Tchernobyl, il y a trente ans. L’OPRI (Office de Protection des Rayonnements Ionisants) et tout particulièrement le Professeur Pellerin nous ont menti. La reconnaissance officielle de ce mensonge n’a jamais eu lieu. Pourtant trente ans après, il y a encore des preuves de ce mensonge, notamment au col de la Bonnette dans le Massif du Mercantour. On y trouve encore des sols fortement contaminés comme le mettent en évidence les résultats des mesures effectuées par la CRIIRAD et l’ACRO.



On remarquera que sur les lieux, il n’y a aucune mise en garde : la radioactivité est pourtant là insoupçonnable pour le visiteur de ce site magnifique. En plein été, les pique-niqueurs sont là. (Vidéo réalisée par la Criirad)


Dans les Alpes maritimes et les Alpes de Haute-Provence certains sols sont toujours des «déchets radioactifs»

La campagne de mesures de la CRIIRAD
 
Le laboratoire de la CRIIRAD a procédé, les 5 et 6 juillet 2015, à des mesures de radioactivité et échantillonnages dans les Alpes, afin d’étudier l’évolution de la contamination résiduelle par les retombées consécutives à la catastrophe de Tchernobyl. A l’issue de ces mesures la CRIIRADa publié un communiqué de presse dans lequel il rappelle qu’en mai 1986, les retombées avaient été particulièrement intenses dans le sud-est de la France et que la CRIIRAD avait mis en évidence entre 1996 et 1998, de très fortes contaminations des sols dans le Mercantour. Les mesures faites l’été 2015 montrent encore une contamination sévère à certains endroits :
« Les nouvelles mesures réalisées au cœur du Parc National du Mercantour, entre 2440 et 2540 mètres d’altitude, dans le secteur du Col de la Bonnette-Restefond, à la frontière entre les départements des Alpes de Haute-Provence et des Alpes Maritimes, montrent que :
• À 1 mètre du sol, sur des centaines de mètres carrés, le niveau de radiation est toujours plus de 2 fois supérieure à la normale. Ces  forts niveaux de rayonnement sont dus à la contamination résiduelle des sols par le césium-137 imputable principalement aux retombées de la catastrophe de Tchernobyl. Les rejets radioactifs massifs provenant du réacteur accidenté ont entrainé des dépôts radioactifs particulièrement intenses dans le sud-est de la France et en particulier en montagne.
•En outre, en fonction de la topographie, des conditions climatiques, de la nature du couvert végétal et de la typologie des sols, le métal  radioactif qui s’est déposé sur de vastes étendues a pu être redistribué et induire de très fortes accumulations. »
Sur ces zones d’accumulation les niveaux de radiation au contact du sol les valeurs mesurées sont plus de dix fois, voire même plus de 100 fois supérieures au niveau naturel. Le fait de bivouaquer 4 heures sur certaines de ces zones induit toujours en 2015 une exposition non négligeable (débit de dose de 5 microsiverts/heure (μSv/h) au contact du sol). Pour rappel la dose limite (ce qui ne veut pas dire inoffensive) pour la population est de 1 millisievert par an (mSv/an) en dehors des expositions médicales et naturelles, soit environ 80 μSv/mois. En quatre heures de bivouac, on reçoit ¼ de cette dose !
Dans son communiqué de presse, la CRIIRAD rappelle qu’au début du XXème siècle, la radioactivité  des  sols était de 0 Bq/kg pour le césium-137. Aujourd’hui sur les points d’accumulation cartographiés au Col de la Bonnette, notamment près d’un lac temporaire, les échantillons de sol prélevés manifestent une activité dépassant les 100 000 Bq/kg en césium-137. La CRIIRAD a ramené ces échantillons dans son laboratoire dans des caissons plombés. Ce sont des déchets radioactifs qui, après analyse, auront été remis à l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs.
 

Césium-137 dans les sol alpin en 2015 (©ACRO)
Césium-137 dans les sol alpin en 2015 (©ACRO)
L’enquête participative de l’ACRO

Dans le cadre de son enquête participative « Tchernobyl, 30 ans après ? » Bilan de la cartographie citoyenne du césium-137 dans l’alimentation et l’environnement, l’association « Les Enfants de Tchernobyl » s’est associée au projet en envoyant à l’ACRO une série d’échantillons de sols des massifs montagneux du sud-est de la France et en finançant leurs analyses. Les échantillons ont été prélevés sur des points chauds recensés par la CRIIRAD en 1998. On retrouve partout une contamination résiduelle non nulle qui montre une évolution complexe qui est fonction non seulement de la décroissance du Césium-137 mais de la topographie, du type de sol et de la végétation comme l’a également noté la CRIIRAD.
Tous les massifs alpins restent contaminés selon cette enquête et plus particulièrement les Alpes du Sud, le col de la Bonnette en tête avec un rayonnement gamma très marqué dans toutes les combes visitées. Un prélèvement effectué du sol jusqu’5 cm de profondeur dans une combe secondaire a révélé une activité de 68 000 ± 5 000 Bq/kg sec de Césium-137.
Dans le massif du Mercantour, à la Vacherie du Boréon (Commune de Saint-Martin Vésubie (06)), en secteur forestier un prélèvement du même type montrait une activité de 33 400 ± 2 800 de césium-137. Dans cette forêt, le préleveur a relevé un rayonnement gamma plus important dans tous les creux forestiers qu’il a visités. L’activité de l’échantillon est l’une des plus fortes de celles mesurées sur les échantillons de sol de surface prélevés dans le cadre de cette campagne. Elle est troisième, derrière celle de l'échantillon prélevé au col de la Bonnette, champion incontesté avec une activité de 68 000 Bq/kg sec loin devant les 38 700 Bq/kg sec du col de la Pisse Sud dans les Écrins qui précède donc de peu la forêt du Boréon et ses 33 400 Bq/kg sec. On soulignera que c’est aux Vacheries du Boréon qu’est situé « Alpha, Le Parc des loups du Mercantour » qui attire des milliers de visiteurs chaque année – plus de 63 000 en 2015 – sans qu’aucune information concernant la contamination post Tchernobyl ne leur soit donnée.
D’ailleurs, de façon générale, aucun des points chauds ne sont signalés et ni la population locale, ni les visiteurs ou les randonneurs ne sont prévenus. Il ne faut pas tuer le tourisme ou le commerce !

La France : le pays le plus nucléarisé et le plus mal préparé à une catastrophe
 
La France est un des pays les plus nucléarisé au monde et l’un des moins préparés en cas d’accident dans une centrale. Ces centrales ont beau être considérées par les nucléocrates franchouillards comme les plus sûres du monde, des accidents graves furent frôlés à plusieurs reprises, ce qui devrait rabattre leur caquet et l’a d’ailleurs un peu rabattu, puisque d’impossible naguère, l’accident majeur est devenu possible dans leur discours. Il a d’ailleurs bien failli se produire en décembre 1999 comme cadeau d’entrée dans le XXIème siècle.
Le 27 décembre notamment lors de la tempête qui frappe le territoire, les parties basses des tranches 1 et 2, et dans une moindre mesure les tranches 3 et 4 de la centrale nucléaire du Blayais (Gironde) sont inondées, forçant l'arrêt de trois de ses quatre réacteurs : « l'inondation d'une bonne partie des bâtiments a successivement mis hors d'usage plusieurs installations de sauvegarde, comme le circuit d'injection de sécurité (RIS), qui permet de rétablir le niveau du circuit primaire, et l'EAS (aspersion de l'enceinte), qui permet de faire baisser la température à l'intérieur du bâtiment réacteur en cas d'accident. Quand ce fut au tour, à 8 h 23, le matin du 28 décembre, de la moitié des pompes du circuit SEC (eau brute de sauvegarde), qui prélève l'eau en Gironde, la situation est devenue très grave. C'est le SEC qui assure en effet le refroidissement de l'ensemble, par l'intermédiaire d'autres circuits, et la sûreté de la tranche n° 1 ne tenait plus qu'à deux pompes, justifiant le déclenchement d'un plan d'urgence interne. Les centrales vieillissent et se corrodent, la chance ne sera peut-être pas toujours au rendez- vous ! » (Jean-Pierre Deroudille, Sud-Ouest, 5 janvier 2000.)
 
Le caractère ingérable des catastrophes nucléaires
 
La France n’est pas préparée en cas d’accident nucléaire, mais peut-on l’être vraiment ?
Contrairement à ce que pourrait laisser penser certaines émissions TV et notamment le film diffusé sur Arte pour son dossier sur les 30 ans de la catastrophe de Tchernobyl, une catastrophe nucléaire n’est pas gérable comme le souligne Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire, directeur du laboratoire de la CRIIRAD qui a rédigé le communiqué de presse associé à sa dernière campagne de mesure « Le fait que, dans le Sud-est de la France, à 1 900 kilomètres de Tchernobyl, et plus de 29 ans après la catastrophe, certains sols restent contaminés à plus de 100 000 Bq/kg nous interpelle sur ce qui se passerait en cas de catastrophe nucléaire sur un réacteur situé à quelques kilomètres de nos frontières, ou au cœur du territoire français. La période physique du césium 137 est de 30 ans et il faut attendre 300 ans pour que sa radioactivité soit divisée par 1 000. »
 
Ségolène Royal proclame que pour mieux garantir la sécurité des Français, le périmètre de protection autour des centrales a été élargi de 10 km à 20, c’est certainement une bonne chose, mais ce n’est pas pour autant que nous sommes à l’abri. Comme le rappelle Bruno Chareyron, Tchernobyl est à environ 1 900 km du Mercantour, toujours contaminé aujourd’hui et dont les sols avaient reçu jusqu’à 545 000 ± 55 000 Bq/kg sec au Col de la Bonnette Restefond. Cernés de toute part par des centrales nucléaires vieillissantes qu’EDF veut continuer à faire fonctionner, il ne s’agit pas de se faire peur mais il ne faut pas non plus jouer l’autruche : si le pire n’est jamais sûr, il est prévisible et même prévu par les nucléocrates CEA, AREVA, EDF. Comme au Japon, après Fukushima, les normes seront modifiées pour que l’on laisse vivre gens dans des territoires contaminées. Les doses dites « admissibles » passeront de 1 mSv/an à 20 mSv/an, 20 fois plus ! Et dans ces zones, nous n’irons plus aux bois car l’atome y sera…

Les leçons que je tire de tout cela est semblable à celles que tiraient de l'accident de Tchernobyl et de la critique de l'industrie nucléaire Roger et Bella Belbéoch.
Elles ne seront pas partagées par bon nombre des anti-nucléaires tièdaces actuels, par ces écologistes obnubilés par l’effet de serre qui se disent anti-nucléaires mais qui dans le même temps encensent un ex-salarié aujourd’hui retraité du Centre de l’énergie atomique (CEA) et qui vont même jusqu’à lui demander  de préfacer leurs ouvrages parce que ce monsieur fut vice-président du GIEC. Ces gens-là, auxquels s’opposaient déjà dans les années 90 Roger et Bella Belbéoch, surestiment les possibilités des grosses unités de production des énergies éoliennes ou solaires et sous-estiment  le rejet de l’éolien par le corps social et finalement sous-estiment également l’urgence d’une sortie du nucléaire.

La seule issue possible, c’est de stopper sans délai le nucléaire, en France et partout dans le monde. Abandonner cette énergie maintenant et pas aux calendes grecques quitte à recourir aux centrales à flamme comme le font les allemands.
Ségolène Royal veut que l’on construise de nouvelles centrales nucléaires alors que c’est l’inverse qu’il faut faire : fermer celles qui existent, ne pas en construire de nouvelles et ne pas en exporter.
Impossible ? Bien sûr que non ! Les japonais l’on bien fait, contraints et forcés. Alors, que l’on ne nous raconte pas d’histoires. Il s’agit d’une volonté politique et de hiérarchiser des priorités.


 

********
 
• On trouvera le communiqué de la CRIIRAD et le résultat des mesures effectuées dans les Alpes par ce laboratoire  ici  ( Rappel : « La CRIIRAD - Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité – est née en mai 1986, au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl, à l’initiative d’un groupe de citoyens révoltés par les mensonges officiels et qui souhaitaient connaître la vérité sur la contamination réelle du territoire français. La CRIIRAD est une association. Elle possède son propre laboratoire d’analyses. Indépendante de l’Etat, des exploitants du nucléaire et de tout parti politique, la CRIIRAD existe grâce au soutien moral et financier de quelques milliers d’adhérents. Elle mène ses propres investigations, informe le public et les médias. Si nécessaire, elle interpelle les responsables et les pouvoirs publics, engage des actions en justice et contribue ainsi à faire évoluer la règlementation en vigueur. Actuellement, Roland Desbordes, physicien, préside le Conseil d’Administration. La CRIIRAD emploie 14 salariés. Le responsable du laboratoire est Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire.» (Extrait du texte de présentation de cette association sur son site.)

• L’enquête participative sur la contamination radioactive rémanente en France et en Europe  trente ans après l’accident de Tchernobyl a été conduite par l’ACRO c’est ici ( Rappel : « L’ACRO est une association loi 1901 déclarée à la Préfecture du Calvados en date du 14 octobre 1986 (JO du 29/10/86), elle est agréée de protection de l’environnement dans le cadre des régions de Basse-Normandie et de Haute-Normandie. Comme la CRIIRAD, elle a été créée, par un millier de personnes, dans les mois qui ont suivi l’accident de Tchernobyl, en réaction à une carence en information et en moyens de contrôles de la radioactivité localement adaptés à la situation, le tout dans un contexte de crise de confiance. L’émergence d’une telle structure indépendante est liée à la volonté de la société civile de rendre le citoyen auteur et acteur de la surveillance de son environnement, comme de son information.Dotée d’un laboratoire de mesure de la radioactivité agréé, l’ACRO mène des travaux d’études et de surveillance de la radioactivité dans l’environnement à sa propre initiative ou encore pour répondre à la demande de collectivités territoriales, de commissions locales d’information (CLI) ou d’associations. Les domaines d’intervention de l’ACRO sont donc variés, allant de l’information à l’expertise, en passant par l’analyse et la démarche participative. » Extraits du texte de présentation de cette association sur son site)
 

Samedi 30 Avril 2016 Commentaires (0)
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