Les travaux agricoles nécessaires à la production des céréales et légumineuses qui sont des éléments de base d’un régime végétalien sont la cause de la mort d’un grand nombre d’animaux des champs qui sont souvent tués de façon beaucoup plus cruelle que le bétail. C’est ce qui ressort des débats auxquels a donné lieu, il y a quelques années, la parution dans des revues spécialisées de deux articles, l’un en 2003 de Steven Davis, professeur de Zoologie à l’ Oregon State University, l’autre en 2011 de Mike Archer, professeur à l’University of New South Wales (Université de Nouvelle-Galles du Sud – Australie), zoologiste et paléontologue impliqué dans le domaine de la biologie de la conservation. Une version de ce dernier article a été publiée sur le site The Conversation, ce qui lui a assuré un écho dépassant le cercle des spécialistes et des militants de la cause animale. Alors que le véganisme s’offre aujourd’hui en France une grande visibilité grâce à des militants acharnés, ce débat semble oublié alors qu’il n’a rien perdu de sa pertinence ni de son actualité. Le but de cet article est de le rappeler et d’en tirer les principales leçons. Il doit être suivi d’un autre exclusivement consacré à la réaction à l’article de Mike Archer par la très active association néowelfariste végane L214.


Les végans croient qu’un régime  végétalien permet de manger sans tuer ou faire souffrir des animaux. C’est faux !
Le principe du moindre mal est un principe accepté dans toute éthique animale, libération des animaux, droit des animaux, végane. C’est à lui que les végans recourent pour justifier le choix d’un régime végétalien même dans le cas où l’on devrait reconnaître que les végétaux sont des êtres sensibles (sentients) et donc capables de souffrir « puisque l’inefficacité de la production de viande signifie que ceux qui en mangent sont responsables de la destruction d’au moins dix fois plus de plantes que les végétariens ». Mais ce recours au principe du moindre mal peut se retourner contre eux si le nombre d’animaux tués volontairement ou non dans l’agriculture est effectivement supérieur à celui du bétail et autres animaux tués en élevage et si de plus, les morts ainsi occasionnées sont extrêmement cruelles. 
 
Si dans un régime végan on ne mange pas de grands herbivores, ni aucun produit animal, il faut tuer beaucoup plus de petits mammifères pour manger végan : Steven Davis.
 
En 2003 dans un article qui a fait date « The Least Harm Principle May Require that Humans Consume a Diet Containing Large Herbivores, Not a Vegan Diet », Steven L. Davis accepte le principe du moindre mal et considère, au moins pour les besoins de la discussion, qu’il doit s’appliquer à notre façon de nous nourrir : d’un point de vue moral, il faut choisir celle qui épargne le plus d’animaux et leur fait subir le moins de dommages. Il indique que cette façon d’aborder le problème est en accord avec l’Ethique des droits des animaux du philosophe Tom Regan mais alors que Regan en conclut que le régime vegan est le seul acceptable d’un point de vue éthique, un régime d’où tout produit d’origine animale serait exclu, Davis conteste cette conclusion et soutient une position inverse. Si l’on admet qu’il n’est pas plus mauvais (condamnable d’un point de vue éthique) de tuer une vache qu’une souris ou des animaux des champs comme le pigeon, le moineau, l’étourneau, le faisan, la dinde sauvage, le lapin, le lièvre, le rat des champs etc. alors, selon Steven Davis, Tom Regan se trompe. Lorsqu’il faut labourer, désherber, récolter céréales ou légumineuses nécessaires pour le régime végan, l’agriculture tue, volontairement ou non, bien plus d’animaux que l’élevage herbager sur prairies permanentes. Tous ces travaux agricoles entrainent une mortalité animale inaperçue qui n’est pas prise en compte. Pourtant elle est bien plus importante, en quantité que la somme du bétail tué et des petits animaux sauvages morts à cause des travaux sur les pâtures requérant l’intervention de tracteurs et matériel agricole divers ; ceux-ci étant bien plus rares, voire inexistants : pas de labourage, ni de semis, ni de récoltes.  
 
En 2002, lors de la présentation de ses recherches à l’occasion du Congrès de la « European Society for Agriculture and Food Ethics » qui s’est tenu à Florence, Davis avait estimé qu’il y avait une lacune conséquente dans les théories des droits des animaux, l’absence de prise en compte des animaux des champs cultivés : « Au cours du temps que j’ai passé à étudier les théories des droits des animaux, je n’ai jamais trouvé quelqu’un qui ait envisagé la mort des animaux des champs ou le ‘préjudice’ qu’on leur cause. Cela est, me semble-t-il, une sérieuse omission »
 
Selon Davis, si ces animaux ne sont pas pris en compte par les théories des droits des animaux, et ont fait l’objet de bien peu d’études, c’est parce qu’on les voit comme des animaux dont on peut se passer, ou qu’on ne les voit pas du tout. 

Mais si on les prend en compte alors tout change selon lui. « Bien que l’on ne dispose pas d’estimations précises du nombre total d’animaux tués par les différentes activités agricoles du labourage à la récolte, quelques études montre qu’il doit être très élevé » (Although accurate estimates of the total number of animals killed by different agronomic practices from plowing to harvesting are not available, some studies show that the numbers are quite large). Pour les USA, il l’estime à 15 animaux/ha/an. Sur la base de 120 millions d’hectares cultivés en 1997 et si l’on suppose que toute cette surface est utilisée pour produire des aliments destinés à un régime végan, on obtient « 15 x 120 millions = 1 800 millions ou 1.8 milliard d’animaux tués annuellement pour produire une alimentation végétarienne. »
 
D’un autre côté, dans l’élevage herbager de ruminants, la récolte du foin demande beaucoup moins d’activité agricole, de passages de tracteurs. De plus « on tuerait encore moins d’animaux des champs si les animaux herbivores (ruminants comme le bétail) était utilisé pour récolter le foin et le transformer en viande et produits laitiers ». Davis considère que le fourrage fauché sur prairies permanentes et le pâturage seraient le nec-plus-ultra de l’agriculture sans labour, agriculture sans labour reconnue par tous les naturalises (wild écologist) comme « ayant des effets largement positifs sur les mammifères sauvages ». Sur ces bases, Davis estime que l’on peut diviser par deux le nombre d’animaux des champs tués dans le cadre d’un élevage herbager de ruminants.
 
Si l’on suppose que la moitié des terres agricoles des US soit utilisée pour produire des végétaux pour la consommation humaine et que l’autre moitié soit utilisée pour des productions de viande et de lait, « combien d’animaux seraient tués par an pour la nourriture humaine ? »
« 60 million ha de production végétale × 15 animaux/ha = 0.9 milliard
60 million ha, de production herbagère × 7.5 animaux/ha = 0.45 milliard
Total: 1.35 milliard d’animaux »
 
A ces 1.35 milliard d’animaux sauvages tués dans le cas d’un régime omnivore avec de la viande de bétail provenant d’un système herbager, il faut ajouter le bétail tué que Davis évalue sur la base des statistiques officielles à 74 millions de ruminants, somme qu’il obtient en doublant le nombre de ruminant effectivement tués (37 millions) pour remplacer les 8 milliards d’autres animaux de ferme effectivement tués. En définitive dans ce régime, le nombre d’animaux tués est de 1.424 milliard. Si on le compare au 1.8 milliard dans le cas d’un régime végétarien, si l’on applique le principe du moindre mal, l’affaire est entendue. Mais qu’est-ce qui empêcherait de l’appliquer ? D’un point de vue purement éthique, non spéciste, est-il plus moral de tuer une souris qu’une vache ?
 
Davis termine son article en réfutant une objection qui réapparaîtra souvent dans le débat, ceux qui la soulèveront semblant avoir oublié que Davis l’avait envisagée et tenté de la réfuter. Il y aurait cependant une différence : la vache est tuée volontairement, la souris accidentellement lors de travaux agricoles ou à cause de la perte du couvert végétal, par exemple, due à la moisson du champ. Pour Davis, il n’y a pas de réelle différence : « Il me semble que le préjudice causé à l’animal est le même : la mort est la mort ». Il rappelle que les philosophes utilitaristes qui développent une éthique animale ne voient aucune différence entre les deux cas : ce qui compte étant les conséquences et non les intentions. Enfin, l’agriculteur compte sur la prédation pour se débarrasser des souris et autres animaux des champs dont il juge la présence inopportune et à défaut il les empoisonnera lui-même.
 

Les végans croient qu’un régime  végétalien permet de manger sans tuer ou faire souffrir des animaux. C’est faux !
La riposte végane : Gaverick Mathenay
 

La riposte des végans à cet article ne s’est pas faite attendre. Elle apparaît sous la forme d’un article dans le numéro suivant de la même revue qui avait publié l’article de Davis. L’auteur Gaverick Mathenay est aujourd’hui à la tête d’une agence des renseignements US. Il est aussi le cofondateur de « New Harvest » qui promeut notamment la viande in vitro en remplacement de la viande obtenue par l’élevage d’animaux.
 
Dans son article il évoque plusieurs arguments notamment les mauvais traitements qui sont infligés aux bestiaux dont le marquage au fer rouge, la castration et l’écornage mais aussi le percement des oreilles pour y accrocher les étiquettes de traçabilité. Mais comme on peut difficilement comparer les souffrances des animaux sauvages éventrés ou empoisonnés avec celles des bœufs ou des vaches laitières, l’argument n’est pas celui qui a été retenu par la plupart des auteurs qui ont suivi.
 
L’argument qui a semblé massue est le suivant : dans son raisonnement Davis oublie qu’il faut beaucoup plus de surfaces dans le cas des systèmes herbagers pour produire des protéines animales (viande et lait) que dans un système de culture soja/maïs pour produire la même quantité de protéines. Dans le premier cas, pour produire 1 tonne de protéines issues de la viande, il faut 10 ha ; 2.6 ha pour le lait, alors que dans le second cas, il ne faut que 1ha. En reprenant les chiffres de Davis de 15 animaux tués à l’hectare dans le cas des systèmes de cultures et de la moitié dans les systèmes herbagers, pour les 20 kg de protéines annuelles recommandées pour un adulte, un végan devra tuer 0.3 animal sauvage, un lacto-végétarien 0.39 et un omnivore à la façon Davis 1.5. En appliquant le principe du moindre mal on doit choisir le régime Végan.
 
Il y a un autre point faible dans l’argumentation de Davis que les végans vont mettre en lumière : la différence entre le fait de tuer par accident, involontairement, et celui de tuer volontairement dans un système où tout est organisé en fonction de la fin poursuivie, l’abattage et la préparation des carcasses en viande bouchère. C’est comme si on mettait sur le même plan, les homicides involontaires et les homicides volontaires. Ce qui est tout à fait contre-intuitif et contraire à l’esprit des lois pénales dans la plupart des cas.
 
Le mérite de Davis reste celui d’avoir attiré l’attention sur ces animaux sauvages qui ne sont ni mangeables (au moins dans la culture occidentale), ni chassables, souvent considérés comme des « pestes » et qui sont les oubliés de tous les éthiciens des droits des animaux comme de leurs adversaires. L’existence de ces victimes de la production de céréales/légumineuses qui sont à la base des régimes végétaliens affaiblissent la condamnation des « carnistes » par les végans : pour produire les éléments de base de leur régime, il faut aussi tuer des êtres sentients.
 
Cela ne saurait satisfaire les végans qui aimeraient qu’aucun animal ne soit tué pour leur nourriture. Aussi certains se sont attaqués aux estimations de Davis des 15 animaux tués à l’hectare dans le cas des cultures de légumineuses ou de céréales. Ils recherchent dans les études écologiques ou éthologiques des données ou des résultats  qui leur permettraient d’établir que les travaux agricoles sur les cultures céréalières et légumineuses ne causent la mort que d’un nombre infime d’animaux et notamment de rongeurs. Une étude est très populaire dans leur littérature : « The effects of Harvest on arable wood mice, Apodemus sylvaticus » de T. E. Tew & D. W. Macdonald, Biological Conservation 1993, 65, 279-283. Des 32 souris que les auteurs avaient équipées d’un radiotraceur, une seule a été tuée par les machines lors de la récolte. 17 autres ont été prédatées lorsque le couvert végétal a disparu après la récolte. Certains végans oublient carrément ces dix-sept. Ils ne retiennent que la souris écrasée et estiment qu’il s’agit une mort accidentelle. C’est le cas d’Ophélie Veron dans son ouvrage Planète végane paru en 2017. Des éthiciens végans comme le philosophe australien Andy Lamey (2007) et certains naturalistes protecteurs des rapaces considèrent qu’il ne s’agit là que de phénomènes naturels, et que du point de vue des rapaces, cette récolte qui met le champ à nu est une bonne chose. En fait, en interférant dans des processus naturels et parce qu’il interfère, l’agriculteur est bel et bien responsable de cette prédation : elle a lieu immédiatement après la récolte qui dépouille le champ de sa végétation haute. D’ailleurs l’agriculteur aussi voit d’un bon œil cette prédation qui détruit des rongeurs qui attaquent ses récoltes. Naturalistes de la conservation et agriculteurs choisissent donc entre les espèces que ce soit d’un point de vue « patrimonial » ou d’un point de vue économique, les rapaces seront classés espèces patrimoniales et les souris des pestes. Une classification pour le moins spéciste et anthropocentrique.
 
De plus outre leur intérêt écologique et éthologique, tous les articles cités qu’ils concernent les mulots, les rats des rizières, etc. … cherchent à mieux connaître ces rongeurs dans le but de trouver des moyens pour au mieux de les priver de leur domaine vital lorsqu’il empiète sur les terres agricoles, au pire pour les éliminer plus efficacement en diminuant les risques et en minimisant les coûts. De telle sorte que l’on ne peut plus guère considérer ces morts comme accidentelles. D’où, à nouveau la question : d’un point de vue éthique, tuer une souris pour éviter ses vols de céréales serait-il plus condamnable que de tuer une vache pour la manger ou une chouette par superstition ? Si pour Regan seuls les mammifères adultes d’un an ou plus appartiennent à la communauté morale, ce n’est pas le cas des oiseaux qui ne sont admis au sein de cette communauté qu’au bénéfice du doute. Si d’un autre côté, on considère, comme les végans, qu’il suffit qu’un être soit sentient pour faire partie de cette communauté, alors il est tout aussi blâmable de tuer un quelconque d’entre eux.
 

Les végans croient qu’un régime  végétalien permet de manger sans tuer ou faire souffrir des animaux. C’est faux !
En Australie, c’est un régime omnivore à base de viande bovine et de kangourou qu’il faut préférer d’un point de vue éthique : Mike Archer
 
En 2011 dans un article qui a eu un fort retentissement «Ordering the vegetarian meal ? There’s more animal blood on your hands » paru sur le site The conversation, Mike Archer, un paléontologue et zoologiste australien, défend pour l’Australie une thèse analogue à celle que Steven Davis a argumentée pour les USA. Une première version de cet article intitulée « Slaughter of the singing sentients: measuring the morality of eating red meat. » avait été publiée dans Australian Zoologist. Le texte de The conversation est un peu abrégé et ne cite pas toutes les références de l’article initial publié au format d’une revue scientifique avec comité de lecteurs. Dans la bibliographie de cet article, il ne cite pas l’article de Davis. L’éthicien auquel Mike Archer se réfère n’est plus l’américain Peter Regan mais son compatriote l’australien Peter Singer, le philosophe utilitariste de la « libération animale ».
 
Mike Archer est connu d’un large public pour avoir initié un programme de recherche pour ressusciter par clonage deux espèces endémiques et emblématiques de l’Australie, la grenouille à incubation gastrique, éteinte depuis 1983 et le tigre de Tasmanie dont le dernier sujet est mort en 1936. En 2014, les généticiens australiens travaillant sur ce programme ont réussi à recréer des embryons de grenouilles à incubation gastrique. Mais ils sont tous morts. Malgré cet échec le projet continue et des essais sont menés une fois par an, suivant le cycle de reproduction de la grenouille hôte.
 
Comme l’avait fait Davis dans le cas Tom Regan et des US, Archer a pour but d’établir que du principe qu’il attribue à Singer « si nous pouvons choisir la façon de nous nourrir, nous devons choisir celle qui cause le moins de souffrances inutiles aux animaux », il ne suit pas que le régime des Australiens doit être végan mais omnivore à base de viande rouge de bovins élevés en pâturage extensif sur prairies ou sur des parcours et de viande de kangourou obtenue dans le cadre d’une chasse commerciale soutenable (durable) qui garde l’espèce en bon état de conservation. Il reconnait qu’il y a là comme un paradoxe lorsque l’on sait qu’il faut environ entre deux et dix kilos de végétaux, selon le type de céréales considérées, pour produire un kilo d’animal, ce qu’il ne remet pas en doute.
 
Archer constate qu’en Australie toutes les terres arables défrichées sont utilisées pour produire des aliments végétaux. Il insiste sur le fait que cette mise en culture a été une catastrophe écologique. Le défrichage de la végétation indigène a occasionné la destruction de milliers de plantes et d’animaux autochtones pour produire du riz, du soja, du maïs et autres végétaux. Il écrit : « Depuis que les Européens arrivèrent sur ce continent, nous avons perdu plus de la moitié d’une végétation indigène endémique, principalement pour augmenter la production de monocultures d’espèces introduites pour la consommation humaine. » Et c’est cette végétation et les animaux sauvages autochtones qu’il faut préserver. Mais si tous les australiens devenaient végétaliens, il faudrait, selon lui, encore augmenter les surfaces agricoles de façon très importante ou augmenter à coup d’engrais et de pesticides la productivité et le rendement des terres déjà cultivées pour satisfaire la demande en végétaux. Deux solutions inacceptables d’un point de vue écologique.
 

Archer souligne qu’en comparaison en Australie l’élevage est beaucoup moins néfaste que l’agriculture céréalière. C’est un élevage extensif qui se déroule sur des écosystèmes primaires qu’il ne détruit pas, même si par endroit, il peut entraîner des dommages significatifs à la couverture végétale. Ces zones de pâturage ne sont pas adaptées à la culture. Cet élevage est la seule façon de les utiliser pour en obtenir de la nourriture. En Australie, elles couvrent 70% du territoire. Cet élevage produit les deux tiers des bovins tués. Très peu sont « finis » avec des suppléments de céréales et seulement 2% sont nourris aux céréales dans des parcs d’engraissement. Il résulte de cela que d’une part l’élevage n’entre pas en compétition avec la production de céréales pour la nourriture humaine et que d’autre part son bilan écologique est incomparablement supérieur à l’utilisation des sols pour l’agriculture, notamment en ce qui concerne la préservation des écosystèmes autochtones et de la végétation endémique de l’Ile. En outre la chasse commerciale au Kangourou fournit aussi une viande de bonne qualité et les kangourous n’endommagent pas les sols fragiles par piétinement comme le font les bestiaux.
 
Archer estime que la mise en culture des prairies pour produire des céréales ou des légumineuses  a entrainé un véritable massacre d’êtres vivants, plantes et animaux sauvages qui ne seraient peut-être pas tous reconnus comme sentients mais parmi eux il y en a qui le seraient indubitablement. Toutefois à la différence de Davis, ce n’est pas à un décompte de ces animaux qui sont des victimes collatérales de travaux agricoles tuées de façon non intentionnelle qu’Archer va s’attacher. De ce fait, il évite les discussions sans fin sur la question de savoir si l’on doit compter comme animal tué pour produire de la nourriture les animaux écrasés par un tracteur, hachés par une moissonneuse-batteuse, ou prédatés suite à une récolte ou un labour. Ce qu’Archer met en avant c’est la destruction des milieux naturels et des écosystèmes associés par l’utilisation agricole des sols. Ce qui est indiscutable et doit être pris en compte dans nos choix de nourritures.
 
Il va s’en tenir aux pertes des souris des champs lors des épisodes de pullulation. Dans ces épisodes qui se reproduisent tous les quatre ans, on compte 500 à 1000 souris par ha. 80% sont tuées par empoisonnement. Ce qui fait une moyenne d’au moins 100 souris/ha/an de tuées empoisonnées (500/4 x 0.80).
 
Archer calcule ensuite combien de protéines disponibles sont produites à l’hectare en blé. On obtient en Australie pour un rendement moyen de 1.4 tonnes/ha, 13% de protéines utilisables. Sur cette base il faut 0.55 ha pour obtenir 100 kg de protéine végétales utilisables. Donc 55 souris au moins (100 x 0.55) sont tuées pour obtenir cette quantité de protéines. Pour une même quantité de protéines il fallait abattre 2.2 bovins. Donc il faut tuer 25 fois plus d’animaux pour les obtenir à partir de végétaux  que pour les obtenir à partir de viandes animales.
 
On voit qu’en procédant de cette façon, Archer ne peut pas être accusé de ne pas prendre en compte le nombre d’hectares nécessaires pour produire des céréales ou de la viande bovine. D’ailleurs dans le cas d’élevages extensifs sur parcours, l’estimation des surfaces parcourues par les troupeaux n’aurait guère de sens. Une objection du type de celle que Mathenay adressait à Davis ne serait donc pas pertinente.
 
Dans son calcul Archer traite de la même façon, accorde autant de considération à une souris qu’à une vache.  Revient alors la question récurrente : tuer une souris, est-ce aussi condamnable, moralement parlant, que de tuer une vache ?
 
On aurait tendance à répondre non. Mais si l’on adopte le point de vue d’une éthique animale, il n’y a pas lieu de faire de différence entre les deux sur la base de leur appartenance spécifique ou de l’intérêt qu’elles ont pour nous. Si nous le faisions, nous ferions preuve de spécisme, un défaut moral aussi condamnable que le racisme aux yeux des éthiciens de philosophie animale.
 
Tout être  sentient (sensible) en tant qu’être sentient mérite une même considération que n’importe quel autre être sentient. C’est pourquoi Archer va s’efforcer d’établir 1° : que les souris des champs sont des êtres sentients. Elles éprouvent des sentiments, communiquent entre elles en chantant des chants personnalisés de structures complexes, notamment des chants d’amour, chants que nous ne pouvons entendre car ces vocalises se situent dans la gamme des ultrasons. Les jeunes appellent leurs mères en émettant aussi des chants.  Donc en tant qu’être sentient, une souris est l’égal de tout autre être sentient, donc d’une vache. Il n’est ni plus ni moins moral de tuer une vache qu’une souris. 2° il estime que les souris, êtres sentients, souffrent beaucoup plus lorsqu’elles meurent empoisonnées alors que ce n’est le cas ni des bovins s’ils sont abattus selon les règles, ni des kangourous s’ils sont tués par de bons tireurs conformément aux instructions. Les souris sont empoisonnées. « Du point de vue du bien-être, ces méthodes de tuer sont parmi les moins acceptables ». Quant aux jeunes souriceaux, lorsque leur mère est tuée, ils sont condamnés à mourir de faim et de déshydratation dans une longue agonie bien qu’ils aient « chanté de tout leur cœur pour appeler leur mère, lui dire de revenir à la maison ».

Les végans croient qu’un régime  végétalien permet de manger sans tuer ou faire souffrir des animaux. C’est faux !
En résumé il faut tuer et tuer salement avec beaucoup de souffrances pour produire des céréales et des légumineuses, base du régime végan. Archer peut alors conclure que pour un Australien « Remplacer la viande rouge par des céréales conduirait à la mort de beaucoup plus d’animaux sentients (sensibles), une souffrance animale beaucoup plus grande et entrainerait significativement plus de dégradations environnementales. Des protéines obtenues à partir de bétails élevés à l’herbe coûtent bien moins de vies par kilogramme : c’est un choix qui est plus humain, plus éthique et bénéfique à l’environnement. » Le régime qu’il juge le plus éthiquement correct est donc à base de viande rouge obtenue à partir de bêtes issues d’élevages herbagers, de chasses commerciales écologiquement responsables de kangourous. 
 
Inutile de dire que les végans ont réagi avec une grande vigueur à cet article. Mais la plupart de leurs critiques –  quand elles ne sont pas ad hominem et donc irrecevables – sont hors sujet. Elles se fondent sur l’état de l’élevage envisagé au niveau mondial, alors qu’Archer s’en tient au cas de l’Australie qui est bien spécifique. Ce type de critiques assez redontantes constitue l’essentiel des « réfutations » de Patrick Moriarty 2012, Garry Francione  2013, All Animals Australia  2014, ... Ces critiques tombent dès lors que le propos est bien restreint à la situation en Australie qui est d’ailleurs tout à fait originale. Il y a bien quelques passages de l’article d’Archer qui pourraient laisser penser que ce dernier croit son analyse généralisable, notamment lorsqu’il cite George Monbiot, Simon Farlie et Lierre Keith. Le titre de la version publiée sur le site The conversation peut aussi porter à confusion. Mais dans l’ensemble il prend soin de rapporter son propos à l’Australie.
 
Il y a une leçon importante à tirer de cette absence de pertinence des critiques que l’on vient d’évoquer et qui sont hors sujet : d’une manière générale, le contexte et les situations sont très différentes d’une région du monde à une autre. C’est vrai pour les rendements des cultures de céréales et de légumineuses qui varient aussi d’une année sur l’autre et parfois de façon significative. C’est vrai aussi pour les changements d’occupation des sols. La déforestation en Amérique du Sud n’a pas son équivalent en Europe où l’on assiste à une tendance contraire. Ce qui menace les forêts en Europe, c’est l’exploitation du bois dans le cadre d’une transition énergétique. En France l’élevage bovin pour la viande et le lait est principalement herbager. C’est vrai pour les pullulations de rongeurs. En France par exemple, les prairies sont victimes de pullulations de rats taupiers et les régulations par empoisonnement sont catastrophiques pour les populations de milans royaux. Par contre les pullulations de souris dans les champs de blé ou de maïs sont plus rares. Bref, en matière d’élevage et de cultures, un raisonnement à l’échelon planétaire doit être conduit avec prudence en dépit de la mondialisation des échanges commerciaux.
 
En lisant les autres critiques qui sont formulées par ces auteurs, on en arrive à se demander s’ils  ont lu l’article qu’ils prétendent critiquer. Par exemple All Animals Australia reproche à Archer de ne pas prendre en compte l’érosion des sols due au pâturage alors qu’il le prend en compte et recommande de mieux utiliser la viande issue de la chasse commerciale aux kangourous qui « ont le pied léger ».
 
Lorsque Francione reprend la ritournelle selon laquelle les céréales sont cultivées principalement pour nourrir les bovins, il ne semble pas avoir lu l’article. De même lorsqu’il déclare que dans un monde végan le problème des pullulations de rongeurs ne se poserait pas avec une telle ampleur parce qu’il y aurait moins de quantité de céréales produites et que l’on trouverait des meilleures solutions respectueuses de la vie des animaux. Si comme c’est le cas en Australie les bovins ne consomment que très peu de céréales, étant élevés conformément à leur nature, c’est-à-dire avec de l’herbe, ce n’est pas moins de céréales qu’il faudrait dans une Australie végane, mais plus.
 
Si Francione a vraiment lu l’article, il ne l’a pas compris parce qu’il semble ne pas pouvoir s’abstraire de sa vision de bétails nourris à l’américaine avec des céréales dans des parcs d’engraissement. Enfin quant aux méthodes respectueuses de la vie des animaux pour faire face à ces pullulations, on aurait aimé en savoir un peu plus. Ainsi invoquées, elles ne sont qu’une façon de refuser de prendre en considération le problème, problème très gênant pour un végan qu’il préfère évacuer par un effet de rhétorique creux. C’est assez pitoyable de la part d’un philosophe, figure de proue d’un véganisme abolitionniste qui se veut sans concession.
 
Sur quelques points Archer semble un peu trop optimiste comme sur le respect des règles de bien-être animal et des chartes de bonnes pratiques. Par exemple pour ce qui concerne la chasse commerciale du kangourou, il semblerait, si l’on en croit All Animals Australia 2014, que les choses ne se passeraient pas aussi bien sur le terrain avec dans certains cas des animaux seulement blessés et des femelles accompagnées tuées et leurs jeunes abandonnés à eux-mêmes. Il en va sans doute de même en ce qui concerne l’abattage des bovins dans les abattoirs où en Australie pas plus qu’ailleurs les règles pour éviter toute maltraitance ne sont pas toujours respectées.
 
Ceci nous conduit à envisager la question de la souffrance : il est difficile de comparer et de décider dans le cas d’espèce si l’agriculture entraine plus de souffrances pour les souris que l’élevage herbager pour le bétail ou la chasse commerciale pour les kangourous. Marquages au fer rouge, écornages (si c’est le cas), castrations sont le lot des bestiaux mais pas celui des kangourous, ni des souris. Bref, le débat peut être sans fin. Bien que les vaches et les broutards souffrent de tous ces maux, que leur existence est brève, il est difficile d’affirmer que leur vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue. La vie sauvage recèle d’autres expériences et aléas aussi douloureux…
 
In cauda venenum : JF D
 

Certes l’Orégon n’est pas l’Australie et l’Australie n’est pas l’Europe. Ce qui vaut pour l’un ne vaut pas pour les autres. Mais il y a tout de même un point important qui ressort des débats autour des articles de Stephen Davis et Mike Archer, c’est que pour produire les éléments de base d’un régime végétarien, il faut tuer et faire souffrir des animaux, notamment des rongeurs, de taupes et des oiseaux comme les corbeaux, les pigeons ou les étourneaux sans compter les limaces et quantités d’insectes ravageurs que les végans et les philosophes animalistes ont tendance à oublier. Ceux qui penseraient que cela est dû aux grandes cultures seraient contredits par tous ceux qui cultivent un lopin de terre ou un potager en autoproduction. Même la permaculture n’échappe pas à cette nécessité que ce soit directement ou par l’intermédiaire de carnivores. C’est tout simplement parce que c’est une loi de la nature.
 
C’est cela qui explique en fin de compte la virulence des végans militants et de leurs idéologues. Tout d’abord, il leur est difficile d’admettre que les aliments qu’ils cuisinent et mangent ne peuvent pas être produits sans souffrance et qu’il faut que des animaux soient tués volontairement. Ensuite la mise au grand jour et le rappel de ces tueries et de leur cruauté abolissent la différence éthique qui pouvait sembler exister entre leur végétalisme et l’omnivorisme ordinaire de la plupart des gens, ou ceux spéciaux préconisés par Steven Davis pour les US ou Mike Archer pour l’Australie. Pour décider du meilleur choix non seulement en terme d’éthique animale, mais aussi en terme d’éthique environnementale, il faut procéder au cas par cas, recourir au principe du moindre mal et les résultats ne sont pas toujours ceux que l’on attend. La belle simplicité de la propagande végane se révèle alors pour ce qu’elle est : de la propagande et de l’endoctrinement.
 

o00o  Références  o00o
 
All Animals Australia,  2014 « Debunking “Ordering the vegetarian meal? There’s more animal blood on your hands.” » https://allanimalsaustralia.wordpress.com/2014/11/12/debunking-ordering-the-vegetarian-meal-theres-more-animal-blood-on-your-hands/
 
Archer M., 2011 « Slaughter of the singing sentients: measuring the morality of eating red meat. »,  Australian Zoologist: 2011, Vol. 35, No. 4, pp. 979-982.
 
 Archer M., 2011b « Ordering the vegetarian meal? There’s more animal blood on your hands » https://theconversation.com/ordering-the-vegetarian-meal-theres-more-animal-blood-on-your-hands-4659
 
Davis S.L., 2003 « The Least Harm Principle May Require that Humans Consume a Diet Containing Large Herbivores, Not a Vegan Diet » Journal of Agricultural and Environmental Ethics (2003) 16, n°4 : 387. https://doi.org/10.1023/A:1025638030686
 
Francione  G., 2013 « Vegetarianism: less grain for cattle, fewer animals killed in grain fields » http://www.abc.net.au/radionational/programs/scienceshow/vegetariansim3a--less-grains-for-animals2c-less-animals-kille/4679802#transcript
 
Lamey A. 2007 « Food Fight! Davis versus Regan on the Ethics of Eating Beef (August 25, 2008) ». Journal of Social Philosophy, Vol. 38, No. 2, pp. 331-348, Summer 2007. Available at SSRN: https://ssrn.com/abstract=1253172
 
Matheny G,. 2003 « Least Harm: A Defense of Vegetarianism from Davis’s Omnivorous Proposal »
Journal of Agricultural and Environmental Ethics 16, no. 5 (2003): 509
 
Moriarty P., 2012 « Vegetarians cause environmental damage, but meat eaters aren’t off the hook » https://theconversation.com/vegetarians-cause-environmental-damage-but-meat-eaters-arent-off-the-hook-6090
 
 

Lundi 15 Janvier 2018 Commentaires (7)

Commentaires

1.Posté par Childéric le 24/01/2018 04:21
Faire de l'agriculture en Australie, voilà qui me paraît hautement audacieux ! C'est intéressant de voir un cas particulier où le véganisme n'est pas un régime soutenable ; en vérité, il y a beaucoup de pays où se passer de viande n'est pas envisageable.

L'Australie est un cas d'école d'ailleurs, en matière d'environnement : la politique environnementale australienne ferait pâlir bien des "défenseurs des animaux", quand il est question de massacrer froidement lapins et chats qui constituent de graves dangers pour l'écosystème local. Il y a le même problème en Nouvelle-Zélande, avec les opossums venus d'Australie : ils détruisent les milieux forestiers, et les Néo-Zélandais se font un devoir national de les écraser sur la route, quand ils peuvent... (le bord des routes est rempli de cadavres d'opossums) En Nouvelle-Calédonie, ce sont les cerfs importés par les Américains pour nourrir leurs troupes durant la Guerre du Pacifique qui posent problème : il faut de véritables programmes de chasse pour en réguler fortement la population.

Toujours en Nouvelle-Calédonie d'ailleurs, on aime bien se moquer des Métropolitains, en les présentant comme des Monsieur je-sais-tout. Une BD locale dit à propos d'un de ses personnages : Il "a tous les diplômes, a tout vu, tout lu, et a touché la prime". Et c'est exactement ça : les Français de Métropole ont une grande tendance à croire que ce qu'ils vivent et connaissent est valable pour tout le monde, pour tous les pays... et viennent faire des leçons aux autres sur leur propre pays !

2.Posté par Lala le 14/03/2018 16:14
C'est intéressant, mais que penser aussi de la consommation de légumes et des fruits, consommation qui n'est pas propre aux végans et dont la culture, en intensive et avec l'utilisation de tracteurs, est sûrement tout aussi cause de mort animale que la culture de céréales ?

Je pense que la permaculture est vraiment une alternative intéressante à considérer, si c'est la culture qui minimiserait au possible, sans pouvoir complètement l'empêcher, la somme des souffrances animales.

Car certes, un végan ou un omnivore mange des céréales, mais aussi des fruits et des légumes, ainsi que les champignons, les algues, etc... Ce que vous ne mentionnez pas dans votre article !

J'ai une question à votre égard : comment organisez-vous votre alimentation ? Quel type d'aliment consommez-vous ? De quelle méthode de production est issue votre mode de consommation ? Car enfin, il est intéressant de lire des articles interrogeant l'argumentation végane anti-spéciste, mais quelles sont alors les alternatives que vous proposeriez ?

3.Posté par Jean-François Dumas le 14/03/2018 18:52
Vous êtes trop curieux ! Peu importe le régime, c’est le lieu, l’origine et le mode de culture ou d’élevage qui compte.

Par ailleurs, vous semblez tenir pour acquis que le véganisme est anti-spéciste. Je ne crois pas : voir le § « Les éthiques animales véganes sont un spécisme zoocentrique » de mon article : « De l’animal machine à la plante machine : l’éthique végane face à la question des limites de la communauté morale. »

4.Posté par serge luca le 25/03/2018 15:48
J'ai peut être mal lu, mais il y a qq chose que je ne comprends pas: une bonne partie des cultures aujourd'hui sert à l'alimentation du bétail; si l'on passe à une alimentation végétarienne/vegan, la surface cultivée globale devrait fatalement diminuer; donc le nombres d'animaux victimes devrait également diminuer , non ?

5.Posté par Jean-François Dumas le 26/03/2018 16:49
En réponse à Serge Luca

Merci pour votre commentaire.

« Si l’on passe à un mode d’alimentation végan », dites-vous : Il s’agit d’un irréel, car ce n’est pas le cas ! Les végans sont une infime minorité. Et pour tout un tas de raisons que moi-même et d’autres ont développées par ailleurs, j’espère bien que ce ne sera pas le cas. Par contre, c’est le cas (et cela le sera toujours) que la production de céréales/légumineuses entraine de façon directe ou indirecte la mort d’un grand nombre d’animaux et la nécessité d’en tuer beaucoup par tous les moyens (empoisonnement, gazage, piégeage, fusil, etc.) y compris des mammifères et des oiseaux. C’était là le point.

La question que vous soulevez a été abordée sous la forme d’une objection à Davis que je rapporte dans cet article. Le cas de l’Australie fournit un contre-exemple. Même du point de vue du moindre mal entendu comme moindre souffrance, le régime végan n’est pas universalisable. La leçon que j’en tire est qu’il faut prendre en compte le type d’élevage, ses modalités, son contexte avant de le vouer aux gémonies.Du point de vue de la naturalité et de la biodiversité, l’agriculture fait beaucoup plus de dégâts que l’élevage herbager extensif par exemple.

Si le véganisme devait s’universaliser, il ne faudrait pas prendre en compte seulement les cultures vivrières mais aussi les cultures de plantes comme le lin pour remplacer la laine, d’autres pour remplacer le cuir, etc. … et surtout lorsque le pétrole deviendra rare des cultures d’agro-carburants puisque les végans refusent l’exploitation de la force animale. Donc dans un monde végan, même à population constante, les surfaces cultivées risquent de ne pas décroître.

Le cas des végétariens est différent puisqu’ils admettent l’élevage laitier et les œufs, la laine, etc.

6.Posté par Clément le 13/04/2018 15:29
Je suis tombé par hasard sur votre article du 29 novembre 2016, et en y ajoutant cet article là je suis stupéfait par tant de précisions et de pertinence pour remettre en cause le mouvement végan, mes félicitations car je n'ai encore jamais trouvé un réquisitoire aussi précis et complexe, ou alors dans le hors-série N°47 du magazine sport et vie, titré "les sportifs face à la viande".

Je me pose cependant encore quelques questions car si je veux défendre mon argumentaire devant un végan convaincu du bien fondé de sa démanche sur le bien-être animal, je devrais utiliser une rhétorique qui soit similaire à la leur afin qu'elle puisse être recevable : Dans une discussion orale qui a pour vocation de convaincre, je ne me vois pas du tout combattre un idéal à coups de statistiques et de sous-chapitres. Quels seraient concrètement les arguments les plus solides pour faire valoir notre point de vue ?

Je me pose aussi la question de savoir quelle est la part de personnes végétaliennes qui ont été élevées au contact de la nature ? Cela pourrait passer par une enfance passée en pleine campagne, au contact d'une basse-cour ou bien encore de parents fromagers, exploitants agricoles... Déjà que les ruraux et les salariés du secteur primaire sont en voie de disparition... J'imagine en tout cas que si tout n'est jamais blanc ou noir, cette proportion reste très faible conformément aux clichés, et que la plupart des végétaliens sont des citadins.


Si ce cas s'avère vrai, en quoi le fait de grandir ou de vivre à la campagne peut nous prémunir de toute dissonance cognitive concernant le steak posé dans notre assiette ? Je pourrais avancer pour avoir grandi à la campagne avec un environnement sauvage tout autour de chez moi que le fait de voir et entendre la vie et la mort de près, de toutes les espèces régulant la chaîne alimentaire (faucon crécerelle, musaraigne, mésange, renard, perdrix, chat, caneton, chien, lapin de garenne, sanglier...) nous ferait relativiser notre place au sommet de celle-ci, mais ça reste un avis personnel.

Il n'y a qu'à regarder les documentaires animaliers (trop souvent ignorés) pour se rendre compte que toutes les espèces (sauf la nôtre en théorie) sont les proies et les prédateurs de quelqu'un, et que celles-ci ignorent totalement le bien-être animal de leur proies comme de l'an 40, tout comme nous finalement.

7.Posté par Jean-François Dumas le 13/04/2018 18:28
@ Clément
Je suis très heureux que vous ayez apprécié mes analyses critiques du véganisme. Elles ne sont pas complètes car je n'ai pas vraiment abordé la question des régimes alimentaires, sauf en ce qui concerne leurs conséquences écologiques. D'une part, je ne me sens pas assez compétent, d'autre part je pense que peut-être on peut vivre en étant végétalien mais en étant obligé d'être suivi par un spécialiste en nutrition ou d'être très pointu sur la question. Et même ainsi, je n’en suis pas certain. Il faut lire à ce propos le livre de Lierre Keith Le mythe végétarien et notamment le chapitre 4 intitulé « les végétariens nutritionnistes » L'article que vous citez me semble intéressant de ce point de vue. Enfin, selon moi, la question du régime n'est pas la question essentielle pour un végan qui se place sur un plan éthique. J'aborde cette question éthique dans un autre article : "De l’animal machine à la plante machine : l’éthique végane face à la question des limites de la communauté morale."

Les motivations des végans sont diverses et la question à mettre en avant dépend de celles qui ont conduit votre interlocuteur à se convertir au véganisme.

"En quoi le fait de grandir ou de vivre à la campagne peut nous prémunir de toute dissonance cognitive concernant le steak posé dans notre assiette ?" demandez-vous. Je crois que votre réponse est assez pertinente. Qu'ils soient urbains ou "rurbains" les végans ne connaissent vraiment comme sorte d'animaux et comme comportement envers les animaux que les animaux de compagnie et les conduites que nous devons avoir envers eux.

Pour ne pas être inscrite totalement dans les caractères naturels de ces espèces, du moins avant leur domestication, les distinctions entre animaux sauvages, animaux de rente bons à manger, animaux de travail et animaux de compagnie sont culturelles mais elles ont autant de réalité que les distinctions d'ordre naturel avec lesquelles elles s'emmêlent sans jamais se superposer totalement. Elles ont autant de réalité quoique que cette réalité soit différente et même si, comme telles, elles sont variables d'une civilisation à une autre (cas des chiens par exemple) ou au cours de l'histoire (cas de la genette au Moyen âge et aujourd'hui). Pour ne pas compliquer exagérément les choses, je laisse de côté la distinction entre apprivoisé et domestiqué. Je m’en tiens à la dernière catégorie. Les végans occidentaux veulent considérer que tous les animaux domestiques que nous élevons et utilisons à des fins diverses soient considérés et traités comme des animaux de compagnie, les seuls avec lesquels ils sont en contact.

Quand on a vécu à la campagne, dans son enfance, notre expérience fait que ces distinctions s'imposent. Et naguère, il n'y avait guère d'animaux de compagnie. Cette abondance actuelle est signe d'une civilisation trop opulente et sans doute dégénérescente. De plus naguère, l'élevage industriel et ses horreurs n’existaient pas. Les cochons étaient des recycleurs qui mangeaient tous nos restes de nourriture, des glands non digestes pour nous, les eaux grasses, etc. Ils les transformaient en bonnes protéines assimilables par les humains dans le cadre d'une autoproduction ou d'une production à l'échelle d'une commune. Et si l'on remonte dans le temps, c'était vrai même en ville. Bref, avec l'apparition des tracteurs puis de l'élevage industriel intensif hors sol, les animaux de rente ont été enfermés, se sont trouvés soustraits du regard des gens qui de plus ont constitué une population de plus en plus urbaine, l'exode rural vidant les campagnes. Et dans cette nouvelle situation, les aberrations sont multiples. Il est aberrant de produire de la nourriture pour les cochons, de nourrir les vaches aux céréales alors qu'elles ont un système digestif qui n'est pas fait pour cela, qui leur permet d'assimiler la cellulose et de la transformer en protéines animales digestibles par les humains. C’est devenu une curiosité de voir une poule accompagnée de ses poussins, au lieu de cela il y a les monstruosités que L214 et autre association végane nous mettent sous le nez.

Dans le même temps, les animaux de compagnie, anciens ou nouveaux ont été de plus en plus visibles, de plus en plus nombreux, de plus en plus choyés pour diverses raisons. La relation à ces animaux est devenue le modèle dominant et pour les végans il est exclusif au mépris de toute évidence écologique concernant les chaînes trophiques comme vous le soulignez. Les plus extrémistes se contentent de donner à leur animal familier – en général, hélas pour eux et pour lui – carnassier des croquettes véganes mais ils aimeraient bien trouver un moyen de transformer les carnivores en doux herbivores, la prédation leur étant insupportable.

D’expérience, je pense qu’il est impossible de dialoguer avec un végan : il vit dans un autre monde et entre le sien et celui du commun des mortels, il y a une radicale incommunicabilité. En me livrant à des analyses critiques du véganisme, mon objectif n’est pas de faire changer d’avis un végan, il est d’empêcher que des gens rendus vulnérables à l’embrigadement végan fassent le saut. Car on ne peut être à la fois dans une vision du monde ordinaire et une vision du monde végane, c’est une sorte de conversion qui fait passer de l’un à l’autre et vice-versa, en termes techniques d’un paradigme à l’autre. Une fois dans le paradigme végan, la conversion en retour est très difficile même si l’on sait que l’on est dans une impasse. A ce sujet, il faut lire le livre cité de Lierre Keith qui, en plus d’une déconstruction en règle du mythe végan est le témoignage personnel d’une écologiste authentique et radicale qui nous raconte comment son véganisme a failli la détruire et combien il lui a été difficile d’en sortir.

Si vous connaissez quelqu’un et surtout quelqu’une (les femmes semblent plus attirées que les hommes dans cette galère) qui est tentée d’adopter ces régimes de fous, faites-lui lire ce livre et si vous connaissez des parents qui ont un enfant tenté par cette hérésie vantée par quelques peoples, conseillez-les de lui faire lire ce livre. Et surtout, si vous êtes parent d’élèves soyez vigilants : pas de propagande L214 à l’école, au collège ou au lycée auprès d’ados et de pré-ados influençables à une époque où on est souvent mal dans sa peau.

Pour terminer, un point : nous sommes aussi les proies potentielles de quantités d’autres espèces. Des plus gros, lions, requins, crocodiles…, des moyens loups, cochons, chiens…, aux plus petits : puces, tiques, moustiques, asticots et ce sont ces derniers où d’autres recycleurs qui auront le dernier mot en ce qui nous concerne tous.

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