Écologique : le blog de Jean François DUMAS

Cet article critique la protection stricte et les projets de réintroduction du lynx en France. Les arguments écologiques souvent avancés – espèce clé de voûte, espèce parapluie ou espèce drapeau – sont fragiles, peu pertinents et ne sont pas cohérents entre eux. Dans des paysages européens fortement transformés par l’homme, le lynx ne régule pas réellement les écosystèmes, ne garantit pas la protection d’autres espèces et entre en conflit avec l’élevage, la chasse et certaines espèces protégées. L’article conclut que les lynx présents doivent être respectés, mais non sanctuarisés. En outre à partir de ce cas d’espèce, est mis en évidence le dilemme de la biologie de la conservation lorsqu’il ne s’agit plus de simplement conserver et réparer une nature abimée mais de la piloter.


Mais quelle est donc cette manie de vouloir à tout prix des loups, des lynx partout en Europe ?
 
Avant -propos 

En France, une brave dame tue un lynx en défendant ses poules, on pleure le lynx, les juges condamnent la dame! Trois mois de prison avec sursis et plus de 30 000 euros de dommages et intérêts aux associations environnementales constituées parties civiles, peine extrêmement lourde alors qu’il ne s’agit pas d’un acte de braconnage (Leca 2026).

Mais sur les réseaux sociaux toute une meute de justiciers - féminins en majorité - se déchaîne contre cette femme, hurlant que le jugement n’est pas assez sévère, réclamant la prison ferme et pour les plus excitées la peine de mort! Certes, elles et ils hurlent derrière leur clavier mais ils et elles n’ont pas cherché une corde pour la pendre. Leur profonde couardise leur interdit le passage à l’acte, Dieu merci ! Les associations de défense des animaux quant à elles se réjouissent de ce jugement, d’autant qu’elles s’enrichissent avec les dommages et intérêts qui leur sont accordés. Elles étaient huit à la curée pour se partager le pognon.

Cela m’attriste. Cette dame avait cinq poules qu’elle a vu grandir et qu’elle aimait. Elle a déclaré au Juge lors de son procès : « C’est un animal domestique. J’aime bien ma poule, comme vous aimez votre chat ou votre chien » La poule attaquée par le lynx est morte. Elle s’appelait Marie-Thérèse. A part cette dame qui s’en soucie ? Elle ne doit pas être très riche et au deuil de son animal se rajoute une grosse dépense, sans compter que des tas d’imbéciles des deux sexes l’ont trainée dans la boue. « Après un bébé lynx, un enfant ? » s’interroge une internaute, ben voyons !
Les poules ne sont pas une espèce en danger mais à l’échelon mondial le lynx ne l’est pas non plus, même s’il est en France classé en danger (VU) sur la liste rouge de l’UICN, c’est l’échelon mondial qui compte lorsqu’on s’interroge sur les chances de survie d’une espèce. En France, le lynx en a peu. Il a été réintroduit artificiellement en Suisse d’où il est revenu en France sur un territoire trop fragmenté qui ne lui convient plus et il ne fait pas l’unanimité dans la population bien que la plupart de ceux qui n’en veulent pas se taisent par prudence.
En Suisse à une cinquantaine de kilomètre de là, la justice autorise un tir de régulation contre un lynx (Voix du Jura 28/05/ 2026). Les lynx se servent dans les troupeaux et prélèvent une grosse part du gibier dans deux cantons. Il est très difficile d’obtenir une autorisation pour des tirs de régulation. Un tir a été autorisé sur UN lynx qui ravageait les troupeaux. Les protecteurs du lynx l’ont fait échouer sur le terrain alors qu’ils avaient perdu devant les tribunaux.

Ce qui arrive en Suisse a peu de chance de se produire en France, dans l’immédiat du moins. Ainsi les juges qui ont condamné la femme qui défendait ses poules à coups de bâton contre un lynx échapperont peut-être au ridicule de devoir juger aussi les militants qui auront fait de l’obstruction à des tirs de régulation contre celui-ci. Mais si la tentative de réintroduction réussissait vraiment , alors…

Avez-vous remarqué que tous ceux qui poussent à la réintroduction de ces prédateurs et les défendent ne vivent pas là où ces bêtes sévissent. Où s’il y vivent, il n’en vivent pas. Ce ne sont pas des paysans. Ce ne sont pas des chasseurs. Ils ne sont pas non plus de ceux qui font de l’autoproduction par nécessité pour arrondir leurs fins de mois. Ce sont ceux qui achètent au supermarché des œufs bio et pondus par des poules élevées en plein air par d’autres, des poules qui risquent de se faire dévorer par un renard, un lynx ou une fouine, ce qui n’est pas le cas des poules enfermées dans des poulaillers industriels. Dans ces poulaillers-là, aucun de ces prédateurs ne mettra la patte. Mais ils s’insurgent contre le traitement des poules en batteries, à juste titre d’ailleurs mais en parfaite incohérence puisqu’ils préfèrent ces carnassiers aux poules, surtout lorsqu’il s’agit du goupil, du loup ou du lynx ; la fouine n’ayant pas une telle popularité, beaucoup ne sachant pas quoi elle ressemble exactement sans parler de ceux qui ignorent jusqu’à son existence bien qu’elle puisse vivre parfois en ville !

Introduction
 
Réintroduire des prédateurs que les générations passées ont eu à subir et dont elles avaient réussi à se débarrasser… On peut estimer que cela pose problème sans être « rétrograde » pour autant. Ces réintroductions induisent des contraintes supplémentaires sur l’agriculture et l’élevage de montagne, la protection des élevages familiaux et la gestion cynégétique des gibiers.
Survient alors le biologiste de la conservation armé de son parapluie et de ses drapeaux : le lynx, le loup, l’ours, ces grands prédateurs sont les garants de la bonne santé de ce qui reste de nature (des écosystèmes). Ils permettent de juger de l’état de ces restes, de les préserver pour les transmettre aux générations futures. Si vous aimez la nature, vous devez les admettre et à défaut de les aimer,  les supporter si vous avez des poules, si vous êtes chasseurs, si vous êtes éleveurs de brebis ou berger. Ce sont des espèces parapluie, clé de voûte et drapeau.

En ce qui concerne le lynx, voici ce qui est écrit dans un rapport officiel cautionné par le CNRS, l’ONCF [dissoute aujourd’hui dans l’OFB] : « Le lynx est une « espèce clé de voûte » (au sens de Paine, 1995) car il se trouve en fin de chaîne alimentaire. En tant que prédateur, il consomme essentiellement des ongulés de taille moyenne, comme le chevreuil et le chamois. Les facteurs pouvant influencer la dynamique des populations de lynx risquent, par effets de cascades trophiques, d’avoir un impact sur le fonctionnement de l’écosystème dans son ensemble, et notamment les relations entre les herbivores et la végétation. Le lynx est également une « espèce parapluie » (au sens de Roberge & Angelstam, 2004) car, en tant que grand carnivore, ses besoins vitaux recouvrent ceux de nombreuses autres espèces. Par exemple, un chevreuil forestier vit sur une trentaine d’hectares au cours de sa vie alors que le lynx vit sur plusieurs milliers d’hectares. La protection du lynx et de son habitat entraîne, par extension, la sauvegarde d’une grande superficie couvrant une diversité de paysages, de milieux, voire d’écosystèmes, et par là même, des espèces s’y trouvant. Enfin, le lynx est une « espèce drapeau » (au sens de Verissimo et al., 2011) car elle est plus médiatisée que d’autres espèces, tout aussi vulnérables. En protégeant le lynx, on peut espérer protéger aussi ces espèces, de façon plus ou moins directe. » (Gaillard et al. 2012)

Du point de vue de la biologie de la conservation, il aurait donc toute les vertus espèce clé de voûte induisant des cascades trophiques (vertueuses !), espèce parapluie, et espèce drapeaux ! qui dit mieux ? Toutefois les auteurs restent prudents : les lynx « risquent de », « on peut espérer protéger »….  C’est à l’évaluation critique cet argumentaire qu’est consacré les partie suivantes de cet article.  
 

Exemple d’une cascade trophique simplifiée [repris à C carroll] modifiée
Exemple d’une cascade trophique simplifiée [repris à C carroll] modifiée
Clé de voûte, cascade trophique, paysage de la peur : loup et lynx,
santé et régénération des forêts

Une cascade trophique est, au sens strict, un phénomène où la prédation de haut niveau ( c’est-à-dire effectuée par un superprédateur) influence indirectement les producteurs primaires (la strate arbustive et les sous-strates associées) en régulant les herbivores consommateurs primaires, sans interaction directe entre le prédateur et les plantes.

Ce schéma est une illustration d’une chaîne trophique en pyramide et d’une cascade trophique très simplifiée avec au sommet, le loup ; à l’échelon inférieur immédiat des consommateurs primaires, les wapitis et au bas de la chaîne, les producteurs : arbres et strate herbacée. La suppression du loup entraine des effets directs sur l’échelon intermédiaire et indirects et délétères sur la base : le système est déstabilisé. Dans ce système simple, le loup est l’espèce clé de voûte.

Bien entendu dans la réalité les interactions sont beaucoup plus complexes. De plus ce schéma ne doit pas laisser penser que si l’on remet le loup en haut de l’affiche, on se retrouvera automatiquement dans la situation décrite à gauche avec une sous-strate et des arbres en santé et un écosystème de nouveau stable ce qui était l’espoir de tous ceux qui de la biologie de la conservation, à l’ingénierie de la restauration et au « rewilding » militent en faveur de la protection et de la réintroduction des grands prédateurs. La réintroduction du prédateur ne suffit pas (Marshall, 2013)

Né dans les années soixante, le concept d'espèce clé de voûte tel que défini par Paine auquel renvoie le texte est une espèce dont l’activité et l’abondance déterminent « l’intégrité de la communauté et sa persistance sans altération à travers le temps, c’est-à-dire sa stabilité ». Si l’espèce clé est retirée, la communauté est transformée, en général dégradée, simplifiée et instable. Dans le cas où cette espèce est un prédateur de haut niveau dans la chaîne trophique, la structuration de la communauté s’effectue par cascade trophique. Ces notions avaient été mises en évidence sur des communautés aquatiques simples puis extrapolées à des communautés terrestres aux relations plus complexes. Elles présupposent des écosystèmes parvenus à un état stable final en équilibre avec le climat et le sol d’un milieu donné : le climax alors qu’en réalité les écosystèmes sont en équilibre dynamique sans état final fixe.

Néanmoins la biologie de la conservation et de la restauration ont vu dans cette notion d’espèce clé de voûte comme dans celle d’espèce parapluie un raccourci qui permettait de contourner les difficultés pour évaluer et gérer la biodiversité.
 

La réintroduction du loup dans le parc national de Yellowstone avec des supposées conséquences extraordinairement bénéfiques pour l’écosystème fut le cas d’école de ces cascades trophiques et un argument de poids pour les généraliser des systèmes marins simples à des écosystèmes terrestres. Il est encore invoqué dans la littérature scientifique et donc, pas seulement dans les médias, les articles de vulgarisation ou par les ONG militantes du style de l’ASPAS ou du WWF.

Or le rôle de loup et la dite cascade ont été largement remis en cause, pour ne pas dire réfutés par de nombreux articles, l’un d’entre eux (Brice et al. 2021)  a même mis en évidence des défauts méthodologiques dans les études ayant conclu à cette « cascade magique » selon l’expression de Gérard GUILLOT dans son blog « Zoom nature ». Dans une chronique de ce blog l’auteur recense les objections faites dans la littérature scientifique à cet exemple cas d’école d’une cascade trophique à date de la publication sa chronique (2014). La lecture en est édifiante et une bibliographie permet d’en savoir plus, selon l’expression consacrée mais avec la seule chronique le lecteur en saura déjà beaucoup. En fin de compte, ce cas qui devait être le paradigme d’une cascade trophique dans un milieu terrestre n’en est sans doute pas une. D’autres articles parus depuis montrent à propos toujours de ce cas la difficulté d’échantillonner correctement une cascade trophique en mettant en évidence les biais d’échantillonnage des auteurs qui l’avaient étudiée. Enfin un article de N. T. Hobbs 2024 enfonce le clou : «la réintroduction des grands carnivores dans le réseau trophique n'a pas permis de restaurer les communautés végétales riveraines dans la partie nord du parc de Yellowstone, ce qui confirme l'hypothèse selon laquelle cet écosystème se trouve dans un état stable alternatif, principalement dû à la disparition des superprédateurs au début du XXe siècle. » Le problème est-il réglé définitivement ?

Ce n’est pas certain car d’une manière plus générale, « l'évaluation des cascades trophiques dans les écosystèmes vastes et complexes exige des données difficiles à recueillir et des inférences causales difficiles à établir avec fiabilité […]la croyance en une cascade trophique dépend fortement de la disposition à y croire jusqu'à preuve du contraire, ou au contraire, de la volonté de refuser d'y croire jusqu'à preuve définitive. Lorsque les données sont difficiles à recueillir et à interpréter, l'influence des prédispositions a priori est forte et inévitable. » (Peterson et al. 2014) D’autant que ces prédispositions sont, elles aussi, fortes dans le cas des loups de Yellowstone ou d’ailleurs ; l’animal bénéficiant d’une grande popularité (animal drapeau !), principalement auprès de ceux qui n’ont pas à pâtir de de sa présence. Cet engouement ne se manifeste guère que depuis le dernier quart du siècle précédent, aux USA, en Europe et notamment en France où la bête était plus souvent haïe et crainte, bête du Gévaudan supposée tuée mais revivant sous la forme du croquemitaine des enfants turbulents. «  Now the tables have turned. The Satan wolf has become a saint in the minds of most of the general public. » (Mech, 2012) et cela vaut aussi pour la France !

En outre la question de l’existence ou non d’une cascade trophique justifiant des mesures de préservation ou d’introduction d’un grand prédateur est surdéterminée politiquement « La compréhension scientifique n'est pas le seul enjeu lorsqu'on s'interroge sur les cascades trophiques dans les parcs nationaux d'Irish River (IRNP) et de Yellowstone (YNP). La réponse constitue également un argument de poids dans le débat public sur l'importance de la conservation des superprédateurs » (Peterson et al. 2014). Il en est de même en France et en EU lorsqu’il s’agit de la protection des grands prédateurs d’Europe et des translocations de lynx ou d’ours de territoires où ils avaient disparus ou étaient en danger de disparition.

Même si l’on suppose que des cascades trophiques existent bien, du moins celles impliquant le loup dans des  zones protégées où l'influence anthropique est faible ou inexistante, il n’en va pas de même dans des zones où l’influence humaine est forte. Dans le centre de la Scandinavie le loup vit aujourd’hui dans des forêts exploitées où l’élan qui est sa proie principale est objet d’une chasse intensive. Dans ce milieu, le retour du loup n’a entrainé aucune cascade trophiques, ne s’est pas traduit par un moindre abroutissement des pins sylvestres. Les dégâts seraient même plus important et donc la densité des élans dans les territoires du loup (Gicquel et al., 2020, cité par Ausilio 2021). Ausilio et al. (2021) ont prouvé que dans ces forêts «la probabilité de présence et l'abondance des élans ont augmenté avec le temps depuis l'établissement du territoire des loups et étaient plus élevées à l'intérieur des territoires des loups. Ils ajoutent : « De plus, nous n'avons pas trouvé de soutien à notre deuxième hypothèse selon laquelle les élans ont réagi à la présence des loups en changeant d'habitat (dans ce cas, les stades d'âge de la forêt). » Donc le prédateur n’instaurait pas dans ce contexte un « paysage de la peur » pour les élans.
 
Qu’en est-il du Lynx dans nos contrée ? Dans les Vosges – là où est situé Niederbronn-les-Bains, le village où l’on est trainé en justice quand on défend ses poules contre ce prédateur – ils sont trop peu nombreux pour exercer une influence décelable sur l’évolution des espèces d’ongulés. C’est pourtant dans ce massif et dans la forêt palatine (Pfälzerwald en Allemand)  de l’autre côté de la frontière qu’ont été introduits, au cours du temps depuis 1983, 40 lynx qui ont bien du mal à faire souche. Il n’y en a plus qu’environ une douzaine aujourd’hui.

Évolution des prélèvements à la chasse de chevreuils – repris à F. Quillévéré, Lettre Lynx boréal N°24 SFEPM, Décembre 2025
Évolution des prélèvements à la chasse de chevreuils – repris à F. Quillévéré, Lettre Lynx boréal N°24 SFEPM, Décembre 2025
Dans le Jura, la population de lynx est plus conséquente aux alentours de 219 unités (150 F + 69 CH). Via la prédation et/ou par leur simple présence censée instaurer un paysage de la peur, ont-ils eu un effet limitant sur les populations de cervidés ? Cela a-t-il induit une cascade trophique descendante avec pour résultat une diminution des dégâts sur la forêt causés par ces cervidés ? En ce qui concerne les chevreuils, proies préférées du lynx, on ne constate pas de diminution de la population, du moins en France. Si les prélèvements de chasse ne sont pas totalement représentatifs de la dynamique de population des chevreuils, néanmoins ils en donnent une assez bonne approximation. La figure ci-contre  montre que s’il y a un impact de la prédation du Lynx sur les chevreuils, ce n’est pas le moteur de l’évolution des populations de cette espèce. Des aléas bioclimatiques (sécheresse) ayant impacté la productivité du milieu pourraient être les facteurs dominants. La présence d’autres espèces d’ongulés notamment du chamois, proie de substitution complique encore un peu plus le tableau, sans parler de la relation antagoniste avec le renard roux.

Le territoire d’un lynx est trop étendu pour être entièrement inclus dans un espace protégé sans activités humaines, foresterie, chasse, élevage, usage récréatifs (randonnée, trail, ski, etc.). Dans ce type de paysage propre à la moitié sud et à la plus grande partie de la moitié nord du continent européen, on ne retrouve pas non plus l’effet limitant dû à la simple présence du prédateur avec lequel s’instaurerait un paysage de la peur empêchant les proies de se nourrir correctement en les obligeant à un surcroît de vigilance et/ou en les excluant des zones de gagnage favorables mais trop exposées. On a supposé que cet instauration d’un paysage de la peur avait un effet limitant sur les proies qui devait même être supérieur aux prédations effective. Comme dans le cas du loup dans les mêmes paysages à forte influence humaine, le lynx n’a pas cet effet pour les chevreuils.   

En effet dans une étude conduite dans la forêt bavaroise en limite de la République Tchèque, Van Beeck Calkoen et al. (2022) ont montré que les différences d’intensité de broutage étaient davantage liées au risque perçu associé aux activités humaines (à savoir les activités de loisirs, l’intensité de la chasse et les implantations humaines) qu’au risque de prédation perçu lié au lynx. « Nos résultats indiquent donc que, malgré une forte abondance de lynx dans la zone d’étude (Palmero et al., 2021), le risque représenté par ce grand prédateur à l’affût, contrairement à celui posé par les activités humaines, n'a pas produit de cascade descendante mesurables par des différences d'intensité de broutage. [Our results accordingly indicate that, despite a high abundance of lynx in the study area (Palmero et al., 2021), the risk posed by this large ambush predator, unlike that posed by human activities, did not cascade down to measurable differences in browsing intensity.] »

Dans nos massifs au moins, le lynx boréal n’est pas à l’origine de cascade trophique qui en limitant les consommateurs primaires, permettrait de préserver les plantes et les feuilles, les bourgeons et l’écorce des arbres, la régénération spontanée et la biodiversité des strates arbustives et herbacées des forêts. Du moins pas de cette façon-là. Mais il pourrait jouer tout de même un rôle clé dans la structuration d’un écosystème selon une autre voie, un genre de cascade différente.
Non, le loup et le lynx ne participent guère à la régénération des forêts et en France encore moins qu’ailleurs.

Mais quelle est donc cette manie de vouloir à tout prix des loups, des lynx partout en Europe ?
Le lynx, tueur de renards, sauveur des tétras et de bien d’autres ?

La prédation exercée par des prédateurs sur d’autres prédateurs qu’ils soient ou non consommés est appelée prédation de guilde. Son existence est bien documentée dans le cas du lynx. Le lynx, grand prédateur situé au sommet de la pyramide trophique tue des mésoprédateurs situés à un échelon inférieur : le renard roux, la martre du pin.  

L’hypothèse dite de « la libération des mésoprédateurs » stipule que la disparition ou le déclin d'un grand prédateur au sommet de la pyramide trophique (prédateur apex) peut induire une augmentation de la population de prédateurs d’un échelon inférieur (les mésoprédateurs), ce qui cause une pression renforcée sur les proies de ces derniers entrainant leur raréfaction. Elle serait une fonction écosystémique clé ayant des impacts en cascade sur les proies herbivores.

Ainsi que le résument Bodil Elmhagen et al (2007) « Le concept de libération des mésoprédateurs a suscité un vif intérêt en biologie de la conservation pour expliquer les abondances anormalement élevées de mésoprédateurs et les déclins de l'abondance ou de la diversité des proies. Il a également servi d'argument en faveur de la restauration des populations de prédateurs supérieurs pour retrouver des structures écosystémiques vierges [ to regain pristine ecosystem structures]».

Faisons d’abord un sort à cet espoir de retrouver des écosystèmes « vierges », en équilibre grâce à la réintroduction des grands prédateurs. De tels écosystèmes vierges, c’est-à-dire sans trace d’actions anthropiques n’existent pas ou du moins sont rarissimes. Si de plus on les veut en équilibre alors que l’on sait maintenant que le déséquilibre dynamique est la règle, ce ne sont que des mythes. Même si, bien plus modestement, on souhaite simplement revenir à un écosystème proche de celui qui existait avant le retrait des grands prédateurs, il n’est pas du tout évident que l’on y parvienne. On a vu plus haut ce qu’il en était pour les loups dans des lieux emblématiques en Amérique et en Europe pour le lynx pour les cascades trophiques ayant un effet direct sur les consommateurs primaires. Leur existence même est pour le moins incertaine. Dans cette partie ce sont les effets supposés systémiques de la libération des prédateurs et du retour ou réintroduction du lynx boréal qui seront examinés.

Dès le moyen-âge, sur le continent européen dans de nombreuses régions, les populations de lynx boréal ont décliné, se sont dramatiquement raréfiées et ont même disparu. Selon l’hypothèse de la libération des mésoprédateurs, en tuant les mésocarnivores notamment les renards et/ou en installant un « paysage de la peur », les lynx limiteraient les prédations de ces derniers sur les proies herbivores. Les population de renards augmentent faute d’être limitées par les prédations ou la présence même du lynx. Ces renards et autres mésoprédateurs auraient alors exercée une prédation sur les consommateurs primaires jugée excessive et responsable du déclin des populations d’oiseaux, en particulier celles du grand tétras, du tétras lyre, du vanneau huppé, mais aussi de celles du lièvre variable.

Le retour naturel ou par relocations de lynx devrait permettre une restauration des populations de ces consommateurs primaires en limitant la population de renards qui en l’absence du lynx occupaient le sommet de la chaîne trophique selon le schéma ci-dessus qui représente cette cascade trophique d’un autre type que la précédente. Cela ne semble pas être le cas.

Selon Pasanen-Mortensen et al. 2013, le retour du lynx limiterait les populations de renards à l'échelle continentale, maintenant de faibles densités de renards roux en les empêchant de réagir positivement aux variations liés à l'abondance des ressources et au réchauffement climatique qui lui sont favorables. Ce fut peut-être le cas en Finlande où, dans certains contextes, ce type de cascade semblait se produire (Helldin et al. 2006). Il est difficile de supposer que c’est encore le cas, même dans ce pays où le renard est en expansion (Hoffmann et al, 2016).

Si le retour du Lynx a peut-être pu avoir pour conséquence une limitation la population de renards associée à un renouveau de la population des Tetras, cela n’aura été que temporaire ou très limité dans l’espace. Malgré une présence conséquente de lynx, le renard roux étend son aire de répartition plus au nord du continent empiétant sur le territoire du renard arctique, ajoutant à la menace que fait peser sur cette espèce le réchauffement climatique actuel dont profite le renard roux malgré la présence d’une population conséquente de lynx et contrairement à ce qui devrait être le cas si la théorie de la libération des mésoprédateurs s’appliquait. Le froid et notamment les hivers rigoureux sont un facteur limitant pour le renard roux. En revanche, le réchauffement climatique lui permet d’agrandir son territoire. Lynx présents ou non, il en profite, contrairement à ce que certaines études « suggéraient ». Par exemple, Pasanen-Mortensen et al.( 2013) allaient jusqu’à supposer que « le lynx pourrait jouer un rôle écologique important en atténuant la réponse des renards roux aux changements liés au climat concernant la disponibilité des ressources face au réchauffement climatique ». C’est tout le contraire. Bénéficiant d’hivers plus doux ; le renard roux étend son territoire au détriment du renard arctique. Les chasses de régulation du renard roux dans le nord de la Finlande pour tenter de préserver le renard arctique prouvent que si le lynx a un impact, il est marginal.

Enrôler le lynx dans la grande affaire de ce début de siècle : le climat, en faire un des facteur d’adaptation et de résilience, il fallait oser alors que dans un article de 2007, Elmhagen et al. montraient que ce type de limitation descendante des renards avait des effets très affaiblis dans les systèmes anthropisés et dans des systèmes peu productifs comme c’est le cas dans les zones boréales septentrionales en Finlande et en Suède. D’où ils concluaient que « On a suggéré que les populations surabondantes de mésoprédateurs devraient être gérées par la réintroduction de prédateurs apicaux afin de rétablir le contrôle descendant (Terborgh et al. 1999). Nous estimons qu’il s’agit là d’une conclusion simpliste » ! Et ils développent trois raisons qui le prouvent. Tout d’abord, même si les lynx réintroduits tuent des renards, cela ne sera pas suffisant si le milieu leur offre en abondance des proies et des terriers pour se reproduire (absence de régulation ascendante contrariant la régulation descendante due au Lynx). La seconde raison est que même à supposer que cela fonctionne dans un cas, on ne peut pas généraliser à tous les cas : l’efficacité des régulations descendantes (prédation du renard par le lynx) et ascendantes (nombres de proies, de terriers disponibles) sont dépendantes de la région bioclimatique et de la dynamique sous-jacente entre mésoprédateurs et proies, on ne peut pas supposer que la réintroduction de grands prédateurs aura le même impact dans tous les écosystèmes. Enfin il faudrait une densité de lynx qui entrainerait des conflits d’usages (chasse, élevage, ski, randonnée, circulation routière…). Pour les auteurs, il n’existe pas de véritables cascades trophiques en Europe faute de territoires suffisamment vastes, peu anthropisés, comme il en existerait aux USA.

On peut se demander comment l’auteure principale de cet article de 2007 Bodil Elmhagen a pu cosigner celui de Marianne Pasanen-Mortensen (2013) cité précédemment, au titre péremptoire « Where lynx prevail, foxes will fail  [Là où le lynx règne, les renards périront] »

D’ailleurs quatre ans plus tard dans un article dont Marianne Pasanen-Mortensen est aussi l’autrice principale et Bodil Elmhagen cosignataire, on peut lire « la recolonisation ou le rétablissement des populations de prédateurs supérieurs à leurs niveaux historiques ne suffirait pas à compenser les changements climatiques et d'utilisation des terres généralisés, qui ont assoupli les contraintes de ressources pour de nombreux herbivores et mésoprédateurs. » Ce qui est difficilement conciliable avec cette conclusion de l’article de 2013 que je cite à nouveau :  « le lynx pourrait jouer un rôle écologique important en atténuant la réponse des renards roux aux changements liés au climat concernant la disponibilité des ressources face au réchauffement climatique » ! Bien sûr, pour lever la contradiction, il suffit de préciser que cette dernière proposition ne vaut que pour les « écosystèmes laissés à eux-mêmes »…. Écosystèmes qui n’existent peut-être nulle part sur Terre et en tout cas pas en Europe donc en France
 
Les deux articles cités Pasanen-Mortensen 2013 et 2017 prétendent fournir des évolutions de population de lynx et de renards roux à l’échelle du continent et pour l’article de 2017 sur un pas de temps allant des années 1860 à 2050, ce qui suppose des reconstitutions et des projections. On ne peut manquer d’être sceptique sur la valeur des « résultats » quand on considère la qualité des données brutes sur lesquelles ils s’appuient, leur caractère lacunaire, leur manque d’homogénéité, leur peu de précision, le traitement et la sélection qu’elles subissent pour devenir les données de base de ces études et les hypothèses pas toujours explicites que cela implique, les choix de retenir tel ou tel ensemble plutôt que tel autre d’où l’arbitraire n’est pas totalement exclu.

Certes les auteurs recourent à des traitements statistiques sophistiqués mais ils ont leurs limites. Comme l’écrivait Thomas Huxley «Mathematics may be compared to a mill of exquisite workmanship, which grinds you stuff of any degree of fineness ; but, nevertheless, what you get out depends upon what you put in ; and as the grandest mill in the world will not extract wheat-flour from peascods, so pages of formulae will not get a definite result out of loose data. [La mathématique peut se comparer à un moulin d’une facture exquise qui peut moudre de la matière à n’importe quel degré de finesse, cependant ce que l’on en tire dépend de ce que l’on y a mis et de même que le meilleur moulin du monde n’extraira pas de la farine de blé des cosses de petits pois, ainsi des pages de formules ne fourniront pas un résultat fiable à partir de données imprécises.° » (1869, in Geological reform, repris dans Discouses : Biological &Geological, Essay by Thomas Huxley, Macmillan and co, London 1894, p. 333). Dans beaucoup d’articles de la biologie de conservation, on peut se poser la question : que moulinent les traitements statistiques, du bon blé ou des cosses de petits pois ?

Helldin 2006 avait constaté que dans le Jura suisse les populations de Lynx boréal et de renards roux ont augmenté simultanément. En France, la population de renards est stable. Malgré leur position au sommet de chaines trophiques, les populations de lynx ne seront jamais assez denses pour avoir un rôle significatif de régulation dans les écosystèmes fortement anthropisés de la « vieille Europe ».

De plus les choses sont beaucoup plus complexes car les relations trophiques entre les producteurs primaires et les lynx ne sont pas simplement les effets secondaires d’interférence entre grands et mésoprédateurs, elles sont aussi des relations de prédation directe.  En effet Il ne faudrait pas oublier que tout comme le renard ou la martre des pins, le lynx est aussi un prédateur des deux espèces de tétras, de lagopèdes et de lièvres variables, petits gibiers dont les biologistes de la conservation souhaitent avec les autorités étatiques que les populations se reconstituent.

 
 

1.	BF forêt boréale, LA basse zone alpine (au-dessus de la limite des arbres), HA haute zone alpine 2.	a Les principales espèces proies de chaque zone d'étude sont marquées d'un astérisque. 3.	b Références concernant les densités des principales proies : Danell et al. ( 2006 ) pour la Suède et Linnell et al. ( 2007 ) pour la Norvège,[repris à Nilsen et al ; 2012]
1. BF forêt boréale, LA basse zone alpine (au-dessus de la limite des arbres), HA haute zone alpine 2. a Les principales espèces proies de chaque zone d'étude sont marquées d'un astérisque. 3. b Références concernant les densités des principales proies : Danell et al. ( 2006 ) pour la Suède et Linnell et al. ( 2007 ) pour la Norvège,[repris à Nilsen et al ; 2012]
Dans ce tableau comparatif du régime du Lynx sur différents sites en Scandinavie, on remarque des variations dans son régime, celui-ci pouvant s’adapter lorsque sa proie favorite manque, comme sur le site de Sarex au nord de la Suède. On notera également que, bien que ce ne soient pas leurs proies favorites le lynx ne dédaigne pas le petit gibier. Il entre donc en concurrence avec les mésoprédateurs pour ces proies. Si leur prédation sur ce gibier est moindre, ce n’est sans doute pas qu’il est moins bon chasseur que le renard, par exemple. C’est que la densité de renards est beaucoup plus élevée que celle du lynx (Elmhagen et al., 2010). On pourrait se demander ce qu’il en serait dans nos régions si les populations de lynx étaient suffisamment grandes pour avoir un effet descendant durable dans la pyramide trophique. Il n’est pas certain qu’il aurait alors un effet positif sur les tétras, les lagopèdes et lièvres bruns comme variables, sans parler des moutons qui figurent aussi au menu du loup.
 
Dans la taïga en Scandinavie, en Finlande et en Russie limitrophe dans le nord du continent européen, la population de Lynx est conséquente, les populations de tétras semblent globalement stables et celle de renards en expansion vers le nord, sur les marges de la toundra qui deviennent buissonnantes sous l’effet du réchauffement climatique. Le classement de ces trois espèces sur la liste rouge de l’UICN est LC, c’est-à-dire que leur situation n’est pas préoccupante.
 
Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de fluctuations dans les effectifs qui pour diverses raisons peuvent varier fortement. Par exemple, en Fennoscandie, les populations de petits rongeurs (campagnols, lemmings) fluctuent de façon cyclique tous les 3 à 4 ans. Pendant les « années à rongeurs », ces rongeurs sont les proies favorites, quasi exclusives des mésoprédateurs (renards, martres, rapaces) et les effectifs de Grands tétras augmentent. En revanche lors des années sans rongeurs, les mésoprédateurs se rabattent sur les œufs et poussins de tétras dont les populations chutent. Pour se rétablir lors du cycle suivant (Angelstam et al. 1984 ; Butet et al. 2001)
 
Dans l’ouest et le centre du continent européen, il n’en va pas de même, le grand tétras survit difficilement et si la situation du tétras lyre est un peu meilleure, elles n’est pas très brillante (pour des détails, se reporter aux statistiques de l’OFB). En tout état de cause, pour ce qui est du grand tétras, du tétra lyre ou du lagopède la pression prédatrice du renard, de la fouine, des rapaces et a fortiori celle du Lynx ne sont pas la cause principale du mauvais état de conservation de ces populations dans l’Europe occidentale. Vu la rareté dans cette région de ces oiseaux, cette prédation est anecdotique. Sauf lorsque les gestionnaires de la faune sauvage se mettent en tête de  « renforcer » les populations de grand tétras comme ce fut le cas dans les Vosges en 2024, 2025. Les oiseaux relâchés, désorientés dans un milieu qu’ils ne connaissent pas finissent en général prédatés sans qu’on sache vraiment qui est le coupable. La martre des pins est fortement soupçonnée mais ce pourrait bien être un renard, ou un sanglier qui ont fait échouer les couvées, et pourquoi pas l’un des deux ou trois lynx qui fréquentent encore ce territoire ? Le grand tétras figure à son menu, un lynx a été photographié dans le Jura vaudois avec cet oiseau dans la gueule et, faut-il le rappeler, il y en a bien un qui s’est attaquée à une poule domestique dans un poulailler d’un village des Vosges. Pour ces oiseaux, comme pour le Lynx d’ailleurs, la principale cause de leur déclin ou de leur difficulté à survivre là où ils ont été relâchés, c’est la transformation des forêts par la sylviculture moderne, la fragmentation de l’habitat, les dérangements humains, le réchauffement climatique qui, s’il devait se poursuivre, rebatterait sans doute les cartes.
 
La prédation du Lynx sur les renards est particulière. Ils en tueraient dans toutes les régions où ils sont de retour. Dans quelques contrées nordiques en Fennoscandie, ils en tueraient suffisamment pour limiter leurs populations qui aurait décliné. Pourtant ils en mangent très peu, voire pas du tout. Les biologistes de la conservation supposent que c’est pour éliminer la concurrence. Selon Génot (2026) les lynx élimineraient les renards et les autres mésoprédateurs éviter une prédation sur leurs jeunes mais ne cite pas de sources. Plutôt que de protéger leurs jeunes dont seule la femelle s’occupe, le lynx chercherait à se préserver du cleptoparasitisme du renard et autres charognards qui lui volent ses proies : le lynx après avoir tué un chevreuil ou un chamois n’en mange qu’une partie, cache la carcasse dans les environs immédiats et revient s’y nourrir plusieurs jours de suite voire plusieurs semaines, si toutefois des charognards n’en ont pas profité avant. Parmi ceux-ci, le renard est très assidu. Mais l’exercice est risqué et le lynx ne fait pas de cadeaux aux pique-assiettes ! Hainard (1987) indique que «souvent le lynx tue le renard qui le suit pour partager sa proie ». A partir d’analyse des excréments de renards roux vivant dans une forêt boréale du centre-sud de la Suède, en zone d’étude de la station de recherche de Grimsö, Helldin & Danielsson 2007 ont montré que les carcasses de chevreuil tués par les lynx assuraient au renard un approvisionnement alimentaire stable en hiver, indépendant des fluctuations des rongeurs et que, même en été, ces carcasses complétaient leur régime alimentaire.
 
Il n’est pas certain que cet apport alimentaire stable et continu permette une reproduction suffisante pour compenser la mortalité additive causée aux populations de renards, cela doit dépendre du contexte. Ce cleptoparasitisme est en tout cas une preuve supplémentaire que la présence du félin n’instaure pas un paysage de la peur, même là où il est suffisamment abondant et tue suffisamment de proies pour se nourrir et nourrir des pique-assiettes qui l’obligent à chasser plus souvent.
 
En résumé, le retour du lynx sur des zone où il vivait par le passé (un passé proche ou plus lointain) pourrait théoriquement garantir indirectement la bonne santé des populations de tétras et autres nicheurs terrestres en limitant les populations de mésoprédateurs que ce soit par prédation directe et surtout par instauration d’un « paysage de la peur » suffisamment efficace pour ne nécessiter qu’un petit nombre de félins pour assurer ce déclin. Mais cette régulation trophique du haut vers le bas est, pour le moins, très atténuée dans les paysage fortement anthropisés. Même s’ils intègrent des îlots de nature préservée ou férale, ils sont multi-usages et restent trop fractionnés et trop exigus pour ce carnassier. Une autre façon de présenter les choses, plus radicale mais plus en accord avec le réel serait de conclure qu’il n’existe pas d’espèces clé de voute dans ces systèmes, à tout le moins que le lynx ne l’est pas, pas plus que ne le sont les loups ici ou dans les parcs nationaux d'Irish River (IRNP) et de Yellowstone (YNP) aux USA qui sont pourtant des territoires suffisamment vastes et peu anthropisés. 
 
Ces grands prédateurs lynx, loup étudiés ici ou bien encore ours sont en voie de disparition en France et font l’objet de programmes de conservation fort dispendieux, quelle aubaine si l’on pouvait les justifier en faisant d’eux des espèces clé de voûte !  Cette notion à défaut d’avoir une assise empirique et théorique bien assurée a de nombreux partisans. Elle « laisse penser que l'on pourrait ainsi orienter l'attention et les efforts sur un petit nombre d'espèces structurantes, négligeant toutes les autres qui en dépendent directement ou indirectement. » souligne R. Barbaut qui explique pourquoi elle peut séduire et en dénonce les dangers : «  « On comprend la fascination première pour une recette miracle : l’espèce-clé, quel rêve ! L’essentiel des efforts de recherche et des ressources en matière de conservation ou de restauration porte sur un petit nombre d’espèces menacées d’extinction : que celles-ci soient des espèces-clés et voilà un redressement de situation inespéré. Sinon il faudra bien parler de l’arbitraire des choix... et de la faible efficacité globale d’une telle stratégie. » (Souligné par moi). Il poursuit « Mais on l’a vu, la définition des espèces-clés n’est pas une chose commode, aussi objective qu’on pouvait l’espérer. Pire : la même espèce reconnue comme clé ici, ne le sera pas là[…]. C’est donc une illusion dangereuse. Il est dangereux en effet de généraliser trop vite, à partir d’informations fragmentaires ou biaisées : c’est oublier l’histoire des systèmes écologiques et donc leur spécificité. Et quand on songe d’autre part au contexte social et humain - c’est l’homme qui restaure, pour lui-même – cela s’aggrave encore » on ne saurait mieux dire ! Et même si en définitive l’auteur ne rejette pas totalement la notion, on ne peut pas dire qu’elle sort indemne de cette critique.
 
En conclusion de cette partie, la notion d’espèce clé de voûte pose au moins autant de problèmes que ceux qu’elle permettrait de résoudre. Même si l’on accepte l’existence d’espèces clé de voûte, en France comme dans une grande partie du continent européen, le lynx pas plus que le loup ne le sont. Ils ne le sont ni directement, ni par la médiation des interférences de prédation entre grands et mésoprédateurs. Donc, est sans fondement une des justifications principales pour leur réintroduction ou le renforcement de leurs populations. Simplement, ceux qui sont là, qu’ils y soient revenus naturellement ou artificiellement, y sont. Ils doivent être respectés mais pas sanctuarisés. 
 
 
Un parapluie troué
 
Une espèce parapluie est une espèce dont la conservation confère une protection à un grand nombre d'espèces coexistant naturellement avec elle (Roberge 2004). Rappelons qu’il s’agit initialement et avant tout d’un outil de gestion (Simberloff 1998, Roberge 2004) qui devait être employé pour pallier la difficulté de contrôler et gérer tous les aspects de la biodiversité d’un territoire. Concentrer des moyens humains, matériels et financiers limités à la sauvegarde d’une espèce permettrait de préserver efficacement non seulement cette espèce mais aussi toutes celles connues ou non, en danger ou non qui vivent avec elle. Tel est du moins l’espoir qui sous-tend le choix d’une espèce comme espèce parapluie. Cet outil a été utilisé pour déterminer la superficie minimale à protéger, pour définir des réseaux de réserves à plus grande échelle géographique, pour sélectionner des sites à préserver selon qu’ils contiennent une ou plusieurs de ces espèces considérées comme parapluie, etc.
 
Dans sa forme classique le concept d’espèce parapluie fait référence aux exigences minimales de superficie pour une population en présumant que si on préserve un espace suffisant aux espèces qui ont besoin d’un territoire très étendu, toutes les espèces vivant dans ces territoires seront préservées. Comme les organismes de grande taille ont dans la plupart des cas besoin de ces vastes espaces, ce sont eux, et plus particulièrement les grands carnivores, qui sont le plus souvent choisis comme espèce parapluie. Ainsi explicité, ce concept jouit d’une grande popularité chez les gestionnaires d’espaces protégés, les associations de défense de la nature et dans une moindre mesure chez les biologistes de la conservation où après une période d’adhésion plus ou moins enthousiaste est venu le temps chez certains d’entre eux de critiques sévères (Simberloff 1998, Lindenmayer et al. 2002, Roberge & Angelstam 2004, etc. …)
 
Le lynx serait une espèce parapluie de ce type selon Gaillard et al. 2012, (cité ci-dessus) : « La protection du lynx et de son habitat entraîne, par extension, la sauvegarde d’une grande superficie couvrant une diversité de paysages, de milieux, voire d’écosystèmes, et par là même, des espèces s’y trouvant » Cependant l’argument qui est à la base de cette notion d’espèce parapluie et qui est repris ici sans critique dans le cas du lynx est d’un simplissime déconcertant. Dans le lot de tout ce qui est protégé, les autres espèces trouveront bien de quoi satisfaire leurs propres exigences ! « Often whether many other species will really fall under the umbrella is a matter of faith rather than research.[ Souvent, la question de savoir si de nombreuses autres espèces seront réellement abritées par ce parapluie relève davantage de la foi que de la recherche] » (Simberloff 1998). Bien plus, le choix d’une espèce parapluie devrait permettre d’éviter d’avoir à effectuer ces recherches qui, si elles étaient faisables, rendraient inutiles le détour par une telle espèce et les problèmes de choix qu’elle soulève. De fait, c’est faire bon marché des exigences que peuvent avoir les autres espèces en termes d’habitats. Certaines ont des besoins spécifiques qui ne seront pas nécessairement satisfaits parce qu’elles se trouvent sur un espace protégé de l’espèce parapluie qui a ses propres exigences.
 
Par exemple plus que de forêts vastes, le Grand tetras a besoin de forêts irrégulières lui assurant des clairières pour les places de chant où les mâles paradent en prélude à l’accouplement et une tranquillité absolue lors de la reproduction. La canopée doit être ouverte, à faible recouvrement pour qu’il puisse s’envoler ou atterrir à travers les branches sans se blesser. Vu son poids et la nécessité de se protéger des prédateurs terrestres, Il a besoin de vieux arbres aux branches solides comme dortoirs. de conifères dont il mange les aiguilles, sa nourriture principale et quasi-exclusive en hiver,  des tapis de myrtilliers qui fournissent des baies et des feuilles pour la nourriture des adultes et des insectes pour la nourriture des poussins ( Pour plus de détail se rapporter à Leclercq et al. 2018). Le lynx lui, n’a pas les mêmes exigences, l’essence des arbres n’est pas un facteur clé dès lors que la forêt comporte suffisamment de proies avec des chablis, des zones de régénération denses, des lisières et des chaos rocheux où il peut chasser et se reproduire. L’espace vital du Grand tétras est moins étendu que celui du lynx mais n’est pas pour autant inclus nécessairement dans celui-ci. Les deux espaces peuvent seulement se chevaucher, voir être disjoints  (Lindenmayer et al. 2002 pour l’exposé des divers cas théoriquement possibles). 
 
Des réintroductions et des lâchers de  « renforcement » de population du Lynx, déclaré espèce parapluie ont été effectués dans la plupart des massifs d’Europe occidentale et centrale et il en est prévu de nouveau en France. La « gestion intensive » de cette espèce parapluie recommandée par une « expertise scientifique » est pourtant « une contradiction dans les termes » parce que le reste de la communauté à protéger ne bénéficie pas de ces actions (Simberloff 1998). Renforcer les populations de lynx dans la forêt vosgienne ne profitera pas au Grand tétras qui pourrait même en faire les frais en étant l’objet d’une prédation d’opportunité.
 
Le Grand tétras est lui aussi par ses exigences en matière d’habitat labelisé « espèce parapluie », Les efforts de conservation de cette espèce oblige à préserver les forêts anciennes où se trouvent leurs habitats et par là même les espèces qui s’y trouvent. Du moins en théorie car en pratique … Ce n’est pas du tout ce qui se passe comme on peut le constater dans le cas des Vosges où l’espèce est en danger critique d’extinction et où plusieurs lâchers ont été effectués pour renforcer la population, avec comme je l’ai rappelé un piètre succès, les oiseaux introduits ayant été prédatés. Comme ces oiseaux ont été un apport de nourriture supplémentaire pour les renards ou les martres, on pourrait estimer que les efforts pour conserver une population de tétras s’est révélée favorable aux mésoprédateurs cohabitant dans ce massif. Mais, évidemment, ce n’est pas de cette façon que les gestionnaires voient les choses !
 
Pour avoir une chance de réussite, les lâchers doivent s’accompagner d’une régulation des prédateurs. Dans ces conditions « le taux de survie à un an se situe entre 30 et 80 % » (Génot 2026). Comme les gardes-chasses gèrent le gibier en éliminant les prédateurs, pour réussir à pérenniser la population de grand tétras en la renforçant par des lâchers, les gestionnaires d’espaces sensibles doivent, eux aussi, éliminer la martre des pins, le renard roux, le hibou grand-duc qui ne sont donc pas du tout protégés par les mesures de protection de l’espèce parapluie. C’est même tout le contraire ! Les gestionnaires du Parc naturel régional des Ballons des Vosges n’ont pas osé pratiquer une telle régulation. « Après 3 nichées qui ont échoué à cause d’une prédation, le PNRBV a opté pour l’utilisation de dispositifs d’effarouchement à ultrasons pour la protection nids plutôt que la régulation des prédateurs qui entraînerait une vive réaction des associations de protection de la nature. » relate J. C. Génot qui regrette l’absence de Lynx qui aurait fait le travail de régulation. Il oublie que le lynx lui non plus, ne dédaigne pas le tétras qu’il croque à l’occasion (voir le tableau ci-dessus repris à, Nilsen et al ; 2012).
 
Bref, il faut choisir ce que l’on veut préserver et pourquoi : le lynx, le grand tétras où les lambeaux de vieilles forêts qui subsistent encore et la connectivité des espaces naturels ou semi-naturels. S’il s’agit de ces dernières, autant le faire directement sans recourir à une espèce parapluie, choisie la plupart du temps parmi les espèces charismatiques ou rendues telles par les campagnes de markéting des plans de réintroductions.
 
D’autant que le choix parmi toutes les espèces connues qui résident sur un territoire de celle que l’on va promouvoir ne peut qu’être arbitraire si, suivant Lindenmayer et al. 2002, on généralise les résultats obtenus par Andelman et Fagan (2000), résultats qui ont été obtenus à partir des bases de données sur la biodiversité de la végétation côtière de Californie du Sud, de l'écorégion du plateau de Columbia et du territoire continental des États-Unis. Ils ont évalué l'efficacité des espèces parapluie et d'autres systèmes de substitution basés sur la taxonomie. Leur résultats sont plutôt décevant pour les gestionnaires qui tablaient sur ces espèces pour établir leurs politiques de conservation : aucun de ces systèmes ne permettrait de recouvrir plus d'espèces ni de mieux protéger l'habitat que des espèces sélectionnées au hasard.
 
C’est donc bien que,  comme l’affirmait Simberloff( 1998) : « Faute de mieux, often vertebrate species are chosen as indicators simply because they are so charismatic that a manager feels obliged to monitor them anyway and nourishes the vague hope that such a 'flagship species' […] will fortuitously reflect the health of the entire system.[ Faute de mieux, on choisit souvent des espèces vertébrées comme indicateurs simplement parce qu’elles sont si charismatiques qu’un gestionnaire se sent obligé de les surveiller de toute façon et nourrit le vague espoir qu’une telle « espèce drapeau » reflète par hasard la santé de l’ensemble du système.] »
 
Mais pourquoi donc faire un détour par une espèce parapluie ou qu’on juge telle si on cherche simplement à préserver les vieilles forêts de nos massif ou assurer la connectivité des milieux semi-naturels ou naturels. Cesserions nous d’exiger des écoducs s’il n’y avait pas de lynx ? La réponse est évidemment non puisque l’on en a construit sur des autoroutes traversant des forêts où cette espèce n’était ni présente ni attendue. Le public peut être sensibilisé et accepter qu’une part de ses impôts aille à la protection de la biodiversité sans qu’on ait besoin de mettre en avant un lynx, un loup, ou je ne sais quel animal pour faire la quête. 
 
 
Le lynx serait une espèce parapluie du seul fait qu’il a besoin d’un grand domaine vital, ce qui est très faible et très insuffisant comme justification. Mais admettons ! L’argument justifiant la réintroduction du lynx ou le renforcement de ses populations en France parce qu’il serait une espèce parapluie ne vaut que ce que vaut ce concept comme outil d’aide à la conservation de la biodiversité et à la restauration d’écosystème, c’est-à-dire bien peu. Bref, il faudrait trouver autre chose pour justifier rationnellement tous ces plans qui visent à pérenniser sa présence en France, son statut de strictement protégé dans l’Union Européenne alors qu’au niveau mondial, il ne fait l’objet que de « préoccupation mineure », exactement comme son ennemi le renard pourtant classé ESOD en France, donc tiré, piégé, déterré en toute saison. Le renard veut manger la poule,  je défends la poule : BIEN / Le lynx veut manger la poule, je défends la poule  : PAS BIEN
 
 
  Avec toutes les médailles que les plans de sauvegarde du lynx attribuent à ce félin, on barbote en plein arbitraire et incohérence. 

Le lynx en tant que clé de voûte est supposé préserver les arbres, les sous-strates arbustives et herbacées par cascades trophiques en prédatant les chevreuils mais dans le même temps, ces chevreuils sont censés être protégés par ce même lynx en tant qu’espèce parapluie puisque vivant dans le même espace préservé que lui.
 
En s'appuyant sur des modélisations mathématiques rigoureuses du couple lynx-chevreuil,  Carpentier et al. 2026 ont démontré que la prédation du lynx sur le chevreuil est constamment forte, même quand la densité de chevreuils baisse, car le lynx cible particulièrement les individus reproducteurs, ce type de prédation étant additive et non compensatrice, c’est-à-dire qu’elle s’ajoute aux autres causes de mortalité et ne s’y substitue pas. Ce résultat contredit les affirmations des adulateurs du lynx, par exemple Bruno Ulrich, vice-président du GEPMA (Groupe d’étude et de protection des mammifères d’Alsace) qui avait déclaré au Journal 20 minutes «Mais il [le lynx] va s’attaquer aux plus faibles et va laisser les plus belles et robustes proies dans la nature, celles qui intéressent les chasseurs », reprenant une contre-vérité en vogue dans le milieu naturaliste français.
 
De plus Carpentier et al. montrent également que si on protège strictement le lynx, le chevreuil décline et que l’état des populations devient préoccupant à terme. Cecile Carpentier et ses cosignataires dont Olivier Gimenez directeur de recherche au CNRS à Montpellier, grand spécialiste français des modèles de population de grands carnivores, proposent une gestion adaptative par la chasse des DEUX espèces. Donc si l’on suit ces auteurs, le lynx n’a pas à être sanctuarisé et il doit pouvoir être régulé par la chasse dans certaines conditions (gestion adaptative), le système ne se régulant pas tout seul sans intervention humaine. C’est toute la philosophie du rewilding, de la restauration d’une nature qui en santé s’autorégule sans intervention humaine hormis quelques « coups de pouces » comme les réintroductions qui est remise en question, certes sur un cas particulier mais qui fonctionne, à tout le moins, comme un contre-exemple gênant.
 
Ce n’est pas non plus parce qu’il partage une partie de l’espace vital du lynx que le renard roux est protégé dans tous les cas, puisqu’il y a des lieux en Suède où cette cohabitation aurait induit un déclin des populations de renards. Par prédation directe mais aussi à cause du paysage de la peur instauré par l’espèce parapluie carnivore qui les inciterait à adopter un comportement d’évitement qui les excluraient du territoire protégé.  Certes, cette supposition n’a pas de preuves robustes et ne fonctionne pas dans les paysages fortement anthropisés comme je l’ai rappelé plus haut, mais on voit que les différentes hypothèses qui sont faites sur le lynx ne sont pas cohérentes entre elles. On ne peut espérer d’un côté que le lynx en tant qu’espèce clé de voûte fera décliner la population de renards et supposer qu’en tant qu’espèce parapluie, il protégera cette population si on le protège !
 
Le lynx a plus de difficulté pour tuer les martres des pins car celles-ci trouvent leur salut en grimpant dans les arbres jusqu’à des branches sur lesquels le lynx ne peut s’aventurer à cause de son poids et où elle est en sécurité. Cependant dans son cas aussi, on ne peut pas dire qu’en protégeant le lynx, on la protège. De façon plus générale l’espace parapluie lynx ne protège pas les mésocarnivores sympatriques, il les tue ou cherche à les tuer. Ils ne sont pas protégés par l’espèce parapluie. En fait pour les gestionnaires d’espace protégés comme pour la plupart des biologistes de la conservation lorsqu’ils affirment qu’en protégeant une espèce parapluie, sont protégées les espèces partageant son territoire, il faut comprendre que, quoi qu'ils en disent, il ne s'agit pas de TOUTES les espèces qui y vivent, seulement les espèces patrimoniales et celles en danger d’extinction qui ont besoin des biologistes de la conservation et  des restaurateurs d’écosystème pour assurer leur survie,  ce qui n’est le cas ni du renard roux, ni de la martre des pins, ni du blaireau ou du sanglier, espèces qui se débrouillent très bien toutes seules, trop bien même aux yeux de ces médecins de la nature et ne sont pas en danger, du moins pas encore ….
 
Le renard roux, c’est le mal aimé. Cela transparait dans presque tous les articles des biologistes de la conservation européens, notamment Fennoscandiens traitant du couple lynx/renard avec l’espoir mal dissimulé que le lynx pourra débarrasser au moins les espaces naturels de la prolifération de ce goupil. En France, Génot 2026 regrette l’absence de Lynx pour réguler les renards dans les Vosges. Le renard roux est même considéré comme une espèce invasive dans des articles (Norén et al. 2017 par exemple)  qui traitent de l’extension du renard roux de la taïga à la toundra, oubliant que dans des épisodes de réchauffement du climat passé, le renard roux était présent dans la toundra et qu’il ne fait qu’y revenir.  Norén et al. 2017 voient même dans le renard roux nouvel habitant de ces zones un vecteur de maladies transmissibles au renard polaire, un peu comme les européens débarquant sur le continent américain et contaminant les peuples premiers non immunisés contre des infections virales et bactériennes graves venues d’Eurasie et d’Afrique: variole, grippe, typhus, choléra, peste, oreillons, rougeole ou encore rubéole( sur ce   choc épidémiologique Cf. Havard 2012) ; dans le cas du renard roux,  ce serait la gale sarcoptique (Sarcoptes scabiei) et le ténia du renard (Echinococcus multilocularis), la rage arctique (Arctic Fox Rabies Virus Variant. En fait les choses sont un peu plus complexes et c’est là que l’on voit le parti pris des auteurs. Pour résumer : le renard roux transmet la gale sarcoptique au renard polaire mais c’est le renard polaire qui infecte le renard roux dans le cas de la rage arctique, celui-ci ne faisant au mieux qu’amplifier l’épidémie en retour chez le polaire qui en reste le réservoir notamment dans les populations à densité de renards polaires relativement élevée. Quant à l’échinococcose, les deux en sont un réservoir avant leur rencontre et ils supportent bien cette infection alors que ce n’est pas le cas de l’humain (Simon et al. 2019).  D’autres chercheurs, notamment canadiens, ne sont pas aussi alarmistes et considèrent qu’une coexistence est possible (Moisan et al. 2023).
 
Ceci met en lumière la contradiction fondamentale qui est à la base de la biologie de la conservation, cette « discipline de crise » selon la qualification de Barbaut (1997)  vole au secours non pas de la nature mais de ce qu’elle estime que la nature doit être : d’un côté, la nostalgie de la wilderness qui donne de la couleur aux valeurs des éthiques écocentrées ou biocentrées, où doit s’effacer l’humain, élément perturbateur tant sens neutre de l’écologie qu’au sens connoté péjorativement de ces éthiques ; et d’un autre côté, une biodiversité choisie et pilotée selon les a priori de ces « secouristes » qui prétendent la restaurer.
 
La nature, elle, n’a pas de préférence pour le Lynx plutôt que le renard roux, pour le renard polaire plutôt que pour le renard roux , pour le lynx plutôt que pour la poule ou l’humaine qui la défend. La nature n’a rien à conserver ou à préserver. Elle est comme elle est et comme elle sera.
 

Références
 
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van Beeck Calkoen Suzanne T. S. 2022 « Humans rather than Eurasian lynx (Lynx lynx) shape ungulate browsing patterns in a temperate forest » Ecosphere. 2022;13:e3931. https://doi.org/10.1002/ecs2.3931  
 
 
Abstract
 
This article critiques the strict protection measures and reintroduction projects for the lynx in France. The ecological arguments often put forward—key species, umbrella species, or flagship species—are weak, largely irrelevant, and inconsistent with one another. In European landscapes heavily transformed by humans, the lynx does not effectively regulate ecosystems, does not guarantee the protection of other species, and comes into conflict with livestock farming, hunting, and certain protected species. The article concludes that existing lynx populations should be respected but not placed in sanctuaries. Furthermore, using this specific case as an example, it highlights the dilemma of conservation biology when the goal is no longer simply to conserve and restore a damaged natural environment but to actively manage it.  

 

Vendredi 10 Juillet 2026 Commentaires (0)
Si les contributions des Français sont de loin les plus nombreuses, c’est parce que l’association qui veut tuer l’élevage et imposer le véganisme en France, L 214 pour ne pas la nommer, avait ameuté ses troupes pour qu’elles se prononcent en faveur d’une réduction drastique de l’élevage, dans la ligne de son ridicule « sauvetage du siècle ». L. 214 leur avait fourni le texte de la contribution à poster sur le site de la consultation tel quel ou « personnalisé » .  Plus d’une centaine de ces animalistes ont donc copié le message prémâché sur le registre de la consultation. Ces contributions identiques à quelques nuances ont pollué le débat. Une consultation n’est pas un vote et répéter cent fois et plus la même chose ne fait pas avancer mais patiner le débat. Quant au nombre, la contribution d’une personne dument mandatée d’une association européenne parlant au nom de plusieurs milliers d’éleveurs a plus de poids qu’une centaine de perroquets répétant un même message outrancier. Si l’on ne tient pas compte de ces contributions lassantes à force d’être répétitives, les réflexions et prises de postions sont très intéressantes à consulter ainsi bien entendu que le texte introductif de la Commission.
Voici le lien : https://ec.europa.eu/info/law/better-regulation/have-your-say/initiatives/16832-Strategie-de-lUE-en-matiere-delevage_fr
Je donne ci-dessous le texte de ma contribution (avec quelques corrections mineures de forme que j’ai apportées en la relisant pour la publier sur le blog).
 
Ma contribution comprendra deux parties.
1 – exposé des motifs justifiant les mesures proposées
2 – Les mesures
Le bien-être animal est une chose, le bien-être de l’éleveur et des ouvriers agricoles en est une autre et c’est celle qui devrait être prioritaire. Leur bien-être passe d’abord par un revenu confortable et une attention particulière à la pénibilité des tâches, à porter l’accent sur la prévention des maladies professionnelles, leurs détections précoces et leur traitement. L’assurance de pouvoir continuer l’exploitation familiale et de pouvoir en vivre dignement sera la meilleure prévention pour ce qui est de la santé psychique des exploitants et permettra de juguler « l’épidémie de suicides » qui frappe la profession.
Je regrette que ne soient pas abordés en priorité ces sujets alors que la Commission met en avant le bien-être animal, le problème des gaz à effet de serre et de la conservation de la biodiversité, la santé de la planète donc, avant celle des éleveurs, travailleurs agricoles, bergers … le bien-être du producteur et de ses salariés n’a jamais été indiqué sur l’étiquette et le bien-être animal s’il est parfois, ajoute un coût qu’il revient au consommateur de payer.
Autre point passé sous silence les prédateurs, leur protection, leur introduction qui vont à l’encontre de l’élevage en plein air qui doit être recherché comme le plus vertueux pour la planète comme pour les humains. Il faut mais ne suffit pas indemniser les éleveurs. La vraie solution est ailleurs. En France une fois le loup disparu, les écosystèmes ne se sont pas effondrés. C’est avec son retour que des problèmes sont réapparus. Il faudra être clair sur cette question des prédateurs. L’affaiblissement de la protection du loup est un bon début, mais ce n’est qu’n début.
Comment concilier cette affirmation de la Commission selon laquelle « les normes élevées de l’UE entraînent des coûts qui ne sont pas toujours rémunérés par le marché » avec son obstination à vouloir  « toujours plus de marché » ? Comme si ce « marché » était la solution alors qu’il est le problème ! Un marché non régulé et non encadré est incompatible avec des normes élevées sociales, environnementales et de bien-être animal car c’est ce marché qui tend à la destruction d’une agriculture familiale, au nivellement par le bas des normes et au gigantisme des exploitations dans une optique de profit et de concurrence.
 Les clauses miroirs sont une illusion car inapplicables de façon efficaces dans le réel avec les moyens de contrôle dont on dispose aujourd’hui. Elles sont tout juste bonne à calmer la colère des paysans européens. Après avoir signé le Mercosur,  permis l’entrée sans contrainte des produits de l’agriculture et de l’élevage ukrainien et vouloir faire adhérer ce pays en levant toutes les exigences, la Commission est bien peu crédible lorsqu’elle prétend assurer la pérennité de l’agriculture et de l’élevage. Sous ses grands mots et jargon de technocrates, je vois se profiler la mise à mort de l’élevage paysan et des exploitations familiales au profit de fermes industrielles tournées moins vers notre suffisance alimentaire à base de produits sains que vers un marché mondial concurrentiel dominé par les grands groupes de l’agroalimentaire avec comme seul but et valeur que le profit. Tout cela au nom d’une concurrence libre et non faussée entre les exploitations des pays membres.
J’y vois aussi une atteinte de plus à la souveraineté des états membres en matière d’autosuffisance alimentaire, de soutien à ses territoires défavorisés et à ses exploitations familiales, à son agriculture qui n’est pas seulement une activité économique mais touche à leur identité. On vous a déjà vu avec les règlements sur les fromages et combien il a fallu se battre pour que l’on puisse continuer à proposer aux consommateurs les fromages qui sont dans toute leur diversité, l’un des joyaux de notre table et de notre art de vivre en France.
Enfin je crains que cette consultation avec le résumé qui l’introduit soit une perche tendue aux ONG animalistes et véganes, en fait des lobbies qui rameutent leurs troupes pour planter un nouveau clou dans le cercueil qu’ils construisent pour l’élevage dont ils veulent la disparition. Il suffit de voir combien de contributions issues d’un même texte de base conçu par une IA inondent et polluent cet appel à contribution.
2 – les mesures :
  • Garantir la pérennité des fermes d’élevage familiales et inciter éventuellement les très petites à s’associer, en tout cas les soutenir pour qu’elles restent économiquement viables,
  • Subventionner le pâturage pour les bovins et caprins et le maintien de prairies permanentes pour la sauvegarde des paysages, la protection de la biodiversité, l’atténuation des émissions de carbone et leur compensation, la production d’une viande et des produits laitiers de qualité accessible à tous
  • Aide structurelle à l’élevage de montagne pour les mêmes raisons + le tourisme  
  • Répercussion obligatoire sur le prix payé par le consommateur des coûts supplémentaires induits par les mesures de bien-être animal et calibration des mesures obligatoires en fonction des coûts supportables par le consommateur et en fonction d’exigences réalistes pour les éleveurs (ne remettant pas en cause la viabilité économique de leur exploitation, y compris les plus petites)
  • Stopper l’augmentation des populations de loups en favorisant leur régulation là où il y a des troupeaux et stopper toutes les introductions d’ours et de lynx, chats forestiers et autres prédateurs sans dérogation possible sous prétexte de viabilité des populations, consanguinité ou tout autre motif.
  • Devenir plus compétitif sans clauses miroir complètes et sans que l’on se donne les moyens matériels et humains de les appliquer, c’est le nivellement par le bas ou la mort de l’élevage. Il faut donc se donner vraiment les moyens en la matière avec obligation de résultat et la tâche est colossale !
  • N’accepter sur le marché intérieur les produits ukrainiens que lorsqu’ils seront produits conformément aux normes de l’UE en application des clauses miroirs qui doivent s’appliquer également dans ce cas (y compris sur les salaires et conditions de travail)
  • La politique agricole doit voir son budget conforté et sanctuarisé. Pas de réaffectation des fonds destinés à l’agriculture et à l’élevage aux politiques de défense et pour le soutien à l’Ukraine.
  • Laisser des larges marges de manœuvre pour les pays et les territoires.
  • Contrecarrer par la réalisations de campagnes d’information le dénigrement des éleveurs, de l’élevage et de ses produits.

Jeudi 23 Avril 2026 Commentaires (0)

En attaquant l’Iran, Trump n’innove pas. Il ne fait qu’inscrire ses pas dans ceux de ses prédécesseurs dans le sang des guerres qu’ils provoquent et que bien souvent …ils finissent par perdre.
La preuve avec ce post du Vietnamien Sony Thăng sur X, cette messagerie infernale que l’Union Européenne cherche à interdire par tout prix, en particulier au prix de la liberté d’expression.


« Lorsqu'on a demandé à Eisenhower pourquoi les États-Unis n'avaient pas autorisé les élections de réunification vietnamienne de 1956 convenues à Genève, il a répondu avec une franchise inhabituelle. Il a déclaré que si des élections avaient lieu, Hô Chi Minh l'emporterait avec environ 80 % des voix. Ils ont donc annulé les élections.
Pensez-y chaque fois qu'un homme politique américain parle de « promouvoir la démocratie ». Ils ont annulé l'élection démocratique parce que la « mauvaise » personne aurait gagné.
Ils passèrent ensuite les deux décennies suivantes à tuer des gens pour empêcher le gouvernement qui aurait été démocratiquement élu de prendre le pouvoir. Et ils ont qualifié l'autre camp d'antidémocratique.
Il ne s'agit pas d'histoire ancienne. C’est cette logique qui régit encore aujourd’hui toutes les opérations de « promotion de la démocratie ». La démocratie est acceptable lorsqu'elle produit les « bons » résultats. Si cela ne se produit pas, vous annulez les élections, soutenez un coup d'État, financez l'opposition, imposez des sanctions et qualifiez le gouvernement que le peuple a en réalité choisi de « dictature ». Le Vietnam a complètement mis à nu cette logique. Pas avec des arguments. Avec une histoire. Avec la recette. »
 

Dimanche 22 Mars 2026 Commentaires (0)

Lisez cette analyse et réfléchissez bien. En tout cas, la réponse à la question posée à la fin de cette citation est très claire pour moi et depuis longtemps : Israël est un état dangereux non seulement pour ses voisins mais pour la planète entière. En revanche, l'Iran même si c'est une théocratie ne l'est pas et ne l'a jamais été.


« L'Iran n'a jamais envisagé de lancer une attaque non provoquée contre l'Europe. Israël, en revanche, a passé des décennies à théoriser ce qu'on appelle «l'option Samson».
 L'historien militaire israélien Martin van Creveld l'a exprimé sans détour en 2003 : « Nous possédons plusieurs centaines d'ogives nucléaires et de missiles, et nous pouvons les lancer sur des cibles dans toutes les directions, peut-être même sur Rome. La plupart des capitales européennes sont des cibles pour notre aviation… Nous avons la capacité d'entraîner le monde dans notre chute. Et je peux vous assurer que cela se produira avant qu'Israël ne s'effondre. »
Qui représente désormais une véritable menace pour le monde ? Un pays qui n'a jamais mené que des guerres défensives, ou un régime d'apartheid expansionniste ayant un passé documenté de génocide et ouvertement prêt à se retourner contre ses propres alliés dès que leur soutien faiblit ? »
Reza Nasri, sur X le 21/03/2026

Samedi 21 Mars 2026 Commentaires (0)

« Il est «impensable» que la gauche «cultive le moindre doute» sur une «possible alliance avec La France insoumise» à l’élection présidentielle de 2027, a affirmé Raphaël Glucksmann au sujet de la mort d’un militant identitaire dans des conditions pas encore bien élucidées mais dont il s’empresse de rendre LFI coupable, emboîtant le pas des responsables politiques de droite et d’extrême droite ; récupération mesquine et honteuse d’un fait divers dramatique. Il considère qu’il y a «une responsabilité de tous les dirigeants politiques qui attisent la haine, y compris ceux de la France insoumise». La gauche à la sauce de cet ancien conseiller de dictateur, c’est une droite pire que la droite extrême parce qu’elle ne dit pas son nom, qu’elle exploite de façon éhontée ce drame pour diviser, parce qu’elle avance masquée et qu’elle trompe les gens.


Certes, dans un pays civilisé, on ne lynche pas des gens, ce comportement de horde barbare est inacceptable. La violence dont ont fait preuve certains antifas contre le jeune identitaire est condamnable si compte tenu de ce que l’on sait, il est vraisemblable que ce sont des antifas qui sont responsables des coups qui ont causé la mort du militant Identitaire bien que dans cette rixe, la question de savoir quel groupe a déclenché la bagarre reste à déterminer.   Quoi qu’il en soit, il n’en reste pas moins qu’il s’agissait pour le collectif « Némésis » de venir,« protégé » par des « Identitaires » perturber la conférence de la députée franco-palestinienne Rima Hassan ; « Némésis » un collectif qui se dit pacifiste, mais est néanmoins sioniste ! Beaucoup de médias oublient de le rappeler.

Au sujet du sionisme et de Gaza, la position de ce défenseur des droits humains à géométrie variable qu’est R. Glucksman n’est pas très éloignée de celle de ce collectif « Némésis » et de ses « protecteurs » identitaires pour ce qui concerne la politique du gouvernement israélien et les agissements en conséquence de sa soldatesque.

On l’a peu entendu sur le génocide en cours, ou sur les exactions des colons et de l’armée israélienne en Cisjordanie. Il s’est borné lors de ses rares interventions à critiquer les positons de LFI sur ces sujets et à rejeter le terme de « génocide » pour qualifier les agissements d’Israël dans la bande de Gaza.

En revanche, ses votes parlent d’eux-mêmes. Lors de la discussion de la résolution du 19 octobre2023 sur Gaza au Parlement européen il a voté :
● Contre un amendement demandant « la libération immédiate des 5 200 prisonniers politiques palestiniens détenus dans des prisons israéliennes, à commencer par les 170 enfants placés en détention par Israël »
● Contre l’amendement demandant de reconnaître que les violences ne sont pas survenues dans le vide et sont le fruit d’un conflit de longue date et d’une occupation qui dure depuis 56 ans, sans perspective d’issue politique, citant les propos du secrétaire de l’ONU lui-même ;
● Contre l’amendement condamnant les « poursuites et l’interdiction des organisations pacifiques et des symboles de solidarité avec le peuple palestinien dans l’Union » et invitant » les Etats membres concernés à revenir immédiatement sur ces décisions » ;
● Contre la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël jusqu'à ce que cessent les attaques contre la bande de Gaza et que des garanties claires soient apportées sur la fin des violations systématiques des droits de l’Homme que subit la population palestinienne ».

Que le lecteur en conclue ce qu’il voudra. Mais il n’est pas très étonnant que Glucksmann ne répugne pas à se servir de ces échauffourées pour attaquer une fois de plus LFI sur Gaza comme le font les partis et officines de droite et d’extrême droite relayés par les médias des milliardaires et marchands de canons.
 

Mardi 17 Février 2026 Commentaires (0)

Pour compléter mon article sur la taxe carbone, j’avais prévu d’écrire un second article sur les Certificats d’énergie qui font grimper les factures d’énergie des particuliers. Mais il y a déjà sur ce sujet deux excellents articles de la revue 60 millions de consommateurs.
Je renvoie donc mes lecteurs à ces deux articles et me borne ici à donner un extrait de l’un d’eux et les liens pour les lire.
Lisez-les et vous comprendrez aussi pourquoi le gouvernement avec la complicité d’un Sénat très à droite a signé l’arrêt de mort de l’Institut National de la Consommation avec la disparition de sa revue « 60 millions de consommateurs » ou sa vente au privé. Ce qui reviendrait au même car cela serait la fin de son indépendance, une indépendance nécessaire pour informer objectivement les consommateurs.
Je conseille également de les enregistrer car l’avenir du site et de la revue est incertain.


● De 25 à 130 euros de plus en 2026 : pourquoi vos factures d’énergie vont grimper
« Les factures de carburant, de gaz, de fioul et d’électricité vont augmenter en 2026. Pas à cause d’une taxe ou de la hausse des matières premières. Mais du fait d’un mécanisme opaque : celui des certificats d’économie d’énergie(CEE), une aide privée à la transition énergétique créée en 2005. Ce mécanisme oblige les fournisseurs d’électricité, de gaz, de fioul ou de carburants, à participer au financement d’actions d’économies d’énergie auprès de particuliers, de professionnels ou de collectivités locales sous peine de sanctions financières.
Comment est financé ce système ? Pas de mystère : EDF, Engie, Eni ou Total répercutent les coûts sur les factures de tous les consommateurs. Ainsi, vous ne le savez peut-être pas, mais en faisant le plein ou en réglant vos factures d’énergie, vous contribuez depuis déjà 20 ans au financement des travaux de votre voisin ou de l’usine de votre ville. Et cela pose plus d’un problème. »
 La suite c’est ici
 
Voir aussi «Leasing social, prime auto, MaPrimeRénov’ : ces aides financées par… les consommateurs » ici  
 
●● Et surtout signez la pétition «  Sauvons 60 millions de consommateurs » qui a déjà reçu plus de 120 000 signatures  ici
 

Mercredi 11 Février 2026 Commentaires (0)

« Fin du monde, fin de mois, même combat ! » Slogan inepte s’il en est ! La fin du monde n’est pas pour demain alors que les fins de mois difficiles, pour beaucoup de gens, c’est aujourd’hui. Et ces fins de mois, elles risquent de l’être de plus en plus, difficiles ! La diabolisation du CO2 y sera pour beaucoup. Car pour conjurer une fin du monde fantasmée due aux GES « gaz à effet de serre », l’état et/ou l’UE veulent imposer avec un autoritarisme qui s’aggrave de jours en jours une « transition écologique » réduite pour l’essentiel à une « transition énergétique » qui impactera les classes populaires et une large fraction des classes moyennes alors qu’elle remplira les poches du « capitalisme vert ». J’envisagerai ici deux mesures emblématiques : la taxe carbone dans cet article, l’augmentation du coût des certificats d’économie d’énergie dans un second. Cette augmentation permet d’alourdir la fiscalité sur l’énergie en contournant le gel depuis 2019 du montant de la taxe carbone, gel qui a été obtenu grâce au soulèvement des Gilets jaune et auquel jusqu’à aujourd’hui les gouvernements successifs n’ont pas osé toucher. Mais demain ?


Pour réaliser à marche forcée cette fumeuse transition, l’Etat et/ou l’UE ont recours à toute une batterie de règlements, normes et interdictions. Sans oublier l’impôt. Le plus fameux d’entre eux est la taxe carbone contre laquelle se sont soulevés les Gilets Jaunes. Ils ont subi une répression d’une violence sans précédent, digne des régimes les plus liberticides. La taxe carbone, baptisée « Contribution climat énergie (CCE) » en France, n’a pas été supprimée mais grâce aux Gilets jaunes elle a été figée à 44,6 €/t de CO2 alors qu’il était prévu initialement que son montant augmente régulièrement pour atteindre 55€/tCO2 en 2019, 86€/tCO2 en 2022 et 100€/tCO2 en 2030.  A ce titre ils devraient être chaleureusement remerciés au lieu d’être traités par le mépris par ceux qui se croient les élites de la nation et ne sont que les chiens et chiennes de garde de l’ordre établi et de la pensée unique avec ses clercs, mandarins, philosophes, scientifiques, économistes, climatologues, sociologues, politologues et journalistes...Mais attention ! Ni l’Etat, ni l’UE n’ont abandonné la partie. L’objectif de 100€ la tonne en 2030 n’est pas remis en cause. De concert avec les partis écologistes et des ONG environnementalistes, des comités Théodule divers et variés font pression pour la réactivation de la CCE et certains voudraient même une augmentation plus forte et plus rapide de cette taxe.
Il s’agit selon les réchauffistes carbocentristes d’agir « pour le climat » en limitant les émissions de CO2 anthropique supposées le dérégler. Dans cette optique, avec la CCE, on espère les réduire en dissuadant les gens d’utiliser des véhicules particuliers à moteur thermique. Pour ceux qui ne peuvent les remplacer par des véhicules électriques hors de prix, la CEE à des taux exorbitants les obligeraient  soit d’opter pour des transports en commun sans s’inquiéter qu’en dehors de Paris et la petite couronne,  ce mode de transport ne peut se substituer à service égal au véhicule particulier,  soit de se convertir  aux « mobilités actives » qui ne valent que pour des personnes, jeunes, en bonne santé, par beau temps et sur de courtes distances…Quant à ceux qui n’ont pas de transports en commun près de chez eux, qui sont trop vieux ou en trop mauvaise santé pour faire du vélo ou des kilomètres à pied,  qu’ils restent chez eux, qu’ils payent ou se débrouillent, il y a urgence écologique !
Toujours dans cette optique de limiter les émissions de CO2, gaz nécessaire à la photosynthèse mais vu comme un polluant déréglant un climat qui n’a jamais été réglé, la CCE est aussi un élément pour contraindre les gens à d’onéreuses rénovations énergétiques, à remplacer leurs chaudières par des pompes à chaleur hors de prix , etc. Mais pour le faire encore faut-il être propriétaire d’un logement individuel car ceux qui ne le sont pas sont dépendants de leurs copropriétaires ou pire de leur bailleur, pour les locataires ! Qu’importe, le tonneau percé qu’est devenu l’Etat encaissera le produit de la taxe.
Tout cela aurait dû passer sans trop de difficultés car il y a là un noble motif : c’est pour le bien de la planète (qui en a vu d’autres et se passerait facilement de notre espèce) et des générations futures  (mais sans souci des générations présentes auxquelles on inculque un catastrophisme climatique délirant pourvoyeur d’une angoisse existentielle qui n’a aucune raison d’être). ET bien non, ça ne passe pas. Et comme ça ne passe pas, il n’y a plus que deux solutions : contraindre les gens à défaut de pouvoir les rouler dans la farine. Les écolos qui ne sont pas à un reniement près, appellent ce déni de démocratie, un courage politique 

Gaël Callonnec et al. 2019 La contribution climat-solidarité, Fiche technique, ADME
Gaël Callonnec et al. 2019 La contribution climat-solidarité, Fiche technique, ADME
Le graphique ci-contre montre à quoi grâce aux Gilets Jaunes les Français ont échappé, du moins jusqu’à présent.  Il est repris à l’ADME. La courbe orange concoctée par ses services est censée indiquer la progression des montants de la taxe qu’il faudrait imposer pour obtenir une diminution de 40% des émissions de GES ( à condition qu’elle soit conjugué avec les autres mesures du projet de Stratégie Nationale Bas Carbone 2 !) . La courbe en bleue donne la trajectoire du projet de loi des finances pour 1998 qui a capotée suite au soulèvement des Gilets Jaunes et la courbe en gris, la trajectoire de cette taxe depuis.
Avec ce graphique l’ADEME ne voulait évidemment pas mettre en évidence ce qu’aurait couté aux ménages l’évolution prévue de la taxe, surtout à ceux qui se chauffent, cuisinent au gaz ou au fioul et utilisent beaucoup leur voiture à essence ou diesel. Tout au contraire, elle voulait donner du grain à moudre aux carbocentristes, aux « activistes du climat » en mettant en évidence l’écart entre ce qu’il faudrait faire mais qui de toute façon ne l’aurait pas été à cause d’une loi trop timorée et la catastrophe que représente l’abandon dû aux Gilets Jaunes de la trajectoire à la hausse. En fait, face au rejet de tout alourdissement de la fiscalité énergétique par les Français, on voit combien l’objectif d’une réduction de 40% des émissions de carbone en 2030 est irréaliste. Mais cela l’ADEME ne veut pas l’entendre et le gouvernement non plus.
La taxe carbone est incluse comme composante carbone dans les taxes composantes des prix des énergies fossiles achetées pour se déplacer, se chauffer, etc. Tout le monde l’acquitte quel que soit son revenu. Comme les ménages les plus riches vivent dans des surfaces plus importantes que la moyenne, se déplacent plus fréquemment, le montant de la taxe carbone est plus important dans leur budget que  dans celui des moins favorisés. Emettant plus de GES, ils payent plus, conformément au principe du « pollueur, payeur », un des principes de la fiscalité écologique. Mais ce principe ne prend pas en compte, le taux d’effort, c’est-à-dire le pourcentage du budget du ménage alloué à cette taxe. Ce taux d’effort est 2,7 fois en moyenne plus faible pour les 10% les plus aisés que pour les 10% les plus pauvres. En d’autres termes, alors que pour les riches, cette taxe est négligeable, pour les plus pauvres, elle pèse lourd et porte atteinte à leur niveau de vie.
 
Le mouvement des Gilets jaunes a obligé les instances dirigeantes du pays, les partis écologistes et les ONG environnementalistes à reconnaître que cette taxe honnie était injuste socialement. Dans une note de mars 2019 le CAE [Conseil d’analyse économique] – une instance placée auprès du premier ministre réalisant des études économiques pour le gouvernement – a reconnu que les ménages les plus pauvres sont ceux pour qui cette fiscalité pèse le plus lourd en part du revenu disponible. Il souligne également que les ménages ruraux sont beaucoup plus affectés que ceux de l’agglomération parisienne. Pour la rendre plus « juste » dans l’espoir de la rendre plus acceptable par la population, le CAE propose dans cette note de redistribuer « les nouvelles recettes de la taxe carbone supportée par les ménages avec des transferts décroissants avec les revenus et prenant en compte les disparités géographiques ».
Evidemment les ONG activistes du climat et l’ADME acquise à leur cause s’empressent de reprendre à leur compte ces propositions du CAE. Leur nouveau mot d’ordre pour faire accepter la taxe carbone met en avant cette redistribution en fonction des revenus. Le Réseau Action Climat nomme « revenu climat » le montant de la redistribution, un revenu climat qui devient négatif pour les ménages « favorisés ». Sont favorisés selon eux tous les ménages dont le revenu dépasse le revenu médian. Une partie de la recette générée serait reversée aux plus pauvres (les premiers déciles) ; les reversements devant être au moins aussi élevés que la dépense et modulés en fonction des revenus, de la taille du foyer et du lieu de vie.  Pour les autres le remboursement n’est plus que d’un certain pourcentage de leur contribution, pourcentage d’autant plus faible que le revenu est élevé et nul pour les plus riches.

Taxe Carbone figée à 44,6 €/t de CO2 aujourd’hui, à 100€/t demain ?
Le graphique ci-contre montre une hypothèse concoctée par l’ADME avec une redistribution forfaitaire modulée selon les revenus qui décroit selon les déciles pour devenir négative à partir du médian, nulle pour les 10% les plus aisés. Selon ce scénario, les premiers 10% des plus pauvres percevraient un montant moyen plus de deux fois supérieure à sa contribution moyenne et tous les déciles jusqu’aumédian auraient une allocation supérieure à leur contribution, cela pour assurer que l’allocation soit supérieure à la contribution, quels que soient leur lieu d’habitation, leurs modes de chauffage et de déplacements.
Cet habillage de la taxe carbone est bien fait pour plaire à ceux qui clament « Fin du monde, fin du mois, même combat » puisque que ce sont les «riches » qui paieront. Mais pour cela, il faut une majorité politique assurée faite de politiciens qui ne soient pas versatiles et qui ne soient pas tentés devant l’état des finances du pays d’utiliser à d’autres fins le produit de cette taxe, une fois inclus dans le budget général comme il doit l’être en vertu du principe de non-affectation des recettes.  Sans compter que le budget est voté chaque année et que les majorités sont changeantes, il faudrait être bien naïf pour leur faire confiance. La vignette automobile est l’un des exemples qui le prouve. Elle a été créée en 1956 par le gouvernement de Guy Mollet initialement pour abonder un « fond national de solidarité » afin de garantir un revenu minimum à toutes les personnes âgées de plus de 65 ans, sans grever d’avantage les finances du pays qui étaient gravement déficitaires, comme aujourd’hui. Au fil du temps, le produit réintroduit dans le budget général a servi à tout autre chose. Devenue une taxe départementale, elle sera supprimée en 2005. Dans le cas de la taxe carbone, la contribution risque fort de rester pérenne et l’habillage, c’est-à-dire la redistribution, caduque.
Et pourtant on peut douter de son efficacité, quoi qu’en disent certains économistes, l’ADEME et les écologistes. Elle fait partie de ces taxes qui sont des « signal-prix » censées permettre de modifier le comportement des gens, en la circonstance adopter des produits ou des conduites moins émetteurs de GES. Si elle augmente selon la trajectoire initialement prévue, la taxe carbone renchérira fortement le prix de carburants, ce qui devrait détourner les gens d’utiliser leur véhicules essence ou diesel. On peut prédire avec l’anarchiste Philippe Pelletier que cela ne marchera pas : « En effet, lors de la campagne présidentielle de 1973 en France, le candidat écologiste René Dumont et, avec lui, la quasi-totalité des écologistes réclamaient une augmentation considérable du prix de l’essence pour faire reculer l’automobile. Mais plus de trente ans après, non seulement le prix de l’essence a augmenté bien plus que les écologistes n’auraient pu l’imaginer, mais jamais il n’y a eu autant de voitures et jamais autant de pétrole. Loin de reculer, ces deux-là ont crû, et les profits des multinationales du pétrole en proportion : autrement dit, il n’y a jamais eu autant de pétrole, et autant de milliardaires du pétrole. »  Climat et capitalisme vert, 2015, p.88. D’autant qu’il n’y a pas d’alternative viable, confortable et aussi flexible comme moyen de transport que le véhicule particulier à moteur thermique à l’heure actuelle. Enfin une taxe carbone assortie d’une compensation dégressive neutralise le principe pollueur/payeur pour tous les ménages dont le revenu est égal ou inférieur au revenu médian parce qu’ils ne seront pas idiots et comprendront vite que le business as usual en ce qui les concerne ne changera rien. Quant à ceux qui y gagneront, ce n’est pas avec le montant du bonus qui leur sera accordé que leurs revenus seront augmentés au point qu’ils puissent changer leur vieux diesel contre une électrique, ou leur chaudière par une pompe à chaleur et cela même en y ajoutant des aides.
La taxe carbone n’est que le cas le plus saillant d’une fiscalité écologique que les gens refusent même s’ils croient en la doctrine carbocentriste diabolisant le CO2. Quant à ceux, de plus en plus nombreux qui n’y croient pas …
Si sa redistribution n’est pas et n'a jamais été à l’ordre du jour des gouvernements,  l’objectif d’une taxe carbone ou son équivalent à 100€ la tonne en 2030 n’est pas abandonné. Saurons-nous encore nous y opposer ?
 

Vendredi 23 Janvier 2026 Commentaires (0)

Klaus Schwab évincé, le Forum de Davos reste le même : il n’est que la rencontre de riches et très riches exploiteurs entre eux et avec quelques-uns des chefs d’État et de gouvernement au service de leurs intérêts. Réunions tenues dans des salons feutrés à l’abri du public, discours hypocrites prononcés sur le devant de la scène, leur séjour dans le luxe achevé, tous ces philanthropes soucieux du climat et prompt à inciter les autres à une sobriété heureuse sont repartis comme ils étaient venus chacun dans son jet privé.


Ce raout suscite de nombreuses réactions hostiles, notamment sur ces réseaux sociaux honnis des pouvoirs en place, en France tout particulièrement où ils permettent de contourner une presse et des médias serviles. En voici une, très instructive sur la richesse. A méditer ...

"Plus de 700 jets privés à Davos. Un jour, ils seront saisis. Les fortunes aussi. Ce n'est pas de la jalousie. C'est la guerre et c'est eux qui l'ont déclarée. Quand ils la perdront, il faut qu'ils en payent le prix. Ces gens ont tout. Ils peuvent en profiter et laisser les autres en paix. Non, ce n'est pas leur vision du monde. Pour eux, ce qui fait la richesse, ce n'est pas la possession, mais le contraste. Le jet pour moi, les prostitués de luxe et les bains de champagne... mais ça ne me suffit pas. Je ne me sens riche que lors que les gens sont privés de chauffage, de nourriture et d'espoir. Manger du caviar ne me suffit pas, il faut que les autres mangent des insectes pour que mon bonheur soit complet. Les gens en ont déjà mare de ce cynisme. Le jour où ils sortiront, du jet privé il ne restera que la carcasse fumante. Ils sauveront le "climat" à leur manière." 

Curieusement, il y a une sorte de convergence entre ce texte et ce qu’au temps des trente glorieuses, développait en 1974 l’écologiste André Gorz. Il soutenait que « pauvreté signifie par définition privation de jouissances accessibles à d'autres ».Selon lui, richesse et pauvreté sont relatives. Il écrivait « On est pauvre au Pérou quand on va pieds nus, en Chine quand on a pas de bicyclette, en France quand on ne peut se payer une auto. » (évidement les choses ont bien changé depuis mais le cas reste parlant). Lorsque tout le monde « pourra se payer une auto » ,il prédisait que  « la minorité privilégiée s'en détournera en faveur de nouveaux transports de luxe », ce sera l’avion, le Concorde et aujourd’hui le jet privé et l’hélicoptère. Pour les riches il faut donc conserver l'écart : on n'est riche que si les autres sont pauvres. Gorz estimait que la pauvreté ne serait supprimée que si l'on cessait de produire des "richesses rares" c'est-à-dire "réservées et exclusives par essence". Or, voici bien une chose qui, à la différence de l’automobile, ne pourra pas se démocratiser, sinon par nature, du moins de fait : le jet privé stationné sur le tarmac de l’aéroport desservant Davos. C'est un objet dont la possession fait le riche par excellence. Comme il n’est plus possible d’empêcher sa production , il ne reste plus qu’à le détruire. «du jet privé il ne restera que la carcasse fumante »
Deux des trois causes de la pauvreté distinguées par Gorz sont présentes dans ce texte: l’accaparement et la consommation ostentatoire. Mais je ne pense pas que l’internaute et l’écologiste en lutte contre une société de consommation en tireraient les mêmes leçons. Le contexte est différent. Les trente glorieuses ne sont qu’un lointain souvenir et l’écologie est devenue la nouvelle façon pour les riches bourgeois et ceux qui les servent de contraindre tous les autres à une sobriété forcée pour cause de réchauffement climatique, une sobriété pas si heureuse que cela puisqu’ils se gardent bien de la pratiquer.

 

Vendredi 23 Janvier 2026 Commentaires (0)

Les associations et organisations animalistes se distinguent par leur absence sur le terrain pour défendre les vaches abattues en application d’une mesure prophylactique pour le moins discutable visant à éradiquer du territoire métropolitain la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) . Dans leur communiqué à ce sujet, la plupart de ces organisations ne prennent même pas la peine d’écrire un mot de soutien aux éleveurs, fût-il de pure circonstance. De leur point de vue cet abattage n’est qu’un abattage comme un autre de bêtes vouées à être abattues de toute façon. Elles en profitent pour tirer à boulet rouge sur l’élevage dont elles veulent l’abolition. Elles ne sont suivies en cela par AUCUNE organisation de protection des animaux, aucune organisation naturaliste ou écologiste. Le clivage est particulièrement net entre animalistes et ces dernières. Ce qui est réconfortant. Cet article passe en revue les communiqués de presse des trois plus importantes organisations animalistes.


Précisons tout d’abord qu’il faut faire une distinction entre les organisations animalistes « antispécistes » et les associations de protection des animaux comme 50 millions d’amis, la Fondation Brigitte Bardot ou l’OABA (Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoir ) par exemple. Celles que je viens de citer sont toutes au côté des agriculteurs et se mobilisent pour que l’épidémie soit traitée différemment notamment sans abattage total d’un troupeau, a fortiori lorsque vacciné et une généralisation rapide de la vaccination. Par exemple l’OABA dont le président est un vétérinaire condamne l’abattage total, préconise un abattage partiel, l’isolement du troupeau, des restrictions strictes de déplacement et une vaccination généralisée. Ce qui par parenthèse prouve que tous les vétérinaires ne sont pas d’accord avec la façon brutale de procéder.
 
Les communiqués de presse examiné dans la suite de cet article sont ceux des trois organisations animalistes d’envergure nationale : L 214, La REV et le Parti Animaliste.  
 
Toutes condamnent l’abattage des vaches mais aucune ne propose de solution alternative, ne prend position sur la vaccination, l’isolement, les restrictions de déplacement. Manifestement, elles ne s’intéressent pas aux solutions et aux moyens à mettre en œuvre pour sauver le maximum de vaches dans les troupeaux atteints et pour juguler l’épidémie. La seule solution envisagée, c’est la suppression de l’élevage. Comme cela n’est pas pour demain, la tuerie pourra continuer ! Malgré leurs lamentations sur le sort de ces pauvres vaches qui de toute façon seront abattues, elles ne s’en soucient guère en réalité.
Toutes profitent de cette épidémie pour faire le procès de l’élevage et argumenter pour son élimination de façon nette dans le cas de L214, REV, moins claire pour le Parti animaliste qui écrit « Le Parti animaliste appelle à engager une transition progressive vers des systèmes agricoles et alimentaires respectueux des animaux, des humains et de l’environnement. » ce qui sous-entend que les systèmes agricoles actuels ne le sont pas mais  qui ne serait pas d’accord pour [mieux] respecter les animaux, les humains et l’environnement ? C’est lorsque est explicité en quoi consiste exactement ce beau programme que les divergences se font jour !
 
En revanche, le titre de REV est très clair : « Dermatose nodulaire : la REV réaffirme la nécessité de mettre fin à l’élevage » . Cette organisation est cependant la seule à déclarer soutenir les éleveurs dans la défense de leurs troupeaux ce qui est incohérent avec la volonté de mettre fin à l’élevage. Elle les soutient mais veut leur disparition puisqu'elle condamne dans le même texte l'abattage de millions de bovins par an pour la consommation humaine et donc leur production c’est-à-dire l’élevage et les éleveurs qu'elle prétend soutenir ! REV s'en prend aussi aux syndicats de ces éleveurs mobilisés pour tenter de défendre leurs troupeaux parce que ces syndicats "maintiennent les éleveuses et éleveurs dans une impasse économique et morale en refusant d'envisager une sortie de l'élevage" c'est-à-dire en refusant de les voir disparaitre en tant qu'éleveurs ! Les syndicats d’éleveurs accusés de ne pas vouloir la fin de l’élevage !  La REV, c’est le royaume de l’absurde.
 
 Pour sauver ces vaches tuées en masse, L 214, à l’activisme débordant n’a entrepris aucune action sur le terrain, ni de lobbying auprès des élus dont elle use et abuse sur d’autres sujets. Elle est en mode service minimum pour ce qui concerne la brutalité de la mesure prophylactique choisie par le gouvernement pour lutter contre la DNC, à savoir l’abattage de troupeaux entiers pudiquement appelée « dépeuplement ».  A ceux qui s’étonnent sinon de son absence d’action militante , du moins de son silence, elle répond « nous sommes là, nous travaillons sans relâche sur les racines qui ont amené à cette crise sanitaire et à bien d’autres conséquences » Elle travaille sans relâche sur les racines mais ne défend en la circonstance ni les éleveurs, ni les troupeaux ! Il faut tout de même rappeler que pour L214 ces « racines », c'est l’élevage des bovins lui-même et qu'il faut supprimer comme il faudrait  la suppression des élevages de tout animal qu’elle amalgame dans ce communiqué comme dans ces autres publications en une seule entité honnie : « le système d’élevage dans son ensemble » dont elle dénonce « la violence structurelle ». Elle conclut son communiqué en ces termes « Notre système agricole et alimentaire est éthiquement et sanitairement funeste. L214 propose une sortie planifiée de ce modèle dans son rapport le Sauvetage du siècle – sauver 600 millions d’animaux en 2030 (et bien plus encore) ».

600 millions d’animaux sauvés, non transformés en viande ! Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir en faire ? Plaisanterie à part, il s’agit en fait de diviser par deux la consommation actuelle de viande. Pour les bovins dont il est question dans le cas de la dermatose nodulaire contagieuse, l’objectif de L214 avec son «sauvetage du siècle»  est de passer de 4 428 097 tués en 2023 à 2 205 000 selon les chiffres qu’elle donne. Bien entendu et cela devrait aller sans dire, L214 ne sauverait aucun animal puisque ces 600 millions n’existeraient pas et n’auraient jamais existé. Par contre, c’est le cheptel actuel qui serait divisé par deux. Avouons qu’il faut vraiment être pervers pour ne pas vouloir sauver 600 millions d’animaux mais qu’il faut être encore plus pervers pour tromper les gens à ce point et leur faire croire qu’il s’agit de sauver des animaux …qui n’existent pas.  Diviser de moitié le cheptel actuel puisque là est le but de ce prétendu sauvetage, ne peut se faire que de deux façons : réduire la taille des troupeaux ou réduire le nombre d’exploitations. Seule la deuxième est praticable en France où il s’agit d’exploitations familiales dont 87% ont moins de 100 vaches. Diminuer la taille du troupeau rendrait non viable économiquement beaucoup de ces exploitations. Alors que les éleveurs se battent pour sauver et leur troupeau et leur ferme, profiter de l’épidémie pour faire la promotion d’un plan de destruction de l’élevage en France qui ne dit pas son nom est d’une fourberie abjecte, à l’opposé des grands principes éthiques dont cette association se drape. Inconscience ou culot monstre ? En somme en pratiquant un abattage prophylactique d’un troupeau au sein duquel il y a une vache contaminée, le gouvernement se livre au dépeuplement d’animaux de rente souhaité par L214 qui, si on la laissait faire,  procèderait certes de façon plus graduelle et avec des mesures moins violentes pour les animaux mais pas pour les paysans dont elle n’a que faire. Comment qualifier un tel manque d’empathie pour l’éleveur attaché à son troupeau que l’on massacre et qui voit détruites des années de travail, de sélection génétique pour l’adaptation du troupeau au territoire ?
 

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Il y a un autre point commun entre toutes ces associations, elles considèrent que cet abattage prophylactique n’est pas plus scandaleux que l’abattage pour raison alimentaire.  Pour L214 l’attachement des agriculteurs à leur troupeau n’est pas crédible :  «face à l’indignation de toutes parts suscitées par les mises à mort de troupeaux entiers, même le président de la FNSEA ose le registre du sauvetage : « Le consensus, en tous les cas, au-delà des syndicats, c’est que tout le monde veut sauver les animaux ». Il ose, il n’est pas crédible ! Peut-être, mais lui au moins et beaucoup de gens avec lui veulent sauver des animaux vivants, réels et pas des animaux « possibles » non existants à la manière de cette association !
Ceci qui dénote d’une totale incompréhension du métier comme l’explique Jocelyne Porcher dans un entretien avec Philosophie Magazine : « Les pseudo-défenseurs de la cause animale supposent que cette relation [de l’éleveur à son troupeau] est factice puisqu’il y a la mise à mort au bout. Mais cela n’a rien à voir : nous parlons de travailleurs qui, tous les jours, sont en contact physique, corporel, charnel, avec des bêtes. Cette compagnie constante forge une relation affective et morale, une identité elle-même irriguée par la finalité de ce travail : nourrir la population. Abattre des vaches pour nourrir la société, ce n’est pas du tout pareil que de les livrer aux équarrisseurs. L’État laisse les éleveurs dans une situation d’impuissance. Pis encore, il piétine cette dimension affective de leur métier. » Et les associations animalistes aussi. Car L 214 n’est pas la seule à douter de la réalité de l’attachement des éleveurs à leur troupeau. C’est le cas aussi du Parti Animaliste. Un paragraphe de son communiqué a pour titre « Colère des éleveurs : une émotion qui interroge »
Que l’opinion publique condamne ces abattages alors qu’elle ne s’émeut pas des abattages d’animaux pour leur viande est unanimement dénoncé par les animalistes. Le Parti des animaux    feint de s’interroger « Cette indignation pose néanmoins une question de fond : pourquoi la mise à mort d’animaux en bonne santé serait-elle jugée inacceptable dans ce contexte, alors que l’abattage quotidien, volontaire et systématique de millions d’animaux terrestres chaque jour en France, pour la consommation humaine, reste socialement et politiquement considéré comme normal ? » 
 
La REV quant elle ne s’encombre pas d’euphémisme, elle refuse et condamne ce qu’elle qualifie de « fatalité spéciste » et d’ « hypocrisie systémique » : « Si par une décision gouvernementale, les bovins échappaient finalement à l'euthanasie sanitaire, leur sort resterait de toute façon scellé par l'industrie. Car si les vaches ne meurent pas du fait de l'épizootie, elles sont de toute façon destinées à être abattues quelques mois plus tard, au terme de leur courte vie d'exploitation, pour la production de protéines animales. »
 
L214 voit dans cette « indignation sélective » un double standard émotionnel qu’elle va expliquer avec le poncif en vogue dans la sphère végane antispéciste, la dissonance cognitive : « cette indignation sélective révèle notre profonde dissonance cognitive vis-à-vis de la consommation de viande : beaucoup séparent mentalement la viande de l’animal vivant. L’abattage sanitaire rend ce lien incontournable, bouscule cette rationalisation et nous oblige à admettre la violence structurelle du système d’élevage dans son ensemble. »  Même si l’on admettait que les mangeurs de viande sont sujet à cette dissonance cognitive, il se trouve que dans le cas d’abattage préventif les bêtes abattues sont destinées à l’équarrissage et ne sont pas abattues pour être mangées. Donc l’explication n’est pas pertinente. Non seulement elle n’est pas appropriée pour expliquer cette indignation sélective, mais l’indignation sélective dont fait preuve la majorité des gens réfute cette théorie de la dissonance cognitive des omnivores qui mangent de la viande. En effet, si les gens s’indignent, c’est précisément parce que ces vaches ne sont pas abattues pour être mangée mais gratuitement alors qu’il y avait une autre solution possible pour limiter la maladie. Les vaches abattues pour être mangées ne le sont pas de cette façon, en masse et leurs carcasses ne sont pas chargées pêlemêle dans des bennes et le troupeau n’est pas anéanti. Il n’y a pas d’indignation sélective, il y a deux situations qui sont très différentes et que les animalistes confondent, aveuglés par leurs a priori comme l’explique Jocelyne Porcher dans l’extrait de l’entretient cité au début de ce paragraphe.
 
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En France les élevages bovins sont des exploitations familiales de taille moyenne ou petite pour la plupart (voir plus haut).Dès que le temps le permet les vaches sont aux prés. Il s’agit d’un élevage « vertueux » tant du point de vue de l’environnement que du bien être animal et de la qualité des produits. De plus, ironie du sort, c’est parce qu’elles vivent à l’air libre que les vaches sont sujettes à cette maladie qui est propagée par les insectes piqueurs comme l’explique le Mouvement écologiste indépendant MEI) dans une lettre argumentée à la ministre de l’agriculture demandant l’arrêt des abattages massifs : « Le taon est le vecteur principal du virus. Si l’insecte est capable de parcourir de grandes distances, il est aussi exophile, c’est-à-dire qu’il ne pénètre pas dans les locaux : les troupeaux infectés le sont au pâturage ce qui distingue habituellement des exploitations familiales. »  
 
Condamner l’élevage à partir de l’élevage bovin en s’appuyant sur cette épidémie de DNC ne devrait pas être facile. Du moins, n’est pas facile si on est honnête intellectuellement. Comment s’y prennent les organisations animalistes ? En pratiquant l’art de l’amalgame : la DNC n’est pas un cas isolé c’est une épizootie de plus. Le Parti Animaliste assène : « La dermatose nodulaire bovine n’est pas un accident isolé » mais n’en dit pas plus tandis que L214 développe  : « La DNC n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une série de crises sanitaires à répétition dont la grippe aviaire constitue désormais un marqueur permanent » Cette association n’aurait pas pu trouver de plus mauvais exemple avec la grippe aviaire qui n’est transmissible à des bovins qu’exceptionnellement,  touche des types d’élevages qui sont totalement différents et frappe aussi bien les oiseaux domestiques que sauvages, mettant des espèces rares en danger d’extinction. Ce qui ne l’empêche pas d’affirmer qu’elle s’appuie sur la science : « Le consensus scientifique est clair : l’intensification de l’agriculture et notre forte consommation de viande sont des causes identifiées de l’émergence et de la propagation de maladies » Ah ! ce fameux consensus que l’on met à toutes les sauces ! En la circonstance, on se demande bien sur quoi il porte. Notre consommation de viande aurait-elle un lien avec l’apparition de nouvelles maladies contagieuses ? Chez les bovins ? Chez les humains ? L’intensification de l’agriculture est le fait d’une rationalité purement économique dans un contexte néolibéral de concurrence mondiale et ne s’explique pas par une consommation accrue de viande qui en France n’est nullement prouvée, ce serait plutôt l’inverse ! Bref rien n’est clair dans cet argument.
 
Comme le Parti Animaliste et L214, la REV met tous les élevages dans le même sac. Cette généralisation abusive lui permet d’écrire « L'élevage est le terrain fertile pour l'émergence et la propagation rapide des épizooties. Il concentre les animaux, affaiblit leurs défenses immunitaires par le stress, l’alimentation, comme lors de l'épisode de la vache folle, et les conditions de vie, et crée des réservoirs pour les mutations virales. » Le type d’élevage que décrit la REV dans ce texte est fort éloigné de l’élevage bovin tel qu’il est pratiqué en France. Il évoque plutôt les élevages hors sol industriels de poules, lapins, porcs ! Se référer à  « l’épisode de la vache folle » est certes plus pertinent que se référer à la grippe aviaire puisqu’elle a concerné les bovins. Mais bien choisie pour faire peur, elle n’est pas plus honnête. Pourquoi aller chercher une épizootie qui a eu lieu il y a plus de vingt ans ?  En France métropolitaine, en plus de la DNC d’apparition très récente les autres épizooties susceptibles d’affecter les bovins en 2025 sont transmises par des moustiques et ne sont pas contagieuses. Comparée à la maladie de « la vache folle » la DNC a une étiologie toute différente, n’est pas transmissible à l’homme et ne peut être attribuée à de mauvaises pratiques. De plus en s’y référant aujourd’hui, la REV oublie que comme le souligne Wikipedia « la crise de la vache folle [a laissé] comme héritage une amélioration des pratiques dans la filière bovine, à travers le retrait de certaines parties de la carcasse à l'abattoir lors de la découpe, mais aussi une traçabilité renforcée des animaux. En santé publique, cette crise a également entraîné le renforcement du concept de principe de précaution. »  
 
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Inutile de poursuivre plus avant dans le commentaire de la prose commise par les associations animalistes à l’occasion de cette crise de la DNC. Il est clair que ces associations se servent de cette crise pour combattre l’élevage bovin bien plus difficile à dénigrer que d’autres sortes d’élevage. Dans cette croisade, l’honnêteté intellectuelle ou morale ne sont pas de mise. Elles ne manifestent aucun égard pour les éleveurs dont on abat le troupeau et bien peu pour les vaches abattues dans ces conditions car comme le dit la REV sans ambages mais non sans exagération «si les vaches ne meurent pas du fait de l'épizootie, elles sont de toute façon destinées à être abattues quelques mois plus tard » pourquoi donc s’indigner ? En fin de compte, ce sont leurs communiqués de presse qui sont indignes.
 
 

Lundi 12 Janvier 2026 Commentaires (0)

Sur son blog "Vu du droit" Régis de Castelnau a écrit un article qui est un résumé saisissant du parcours de Bruno Lemaire depuis son ralliement à Macron en 2016 après sa défaite à la primaire de droite pour les élections présidentielle. En voici un extrait.


" Alors comme ça, Nono le neuneu, notre demeuré national corrompu et menteur, poursuit sa brillante carrière ?
[...]
Et le voilà qui file maintenant pantoufler chez les Yankees de «Macro Advisory Partners» spécialisés dans la « géopolitique », qui ne l’embauchent sûrement pas pour ses compétences, puisqu’il n’en a aucune. Non, c’est plus simple et plus classique. Nono le neuneu va battre monnaie, en fournissant à des intérêts étrangers, américains de surcroît, l’usage de son carnet d’adresses et les secrets d’État dont il est dépositaire.
Entre-temps il a été mentir sous serment, devant une commission d’enquête parlementaire, ce qui est un délit pénal. [...]
Normale’ sup, ENA, nullité abyssale, incompétence crasse, probité aux abonnés absents,mépris de l’intérêt national, on a là, la quintessence de la pourriture des élites françaises."

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Pour lire l'article complet, c'est ici 

Samedi 10 Janvier 2026 Commentaires (0)
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