéquates de montée à l’estive et de descente, un personnel insuffisant et mal formé, mettant de nouveau à mal les terrains de montagne.
« Les transformations du pastoralisme traditionnel avec passage à l’économie de marché passent par une augmentation très importante du nombre de têtes (5000 au lieu de 500 sur certains sites !), une arrivée précoce (mi-mai) et non modulée en fonction de l’état de la végétation, un départ tardif (mi-octobre) et un nombre de bêtes important. Les bergers, si bons soient-ils, sont incapables -au dire même d’éleveurs de la vallée de l’Ubaye- de s’occuper correctement de plus de 700 bêtes par troupeau.
L’escalade récente de ces pratiques pastorales a vu de gigantesques troupeaux s’égayer dans les prairies, autrefois dévolues à la fauche et souvent irriguées, autour des hameaux, voire des villages des hautes vallées. Ce sont les pelouses subalpines qui ont eu le plus à pâtir de ces excès. Les troupeaux, de plus en plus grands (plusieurs milliers de têtes pour les ovins : 4 000 ? 5000 ? en Ubaye. On ne sait. Ces chiffres sont tenus secrets. Plusieurs centaines de têtes pour les bovins ,dans la vallée de la Stura) ont aussi dévasté, au «niveau 2000», les pelouses à fétuque qui abritaient les plus belles espèces de notre flore alpine : anémones à fleurs de narcisse (Anemone narcissiflora), reines des Alpes (Eryngium alpinum, Livre Rouge National), lis de Saint-Bruno (Paradisea liliastrum), campanules barbues (Campanula barbata)….De vastes étendues désormais «steppiques» ondulent sous le vent tandis que les troupeaux saccagent, un peu plus bas, les sous-bois de mélèzes ou de pins, détruisent les murettes qui retenaient si bien la terre lors des orages et font le lit du ruissellement actuel et de la déforestation future. (…)
Une pelouse à fétuque paniculée, c’est 62 espèces en 1960 (sur 4m2, cité par A. Lavagne), 37 en 1972, 5 en 2001, au col de Vars qui avait déjà, à la fin du XIXe siècle la réputation de ne pas être un «paradis botanique» pour cause de pâturage d’ovins(…)
On voit de plus en plus de pacage sous forêt : Bassin de Barcelonnette, Haut-Verdon, vallée de la Durance… Les sous-bois fragiles du mélézin ne résisteront pas longtemps sur les pentes fortes des flancs de vallée. Déjà des couloirs mixtes (parcourus tour à tour par les avalanches et les coulées boueuses) griffent les versants. Avec le dégel des éboulis qui dure de longs mois, en raison du réchauffement, l’instabilité des versants est fortement accrue. Point n’est besoin de l’augmenter en introduisant des bovins dans les sous-bois !
La filière ovine est entraînée dans une spirale productiviste qui lui convient mal. »
Michèle EVIN, « Les effets du surpâturage dans les Alpes du Sud : impacts sur la biodiversité et la torrentialité », La voie du loup, n°22, octobre 2005, p.p. 14 – 17.
Le texte soumis à la réflexion du lecteur est extrait d’une conférence de Gaston de Saporta « Les anciens climats et le développement de la végétation », Conférence donnée au Congrès de l'Association Française Pour l’Avancement des Sciences tenu au Havre en Août 1877. Il montre deux choses qui semblent oubliées concernant le climat. La température et la variation de température moyenne ne suffisent pas à caractériser un climat. C’est l’objet du texte de le montrer. De cette démonstration il découle que le climat est d’abord une notion qui vaut localement. Et parfois un local réduit à quelque décimètres carrés, on parle alors de microclimat. Dès lors, il est difficile de donner un sens au « changement climatique» envisagé à l’échelle de la Planète et à l’objectif de le limiter à tel ou tel degré. Le Climat de la Terre reste quelque chose de local à l’échelle du système planétaire. Dans la mesure où si cette notion fait sens à l’échelle d’une planète, on pourra parler de climat de Vénus, de Mars, etc.
Lorsque l’on parle de « réchauffement climatique » et que l’on signifie par là le réchauffement du climat de la Terre, l’expression « climat de la Terre » réfère comme un nom propre ou une description définie à une entité singulière comme dans le cas de « climat de la Bretagne » ou « climat de la Côte d’azur ». Mais autant il est peu douteux qu’il y ait un climat propre à ces deux régions et que l’expression qui les désigne fait sens, autant il est difficile de savoir s’il existe quelque chose qui serait le référent de « climat de la Terre », du moins dès que l’on distingue entre climat et température.
« Pour montrer la différence très-marquée qui existe entre le climat et la température, il suffit de considérer que la température d'une contrée se mesure à due moyennes, soit annuelles, soit mensuelles, soit enfin correspondant à celles de chaque saison. Eh bien! Ces moyennes sont tout à fait insuffisantes pour faire connaître le climat. Elles ont pour résultat inévitable d'effacer les circonstances différentielles, de telle façon qu'un pays à saisons extrêmes peut obtenir une moyenne annuelle pareille à celle d'un pays à saisons sensiblement égales, et que deux régions, l'une très-sèche, l’autre constamment humide, pourront donner lieu à des moyennes identiques de température. Pour ne citer qu'un exemple, Brest et Marseille ont à peu près les mêmes moyennes (14,4 et 14,1), et la moyenne hivernale de la première de ces deux villes coïncide avec celle de Nice, à quelques dixièmes près, et cependant quelle différence entre le climat sec et venteux de la Provence et le climat pluvieux de la Bretagne ! »
(Louis Charles Joseph Gaston de Saporta (1823 – 1895) est un paléobotaniste français. )
Nature - environnement
Lors de l’examen de la loi sur la biodiversité, une majorité de sénateurs sont revenus sur l’interdiction totale et sans dérogation à partir du 1 septembre 2018 des pesticides néonicotinoïdes qui exterminent les abeilles que les députés avaient votée au terme d’un débat ayant duré deux heures. La date avait de quoi inquiéter : l’entrée en vigueur de l’interdiction intervenait après le changement de majorité. Et lorsque l’on sait que les députés LR et UDI étaient en grande majorité contre cette interdiction qui allait selon eux « pénaliser » les agriculteurs Français, il y avait de quoi se faire du souci : rien était encore joué définitivement. Avec le vote du Sénat, c’est pire : tout est fichu par terre et il faut reprendre le combat. La loi est de nouveau devant le parlement : députés et sénateurs n’ayant pu s’accorder sur un texte commun.
Il est vital que nous, leurs électeurs, fassions pression sur eux pour leur insuffler un peu du bon sens qu’il semble avoir perdu et qu’ils s’affranchissent des lobbies de l’agrochimie. Pour leur ôter aussi la tentation de ménager la chèvre et le chou en assortissant l’interdiction d’une foule de dérogations. L’expérience prouve en effet qu’une interdiction partielle du type de celle en vigueur actuellement est inefficace. Les quantités utilisées sont en constante augmentation malgré cette interdiction partielle et les abeilles continuent de mourir en masse.
Voici des extraits du message de Nicolas Laarman, Délégué général de Pollinis :
« On peine à le croire, et pourtant :
Alors que la Commission européenne était censée avoir mis en place depuis 2013 une interdiction partielle des pesticides néonicotinoïdes tueurs d'abeilles en Europe...
... alors que les députés et sénateurs français se mènent depuis un an une guerre politique pour interdire, totalement cette fois, ces poisons en France puis dans toute l'UE...
... pendant ce temps-là, les tueurs-d'abeilles continuent de proliférer tranquillement : des chiffres livrés aujourd'hui par Le Monde et les apiculteurs montrent qu'ils sont encore plus utilisés qu'avant !
On est passé de 387 tonnes de néonicotinoïdes en 2013, à 508 tonnes en 2014 – une augmentation de 31 % en un an seulement (1) alors que ces pesticides sont pointés du doigt dans une centaine d'études scientifiques pour leur responsabilité avérée dans le déclin massif des abeilles (2), et que l'EFSA, l'autorité sanitaire européenne, vient de confirmer que les abeilles étaient en train de périr par dizaines de millions dans tous les pays européens – France et Belgique en tête (3)...
C'est inacceptable !
Seule une interdiction ferme et immédiate pourra mettre un terme à cette aberration, et protéger les abeilles de ces poisons qui déciment les colonies et mettent en danger l'avenir même de l'agriculture un peu partout dans le monde.
C'est ce pour quoi Pollinis se bat depuis 4 ans maintenant ! Pour un résumé de ces quatre années de bataille contre les tueurs d'abeilles, cliquez ici.
Il y a quelques mois, les députés français ont répondu à notre espoir, en promulguant un amendement interdisant les néonicotinoïdes : nous étions à deux doigts de voir enfin les responsables politiques se montrer à la hauteur de l'enjeu !
Mais c'était sans compter l'emprise des lobbies de l'agrochimie sur le Sénat, qui a torpillé le texte dès qu'il en a eu l'occasion...
Après l'échec de la Commission mixte paritaire de mercredi, où les deux chambres étaient censées se mettre d'accord une bonne fois pour toutes, le sort des abeilles revient entre les mains des députés, qui vont voter le 7 juin prochain.
Il faut IMPERATIVEMENT qu'ils réintègrent l'amendement dans le texte.
Pendant que les politiques se font la "guéguerre", les abeilles meurent en silence, empoisonnés par des substances mortelles déversées massivement dans les champs qu'elles butinent.
Ce service écosystémique indispensable, que les abeilles rendent à l'Homme depuis des millénaires, nous ne pourrons pas le remplacer si l'abeille venait à disparaître.
Cela va bien au-delà de n'importe quel clivage politique : il s'agit de l'avenir de l'alimentation et la santé de nos enfants et leurs enfants après eux !
C'est pour faire entendre raison aux parlementaires que Pollinis vous demande, d'envoyer un message à votre député.
Certains parmi vous l’ont déjà fait. Mais qui convaincre vraiment les élus, si ce n'est le même message, répété encore et encore, par des centaines de milliers de leurs électeurs ?
Alors s'il vous plaît, ne perdez pas une minute : signez dès maintenant votre pétition à votre député, et transférez ce message le plus largement possible autour de vous, pour nous aider à décupler la pression d'ici le vote du 7 juin. »
Pour cela cliquez ici pour aller sur le site de Pollinis et signer cette lettre pétition.
Les abeilles, tout ce qui vit sur Terre et les générations futures comptent sur les citoyens engagés pour que la Vie ait un avenir sur cette planète. Ils comptent sur nous, ils comptent sur vous.
(2) Worldwide integrated assessment on systemic pesticides Rapport ANSES, Janvier 2015
(3) EU scientific workshop on bee health and sustainable pollination - European Food Safety Authority and the European Commission's Directorate General for Agriculture and Rural Development, 10 March 2016
À la fois roman d’aventure qui n’est pas dépourvu d’humour, cet ouvrage de William Tenn est aussi une fable qui ne devrait pas déplaire aux adversaires de la vivisection, aux végans, aux antispécistes et plus largement à tous ceux (dont je suis) qu’agace prodigieusement la satisfaction béate que la majorité des philosophes français manifeste à l’égard de leur propre espèce. Sa lecture, à supposer qu’ils daignent le lire, ferait en effet grincer quelques dents à tous ces philosophes ou politiciens humanistes anthropocentristes. C’est un peu pour cela, pour son aspect provocateur et aussi parce que je trouve que c’est un bon livre que je tente d’en rappeler l’existence par cet article. Il appartient au genre protéiforme Science-Fiction.
Au premier degré il s’agit d’un livre de SF de facture assez classique, un roman d’aventure initiatique fort bien conduit, sans temps mort et plein de rebondissements. L’action se déroule dans un futur, proche ou lointain, où venus de l’espace des extra-terrestres ont envahi la planète et en sont devenu l’espèce dominante. Aux yeux des hommes déchus, ce sont des monstres, des géants immensément grands et outrageusement laids. Aux yeux de ces monstres les hommes ne sont que de la vermine, une vermine infecte qu’ils ne se hasarderaient pas à toucher avec leurs tentacules préhensiles et qu’ils attrapent avec des sortes de lanières sur lesquelles ils se retrouvent collés dès qu’elles les touchent. Il y a même une catégorie de ces monstres qui en ont une peur bleue et se mettent à hurler en les voyant. Les hommes les reconnaissent à la forme et à la couleur de leurs tentacules.
Il faut dire que comme les souris ou les cafards, les hommes vivent dans des galeries creusées dans l’épaisseur des murs des demeures des monstres et à leurs crochets en pillant leurs réserves en nourritures et produits variés. Comme pour les souris et les cafards dans nos maisons, il leur est très dangereux de se risquer à découvert mais cela leur pourtant nécessaire pour s’approvisionner.
Le futur de l’humanité serait d’être réduit au statut de vermine prolifique et odorante parasitant une espèce qui la surpasse tant physiquement que par sa science et sa technologie.
Pour les monstres les hommes ne sont que des bestioles à détruire. Il ne leur vient pas à l’esprit qu’ils puissent avoir leur propre langage, une culture, qu’ils puissent exprimer des sentiments, ressentir des émotions, éprouver notamment peur et douleur. En fait, cela les indiffère. Ils se servent donc de ceux qu’ils ont capturés comme des animaux de laboratoire pour tester les pièges destinés à les détruire. Pour vérifier s’ils sont tous de la même espèce, ils dissèquent un individu par groupe capturé sans l’anesthésier (ce qui me fait penser aux lépidoptéristes qui, dans certains cas, examinent les « genitalia » des papillons capturés pour déterminer leur espèce ; il est vrai cependant qu’ils les ont tués au préalable en les gazant dans un bocal avec du cyanure). Les monstres traitent leurs captures, les générations humaines futures, comme les « scientifiques » d’aujourd’hui torturent, empoisonnent, tuent leurs animaux de laboratoires, notamment les rats et les souris qu’ils élèvent et manipulent génétiquement pour cela.
Le titre du roman « Des hommes et des monstres » renvoie à celui de John Steinbeck « Des souris et des hommes » instaurant une équivalence (souris ≡ hommes) et (hommes ≡ monstres). Les hommes sont aux souris dans notre réalité ce que les monstres sont aux hommes dans l’histoire qui nous est narrée.
Quoi de mieux pour faire prendre conscience de l’inhumanité de nos agissements envers les souris que de mettre des hommes à leur place et de nous décrire leur terreur, leur attente angoissée du supplice, leurs douleurs lorsqu’ils le subissent, leur résignation ou leurs efforts pour s’échapper.
Mais ce n’est pas tout. Et c’est là que la provoc est à son comble : les souris sont les hommes, elles révèlent leur essence : « une variété supérieure de vermine » capable de se répandre partout dans l’univers.
Et finalement, malgré les apparences, c’est la vermine qui gagne.
Bien entendu, il ne faut pas prendre tout cela au sérieux, un humour « pince-sans-rire » nous invite à ne pas le faire. Du moins, pas trop mais tout de même un peu…
Deux extraits
« D’accord, dit-il enfin en s’arrêtant. L’homme a assassiné ses frères tout au long de son histoire, et les races sœurs tout au long de sa préhistoire. (…) Et alors ?
– « Alors, examine un peu plus à fond le dossier du criminel. Et les autres espèces – celles qu’on pourrait appeler ses cousines ? Je t’ai parlé d’animaux qu’il avait domestiqués : le bœuf, l’âne, le cheval, le chien, le chat, le cochon. Tu sais ce que recouvre ce mot de domestication ? La castration d’un côté, l’hybridation de l’autre. Il enlevait aux petits le lait de leur mère. Il leur enlevait la peau du corps, il détachait la viande des os, pour ses besoins économiques, et dressait un animal à en conduire d’autres de sa propre espèce au massacre. Il déformait une créature à tel point qu’elle devenait la caricature d’elle-même – il en fut ainsi avec les chiens. Il enlevait son but au processus de la génération, de sorte que l’animal devenait une usine vivante d’œufs infertiles – il en fut ainsi avec les poules. Il enlevait à l’animal toute dignité, pour s’en servir dans ses sports – il en fut ainsi avec les chevaux et les taureaux. » (p. 194 de la traduction française)
« L’homme partage certaines caractéristiques significatives avec le rat et le cafard : il peut manger n’importe quoi ; il est foncièrement adaptable à une grande variété de conditions de vie ; il préfère vivre sur ce qu’autres créatures emmagasinent ou fabriquent biologiquement. La conclusion inévitable est que la nature l’a créé pour être une variété supérieure de vermine, et que seule l’absence dans son milieu originel, d’un hôte suffisamment riche l’a empêché de remplir son rôle d’éternel parasite, et l’a obligé à vivre de son industrie toujours affamé et toujours agressif. » (p. 241 de la traduction française)
Ces deux extraits constituent des « respirations » dans l’action. Il ne faut surtout pas croire que des tirades de ce genre sont dominantes dans l’ouvrage. Elles en explicitent néanmoins la philosophie d’arrière-plan.
L’annulation du Schéma Régional Eolien (SRE) de l’ancienne région Auvergne par la Cour administrative d'appel de Lyon ne remet pas directement en cause les projets de construction d’éoliennes sur le territoire auvergnat. C’est tout de même une bonne nouvelle. Cette annulation et intervient après l’annulation de dix autres schéma régionaux (Pays de Loire, Aquitaine, Basse Normandie, Bretagne, Ile-de-France, Limousin, Lorraine, Midi-Pyrénées, Paca et Rhône-Alpes). Et dans tous les cas, c’est pour le même motif «absence d'évaluation environnementale préalable».
De tels attendus sur un jugement devraient être de nature à interpeler tout écologiste digne de ce nom. Il devrait s’indigner du fait que ce jugement n’aura pratiquement aucun effet pratique. Comme les schémas en question ne sont que des recommandations, leur annulation n’entraînent pas une remise en cause des projets en cours, notamment dans les parcs naturels régionaux où les promoteurs ont fait pression pour qu’il soit possible d'implanter des usines d'aérogénérateurs improprement et trompeusement appelées "fermes d'éoliennes".
Le silence d’EELV comme celui de France Nature Environnement ou de la LPO deviennent assourdissants.
Nature - environnement
Laurent Wauquiez, le nouveau président (LR) de la nouvelle région Rhône-Alpes-Auvergne a annoncé le mardi 4 Mai, à Lans-en-Vercors un plan de 200 millions d’euros sur cinq ans pour le développement de canons à neige dans les stations de ski de piste pour produire de la neige artificielle censée pallier un éventuel manque de neige naturelle et mettre le ski de piste à l’abri des caprices de la météo et des changements climatiques. On ne pouvait imaginer mieux en matière de plan anti-écologique : un gaspillage énorme d’énergie et d’eau. Il faut prévoir aussi de nouvelles atteintes à la biodiversité montagnarde et le massacre de nouvelles zones humides à cause de la création de « retenues collinaires », c’est-à-dire des barrages qui accumuleront de l’eau pour alimenter ces maudits canons. Ces retenues collinaires sont d’ailleurs un projet sur lequel le nouveau Conseil régional travaille avec la Compagnie nationale du Rhône.
Cet homme dont Wauquiez a fait son « Monsieur Montagne » est un redoutable lobbyiste au profit de cette Ecole de ski et il sait ménager ses intérêts. Voici un extrait du portait que trace de lui Nicolas Stiel, dans l’édition du 28-02-2014 du journal Challenge « Surnommé "le général de l’Armée rouge", Chabert règne sur la montagne. Son royaume dépasse les 17.000 moniteurs de l’Ecole du ski français (ESF) et leurs 250 millions d’euros d’activité. Membre des conseils d’administration de la Compagnie des Alpes, de la Banque populaire des Alpes et du Dauphiné libéré, il siège dans de nombreuses instances et associations de montagne. A Paris deux jours par semaine, il a ses entrées aux ministères des Sports, du Tourisme, de l’Education nationale. L’Assemblée et le Sénat, il y va quand il veut avec son badge d’accès. A Bruxelles, son ami Michel Barnier, commissaire européen, fait avancer ses dossiers. » Cet ancien bucheron est aussi un fervent chasseur qui se soucie comme une guigne de la Nature et de sa préservation.Il est typique des personnes dont s’entoure Wauquiez qui lui aussi n’a rien à faire de la nature et de sa préservation.
A propos de ces retenues collinaires contre lesquelles il existe heureusement de nombreux verrous dans la législation et la réglementation environnementale, Wauquiez aurait déclaré « S’agissant de l’environnement, il n’y a rien d’incompatible. Il faut arrêter de faire du foin ». Ce que, selon le journal La Montagne (4/5/2016), « Gilles Chabert (…) traduit à sa manière en déclarant : « S’il est une espèce à protéger en montagne, c’est bien l’homme. Les libellules dépressives, on s’en fout » Mauvais jeu de mot, ou une grossière erreur (l’espèce en cause est la libellule déprimée, ainsi nommée à cause de son abdomen plat et large !) en tout cas, une belle absurdité qui classe le bonhomme !
On ne peut imaginer en effet plus grand mépris à l’égard de la Nature et la biodiversité mais aussi de tous ceux qui font partie de l’espèce humaine, habitent la montagne, en vivent mais en ont une autre pratique que celle, dépassée et sans doute condamnée à laquelle s’accrochent les maires et responsables des stations de ski que ces deux sinistres personnages caressent dans le sens du poil. Tout pour les stations de ski, pour cette activité en voie de ringardisation qu’est le ski de piste et rien pour les autres. Tant pis pour eux et tant pis pour la montagne, sa flore, sa faune, ses paysages, sa naturalité qui fait tout son attrait en dehors des domaines skiables et de tout l’artificiel de villes mises à la montagne.
Plan neige de la région Auvergne-Rhône-Alpes
200 millions pour les canons ? Quelle politique pour les 97% restant des territoires de montagne ?
Monsieur Wauquiez, Monsieur Chabert,
Nous avons écouté avec attention vos différentes déclarations relatives à la nouvelle politique "montagne" de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Vos propositions d’investissements visent à lever 200 millions d’euros sur 6 ans pour financer un "plan neige" axé principalement sur le développement des capacités de production de neige artificielle. Ces investissements concernent les stations de ski de piste soit, moins de 3% du territoire montagnard pour 3 mois d’activité par an.
Qu’en est-il du "reste" des territoires de montagne ?
Ceux-là même qui portent la valeur inestimable d’être parmi les derniers espaces de nature préservée en Europe, riches d’une beauté exceptionnelle et de patrimoines rares, riches d’expériences humaines extraordinaires, garants d’un tourisme 4 saisons, multi-activités et porteurs d’emplois pérennes ?
Qu’en est-il des femmes et des hommes, pluriactifs, qui vivent et travaillent à l’année au sein de ces territoires et des visiteurs qui s’y rendent tout au long de l’année ?
Nous nous interrogeons sur votre plan d’actions concernant les 97% restants des espaces montagnards. Quelle est votre politique pour ces territoires qui font eux aussi la renommée de nos montagnes dans le monde entier ?
Rappelons que le ratio du chiffre d’affaires de l’activité touristique est de l’ordre de 50% en hiver et 50% en été. Ainsi sur les 11 milliards d’euros dépensés en 2013 par les touristes dans nos montagnes, si 4,81 l’ont été en station, 6,13 l’ont été dans la montagne hors station ! Par conséquent, investir toutes les ressources publiques pour la seule mono-industrie du ski de piste nous semble résolument une vision passéiste et tellement réductrice face aux mutations observées de toutes parts au cœur de nos montagnes et de nos sociétés humaines. Ce serait un véritable gâchis !
Gâchis de ressources énergétiques et de capital environnemental
L’essor du ski connu dans les années 70 et le miracle de l’or blanc se trouvent 50 ans derrière nous. À l’époque, la pratique du ski de piste sur des terrains aseptisés explosait. Aujourd’hui, elle stagne et préfigure une probable régression. Les aspirations humaines sont ailleurs.
Les changements climatiques à l’œuvre modifient fortement la donne en montagne, avec une conscience de plus en plus claire que ce mouvement va en s’accélérant. Le réchauffement des températures, compris entre +1,6 et +2,2°C depuis 1950, est particulièrement sensible dans les Alpes et s’est accéléré depuis la fin des années 80. C’est deux fois plus que la moyenne mondiale et la région des Alpes du nord est celle qui se réchauffe le plus en France. Faut-il rappeler que les canons à neige consomment beaucoup d’énergie et d’eau ? Et que pour être produite et conservée, la neige nécessite des températures froides ?
La montagne, espace de rêves
Les tendances se dessinent de plus en plus clairement autour de motivations à rejoindre nos montagnes simplement, pour respirer, se ressourcer, retrouver un peu de sérénité dans nos sociétés actuelles en pertes de repères, de plus en plus secouées par les tensions et le stress. Aller en montagne, pour s’émerveiller et redécouvrir des sensations fortes a peut-être à voir avec le sens même de la vie humaine. Cette recherche d’authenticité des liens avec la nature explique sans doute la forte progression des pratiques douces de la montagne, en terrains peu ou pas aménagés. Preuve en est la très bonne santé des pratiques de randonnée, à ski, à pied ou en raquettes.
Pour l’avenir de nos montagnes, investissons dans l’énergie humaine !
Hébergeurs, agriculteurs, restaurateurs, guides et accompagnateurs en montagne, gardiens de refuge, garde-moniteurs des parcs nationaux et régionaux, artisans, artistes, bergers, producteurs locaux, acteurs du développement territorial ou encore élus des territoires de montagne : une multitude de femmes et d’hommes font aujourd’hui preuve de créativité et d’audace pour aller vers un tourisme, vers des activités économiques, vers des modes de vie plus en harmonie avec nos territoires montagnards, leurs singularités uniques et leurs véritables richesses. Tournons la page des anciens modèles de développement. Investissons dans les passions et l’énergie humaine !
Monsieur le Président et Monsieur le Conseiller spécial, nous sommes disponibles pour travailler et inventer un autre avenir, l’avenir de la montagne.
Frédi Meignan,
Président de Mountain Wilderness France
Association nationale de défense de la montagne, agréée protection de l’environnement et reconnue d’utilité publique.
Malheureusement, il y a toutes les malchances pour que cette lettre reste lettre morte. Les associations de défense de la Nature, de la montagne et de l’environnement vont avoir du pain sur la planche.
Nature - environnement
Les réactions qu’ont suscitées la récente campagne de mesures faites par la CRIIRAD, laboratoire indépendant de mesure de radioactivité, pour surveiller l’évolution de la contamination du Massif du Mercantour dans les Alpes Maritimes par le « nuage » de Tchernobyl sont révélatrices de ce qui risque de se passer en cas d’un accident nucléaire majeur dans l’un des pays le plus nucléarisé, la France, qui n’a jamais fait officiellement le bilan de sa gestion calamiteuse de la catastrophe de Tchernobyl. Alors que journaux et radios ont dans un premier temps donné un large écho à ces mesures, les organismes officiels tels que l’IRSN, le Parc National éponyme alliés aux nucléocrates de service ont tout fait pour en minimiser la portée.
•Un écrit de circonstance, voire de complaisance commis par l’IRSN…
L’IRSN soutenait encore en 2010 comme son ancêtre l’OPRI du Professeur Pellerin en 1986, qu’« il n’y a jamais eu de réel danger » sanitaire en France à cause de la catastrophe de Tchernobyl ! En 2016, le propos du même organisme est bien plus nuancé. Fukushima est passé par là ! Il n’en reste pas moins que l’IRSN semble encore susceptible de produire des notes de complaisance lorsque des intérêts économiques liés à l’attractivité d’un territoire sont en jeu. Qu’en sera-t-il lorsque toute une région française subira les conséquences économiques et sanitaires d’un accident nucléaire majeur dont personne n’ose plus déclarer qu’il est impossible ?
L’IRSN avait cessé en 2005 sa surveillance radioactive du massif du Mercantour aussi discrètement qu’elle l’avait initiée en 1997. La population locale ne le saura qu’en 2010 par l’intermédiaire d’un article du journal Nice Matin qui précisait dans son édition datée du 12 avril 2010 qu’il venait de « l'apprendre incidemment ». Dans cet article, le journal rapportait les propos de Philippe Renaud, « chef de laboratoire à L'IRSN » qui continuait d’affirmer que : « Il n'y a jamais eu de réel danger » et qui donc continuait d’entonner la rengaine en cours depuis 1986, lorsqu’un des ancêtres de l’IRSN, l’OPRI assurait qu’en France, la contamination radioactive due à l’accident de Tchernobyl a été sans danger et sans incidence sur la santé des populations. En effet, s’il n’y a jamais eu de « réel danger » sur le Mercantour, une des zones les plus contaminées du territoire national, il n’y a eu de réel danger nulle part ! 24 ans après l’accident de Tchernobyl, le mensonge n’était toujours pas reconnu et alors que tous les autres pays européens limitrophes continuaient leur surveillance, la France l’avait interrompue. Elle reprendra cependant reprendra la surveillance des « zones de rémanences » dès 2013…Effet Fukushima ?
Le texte de l’IRSN intitulé Note d’information sur les «Points chauds» de contamination en césium 137 de certains sols de moyenne et haute montagne du massif Alpin daté du 6 août 2015 a manifestement été rédigé pour tenter de réduire l’impact de la publication par la CRIIRAD du résultat des mesures effectuées les 5 et 6 juillet 2015 au Col de la Bonnette (voir mon article précédent), résultats repris et abondamment commentés dans les médias régionaux et nationaux qu’ils soient généralistes ou spécialisés « montagne ». Dans ce texte l’IRSN s’attribue la découverte qui daterait de 1988 de taches hautement radioactives sur les sols du massif alpin et minimise le rôle des laboratoires indépendants. Pour l’IRSN, la publicité faite autour d’une précédente campagne de mesure en 1996 a fait baisser la fréquentation du Parc national. Il est sous-entendu que la responsabilité en revient à la CRIIRAD et que cela est regrettable car il n’y avait pas de danger et il n’y en a toujours pas selon l’IRSN dans cette note.
En effet il ressort de ce texte que des radiations de l’intensité mesurée par la CRIIRAD émanant de surfaces aussi minimes ne présentent aucun danger d’autant qu’elles sont situées en moyenne et haute montagne dans des lieux inhabités. Selon cette note on comprend qu’il faut banaliser ces taches de concentré de Césium-137, d’autant que des taches de contaminations radioactives de cette sorte il y en a partout dans tout le massif alpin en France comme à l’Étranger et pas seulement dans le Mercantour. C’est sur cette dernière assertion que s’appuiera le Parc National pour dénoncer un parti-pris contre « le Mercantour » de la part de la CRIIRAD.
Cependant les assertions contenues dans cette note contredisent sur plusieurs points les propos de Philippe Renaud, « chef de laboratoire à L'IRSN » rapportés par Nice-Matin. Elles contredisent même les propres documents de l’IRSN publiés sur son site !
Dans la note du 6 août, il est écrit : « l’IRSN a également montré que si une vache ou une brebis consommait, au cours de la même journée, de l’herbe provenant d’un ces points, l’augmentation de l’activité maximale du lait qui en résulterait (de l’ordre de 80 Bq/L) serait extrêmement fugace et n’aurait pas de répercussion sur l’ensemble du lait du troupeau. » Alors que selon Philippe Renaud, le lait des vaches du secteur a une teneur en césium 137 cent fois supérieure au lait de plaine et dix fois supérieure à celui d'autres régions d'altitude. Donc, le lait des troupeaux est bien affecté! Qui croire ? Et surtout faut-il les croire lorsqu’ils répètent cette fois à l’unisson le vieux mantra « Ce n’est pas dangereux » ? Les assertions de 2010 de Philippe Renaud sont confirmées par les résultats du programme de recherche 2013 – 2015. Ils ont été publiés en 2016 par l’Institut sous le titre Constat Radiologique « Rémanence de la radioactivité d’origine artificielle »
En ce qui concerne les denrées alimentaires, la contamination en Césium-137 est, elle aussi, nettement plus importante que dans le reste de la France. Cela est particulièrement manifeste pour le lait «dont l’activité en césium 137, en moyenne de 0,32 Bq/litre sur les zones étudiées se distingue nettement de la gamme d’activités du lait produit ailleurs en France : entre 0,004 et 0,03 Bq/l. Une différence encore plus importante est constatée pour les denrées des forêts (baies, champignons et gibiers), dont l’activité en césium 137 est plus variable et peut atteindre plusieurs centaines de Bq/kg frais. »
L’exposition de la population résidant dans ces zones est donc logiquement plus importante que celle des populations résidant en plaine ou dans des zones non touchées par les retombées radioactives du « nuage » de Tchernobyl. « En 2015, un habitant des zones les plus touchées par les retombées de Tchernobyl (est de la France) reçoit une dose moyenne de 37 microsieverts par an (µSv/an) contre 5,4 µSv/an pour une personne résidant ailleurs en France. Ces doses sont principalement dues à l’exposition externe au rayonnement émis par le césium présent dans les sols. » (en gras dans le texte).
Au vu de cette confrontation de ses différents écrits sur le sujet, on peut voir que l’IRSN est capable du pire comme du meilleur. Alors que le document de 2016 Constat Radiologique « Rémanence de la radioactivité d’origine artificielle » est une étude fouillée et détaillée qui semble présenter toutes les garanties de sérieux et d’objectivité, la note de 2015 Note d’information sur les «Points chauds» de contamination en césium 137 de certains sols de moyenne et haute montagne du massif Alpin est manifestement un écrit de circonstance pour ne pas dire de complaisance. Si l’IRSN est capable de produire un tel texte pour sauver une saison touristique, comment pourra-t-on croire ce qu’elle affirmera en cas d’accident majeur !
• L’attitude scandaleusement attentiste du Parc du Mercantour
En réaction à la publication des résultats des mesures effectuées par la CRIIRAD sur son territoire début juillet 2015 le Parc National du Mercantour s’est fendu d’un communiqué pour le moins étonnant, voire scandaleux. En substance, la CRIIRAD a beau être un laboratoire agréé, pour le Parc elle n’est pas une « autorité compétente » donc il ne tiendra pas compte de son avis. Il déplore « une stigmatisation » partiale du Mercantour sur un sujet « ancien » à partir de quelques mesures faites dans ce seul massif. En conclusion, il ne fera rien tant que les autorités sanitaires ne donneront pas de consignes particulières.
Il n’a jamais rien fait au sujet de cette contamination : aucune mise en garde au plus fort de la contamination, ni depuis et il continuera à ne rien faire. Cela s’appelle la politique de l’autruche. Les élus du Conseil d’administration, pour la plupart maires des communes du Parc ou Conseillers départementaux (anciens Conseillers généraux), les préfets des deux départements concernés sont sans doute pour beaucoup dans cette attitude. Pour les maires des communes comme pour leurs administrés, il y a là une attitude caractéristique de déni de réalité dans laquelle leur « savoir » des faits (car élus et populations savent) coexiste avec un « savoir-faire » qui le refuse. On fait comme si cette contamination n’existait pas. Même des associations comme Vigilance Mercantour s’en soucient très peu. De cette chose-là d’ailleurs la plupart des habitants de ces communes n’en parlent pas. Ils ont continué de ramasser et de manger des champignons très abondants certaines années, de pêcher et de chasser comme si rien ne s’était passé. Une telle attitude témoigne en fait de la difficulté de vivre sur un territoire contaminé par la radioactivité et il faut dire que ni les administrations, ni les élus ne les ont mis en garde. Ils n’ont reçu ni conseil, ni aide pour vivre avec. Après la minimisation, la non gestion !
Au lieu de se plaindre de la stigmatisation du « Mercantour » par la CRIIRAD, le Parc, son administration et ses élus feraient mieux de s’inquiéter de la persistance d’une contamination radioactive significative de lieux très fréquentés de ce territoire. Sans doute redoutent-ils d’être mis face un état de fait désagréable car ils se gardent bien de demander que les fameuses autorités auxquelles ils s’en remettent aveuglement fassent une campagne plus poussée de mesures sur les points et zones que l’on sait avoir été gravement contaminées, en dégageant au besoin des crédits pour participer à son financement. Le Parc participe bien à des relevés floristiques et faunistiques. D’ailleurs d’un pur point de vue scientifique, il serait intéressant de connaître les impacts de cette radioactivité sur la flore et les mammifères herbivores et carnivores notamment. Mais le Parc préfère grandement faire l’autruche sur ces questions, aujourd’hui comme hier !
Comment peut-il parler de « sujet ancien » lorsque l’on sait que la contamination des sols du Mercantour a eu lieu il y a 30 ans et qu’il faut 300 ans pour que disparaisse la radioactivité du Césium-137, un radioélément qui n’existe pas à l’état naturel?
Il n’y a pas de volonté de stigmatiser le Mercantour ! Le choix des points de mesures correspondent aux points chauds détectés lors de la campagne de mesures de 1996 – 1997. Il se trouve que le col de la Bonnette située dans le parc national du Mercantour s’est révélé comme l’un des points les plus contaminés, si ce n’est le plus contaminé de tout l’hexagone. Ajoutons que selon la campagne de mesures de l’ACRO, il se trouve que c’est aussi le sol du col de la Bonnette qui est le plus radioactif en Césium-137 et que les points mesurés dans le Mercantour sont ceux qui sont encore parmi les plus contaminés. On ne peut imager plus grande ignorance du sujet. Le Parc ne s’est d’ailleurs jamais vraiment inquiété de cette radioactivité sur son territoire !
« Le Parc national du Mercantour constate qu'à ce jour, concernant un sujet ancien, les autorités sanitaires n'ont donné aucune consigne de précaution particulière et que donc, sauf contre ordre de ces mêmes autorités, il n'y a pas de restrictions d'usage particulières qui s'imposent aux habitants, socioprofessionnels et visiteurs qui fréquentent le territoire du parc. » Le Parc ne prendra aucune mesure tant que les autorités sanitaires ne donneront pas de consignes particulières. C’est à elles de décider. Il se contente d’ouvrir grand son parapluie de berger et de refiler la patate chaude à d’autres, en toute tranquillité : les dites autorités n’ont jamais rien exigé et n’exigeront jamais rien puisque l’OPRI et son successeur l’IRSN ont toujours déclaré qu’il n’y avait pas de danger. Le Parc ne fera rien et ceux qui le fréquentent continueront de subir des radiations à leur insu. La fréquentation du parc ne risquera pas de faiblir et les intérêts commerciaux et financiers de la région ne seront pas impactés.
Il est évident que les doses reçues sont faibles mais elles ne sont pas négligeables. Qu’est-ce que cela veut dire ? Est-ce que cela veut dire dangereux ? Toute exposition a des radiations est « dangereuse » aussi faibles qu’elles puissent être dans le sens où il n’y a pas une dose limite connue en deçà de laquelle il n’y pas de nocivité et au-delà de laquelle la nocivité commence. Simplement, il a été convenu au niveau international de recommander des limites admissibles d’exposition qui sont une sorte de compromis entre la protection des personnes et les nécessités de l’industrie nucléaire. Pour la population, cette limite est, pour la France, de 1 mSv/an (millisievert par an) d’exposition hors radioactivité naturelle et médecine. Lorsque l’on parle de doses non négligeables comme celles reçues lors d’un bivouac ou d’un piquenique qui se situeraient par malchance sur une zone contaminée, cela ne veut dire ni danger, ni absence de danger, cela veut dire que la dose reçue est significative par rapport aux doses limites. Ainsi comme je l’ai rappelé dans l’article précédent, le fait de bivouaquer 4 heures sur certaines des zones contaminées lors de l’accident de Tchernobyl induit encore en 2015 une exposition non négligeable puisque dans un des cas défavorables au Col de la Bonnette on recevrait pendant ces quatre heures 20 μSv (microsievert) soit ¼ de la dose mensuelle admissible qui est d’environ 80 μSv/mois. Il vaudrait donc mieux éviter de se rouler dans l’herbe grasse et douillette de ces combes contaminées. Encore faudrait-il savoir où se trouvent exactement les surfaces contaminées, donc qu’elles soient signalées comme étant à éviter. Mieux encore, il n’y aurait aucune dose issue de sources artificielles de reçue si, comme le demande la CRIIRAD, le sol contaminé était décapé lorsque l’on est sur ou à proximité d’un lieu fréquenté comme le col de la Bonnette qui est certes en pleine montagne et très haut en altitude, mais accessible à tous en automobile. C’est aussi un col favori des cyclistes. Il fut visité par le Tour de France naguère et le sera par le Giro cette année. Combien de temps y ont séjourné et y séjourneront les spectateurs ?
•Comparaison n’est pas raison ou l’art de noyer le poisson…
Le nucléocrate de service de l’AFIS – l’association scientiste qui fait la promotion de toutes les saloperies que la technoscience met sur le marché (nucléaire, nanotechnologie, OGM, etc.) – est en dehors du sujet lorsqu’il nous saoule d’une pléthore de comparaisons pour établir que séjourner sur une des taches de contamination au col de la Bonnette dans le Mercantour n’est pas dangereux et que la CRIIRAD ne cherche qu’à nous faire peur pour que nous rejetions le nucléaire.
Il établit une équivalence simpliste entre « non-négligeable » et « dangereux » alors que « non-négligeable » signifie qu’il s’agit d’une quantité non négligeable de radiations reçues par rapport à la dose limite annuelle et/ou mensuelle que l’on tolère en supplément des radiations reçues qui sont issues de sources naturelles et/ou médicales comme on vient de le rappeler dans le paragraphe précédent. Ces radiations « en plus » correspondent à un risque supplémentaire par rapport au risque naturel dont il convient de protéger les populations. Si la quantité reçue est « non-négligeable », cela implique qu’il vaut mieux éviter d’être soumis à ces sources et cela réclame des autorités compétentes une action pour que la contamination, source de l’irradiation cesse. Dans le cas d’une visite au col de la Bonnette on est largement en deçà de quantités reçues entraînant des effets déterministes telles que l’ont été, par exemple, les quantités reçues par les liquidateurs de Tchernobyl. Les effets ne sont que stochastiques (aléatoires). Mais même dans ce cas de figure, au Col de la Bonnette ou dans des lieux fréquentés du Parc comme la forêt et le lac du Boréon, il est inacceptable de ne rien faire, de ne pas mettre en garde les populations résidentes permanentes et saisonnières, de laisser des gens au contact de sols contaminés et de les laisser ingérer des produits qui peuvent l’être, notamment des champignons. En l’occurrence, il ne s’agit pas seulement de danger comme le voudrait l’AFIS, il s’agit de l’interdiction de faire courir un type de danger aux gens : un interdit tout à la fois légal et moral. Non respecté hier de façon flagrante, cette interdiction ne l’est donc toujours pas aujourd’hui. C’est cela que masque l’équivalence simpliste entre « non-négligeable » et « dangereux » effectuée par l’AFIS. Il lui suffit ensuite d’établir par des arguties que ce n’est pas (très) dangereux pour en conclure que c’est négligeable contrairement à ce qu’affirment la CRIIRAD et les antinucléaires. Par ce tour de passe-passe fondé sur la symétrie de la relation d’équivalence, seront ainsi justifiés les administrations diverses et les élu(e)s responsables qui n’ont pas pris, ne prennent pas et ne prendront aucune des mesures réclamées depuis le début par les laboratoires indépendants de mesure de la radioactivité et les défenseurs de la Nature et de l’environnement.
Le nucléocrate de service de l’AFIS compare la dose reçue en deux heures sur le sol contaminé du col de la Bonnette (10 μSv) avec la dose de radioactivité naturelle reçue en séjournant une semaine à cette altitude de 2 715 m et qui sera bien plus élevée (25.2 µSv). Or, les doses reçues bien que calculées de façon identique avec les mêmes unités ne sont pas pour autant comparables lorsque l’on se pose la question de savoir si elles sont ou non négligeables. La dose issue de la contamination des sols n’est pas négligeable au regard de la dose admissible. Au regard de la dose admissible, on ne peut rien dire de la dose reçue à partir de la radioactivité cosmique, celle-ci étant naturelle et ne pouvant donc être prise en compte dans le calcul de la dose reçue par rapport à la dose admissible qui ne retient que les radiations ayant pour source l’industrie nucléaire, civile ou militaire !
Le nucléocrate de service de l’AFIS imagine donc qu’une personne passe une semaine de vacances au col de la Bonnette. Complétons le scénario et supposons que par malchance cette personne dresse sa tente dans une belle combe non loin de la route mais dont le sol est contaminé au Césium-137, exactement à l’endroit ou Bruno Chareyron de la CRIIRAD a fait ses mesures (voir article précédent). Pendant ces sept jours passés dans et autour de sa tente le campeur malchanceux aurait reçu à raison de 5 μSv/h pendant 24 h durant 7 jours 840 μSv. Ces 840 μSv supplémentaires reçus en plus des 25.2 µSv de radioactivité naturelle représentent 84% de la dose annuelle admissible. 84% de la dose annuelle admissible en 7 jours ! Cela est loin d’être négligeable.
Si maintenant on juge de ce qui est négligeable ou pas vis-à-vis d’un risque potentiel, aucune dose, quelle que soit sa source, n’est négligeable comme expliqué dans un paragraphe précédent. Et certes, plus faible et la dose, on peut supposer (mais ce n’est pas prouvé) que plus faible est le risque. Il semblerait en effet que les cellules des organismes vivant à des altitudes élevées et soumis à un rayonnement cosmique chronique se réparent plus facilement et plus complètement que les cellules d’organismes soumis occasionnellement à des rayonnements ionisant plus intenses sur une période plus brève.
Le nucléocrate de service conclut sa comparaison dépourvue de sens par une question inepte : « Faut-il interdire les séjours en montagne ? », alors que la question est de savoir s’il faut décaper les sols les plus contaminés sur des passages ou des lieux fréquentés !
Poursuivant ses comparaisons absurdes il affirme : « Un voyage aller-retour Paris New-York occasionne une dose de 50 µSv donc 5 fois notre cas d’école [bivouac de 2 heures, soit 10 μSv] ! Faut-il interdire les voyages en avion ? » Il compare ainsi une fois de plus les doses reçues de radioactivité naturelle avec les doses admissibles hors radioactivité naturelles, ce qui ne signifie rien. Il en va de même pour toutes ses autres comparaisons.
Dans cette citation la réduction à l’absurde qu’il tente d’établir n’est qu’un sophisme qui mélange radiations d’origine artificielles évitables ou réductibles et radiations non évitables sous prétexte qu’elles sont physiquement de même nature. Si le sol des secteurs fréquentés ou susceptibles de l’être qui sont dûment répertoriés étaient décapés, la dose de radiation artificielle reçue serait nulle. Ces radiations sont évitables et devraient être évitées.
Si je veux faire un aller et retour Paris/New-York en avion, les 50 μSv seront inévitables. À moi de le savoir d’abord et de le choisir en connaissance de cause ensuite. La plupart des gens ne se posent même pas la question et ceux qui se la posent prennent en général le risque. Quant aux doses reçues par le personnel navigant de l’aviation commerciale, elles ne doivent pas dépasser la dose limite admise pour tous les travailleurs soumis aux rayonnements ionisants, c’est-à-dire une dose externe annuelle de 20 mSv. Ce n’est pas parce qu’elle est « naturelle » que la radioactivité cosmique est inoffensive. Et il en est de même pour la radioactivité tellurique.
En ce qui concerne les doses reçues lors d’examens médicaux, le physicien de l’AFIS affirme « si par malheur vous deviez subir un scanner abdominal, en une seule fois et en quelques minutes vous prendriez 10 000 µ Sv soit 1000 fois ce que l’on nous présente comme étant non négligeable (donc potentiellement dangereux si on abandonne la langue de bois).Pour autant croyez-vous que le radiologue vous envoie à la mort ? » Cet examen en particulier comme tout examen radiologique médical soumet le patient à des irradiations importantes. Si le radiologue n’envoie pas son patient à la mort, il lui fait prendre un risque au terme d’une analyse du rapport coût/bénéfice dont ce patient doit être informé et qu’il accepte. D’ailleurs, il peut, au moins théoriquement, refuser.
En outre, dans ce passage le physicien de l’AFIS se moque du lecteur. Bien sûr que le radiologue n’envoie pas son patient à la mort avec une dose de 10 000 μSv puisque comme il l’écrit « il n'y a pas de toxicité démontrée en dessous d'un seuil de 100 000µ Sv (soit 100mSv). On commence à « voir » quelque chose au-delà de 2 à 3 fois cette dose. » Mais, le « quelque chose » auquel il est fait mention est un effet déterministe. Lorsqu’il en conclut que dans le cas des radiations que pourrait subir un piqueniqueur malchanceux faisant la sieste à un mauvais endroit au Col de la Bonnette « on est donc dans un rapport de 10000 (voire 30 000) avec des doses pouvant poser problème et il n'y a donc, en aucune manière, lieu de s'inquiéter et surtout d'inquiéter la population. », il confond – volontairement ? – effet déterministe et effet stochastique ! Le piqueniqueur ne sera pas pris de nausées, et autres troubles affectant les personnes fortement irradiées, mais il prend un risque supplémentaire en augmentant sa dose annuelle, un risque qu’il ne prendrait sans doute pas s’il était correctement informé en allant simplement piqueniquer et faire sa sieste quelques dizaines de mètres plus loin. Mieux encore, cette malchance de prise de risque supplémentaire n’existerait pas si le sol avait été traité comme demandé notamment par la CRIIRAD.
Ces quelques remarques sur le texte qu’a cru bon de faire paraître l’AFIS en réaction à la publication des mesures de la CRIIRAD et de ses demandes suffisent pour montrer que cette réaction de « scientifiques » qui « savent » face au bon peuple ignorant que l’on effraie à tort et qu’il faut rassurer n’a qu’un but : rouler le bon peuple en question dans la farine pour lui faire admettre l’inadmissible : vivre dans des zones contaminées par une catastrophe nucléaire majeure comme c’est le cas au Japon où la dose maximale admissible pour la population a été multipliée par 20 dans les zones contaminées par la catastrophe de Fukushima, ce qui correspond à la dose maximale admissible des travailleurs du nucléaire. Mais ce n’est pas grave pour l’AFIS et les nucléocrate, il y aurait encore de la marge et nous sommes plutôt dans un excès de précaution due au principe éponyme, objet de tous les sarcasmes de ces « scientifiques ».
C’est ainsi que l’on peut lire dans un texte publié sur un site quasi officiel consacré à la radioactivité – il utilise le sigle du CNRS et celui d’une maison d’édition scientifique – : « La limite de 1 mSv/an peut sembler excessive ». Le rédacteur de l’article de l’AFIS que nous examinons a dû s’inspirer de ce texte et s’empresser d’en reprendre les âneries dont il est émaillé. On peut en effet y lire que : « Si l’on appliquait la limite de 1 mSv à ces deux causes, [la radioactivité d’origine naturelle et celle reçue lors d’examens médicaux] on ne pourrait pas subir un scanner, il faudrait renoncer à l'avion, abandonner l'alpinisme, ne pas habiter la Bretagne ou la Corse. » Bref, on veut vous faire croire que vous pourrez vivre dans une zone contaminée sans risque pour votre santé ou celle de vos enfants. En cas d’accident nucléaire, grands ou petits vous pourrez encaisser jusqu’à 20 mSV/an, boire du lait contaminé, manger des fruits et des légumes contaminés produits par l’agriculture radieusement irradiée de la douce France. Ce qui s’est passé et qui se passe avec la contamination due aux retombées de Tchernobyl dans le Mercantour préfigure en tout petit grâce à la distance ce qui se passera en grand lorsque l’accident aura lieu sous nos fenêtres.
Cause toujours, tu m’intéresse !
En initiant sa nouvelle campagne de mesures de juillet 2015 dans le Mercantour, la CRIIRAD avait pour but « de maintenir la pression sur les autorités pour qu’elles produisent des cartes détaillées et gèrent les points les plus radioactifs situés sur des zones fréquentées par le public. » La CRIIRAD souligne qu’il est nécessaire de « porter une attention plus particulière à des points d’accumulation qui pourraient être proches de tables de pique-nique, bergeries, bord de lacs, etc. » Cette association a mille fois raison de considérer que « dans ces cas, il nous semble légitime de demander que ces secteurs soient balisés voire traités (décapage de la couche superficielle du sol). » Elle précise que « ce secteur particulier du Mercantour, aux environs du col de Restefond La Bonette, a été choisi, car c’est là que nous avions pu, en août 1998, faire des mesures en présence des autorités. »
Les réactions de l’IRSN, du Parc et des nucléocrates sont hélas les mêmes qu’à l’accoutumée en ce qui concerne le nucléaire : manœuvres dilatoires, politique de l’autruche et immobilisme. Mieux vaut laisser les gens s’irradier quelque peu que de prendre des mesures pouvant nuire à la réputation de la région et donc à son économie, au commerce, aux affaires. Ce sont celles-ci qu’il s’agit de préserver avant tout. En ce qui concerne le Parc National, cela n’a rien d’étonnant quand on sait que son Conseil d’administration était présidé à l’époque par Eric Ciotti, qu’il est composé d’une écrasante majorité de maires, présidents d’agglomérations, conseillers généraux dont Christian Estrosi (qui colporte que les loups du massif ont été introduits par des écologistes), de technocrates et de personnalité nommées par les préfets.
Bref, une fois de plus la CRIIRAD a reçu une fin de non-recevoir sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres malgré un soutien effectif de militants et une population globalement favorable qui lui fait confiance. On a dans cette affaire les prémices de ce qui risque fort de se passer en cas d’accident nucléaire en France.
On sait aujourd’hui qu’il y aura un autre accident nucléaire majeur sur la planète et la France est, hélas, bien placée pour être le pays où il aura lieu. Même les nucléocrates le savent et s’y préparent à leur manière. Mais comme dans le cas du Mercantour, leur préoccupation première n’est pas la protection des populations. C’est d’abord le maintien de l’ordre et c’est ensuite une gestion de la crise qui préserve l’économie du pays ainsi que l’expliquait le président de la CRIIRAD, Roland Desbordes lors d’une conférence à Colmar en 2014. En ce qui concerne le maintien de l’ordre, il faut entre autres conditions dont le recours à l’armée inutile ici Dieu merci, une maîtrise totale de la communication. Dans le cas du Mercantour étudié dans cet article, on trouve à l’état embryonnaire la tentative d’une telle maîtrise. C’est la posture du Parc disqualifiant les résultats de la CRIIRAD sous prétexte qu’ils n’émanent pas d’une source officielle, posture qui a pu s’appuyer sur la note de l’IRSN soutenue par la nucléocrate AFIS. D’autre part, comme l’explique Roland Desbordes un des enseignements que les nucléocrates qui nous gouvernent ont tiré de la catastrophe de Fukushima est que cela revient moins cher et qu’une catastrophe est économiquement viable dès lors que l’on laisse vivre les gens dans des zones contaminées. Il n’est donc pas étonnant que même aujourd’hui, après cette catastrophe, aucune mesure sera prise pour protéger les gens de la contamination radioactive résiduelle qui pollue encore aujourd’hui encore le massif, qu’ils soient habitants permanents, touristes, estivants ou randonneurs.
Ainsi va la France nucléaire…..
============
Le communiqué du Parc National du Mercantour
Communication de la CRIIRAD : précisions apportées par le Parc National du Mercantour
La presse a relayé ces derniers jours une étude de la CRIIRAD relative à un éventuel danger de radioactivité sur le territoire du parc national :
- Le Parc national du Mercantour indique qu'il n'a pas été destinataire de cette étude et qu'il n'a été associé ni à son déroulement, ni à sa préparation. Il en est de même pour les communes où les mesures ont été réalisées ;
- Le Parc national du Mercantour regrette la stigmatisation du "Mercantour" à partir de quelques points de mesure localisés. Il aurait été intéressant de savoir ce que donneraient des prélèvements sur d'autres cols ou territoires alpins. Cette méthode ne paraît ni scientifique, ni équitable ;
- Par ailleurs, si la CRIIRAD est une association indépendante qui est légitime à effectuer des mesures, le Parc national du Mercantour rappelle que les autorités compétentes en France sur la radioactivité sont l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), dont la DREAL est la déléguée territoriale, ainsi que l'Institut de Radioprotection et de sûreté Nucléaire (IRSN) ;
- Le Parc national du Mercantour constate qu'à ce jour, concernant un sujet ancien, les autorités sanitaires n'ont donné aucune consigne de précaution particulière et que donc, sauf contre ordre de ces mêmes autorités, il n'y a pas de restrictions d'usage particulières qui s'imposent aux habitants, socioprofessionnels et visiteurs qui fréquentent le territoire du parc.
On passe maintenant aux choses plus significatives en termes de santé à savoir les effets de l’irradiation sur le corps humain. Essayons de donner quelques éclaircissements à cette accumulation de chiffres qui pourrait désarçonner le commun des mortels.
En premier lieu il faut comprendre la démarche intellectuelle qui est sous-
L’IRSN examine les deux cas de figure suivants : une irradiation liée à la présence de Césium 137 (radioactif avec une demi-
Pour ce qui est de l’irradiation externe, l’article explique : « le fait de bivouaquer 2h sur certaines de ces zones induit une exposition non négligeable avec un débit de dose de 5 µ Sv/h au contact du sol. » Donc pour deux heures on retrouve les 10µSv évoqués par l’IRSN (qui d’ailleurs ne remet pas en cause les chiffres fournis par la CRIIRAD). Est-
Pour relativiser ces chiffres voici quelques éléments de comparaison :
-
-
-
-
-
En réalité, si l’on se réfère à des sources sérieuses, par exemple à la publication "Santé Radioactivité et rayonnements ionisants -
Finalement, pour ce qui est de l’irradiation interne par ingestion, notons tout d’abord que l’article de la Provence et le document de France 3 n’en parlent pas, et pour cause.
En effet, l’IRSN montre que ce cas de figure très hypothétique n’engendrerait quasiment aucun effet sur l’organisme (10 à 100 µ Sv dans le cas d’un plat complet de champignons … qu’on ne trouve pas dans ces parages).
Lorsque la CRIIRAD, relayée par des journalistes en mal de buzz affirme que l’on mesure par endroits une radioactivité 100 fois supérieure au niveau naturel, nous pouvons aussi rétorquer que les niveaux d’exposition sont pour autant 10 000 fois plus faibles que ceux considérés comme pouvant poser problème par les médecins et les scientifiques. Mais faire un titre en disant « nous avons mesuré des débits de dose 10000 fois trop faibles pour être dangereux » n’aurait probablement pas le même succès médiatique ! Alors que penser de cette alerte du CRIIRAD ?
En réfléchissant un peu, chacun pourra trouver quelques raisons.
BUFI Georges
Ingénieur-
http://www.pseudo-sciences-13.org/radioactivite-mercantour.html
============
On trouvera les textes de l'IRSN analysés en suivant les liens ci-dessous :
- Note d’information sur les «Points chauds» de contamination en césium 137 de certains sols de moyenne et haute montagne du massif Alpin daté du 6 août 2015 http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Documents/IRSN_NI-Mercantour-Cesium137_06082015.pdf
- Document de 2016 Constat Radiologique « Rémanence de la radioactivité d’origine artificielle » http://www.irsn.fr/FR/expertise/rapports_expertise/surveillance-environnement/Documents/IRSN_Constat-Remanence-France_201604.pdf
Toute utilisation de documents issus de ce site doit en mentionner la source.
Création et webmaster : Méker-et-Cie, avec l'éditeur Webzinemaker
Au quotidien







