À Colpo, une petite commune du Morbihan en Bretagne, un arbre de 150 ans d’une circonférence de 3,80 m a été abattu parce que trop près de l’emprise de la bande d’arrêt d’urgence d’une route départementale après la transformation de celle-ci en une 2x2 voies rectilignes par le Conseil Départemental, c’est-à-dire par des barbares d’aujourd’hui, des Attila au petit pied, à savoir le président du Conseil départemental et les élus de ce conseil à l’horizon borné par les glissières de sécurité de leurs ouvrages conçus par des ingénieurs, autres barbares contemporains qui ne connaissent que la ligne droite.
Outre qu’il est sacrilège (au sens propre du terme) d’abattre des arbres pour faire passer une route, le cas de cet arbre mérite qu’on s’y arrête car il est une illustration particulièrement vive de la façon dont des politiques sectorielles viennent battre en brèche une politique climatique soit disant prioritaire mais fort mal conçue et qui s’exerce souvent au détriment de la préservation de la Nature et de l’environnement.


Un araucaria de 150 ans de valeur patrimoniale tronçonné pour faire passer une 2x2 voies : un cas d’école de l’incohérence des politiques hexagonales.
C’était un araucaria imbricata originaire des pentes volcaniques des Andes péruviennes. Son nom commun est imagé et non dénué d’humour : « désespoir des singes ». Il a reçu cette sorte de sobriquet à cause de ses feuilles triangulaires très pointues imbriquées les unes dans les autres qui en empêchent l’ascension. Il avait été planté là par une agronome avant-gardiste, nièce de Napoléon Premier, la princesse Élisa Napoleone Baciocchi dans ce qui était le parc de son château situé au cœur des Landes de Lanvaux (entre Vannes et Pontivy) où elle avait créé une ferme modèle.

Selon « Les Têtards arboricoles » cet arbre de plus de 20 mètres de hauteur était l’un des plus hauts de Bretagne. Il faut aussi souligner qu’il ne sera peut-être pas le seul à être abattu. « Les Têtards arboricoles » indiquent que « Sur cette partie du domaine (l’ancien parc du château de la Princesse Napoleone) proche du futur rond-point, en plus d’un plus jeune Araucaria, plusieurs Picea Breweriana, conifère très rare de l’Ouest des Etats-Unis (sur la liste rouge de l’UICN ) risquent aussi de disparaitre dans l’aménagement du rond-point. ». Les Attila au petit pied n’ont peut-être pas fini de sévir !

Ni les efforts de Christiane Peltier-Bernardini, ni la pétition lancée par Madame Pascale Chipotet, ni la mobilisation des signataires de cette pétition, ni celle de la Société pour la Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France (SPPEF) n’ont réussi à sauver cet arbre qui appartenait au patrimoine de la Bretagne, de Colpo, village qui doit son existence à cette nièce de Napoléon 1er puisqu’il a été construit ex nihilo suite à une décision de Napoléon III. Fort impressionné par la visite de la ferme de sa cousine, l’empereur s’engagea à financer près de Vannes un bourg-modèle doté d’une mairie, d’une école et d’un hôpital. Ce bourg modèle, c’est Colpo. Colpo sur le territoire duquel se trouvait l’araucaria et où passe, pour le malheur de ce dernier, une départementale qui vient d’être mise à 2x2 voies avec une bande d’arrêt d’urgence sur son emprise.

« « On sacrifie à la vitesse cet arbre de 3,80 mètres de circonférence au nom de l’utilité publique », s’indigne dans un courrier au conseil départemental, la retraitée « corso-bretonne. Je m’étonne que l’on oublie ce qu’a légué à la région cette femme volontaire. » Et de rappeler que l’on a déjà démoli deux bâtiments qui appartenaient à ce domaine cette année. « Comment a-t-on pu prendre la décision d’abattre cet arbre en occultant le caractère historique du lieu ? » »

 

Christiane Peltier-Bernardini devant l'araucaria abattu
Christiane Peltier-Bernardini devant l'araucaria abattu
Mais qu’importent ces vieilles histoires et qu’importe ce patrimoine ! Ce qui importe, c’est le trafic automobile. Les bagnoles pourront être plus nombreuses à emprunter cette 2x2 voies et elles pourront y rouler plus vite ; les gendarmes pourront y installer des radars bien planqués dans les taillis pour verbaliser les automobilistes trop pressés.

Voici un cas d’école où une politique sectorielle, celle des transports et des infrastructures routières se heurte non seulement à une politique de conservation du patrimoine guère prioritaire mais aussi et surtout à une politique du climat qui, elle, est proclamée, à tort ou à raison, prioritaire et qui devrait, en principe, avoir le pas sur toutes les autres considérations patrimoniales ou environnementales.
C’est la politique sectorielle qui triomphe ici alors que c’était pourtant un cas où la politique climatique pouvait entrer en synergie avec la préservation du patrimoine et de celle de la nature et de l’environnement, alors qu’elle entre souvent en conflit avec elles comme dans le cas de déploiement des éoliennes industrielles. Encore aurait-il fallu que cette politique climatique  fût bien conçue.

En effet, c’est bien sur les transports et singulièrement sur la circulation automobile qu’il faudrait agir si l’on veut des progrès significatifs en matière d’émissions non seulement de CO2 mais aussi de polluants atmosphériques divers comme les NOx ou les particules fines qui sans être des GES nuisent gravement à la santé. Le renoncement à la mise en 2x2 voies de cette portion de départementale serait allé dans ce sens qui est le sens d’une politique climatique bien conçue. L’arbre, ce formidable morceau de nature qu’il était, aurait été préservé et sa valeur patrimoniale reconnue lui aurait permis de couler encore des jours heureux, entouré de l’admiration respectueuse de visiteurs appartenant à la génération présente comme à celles à venir.
Mais il y a peu à attendre d’une politique climatique telle que celle du gouvernement et des diverses collectivités qui s’obstine à tabler, dans les faits, quasi-exclusivement sur les progrès techniques au niveau des émissions des véhicules particuliers tout en continuant à construire des infrastructures routières comme dans le cas de cette mise à 2x2 voies d’une route départementale.

Les transports et la mobilité sont pourtant un des domaines où la France pourrait réaliser des diminutions significatives de CO2 en cessant de favoriser la voiture individuelle par la construction de toujours plus de routes, autoroutes, voies rapides qui sont autant d’aspirateurs à voitures, en développant au contraire de véritables moyens alternatifs de déplacements réellement concurrentiels aux VP, en diminuant le besoin de mobilité, notamment les mobilités contraintes, … Cela serait bien plus efficace que de promouvoir le véhicule électrique dont le bilan carbone n’est guère meilleur que celui du véhicule à essence si l’on prend en compte la totalité du cycle de vie d’un VP trop bref pour donner un avantage net au premier mais très intéressant pour éponger la surproduction des réacteurs nucléaires d’EDF.

Sources :  

 Pétition « Sauvez l'arbre centenaire menacé par la quatre voies »
 
« Colpo (Morbihan), bourg du second Empire : sauvons l’araucaria de la princesse Napoleone », Société pour la Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France (SPPEF   )


Articles d’Ouest France (avec vidéo associées)
  • « Colpo. L’araucaria de la Princesse menacé d'abattage! » ici
  •  « Colpo. L'araucaria de la Princesse abattu ce lundi matin » ici
 
Sur la Princesse Élisa Napoleone Baciocchi et sur Colpo
  • Wikipédia « Élisa Napoléone Baciocchi » ici
  • Les Têtards arboricoles : « Lourdes menaces sur l’Araucaria de Colpo, Morbihan » ici
  • Jean-Etienne Picaut, Madame Napoléon, Princesse Baciocchi, tome 1 : Les tribulations de l'Aiglonne, tome 2 : La providence de la Bretagne, Le Faouet, 2007.
  • Ouest France « L'Empire contre-attaque... à Colpo » ici

Photos
Les Têtards arboricoles ; Ouest France
 
 
 
 

Lundi 18 Janvier 2016 Commentaires (0)
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