Les associations et organisations animalistes se distinguent par leur absence sur le terrain pour défendre les vaches abattues en application d’une mesure prophylactique pour le moins discutable visant à éradiquer du territoire métropolitain la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) . Dans leur communiqué à ce sujet, la plupart de ces organisations ne prennent même pas la peine d’écrire un mot de soutien aux éleveurs, fût-il de pure circonstance. De leur point de vue cet abattage n’est qu’un abattage comme un autre de bêtes vouées à être abattues de toute façon. Elles en profitent pour tirer à boulet rouge sur l’élevage dont elles veulent l’abolition. Elles ne sont suivies en cela par AUCUNE organisation de protection des animaux, aucune organisation naturaliste ou écologiste. Le clivage est particulièrement net entre animalistes et ces dernières. Ce qui est réconfortant. Cet article passe en revue les communiqués de presse des trois plus importantes organisations animalistes.


Précisons tout d’abord qu’il faut faire une distinction entre les organisations animalistes « antispécistes » et les associations de protection des animaux comme 50 millions d’amis, la Fondation Brigitte Bardot ou l’OABA (Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoir ) par exemple. Celles que je viens de citer sont toutes au côté des agriculteurs et se mobilisent pour que l’épidémie soit traitée différemment notamment sans abattage total d’un troupeau, a fortiori lorsque vacciné et une généralisation rapide de la vaccination. Par exemple l’OABA dont le président est un vétérinaire condamne l’abattage total, préconise un abattage partiel, l’isolement du troupeau, des restrictions strictes de déplacement et une vaccination généralisée. Ce qui par parenthèse prouve que tous les vétérinaires ne sont pas d’accord avec la façon brutale de procéder.
 
Les communiqués de presse examiné dans la suite de cet article sont ceux des trois organisations animalistes d’envergure nationale : L 214, La REV et le Parti Animaliste.  
 
Toutes condamnent l’abattage des vaches mais aucune ne propose de solution alternative, ne prend position sur la vaccination, l’isolement, les restrictions de déplacement. Manifestement, elles ne s’intéressent pas aux solutions et aux moyens à mettre en œuvre pour sauver le maximum de vaches dans les troupeaux atteints et pour juguler l’épidémie. La seule solution envisagée, c’est la suppression de l’élevage. Comme cela n’est pas pour demain, la tuerie pourra continuer ! Malgré leurs lamentations sur le sort de ces pauvres vaches qui de toute façon seront abattues, elles ne s’en soucient guère en réalité.
Toutes profitent de cette épidémie pour faire le procès de l’élevage et argumenter pour son élimination de façon nette dans le cas de L214, REV, moins claire pour le Parti animaliste qui écrit « Le Parti animaliste appelle à engager une transition progressive vers des systèmes agricoles et alimentaires respectueux des animaux, des humains et de l’environnement. » ce qui sous-entend que les systèmes agricoles actuels ne le sont pas mais  qui ne serait pas d’accord pour [mieux] respecter les animaux, les humains et l’environnement ? C’est lorsque est explicité en quoi consiste exactement ce beau programme que les divergences se font jour !
 
En revanche, le titre de REV est très clair : « Dermatose nodulaire : la REV réaffirme la nécessité de mettre fin à l’élevage » . Cette organisation est cependant la seule à déclarer soutenir les éleveurs dans la défense de leurs troupeaux ce qui est incohérent avec la volonté de mettre fin à l’élevage. Elle les soutient mais veut leur disparition puisqu'elle condamne dans le même texte l'abattage de millions de bovins par an pour la consommation humaine et donc leur production c’est-à-dire l’élevage et les éleveurs qu'elle prétend soutenir ! REV s'en prend aussi aux syndicats de ces éleveurs mobilisés pour tenter de défendre leurs troupeaux parce que ces syndicats "maintiennent les éleveuses et éleveurs dans une impasse économique et morale en refusant d'envisager une sortie de l'élevage" c'est-à-dire en refusant de les voir disparaitre en tant qu'éleveurs ! Les syndicats d’éleveurs accusés de ne pas vouloir la fin de l’élevage !  La REV, c’est le royaume de l’absurde.
 
 Pour sauver ces vaches tuées en masse, L 214, à l’activisme débordant n’a entrepris aucune action sur le terrain, ni de lobbying auprès des élus dont elle use et abuse sur d’autres sujets. Elle est en mode service minimum pour ce qui concerne la brutalité de la mesure prophylactique choisie par le gouvernement pour lutter contre la DNC, à savoir l’abattage de troupeaux entiers pudiquement appelée « dépeuplement ».  A ceux qui s’étonnent sinon de son absence d’action militante , du moins de son silence, elle répond « nous sommes là, nous travaillons sans relâche sur les racines qui ont amené à cette crise sanitaire et à bien d’autres conséquences » Elle travaille sans relâche sur les racines mais ne défend en la circonstance ni les éleveurs, ni les troupeaux ! Il faut tout de même rappeler que pour L214 ces « racines », c'est l’élevage des bovins lui-même et qu'il faut supprimer comme il faudrait  la suppression des élevages de tout animal qu’elle amalgame dans ce communiqué comme dans ces autres publications en une seule entité honnie : « le système d’élevage dans son ensemble » dont elle dénonce « la violence structurelle ». Elle conclut son communiqué en ces termes « Notre système agricole et alimentaire est éthiquement et sanitairement funeste. L214 propose une sortie planifiée de ce modèle dans son rapport le Sauvetage du siècle – sauver 600 millions d’animaux en 2030 (et bien plus encore) ».

600 millions d’animaux sauvés, non transformés en viande ! Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir en faire ? Plaisanterie à part, il s’agit en fait de diviser par deux la consommation actuelle de viande. Pour les bovins dont il est question dans le cas de la dermatose nodulaire contagieuse, l’objectif de L214 avec son «sauvetage du siècle»  est de passer de 4 428 097 tués en 2023 à 2 205 000 selon les chiffres qu’elle donne. Bien entendu et cela devrait aller sans dire, L214 ne sauverait aucun animal puisque ces 600 millions n’existeraient pas et n’auraient jamais existé. Par contre, c’est le cheptel actuel qui serait divisé par deux. Avouons qu’il faut vraiment être pervers pour ne pas vouloir sauver 600 millions d’animaux mais qu’il faut être encore plus pervers pour tromper les gens à ce point et leur faire croire qu’il s’agit de sauver des animaux …qui n’existent pas.  Diviser de moitié le cheptel actuel puisque là est le but de ce prétendu sauvetage, ne peut se faire que de deux façons : réduire la taille des troupeaux ou réduire le nombre d’exploitations. Seule la deuxième est praticable en France où il s’agit d’exploitations familiales dont 87% ont moins de 100 vaches. Diminuer la taille du troupeau rendrait non viable économiquement beaucoup de ces exploitations. Alors que les éleveurs se battent pour sauver et leur troupeau et leur ferme, profiter de l’épidémie pour faire la promotion d’un plan de destruction de l’élevage en France qui ne dit pas son nom est d’une fourberie abjecte, à l’opposé des grands principes éthiques dont cette association se drape. Inconscience ou culot monstre ? En somme en pratiquant un abattage prophylactique d’un troupeau au sein duquel il y a une vache contaminée, le gouvernement se livre au dépeuplement d’animaux de rente souhaité par L214 qui, si on la laissait faire,  procèderait certes de façon plus graduelle et avec des mesures moins violentes pour les animaux mais pas pour les paysans dont elle n’a que faire. Comment qualifier un tel manque d’empathie pour l’éleveur attaché à son troupeau que l’on massacre et qui voit détruites des années de travail, de sélection génétique pour l’adaptation du troupeau au territoire ?
 

°°°°°°°°°°°°°°
 
Il y a un autre point commun entre toutes ces associations, elles considèrent que cet abattage prophylactique n’est pas plus scandaleux que l’abattage pour raison alimentaire.  Pour L214 l’attachement des agriculteurs à leur troupeau n’est pas crédible :  «face à l’indignation de toutes parts suscitées par les mises à mort de troupeaux entiers, même le président de la FNSEA ose le registre du sauvetage : « Le consensus, en tous les cas, au-delà des syndicats, c’est que tout le monde veut sauver les animaux ». Il ose, il n’est pas crédible ! Peut-être, mais lui au moins et beaucoup de gens avec lui veulent sauver des animaux vivants, réels et pas des animaux « possibles » non existants à la manière de cette association !
Ceci qui dénote d’une totale incompréhension du métier comme l’explique Jocelyne Porcher dans un entretien avec Philosophie Magazine : « Les pseudo-défenseurs de la cause animale supposent que cette relation [de l’éleveur à son troupeau] est factice puisqu’il y a la mise à mort au bout. Mais cela n’a rien à voir : nous parlons de travailleurs qui, tous les jours, sont en contact physique, corporel, charnel, avec des bêtes. Cette compagnie constante forge une relation affective et morale, une identité elle-même irriguée par la finalité de ce travail : nourrir la population. Abattre des vaches pour nourrir la société, ce n’est pas du tout pareil que de les livrer aux équarrisseurs. L’État laisse les éleveurs dans une situation d’impuissance. Pis encore, il piétine cette dimension affective de leur métier. » Et les associations animalistes aussi. Car L 214 n’est pas la seule à douter de la réalité de l’attachement des éleveurs à leur troupeau. C’est le cas aussi du Parti Animaliste. Un paragraphe de son communiqué a pour titre « Colère des éleveurs : une émotion qui interroge »
Que l’opinion publique condamne ces abattages alors qu’elle ne s’émeut pas des abattages d’animaux pour leur viande est unanimement dénoncé par les animalistes. Le Parti des animaux    feint de s’interroger « Cette indignation pose néanmoins une question de fond : pourquoi la mise à mort d’animaux en bonne santé serait-elle jugée inacceptable dans ce contexte, alors que l’abattage quotidien, volontaire et systématique de millions d’animaux terrestres chaque jour en France, pour la consommation humaine, reste socialement et politiquement considéré comme normal ? » 
 
La REV quant elle ne s’encombre pas d’euphémisme, elle refuse et condamne ce qu’elle qualifie de « fatalité spéciste » et d’ « hypocrisie systémique » : « Si par une décision gouvernementale, les bovins échappaient finalement à l'euthanasie sanitaire, leur sort resterait de toute façon scellé par l'industrie. Car si les vaches ne meurent pas du fait de l'épizootie, elles sont de toute façon destinées à être abattues quelques mois plus tard, au terme de leur courte vie d'exploitation, pour la production de protéines animales. »
 
L214 voit dans cette « indignation sélective » un double standard émotionnel qu’elle va expliquer avec le poncif en vogue dans la sphère végane antispéciste, la dissonance cognitive : « cette indignation sélective révèle notre profonde dissonance cognitive vis-à-vis de la consommation de viande : beaucoup séparent mentalement la viande de l’animal vivant. L’abattage sanitaire rend ce lien incontournable, bouscule cette rationalisation et nous oblige à admettre la violence structurelle du système d’élevage dans son ensemble. »  Même si l’on admettait que les mangeurs de viande sont sujet à cette dissonance cognitive, il se trouve que dans le cas d’abattage préventif les bêtes abattues sont destinées à l’équarrissage et ne sont pas abattues pour être mangées. Donc l’explication n’est pas pertinente. Non seulement elle n’est pas appropriée pour expliquer cette indignation sélective, mais l’indignation sélective dont fait preuve la majorité des gens réfute cette théorie de la dissonance cognitive des omnivores qui mangent de la viande. En effet, si les gens s’indignent, c’est précisément parce que ces vaches ne sont pas abattues pour être mangée mais gratuitement alors qu’il y avait une autre solution possible pour limiter la maladie. Les vaches abattues pour être mangées ne le sont pas de cette façon, en masse et leurs carcasses ne sont pas chargées pêlemêle dans des bennes et le troupeau n’est pas anéanti. Il n’y a pas d’indignation sélective, il y a deux situations qui sont très différentes et que les animalistes confondent, aveuglés par leurs a priori comme l’explique Jocelyne Porcher dans l’extrait de l’entretient cité au début de ce paragraphe.
 
°°°°°°°°°°°°°°
 
En France les élevages bovins sont des exploitations familiales de taille moyenne ou petite pour la plupart (voir plus haut).Dès que le temps le permet les vaches sont aux prés. Il s’agit d’un élevage « vertueux » tant du point de vue de l’environnement que du bien être animal et de la qualité des produits. De plus, ironie du sort, c’est parce qu’elles vivent à l’air libre que les vaches sont sujettes à cette maladie qui est propagée par les insectes piqueurs comme l’explique le Mouvement écologiste indépendant MEI) dans une lettre argumentée à la ministre de l’agriculture demandant l’arrêt des abattages massifs : « Le taon est le vecteur principal du virus. Si l’insecte est capable de parcourir de grandes distances, il est aussi exophile, c’est-à-dire qu’il ne pénètre pas dans les locaux : les troupeaux infectés le sont au pâturage ce qui distingue habituellement des exploitations familiales. »  
 
Condamner l’élevage à partir de l’élevage bovin en s’appuyant sur cette épidémie de DNC ne devrait pas être facile. Du moins, n’est pas facile si on est honnête intellectuellement. Comment s’y prennent les organisations animalistes ? En pratiquant l’art de l’amalgame : la DNC n’est pas un cas isolé c’est une épizootie de plus. Le Parti Animaliste assène : « La dermatose nodulaire bovine n’est pas un accident isolé » mais n’en dit pas plus tandis que L214 développe  : « La DNC n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une série de crises sanitaires à répétition dont la grippe aviaire constitue désormais un marqueur permanent » Cette association n’aurait pas pu trouver de plus mauvais exemple avec la grippe aviaire qui n’est transmissible à des bovins qu’exceptionnellement,  touche des types d’élevages qui sont totalement différents et frappe aussi bien les oiseaux domestiques que sauvages, mettant des espèces rares en danger d’extinction. Ce qui ne l’empêche pas d’affirmer qu’elle s’appuie sur la science : « Le consensus scientifique est clair : l’intensification de l’agriculture et notre forte consommation de viande sont des causes identifiées de l’émergence et de la propagation de maladies » Ah ! ce fameux consensus que l’on met à toutes les sauces ! En la circonstance, on se demande bien sur quoi il porte. Notre consommation de viande aurait-elle un lien avec l’apparition de nouvelles maladies contagieuses ? Chez les bovins ? Chez les humains ? L’intensification de l’agriculture est le fait d’une rationalité purement économique dans un contexte néolibéral de concurrence mondiale et ne s’explique pas par une consommation accrue de viande qui en France n’est nullement prouvée, ce serait plutôt l’inverse ! Bref rien n’est clair dans cet argument.
 
Comme le Parti Animaliste et L214, la REV met tous les élevages dans le même sac. Cette généralisation abusive lui permet d’écrire « L'élevage est le terrain fertile pour l'émergence et la propagation rapide des épizooties. Il concentre les animaux, affaiblit leurs défenses immunitaires par le stress, l’alimentation, comme lors de l'épisode de la vache folle, et les conditions de vie, et crée des réservoirs pour les mutations virales. » Le type d’élevage que décrit la REV dans ce texte est fort éloigné de l’élevage bovin tel qu’il est pratiqué en France. Il évoque plutôt les élevages hors sol industriels de poules, lapins, porcs ! Se référer à  « l’épisode de la vache folle » est certes plus pertinent que se référer à la grippe aviaire puisqu’elle a concerné les bovins. Mais bien choisie pour faire peur, elle n’est pas plus honnête. Pourquoi aller chercher une épizootie qui a eu lieu il y a plus de vingt ans ?  En France métropolitaine, en plus de la DNC d’apparition très récente les autres épizooties susceptibles d’affecter les bovins en 2025 sont transmises par des moustiques et ne sont pas contagieuses. Comparée à la maladie de « la vache folle » la DNC a une étiologie toute différente, n’est pas transmissible à l’homme et ne peut être attribuée à de mauvaises pratiques. De plus en s’y référant aujourd’hui, la REV oublie que comme le souligne Wikipedia « la crise de la vache folle [a laissé] comme héritage une amélioration des pratiques dans la filière bovine, à travers le retrait de certaines parties de la carcasse à l'abattoir lors de la découpe, mais aussi une traçabilité renforcée des animaux. En santé publique, cette crise a également entraîné le renforcement du concept de principe de précaution. »  
 
°°°°°°°°°°°°°°
 
Inutile de poursuivre plus avant dans le commentaire de la prose commise par les associations animalistes à l’occasion de cette crise de la DNC. Il est clair que ces associations se servent de cette crise pour combattre l’élevage bovin bien plus difficile à dénigrer que d’autres sortes d’élevage. Dans cette croisade, l’honnêteté intellectuelle ou morale ne sont pas de mise. Elles ne manifestent aucun égard pour les éleveurs dont on abat le troupeau et bien peu pour les vaches abattues dans ces conditions car comme le dit la REV sans ambages mais non sans exagération «si les vaches ne meurent pas du fait de l'épizootie, elles sont de toute façon destinées à être abattues quelques mois plus tard » pourquoi donc s’indigner ? En fin de compte, ce sont leurs communiqués de presse qui sont indignes.
 
 

Lundi 12 Janvier 2026 Commentaires (0)

Sur son blog "Vu du droit" Régis de Castelnau a écrit un article qui est un résumé saisissant du parcours de Bruno Lemaire depuis son ralliement à Macron en 2016 après sa défaite à la primaire de droite pour les élections présidentielle. En voici un extrait.


" Alors comme ça, Nono le neuneu, notre demeuré national corrompu et menteur, poursuit sa brillante carrière ?
[...]
Et le voilà qui file maintenant pantoufler chez les Yankees de «Macro Advisory Partners» spécialisés dans la « géopolitique », qui ne l’embauchent sûrement pas pour ses compétences, puisqu’il n’en a aucune. Non, c’est plus simple et plus classique. Nono le neuneu va battre monnaie, en fournissant à des intérêts étrangers, américains de surcroît, l’usage de son carnet d’adresses et les secrets d’État dont il est dépositaire.
Entre-temps il a été mentir sous serment, devant une commission d’enquête parlementaire, ce qui est un délit pénal. [...]
Normale’ sup, ENA, nullité abyssale, incompétence crasse, probité aux abonnés absents,mépris de l’intérêt national, on a là, la quintessence de la pourriture des élites françaises."

*************
Pour lire l'article complet, c'est ici 

Samedi 10 Janvier 2026 Commentaires (0)
S'il y a une quasi unanimité des Groenlandais pour se séparer de leur asservissement au Danemark, il feraient bien de se méfier des velléités de Trump d'annexer leur pays aux USA et de se renseigner sur ce qu'est la vie des vrais autochtones des USA présents sur leurs terres avant la conquête (les Native Americans, First Americans, ou Indigenous Americans). D'autant plus que Trump clame que les avantages qui leur sont octroyés doivent être réduits parce que "ça coute trop cher aux contribuables américains"

Jeudi 8 Janvier 2026 Commentaires (0)
 Dr Patrick Moore, cofondateur de Greenpeace : « Si nous parvenions réellement à la neutralité carbone, au moins 50 % de la population mourrait de faim et de maladie. » « C’est véritablement un désir de mort déguisé, et le déguisement consiste à sauver la Terre — qui n’a pas particulièrement besoin d’être sauvée. »
Êtes-vous sûr que vous, vos enfants et vos proches seront dans les 50% restants ? 

 

Dimanche 7 Décembre 2025 Commentaires (0)

Les associations animalistes, les ONG environnementalistes adorent les sondages. Pas n’importe lesquels certes, ceux dont elles sont les commanditaires et dont les résultats vont, comme par hasard, dans le sens de leurs attentes. Elles ne cherchent pas à savoir ce que les gens pensent réellement sur leurs sujets de prédilection. Leur but est d’utiliser l'évidence avec laquelle les sondages s’imposent aujourd’hui dans le champ politique et journalistique pour faire pression sur le gouvernement, les maires, etc., tous les politiciens, élus ou aspirant à l’être et grâce aux médias de masse qui les commentent et les popularisent tenter de gagner les gens à leur cause. Appelons un chat, un chat : ces associations ne font rien d’autre que ce qu’elles reprochent sans cesse à leurs adversaires : du lobbying et de la propagande !


Le sociologue Hugo Touzet a effectué dans le cadre de sa thèse un travail que je qualifierai d’ethnosociologie sur les sondeurs d’opinion très éclairant. Dans le chapitre 4 de l’ouvrage qui en est issu Produire l’opinion, (Touzet 2025) l’auteur souligne que les instituts de sondage sont des entreprises commerciales qui s’apparentent à des prestataires de services mais que cela n’est pas un obstacle à la réalisation d’enquêtes fournissant des résultats de valeur parce que les compétences des sondeurs sont « mobilisées de manières différentes selon la demande commerciale à laquelle ils et elles sont confrontées ». Selon la demande du commanditaire ces compétences « peuvent être utilisées de manière proche de ce que l’on observe dans le champ des sciences sociales, pour rechercher des données qui apportent à la connaissance d’un fait de société ou qui éclairent une actualité ». Cependant elles peuvent aussi être utilisées « pour obtenir un résultat spécifiquement recherché » par le client. « Cette seconde modalité d’usage des savoir-faire est la plus vivement critiquée quand il est question de sondages ayant trait à des enjeux politiques ou sociaux. (…). Il peut s’agir d’enquêtes pour communiquer, démontrer que son point de vue est majoritaire, insister sur le fait «qu’on a l’opinion avec soi» ».  Ce sont des sondages de cette sorte que demandent et qu’ achètent les associations environnementalistes, sondages qui leur donnent les « informations qu’ils attendent « (Garrigou 2006, p.52).

Le but de cet article est de monter que c’est le cas du sondage récent commandé par le RAC (Réseau Action Climat) intitulé La perception par les Français des enjeux et des mesures écologiques. [© Ipsos bva pour le Réseau Action. Climat] consultable ici : https://reseauactionclimat.org/wp-content/uploads/2025/10/ipsos-bva-pour-les-reseau-action-climat-enquetes-sur-les-mesures-ecologiques-octobre-2025.pdf

A tout seigneur tout honneur, la question du réchauffement climatique est celle qui est abordée en premier dans ce sondage. Elle est le plus longuement étudiée conformément à l’air du temps où la question climatique a phagocyté toutes les autres tendant à faire de « la lutte pour le climat » l’alpha et l’oméga de l’écologie. S’y ajoute tout de même deux thèmes bien plus brièvement traités l’un porte sur l’agriculture avec deux sujets, les pesticides et la taille des élevages industriels et l’autre concerne l’aménagement du territoire avec des questions sur l’objectif « Zéro artificialisation nette ». Sans aucun doute, ces trois sujets ont été sélectionnés parce qu’ils font l’objet de loi ou de projets de loi qui constituent aux yeux des ONG environnementalistes des régressions dans la protection de l’environnement et ont soulevé de nombreuses protestations, donné lieu à de pétitions. Il s’agit de la « loi Duplomb » (loi visant à lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur) votée par l’Assemblée nationale et des tentatives des sénateurs et députés pour vider la loi ZAN de son contenu (projet de loi TRACE votée par les sénateurs, dispositions inclues dans le projet de loi de simplification de la vie économique par les députés…). En revanche on notera que la suppression de ZFE n’a pas été retenue. Elle a été fortement condamnée par le RAC alors que le gouvernement n’a fait qu’accéder à une revendication populaire par crainte de la montée en puissance d’un mouvement comparable à celui des Gilets Jaunes. Eviter les sujets impopulaires comme la taxe carbone sur les carburants ou l’instauration de ces ZFE est un bon moyen de faire surgir un consensus autour de l’environnement.

Je vais donc centrer mon analyse sur la partie traitant du climat. Comblé par les résultats du sondage, le Réseau Action Climat (RAC) avertit en les citant : « « Le nouveau gouvernement ne pourra pas faire abstraction de ces enjeux [enjeux environnementaux et climatiques] alors même que : 93 % des Français constatent l’augmentation des événements climatiques extrêmes. 91 % d’entre eux l’attribuent au changement climatique. 89 % en sont inquiets (dont 32 % très inquiets).» Voyons ce qu’il en est de plus près.

 

Il était demandé aux répondants de dire « d’après ce qu’ils savaient » si les évènements climatiques extrêmes ont tendance à augmenter et à s’intensifier « depuis quelques années » C’était la première question du sondage avec comme réponse possible, au choix « oui beaucoup » « oui un peu » « non, ils n’augmentent pas » et « je ne sais pas » .  Donc contrairement à ce qu’affirme le RAC, les répondants ne constatent pas, ils expriment leur opinion fondée sur ce qu’ils savent ou du moins croient savoir. Ils expriment ce qu’on leur demande, à savoir une opinion. Exprimer une opinion, ce n’est pas faire un constat.

Dans le détail, sur les 93% qui jugent que les évènements climatiques extrêmes augmentent, 57% considèrent qu’ils « augmentent beaucoup » tandis que 36% estiment qu’ils « augment un peu ». Additionner les ‘beaucoup’ et les ‘un peu’ est peut-être une pratique sondagière courante mais qui ne se justifie guère et exagère le « consensus »,sur cette question. En effet, ‘un peu’, c’est ‘pas beaucoup’, c’est-à-dire le contraire de ‘beaucoup’ et additionner les réponses « oui beaucoup » avec les « oui, un peu », c’est additionner des contraires selon une logique sondagière défiant la logique. Par ailleurs, « Oui un peu » c’est la réponse de ceux qui n’ont pas une opinion bien tranchée sur la question. Elle exprime le désir du répondant de ne pas se démarquer du penser conforme sur ce sujet et elle est l’indice d’une « coopération nonchalante » (Garrigou 2006),  avec le questionneur qu’il faut bien satisfaire puisque ce dernier l’a retenu dans son panel access. Il faut donc relativiser ces 93% soulignés par l’institut de sondage et claironnés triomphalement par le RAC. 57%, c’est déjà pas mal mais insuffisant pour une pression efficace, d’où cette insistance sur les 93% résultat d’une addition bizarre des contraires mise en avant par l’institut de sondage et son client.
 
L’expression « évènement climatique extrême » est une expression qui n’appartient pas au langage de tous les jours et n’est pas familière à tous. Conscients de cela les rédacteurs en explicitent le sens par des exemples. Dans la formulation de la question sont énumérés dans une parenthèse les incendies, les canicules, les inondations et les sécheresses. On remarquera trois absents de marque dans cette énumération : les tempêtes, les ouragans et les vagues de froid. Tempêtes et ouragans font des ravages. Ils sont en quelque sorte des prototypes de ces évènements climatiques extrêmes. Leur omission s’explique donc mal. Par contre, l’omission des vagues de froid s’explique très bien : avec les vagues de froid données comme exemple, la question suivante qui porte sur les liens entre la tendance à l’augmentation des évènements extrêmes et le réchauffement climatique paraîtrait saugrenue ou pire entraînerait des réponses négatives, ce qui ne ferait pas l’affaire du commanditaire. De plus l’inclusion de ces vagues de froid dans les évènements climatiques extrêmes mettrait en lumière un supposé implicite de la question, à savoir que tous ces évènements suivent une même tendance, ce qui n’a rien d’évident a priori.

Avec une question ainsi formulée, on induit chez le sondé une relation exclusive entre chaleur et évènements climatiques extrêmes et on lui impose le présupposé que tous ces évènements suivent une même tendance. Il ne semble donc pas étonnant de prime abord qu’à la question suivante posée aux seuls 93% qui ont estimé que ces évènements climatiques extrêmes ont tendance à augmenter, 91% jugent cette tendance liée au réchauffement climatique d’autant que dans cette question, il ne s’agit plus des événements climatiques extrêmes en général mais des quatre pris en exemple dans la question précédente. Dans le libellé de la question « ces évènements climatiques extrêmes (incendies, canicules, inondations, sécheresses) » remplace « les évènements climatiques extrêmes( incendies, canicules, inondations, sécheresses) ». C’est bien entendu ces 91% que mettent en avant à la fois l’institut de sondage et le RAC dans la présentation des résultats.

Cependant quand on regarde le détail tel qu’il est présenté dans le rendu du sondage, on s’aperçoit vite que le lien que les sondés font entre ces événements climatiques extrêmes et le réchauffement climatique n’est pas du tout aussi net que le laisse entendre la mise en avant ce chiffre de 91%.
A cette question du lien avec le réchauffement climatique, le répondant avait le choix entre cinq réponses : « oui, c’est certain », « oui, probablement », « non, certainement pas», « non, probablement pas », « je n’en sait vraiment rien » : ceux qui estiment que le lien est probable sont plus nombreux que ceux qui estiment qu’il est certain (48% contre 43% ). Et il y a 5% qui estiment que cette tendance n’a probablement pas de lien avec le réchauffement climatique. Faut-il rappeler que le probable s’oppose au certain et qu’en la circonstance si l’on estime que le lien n’est que probable, c’est que l’on est pas sûr de son existence, comme à l’inverse, si l’on pense que l’absence de lien n’est que probable, cela signifie qu’après tout, cela pourrait bien être le cas, donc que l’on en est pas sûr. Il y a donc 53% des répondants qui ne sont pas certains qu’il y a un lien avec le réchauffement climatique, contre 44% qui ne doutent pas (43% qui sont certains du lien et 1% seul qui est certain qu’il n’y en a pas) À ces 53% ’on peut ajouter les 3% qui affirment ne pas savoir puisque ceux qui ne savent pas n’ont par définition aucune certitude d’aucune sorte sur la question. Même si on les laisse de côté, il ressort que sur cette question c’est l’absence de certitude qui prévaut largement.


Résultat d’autant plus significatif que les deux questions orientaient les réponses en faveur d’un lien certain du réchauffement climatique avec la tendance à l’augmentation des évènements extrêmes. Interprété ainsi, ce résultat n’est plus du tout conforme aux attentes du RAC commanditaire du sondage. Les sondeurs l’on sans doute perçu. Dans la présentation des résultats il est détaillé que parmi ceux qui sont certains de l’existence d’un lien, il y a 58% de femmes de moins de 35 ans et 63% parmi les cadres supérieurs. Leur opinion aurait-elle plus de poids que celles des autres catégories de répondants ? Ou bien sont-elles mises en avant tout simplement parce qu’elles vont dans le sens des attentes du RAC, ce qui n’était pas le cas dans les autres catégories de répondants ?

Les répondants qui avaient estimé que les incendies, les canicules, les inondations et les sécheresses devenaient plus fréquents et plus intenses étaient invités à dire si cela les rendait « très inquiets » « plutôt inquiets » « plutôt pas inquiets », « pas inquiets du tout ». Vus les évènements extrêmes envisagés, s’ils sont en progression et plus virulents comment ne pas être très inquiets? La réponse semble aller de soi et la question ne devrait même pas se poser ! Surprise ! Contre toute attente, il n’y a que 37% qui sont « très inquiets ». En majorité ils sont « plutôt inquiets » (57%). Il y a même 10% d’entre eux qui sont «plutôt pas inquiets » et 1% qui ne sont «pas inquiets du tout» ! Et pour cette question, même les femmes de « moins de trente-cinq ans » très inquiètes et les cadres supérieurs très inquiets ne sont pas majoritaires dans leurs catégories respectives avec seulement 47% pour ces jeunes femmes et 43% pour les cadres. Puisque ces deux catégories sont citées encore une fois, on peut supposer que c’est là que les très inquiets ont obtenu leurs meilleurs scores. Cette opinion finalement bien tiède sur le danger surprend d’autant plus que la télévision n’est pas avare d’images lorsque ces calamités se produisent. Les inondations en Catalogne avec Valence dévastée, les sondés les ont oubliées ? Les incendies de cet été dans l’Aude avec un mort, deux blessés graves et quarante blessés légers, plus de onze mille hectares totalement brûlés, si cela devait devenir la norme, ce n’est pas inquiétant ? Il est vrai que cet incendie est d’origine humaine, peut-être criminelle, mais néanmoins, il y a bien eu quelques commentateurs pour voir la patte du réchauffement climatique dans le caractère hors norme de ce feu! Sans compter aussi que la réponse était, une fois de plus dans la question à condition bien entendu de l’avoir comprise, ou de ne pas répondre n’importe quoi. Ce qui semble bien être le cas. Mais si les sondés répondent sans réelle conviction à cette question, il n’y a pas de raison que ce ne soit pas le cas pour les autres.
 
Dans le rendu de l’enquête l’institut de sondage a fourni pour chaque question une analyse des réponses en fonction des appartenances partisanes. Il en résulte pour la plupart des questions cette appartenance n’est pas discriminante. Il en conclut à un accord transpartisan effectif plus ou moins prononcé mais toujours bien présent sur toutes les réponses. En d’autres termes, si des clivages existent, l’appartenance politique n’en est pas la cause. Dans la plupart des questions, on pouvait d’ailleurs deviner sans risque de se tromper cet accord transpartisan car c’est tout de même une drôle d’idée de tenter de rattacher des ressentis sur le temps qu’il fait à des préférences partisanes. Il aurait été intéressant de chercher ailleurs. Par exemple analyser les réponses en fonction des catégories sociales et des classes d’âge aurait été beaucoup plus instructif comme on peut le supposer lorsque à l’occasion les sondeurs les précisent. Mais ce n’est pas ce qui intéressait le RAC. La mise en évidence de cet accord transpartisan lui suffit pour l’usage qu’il compte faire de cette enquête : tenter d’influencer la classe politique toute tendance confondue. Des résultats présentés comme majoritaires quelques soient les appartenances partisanes lui permettent d’essayer d’influencer l’ensemble des groupes politiques en brandissant ces résultats. Les instituts de sondage savent satisfaire leurs clients en posant les bonnes questions et en fournissant une présentation et une analyse des résultats conformes à leurs attentes.

« Seule une minorité de Français juge qu’Emmanuel Macron a fait ce qu’il fallait (sic !) en matière d’écologie. La plupart estime qu’il n’est pas allé assez loin » écrivent les sondeurs en commentaire des réponses à la question formulée en ces termes « en matière d’écologie et de lutte contre le changement climatique, Emmanuel Macron et ses gouvernements sont-ils allés [au choix] trop loin/assez loin/ comme il faut ? » On savourera le pluriel de « ses gouvernements », gouvernements dont il n’y a plus trace dans le commentaire des sondeurs, ironie sans doute involontaire! Cela dit, le vague de cette question est impressionnant. Pour juger qu’ils ont fait ce qu’il fallait encore faudrait-il préciser ce qu’il fallait faire ! Il serait bien étonnant que tous ceux qui ont répondu que c’était le cas en aient la même conception, voire une idée précise. Et c’est la même chose pour les autres options « assez loin », expression métaphorique peu claire, pas assez loin dans la lutte contre le réchauffement climatique ? Mais il y a diverses façons d’aller trop ou pas assez loin. Par exemple, s’il s’agit d’appliquer la taxe carbone sur les carburants pour en freiner l’usage et booster le développement des véhicules électriques, les Gilets Jaunes ont bien montré qu’ils étaient allés trop loin, mais parmi eux certains doivent aussi penser que les montants des « chèques énergie » sont trop faibles ; pour compenser la précarité énergétique, les mêmes considèrent donc qu’ils ne sont pas allés « assez loin ». Pour certains agriculteurs, ils sont allés trop loin en interdisant certains pesticides alors que pour les adorateurs des coquelicots qui exigent une interdiction totale de tout pesticide de synthèse, ils ne sont pas allés assez loin. Mais les uns et les autres seront d’accord pour estimer qu’ils se montrent trop hésitants dans le rejet du Mercosur. Bref que « seule une minorité » juge que « Macron a fait ce qu’il fallait faire » ne reflète sans doute rien d’autre que l’hostilité à son égard, hostilité qui s’exprime dans la rue, les urnes et les hémicycles, et même dans les sondages.
 
 
Selon les réponses à une question de ce sondage un Français sur quatre est opposé au développement des « énergies renouvelables (éolien, solaire, etc.) sur le territoire français ». Comme il ne peut plus être question dans ce cas de « consensus », la présentation de l’institut met en avant les trois quarts des Français (en fait les trois quarts des sondés) qui sont pour ce développement. On peut supposer qu’opposition ou accord valent pour les ENRi (énergies renouvelables intermittentes) et que pour les autres ENR le jugement ne serait peut-être pas le même. Ces ENRi sont les seules mentionnées dans la question et on ne pense pas spontanément à l’hydraulique, au bois, aux biocarburants, aux marées … D’ailleurs on peut regretter que la question reste globale et donc que l’on ne puisse savoir de quelles ENR les sondés souhaitent ou ne souhaitent pas le développement sauf pour une forme de solaire grâce à la question suivante mais pas pour le solaire en général, la question ne portant que sur le développement de panneaux solaires « sur les lieux déjà construits, comme les toitures des bâtiments ou les parkings ». Pourquoi après une question générale, une question aussi précise ? Ces deux questions sur les ENRi étant les seules posées. Pourquoi s’en tenir au seul solaire sur bâtiments ou parking et ne pas poser la même question pour le solaire au sol sur les terres cultivées ou sur des parcelles forestières rasées de leurs arbres alors que se multiplient des projets de ce type avec des panneaux plus faciles à installer et qui sont bien plus rentables? Pourquoi une question sur l’un et pas sur l’autre ? La réponse est évidente : exceptés ceux qui s’opposent aux ENRi pour des raisons techniques concernant la stabilité du réseau électrique – opposition qui vaut pour toutes les ENRi – le premier n’est guère contesté alors que le second l’est et il l’est même au sein des associations membres du RAC, à juste titre d’ailleurs selon moi.

Quant à l’éolien, il est noyé dans la généralité des énergies renouvelables, pas de focus sur lui. Et pourtant, je ne crois pas que ni le RAC, ni les sondeurs ignorent les oppositions que l’implantation d’éoliennes soulève avec manifestations et recours en justice intentés par les innombrables associations locales que les habitants des communes impactées constituent lorsqu’il est question d’en installer sur leur territoire, associations qui se fédèrent ensuite pour avoir plus de poids. Cette ENRi est celle qui souffre de la plus mauvaise acceptation sociale. Des questions à son sujet risquaient donc fort d’avoir des réponses peu compatibles avec les attentes du RAC commanditaire. En résumé, c’est sur la base de deux questions, l’une très générale et l’autre sur un cas très particulier, questions qui évitent soigneusement les controverses que l’organisme sondeur conclut que les Français ont une forte appétence pour les ENR, une conclusion plutôt osée mais bien utile pour l’usage que le RAC veut en faire.

Ce choix des bonnes questions formulées de façon appropriée est  donc essentiel  pour obtenir un consensus ou du moins une forte majorité  sur lesquels s’appuyer pour tenter de résister au “backlash” environnemental, un « retour de bâton » de plus en plus partagé dans la classe politique contre des normes et interdictions diverses et variées censées protéger l’environnement mais mal vécues et ressenties aussi insupportables qu’inutiles et contre une transition énergétique jugée cause de ségrégation sociale et de catastrophe économique. Mais quand cela ne suffit pas, il faut accompagner les résultats avec un commentaire satisfaisant les attentes du commanditaires et fourni clé en main aux journalistes paresseux et pressés qui ne pousseront pas la curiosité jusqu’à lire le rendu du sondage dans le détail alors que comme chacun les sait , le diable se cache dans les détails !

Si le RAC avait commandé ce sondage pour connaître l’état de l’opinion française sur le réchauffement climatique et les catastrophes dont ce réseau croit qu’il est porteur, il aurait dû être déçu. Les questions sont biaisées et les réponses obtenues peu fiables car il n’est pas certain que les sondés expriment dans ces réponses une réelle conviction. Les analyses des réponses en fonction des préférences partisanes sont peu significatives. Enfin rappelons que si la méthode de l’access panel one line vantée par les instituts de sondage et utilisée en la circonstance est peu coûteuse, si elle permet de résoudre le problème des refus de réponse et de fournir des sondages rapidement et accessibles, elle ne serait aux dires de certains experts, ni fiable, ni précise lorsqu’il s’agit d’extrapoler les réponses obtenues à la population entière, extrapolation que font ces instituts lorsqu’ils présentent les résultats d’un sondage réalisé selon cette méthodologie.

Il est donc est évident que le but du RAC n’était pas cela. Les résultats de ce sondage ont été rendus publics opportunément le jour même où Sébastien Lecornu, le nouveau premier ministre prononçait sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale, alors que la dette de la France est abyssale et qu’une menace pèse sur les crédits pour la transition énergétique bas carbone et donc l’atténuation du réchauffement climatique supposé dû aux émissions de CO2 d’origine anthropique. Et comme par hasard encore, France Nature Environnement, membre du RAC en rappelle l’existence au moment où les députés débattent du budget

Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette enquête. Mais ces ajouts ne feraient qu’allonger sans nécessité cet article déjà trop long. Démonstration est faite que ce sondage est insuffisant pour savoir ce que pensent réellement les Français sur « les enjeux et les mesures écologiques » de leurs gouvernants. En revanche il est très bien conçu et les résultats sont bien présentés pour fournir à son commanditaire ce dont il avait besoin pour son action militante.
 

Liste des acronymes
ENR : Energie renouvelable
ENRi : Energie renouvelable intermittente
ONG : Organisation non gouvernementale
RAC : Réseau Action Climat
TRACE : Proposition de loi visant à instaurer une Trajectoire de réduction de l'artificialisation concertée avec les élus locaux
ZAN : Objectif Zéro Artificialisation Nette
ZFE : Zone de Faible Emission
 

Référence

Blondiaux L. (1997), « Ce que les sondages font à l'opinion publique  », Politix, vol. 10, 37, 1997/1, Télévision et politique, p. 117-136.
Blondiaux L. (1998), La fabrique de l'opinion. Une histoire sociale des sondages, Paris, Seuil.
Bourdieu P. (1973), « L'opinion publique n'existe pas  », Les temps modernes, 318, p. 1292-1300
France Nature Environnement  « Politique : place à l'écologie » Newsletter n°92 - Octobre 2025 https://merlin.fne.asso.fr/civicrm/mailing/view?reset=1&id=3955&cid=116654&cs=0d49890df19a27b968daacf0123d13a3_1762582763_360
Garrigou A. (2006), L’ivresse des sondages, Paris, La Découverte
Réseau Action Climat (14-10-2025) Communiqué : Politique nationale « Les Français de plus en plus inquiets face à la hausse des évènements climatiques extrêmes et en soutien de mesures écologiques ambitieuses » https://reseauactionclimat.org/les-francais-en-soutien-de-mesures-ecologiques-ambitieuses/
Touzet H. (2025), Produire l’opinion - Une enquête sur le travail des sondeurs, Paris, Ecole Des Hautes Etudes En Sciences Sociales
 

Mercredi 19 Novembre 2025 Commentaires (0)

Si son titre n’indique pas vraiment l’objet de cet ouvrage, le sous-titre, lui, annonce la couleur : faire « redécouvrir les plantes messicoles, nos sauvageonnes des moissons », en d’autres termes les « mauvaises herbes » qui poussent surtout dans les champs de céréales. Il ne s’agit pas seulement de les faire connaître mais aussi et surtout de les « réhabiliter » pour justifier et promouvoir la protection et la conservation de ces espèces dont beaucoup sont en déclin, certaines étant en danger, voire en danger critique d’extinction à cause notamment du perfectionnement continu des pratiques agricoles depuis la fin du XIXe siècle ; l’introduction des herbicides à partir des année 1950 n’ayant fait qu’accélérer et aggraver le processus. Il s’inscrit dans la perspective du Plan national d’actions en faveur des plantes messicoles 2012-2017, l’ouvrage datant de 2014.


Mauvaises les mauvaises herbes ? Compte rendu critique du livre de Sophie Lemonnier « L’aventure est dans les blés »
En général il vaut mieux fuir ces ouvrages ou articles dans lesquels se mélangent partage d’un savoir et militantisme pour une cause, fût-elle bonne ! Et d’ailleurs dans ce cas, la cause est-elle bonne ? Faut-il se réjouir ou s’attrister que les champs de blé soient exempts de mauvaises herbes ? Cela dépend du point de vue, ce que reconnaît l’auteure au tout début de son ouvrage sans d’ailleurs en tenir compte par la suite.

L’ouvrage date de 2014. Il reste cependant d’actualité et si j’en fais aujourd’hui l’analyse, c’est parce que sa lecture est recommandée par Madame Jocelyne Cambecèdes, dans une vidéo de Téla Botanica remise en ligne au début de ce mois d’août 2025 dans le cadre de cahiers de vacances que Tela Botanica propose aux botanistes amateurs ou débutants pour affiner et tester leurs savoirs sur les plantes tout en s’amusant.  J. Cambecèdes est rédactrice de ce plan national d’actions en faveur des plantes messicoles 2012-2017et de ceux qui ont suivi.
 Personnellement je trouve que si on peut le recommander, c’est surtout pour sa seconde partie qui occupe près des deux tiers du livre. L’auteure y brosse le portrait de vingt de ces plantes en vingt fiches, une pour chaque plante, ensemble qu’elle nomme joliment et pertinemment « bouquet de moisson » puisqu’il s’agit d’une sélection sur un bien plus grand nombre. C’est déjà une raison de lire ce livre, il permet à ceux qui l’ignoreraient d’apprendre que les fleurs de champs ce ne sont pas seulement les coquelicots, les marguerites et les bleuets. Chaque fiche est illustrée d’une aquarelle et comprend une description de la plante avec l’indication de sa période de floraison, de son milieu préféré mais s’y ajoute aussi des rubriques plus ou moins fournies selon les cas qui concernent les noms vernaculaires, des curiosités botaniques, légendes, des pratiques rituelles et festives du passé, recettes de cuisines, contes pour enfants … L’aspect agricole reste peu abordé dans les fiches tant et si bien que s’i l’on s’en tenait à cet ouvrage, on en arriverait à se demander pourquoi on a nommé ces plantes des mauvaises herbes !

Ce qui est le but de l’auteure puisqu’il s’agit de réhabiliter ces plantes dans l’esprit du lecteur.  Si on prend un peu de recul, on constate que c’est toujours pour montrer in fine l’intérêt de la plante pour au moins neutraliser dans l’esprit du lecteur les nuisances qu’elle occasionne. Un véritable tour de force lorsque l’on sait que les noms populaires de beaucoup de ces plantes nuisibles aux cultures sont des sobriquets peu flatteurs. L’auteure réussit même à trouver quelques bons côtés à la redoutée ivraie que, selon des croyances anciennes, le Diable sèmerait dans les champs de blé. Il n’était pas évident de faire pièce à la parabole de l’évangile selon Saint Mathieu ! Cependant il faut ajouter que dans certains cas l’auteure n’hésite pas à se faciliter la tâche en pratiquant l’exagération, le cherry picking et l’omission.
 

A propos de la toxicité de la nielle des blés par exemple, comme ses graines contiennent 60% d’amidon et que la cuisson réduit en partie leur toxicité, elles ont été consommées faute de mieux malgré une toxicité résiduelle pendant les périodes de disette ou lorsque mauvaises récoltes et spéculations rendaient le prix du blé trop élevé. Cela aurait fait de ces graines une « manne providentielle » selon l’auteure. C’est beaucoup dire car qui aimerait manger un aliment au goût exécrable qui le rend malade ? Exagération d’un côté, minimisation de l’autre. Contrairement à ce qu’écrit l’auteure :« le plus souvent il ne s’agissait que d’une saveur amère du pain sans grande conséquence », en mangeant ce pain, les gens s’empoisonnaient à petit feu ! Ce n’est pas parce que chez l’homme, il n’y a eu que relativement peu d’intoxications fatales que la consommation de ces farines n’avait pas de conséquences sur la santé. Des petites prises de poison répétées entrainaient une intoxication chronique bien décrite et nommée githagisme par CH. E. Cornevin dans un article qu’il consacre à la nielle dans un traité paru en 1887 ( De plantes vénéneuses et des empoisonnements qu’elles déterminent). Il est assez surprenant que l’auteure ne s’intéresse qu’aux quelques lignes que Cornevin consacre dans cet ouvrage  à un procès pour falsification de farines avec de la nielle alors qu’elle laisse de côté le long passage consacré aux intoxications dues à la nielle avec la description du githagisme, description qui est celle même que l’on trouve encore aujourd’hui dans les traités de toxicologie, githagisme dont elle paraît ignorer l’existence. Elle invente un effet d’accoutumance au poison qu’elle étaye en citant le cas des moutons qui mangent des graines de nielle sans être incommodés. Hélas pour elle, il se trouve que les ovins comme les caprins et les lapins sont insensibles aux toxines de la nielle. Cherry picking et omission sont combinés pour minimiser les effets délétères que la consommation, intentionnelle ou non de la farine de nielle occasionne.

Autre exemple, elle consacre seize pages au coquelicot et rien dans ces seize pages sur les nuisances induites par sa présence dans un champ de blé. Pire : est seulement mentionné la croyance fausse que le coquelicot était bénéfique aux moissons, blé et coquelicot étant réunis comme symbole de la déesse Demeter. En réalité, 22 pieds pour 1m2 entraînent une baisse de rendement de 5%. De plus le coquelicot pollue les récoltes avec ses graines et lorsqu’on sait qu’un pied peut en produire jusqu’à 30 000, on peut prendre conscience de l’ampleur de la nuisance. Les céréaliers cherchent à l’éliminer de leur champs mais ce n’est pas facile : l’abondance des graines fait que se constitue dans le sol une banque de semence qui ont la propriété de pouvoir rester très longtemps en dormance. Le labour est inefficace, il ne fait qu’enfouir les graines, les coquelicots suivant le même cycle que le blé d’hiver, ce qui une des caractéristiques des messicoles. Un champs infesté peut l’être longtemps. Et contrairement à ce que laisse entendre l’auteure, pour s’en débarrasser, ce n’est pas au chimique qu’il faut recourir en priorité mais casser son cycle de reproduction en diversifiant les cultures, en pratiquant des cultures de printemps ou d’été comme le maïs par exemple, le coquelicot affectant principalement les cultures d’hiver.

Il est d’ailleurs étonnant que l’auteure ignore qu’un retour massif des coquelicots dans les champs de blés est en cours depuis 2006. Ce retour était déjà bien documenté à l’époque de la parution de son ouvrage et la résistance de populations de coquelicots grâce à une mutation génétique était bien établie. Cela aurait pourtant dû lui plaire puisque toute une gamme d’herbicides chimiques devient inopérante contre le coquelicot. Mieux encore ou plus grave,  ce retour en force est la preuve qu’il en y ira de même pour de nombreuses dicotylédones dont les messicoles. C’est d’ailleurs le cas pour la matricaire. « Chaque traitement herbicide sélectionne de la résistance quoi que l’on fasse. Le développement de résistance chez les dicotylédones est donc inéluctable. Nous ne pouvons que le retarder » (Christophe Délye, chargé de recherche à l’INRA) Pour le dire en des termes qui auraient pu être ceux de l’auteure  : les sauvageonnes de nos cultures triompheront de leur ennemi mortel, les herbicides. Mauvaise nouvelle pour les céréaliers qui va leur compliquer la tâche, mais très bonne nouvelle pour ceux qui comme l’auteure souhaitent un retour des messicoles dans les champs de céréales. Cette question des résistances est une des préoccupations majeures des agriculteurs qui avaient trouvé avec les herbicides chimiques un outil de contrôle efficace des adventices. L’ignorance ou le silence sur ce sujet montrent que l’auteure ne s’intéresse guère aux problèmes posés par les mauvaises herbes dans les agrosystèmes. Il faut ajouter qu’exceptés le bleuet et le coquelicot, la plupart des autres espèces choisies sont devenues trop rares dans les champs pour nuire aux récoltes et celles qui ne le sont pas comme la pensée ou la mâche sont en général peu nuisibles. Ces deux espèces ne sont d’ailleurs pas ou plus des messicoles strictes.
 
Ces fiches sont précédées d’une étude générale des messicoles. Elle est biaisée par la volonté de l’auteure de réhabiliter les mauvaises herbes à tout prix, ce qui l’amène à avoir une vision négative non seulement des céréaliers qui pratiquent une agriculture standard mais aussi du jardinier « focalisé sur les plantes domestiquées dont il prend soin ».

 Avant d’aborder le problème de la caractérisation précise des messicoles dont elle montre à juste titre les difficultés, l’auteure s’attarde sur l’appellation plus générale de « mauvaise herbe » contre laquelle elle part en guerre. Celle-ci a pourtant un mérite qu’elle est bien obligée de lui reconnaître : « “Mauvaise herbe”, voilà un terme clair est net ! » mais c’est celui de ce jardinier focalisé sur les plantes dont il prend soin, il est donc à rejeter : il faut employer le terme d’adventice qui désigne exactement la même chose avec une connotation neutre. Elle croit déceler un indice de l’abandon de la vision négative de ces plantes dans la modification de l’intitulé du laboratoire de malherbologie ( science des mauvaises herbes) de l’(ex)INRA en « Unité de recherche Biologie et gestion des adventices » alors que comme chacun sait ce siècle aime l’euphémisme qui ne change rien au statut de ce qui est désigné : ce n’est pas parce que le balayeur sera nommé « technicien de surface » qu’il sera mieux payé et mieux considéré ! Pour les adventices, c’est bien aussi le cas comme l’auteure est bien obligée de le constater, dès la page suivante, sans se rendre compte que ce constat infirme ses dires sur le changement de vision que l’usage du terme adventice impliquait . « Cependant en agronomie, un présupposé veut que l’adventice vienne interférer avec la bonne croissance des plantes cultivées », elle redevient donc, ce qu’elle n’a jamais cessé d’être : une mauvaise herbe ! «  un ennemi à réguler », un doux mot pour éviter de dire arracher, abattre, bref éliminer.  Et que certaines de ces mauvaises herbes soient comestibles n’y changera rien. Elles peuvent être consommées et elles l’ont été mais comme « plantes de soudure » ou « plantes de disette », expressions qui disent bien ce qu’elles veulent dire même si aujourd’hui des urbains s’amusent à en glaner pour les manger. Et comme ils ne les connaissent guère, ils le font dans des « stages salades sauvages » (sic !) qui enthousiasment l’auteure !

Contre la vision du jardinier et de l’agriculteur, l’auteure en appelle, à celle de l’horticulteur, de l’artiste et insiste sur la symbolique. Bien entendu sur ce terrain, la réhabilitation des adventices n’est même pas à faire, et dans son immense majorité le lectorat urbain ou rurbain lui sera acquis et applaudira lorsqu’elle considère que l’emploi des herbicides « a conduit à un génocide végétal » ! Qualification pour le moins inappropriée pour ne pas dire scandaleuse lorsqu’on songe aux vrais génocides ! Oui, le laboureur a choisi entre le joli bouquet et la bonne récolte. N’en déplaise à l’auteur, avec un champ propre, nettoyé des mauvaises herbes, il peut gagner sa vie et nourrir les gens : plus de disettes. Qui osera dire qu’il n’a pas fait le bon choix ?

Je passerai rapidement sur la façon orientée dont est retracée l’histoire des messicoles où seule la question de l’origine est traitée sans a priori. Quant au retour en grâce qui s’opèrerait de nos jours, il est largement exagéré. Si retour il y a, ce ne peut être que retour en force de messicoles génétiquement modifiées par la pression sélective exercée sur elles par les herbicides. À la différence de l’auteure, je ne crois pas que jusqu’à une période récente, le cultivateur ne cherchait qu’à « tenir en respect » les mauvaises herbes et que le but n’était pas de les éradiquer. Simplement sans les herbicides, il n’en avait pas les moyens. Mais s’il en avait disposé … La plus belle preuve de ce que j’avance, c’est qu’il s’y est employé dès que ces moyens, les herbicides tant décriés, furent en sa possession. Il allait pouvoir réaliser ce rêve : plus de mauvaises herbes dans ses champs qui gâteraient ses récoltes ! 
Certes, il faut du discernement dans l’emploi des désherbants mais il en faudrait aussi dans la promotion des messicoles et plus généralement des adventices. Toutes ne sont pas des pestes dans les champs, leur rareté ou l’ absence de compétitivité de beaucoup d’entre elles font qu’elles se comportent plutôt comme des commensales. Mais il y en a qui le sont, soit parce qu’elles sont envahissantes ou/et qu’elles polluent les récoltes et entrainent leur déclassement. Celles-ci n’ont pas leur place dans les champs, exceptées quelques délaissées ou quelques parcelles destinées à leur conservation et non à la production. La flore des champs cultivée de Philippe Jauzein a, entre autres mérites, celui de préciser la fréquence de ces taxons et de distinguer les adventices qui posent de « réels problèmes de nuisibilité » de ceux qui n’en posent pas. Ce que ne fait pas cet ouvrage.
 
Un champ de blé envahi de coquelicots, c'est peut-être joli mais la récolte en sera sévèrement affectée. Si l'agriculteur sème du blé, ce n'est ni pour récolter de la graine de coquelicot ou de bleuet, ni pour la belle carte postale du touriste de passage ou pour le plaisir du bobo, heureux propriétaire d’une résidence secondaire campagnarde, qui croit que parce qu’un champs avec des coquelicots est bio! Alors que c’est souvent tout le contraire, le résultat d’un usage d’une quantité déraisonnable de pesticides …
 
Bien que l’auteure affirme qu’en ce qui concerne les messicoles « il est nécessaire d’aborder la question non seulement d’un point de vue écologique, naturaliste et paysager, mais aussi et surtout du point de vue du monde agricole » (p. 17), ce n’est pas ce qu’elle fait dans cet ouvrage. Le point de vue du monde agricole d’aujourd’hui n’apparaît guère si ce n’est pour être plus ou moins sévèrement critiqué. L’auteure choisit de se référer à un monde agricole de jadis (le bon vieux temps) ou à des modèles d’agriculture qui n’ont pas fait leurs preuves et qui ne préfigurent pas nécessairement l’agriculture de demain (l’imaginaire) ! La page de conclusion de l’ouvrage illustrée avec la reproduction d’une enluminure extraite des Grandes Heures d’Anne de Bretagne  est significative à cet égard : réveillons le sauvage en nous en allant cueillir des doucettes (mâches), bannissons « le mythe du champ propre » pour « la cohabitation harmonieuse entre « messicoles et céréales » comme au temps d’Anne de Bretagne avec ses moissons où les taches de couleurs des messicoles se mêlaient à l’or du blé mûr…j’ajouterai : pourquoi pas aussi moissonner à la faucille, du moins lorsque le blé aura réussi à pousser et à mûrir comme sur  cette enluminure, ce qui n’était, malheureusement pas souvent le cas. Si la récolte n’était pas bonne, venait le temps des famines et ce n’était pas une salade de mâches qui pouvait remplir les estomacs. Ce bon vieux temps d’avant la révolution verte avec ses moissons colorées fut aussi celui des famines qui hantent la mémoire collective, ravivée par les mesures de rationnement lors de la dernière guerre mondiale et plus récemment la crise agricole du début de ce siècle qui toucha durement les pays pauvres ou en voie de développement mais n’eut dans les pays développés que peu de conséquences.

Non, la « Révolution verte » n’a pas été seulement « une croisade qui croyait nourrir le monde en bannissant la part du sauvage » Cela est faux et réducteur et donc injuste. Faux parce que la révolution verte n’a pas fait que « croire nourrir le monde ». Elle a globalement réussi à le nourrir au sortir de cette guerre, notamment en France bien mal en point à l’époque. Grâce à elle, les famines ont disparu dans les pays développés et c’est dans les pays du sud qui avaient mis en œuvre cette révolution que la crise de 2007/2008 a eu le moins de conséquences. Réducteur, car cette révolution ne se limite pas à une croisade contre les adventices. Ce n’est même pas son but premier. Certes, le progrès des connaissances en matière d’agronomie permet de corriger ses excès mais si l’on jette le bébé avec l’eau du bain, c’est notre agriculture qui sera mise à mal, ses capacités exportatrices impactées et la suffisance alimentaire du pays même plus assurée.

Comme dans le cas du loup, fléau pour l’élevage défendu par des gens qui pour la plupart d’entre eux n’élèvent ni brebis, ni vaches, les messicoles et plus largement les adventices des champs sont défendues par des gens qui pour la plupart ne sont pas des agriculteurs, c’est-à-dire des gens qui n’ont rien à craindre des nuisances occasionnées ! Et dans les deux cas une masse d’urbains et de rurbains les soutient et refuse de comprendre le point de vue de ceux qui produisent le lait, la viande et les céréales qui sont pourtant à la base de leur nourriture.

Cela a cependant moins d’importance car à la différence du loup pour l’élevage et à l’exception de quelques espèces comme le coquelicot ou l’ivraie, les messicoles décrites dans ce livre ne sont plus un problème pour l’agriculture, du moins pour quelques temps encore. De multiples causes bien détaillées dans l’ouvrage font qu’elles sont devenues rares, certaines sont en danger d’extinction. Dans les régions de grandes monocultures intensives, certaines sont même d’une très grande rareté, n’existent peut-être même plus, voire n’y ont jamais poussé. Originaire du bassin méditerranéen, le climat ne leur était guère favorable. Voir par exemple le cas de la Garidelle (p. 153).

Certes il est urgent de prendre des mesures pour conserver in situ et ex situ ces espèces sans lesquelles certaines d’entre elles disparaitront inéluctablement que ce soit à cause des pratiques culturales qui les excluent des champs leur lieu de vie le plus adapté, voire le seul ou elles peuvent se développer comme la Nielle, ou parce qu’elles sont moins concurrentielles que d’autres. C’est une chose, mais cela en est une autre de tenter de faire croire qu’elles sont bénéfiques quand elles s’incrustent dans les champs de céréales et que c’est une erreur de ne pas les y tolérer. Dans une parcelle conservatoire, dans une bande enherbée, elles pourraient être spontanées, elles le sont parfois, mais dans tous les cas, elles ne sont plus adventices. La qualité de mauvaise herbe n’est pas du même ordre que le diagramme floral ou le nombre de chromosomes, elle est relative à un projet et un contexte. Que le projet ou le contexte change et la qualification change. Il n’y a là rien qui les différencie de n’importe quelle autre espèce poussant dans d’autres milieux anthropisés ou non. Pour ces plantes exceptée peut-être l’ivraie, les champs et plus généralement les cultures sont des milieux secondaires, même si aujourd’hui, elles n’en ont pas d’autres. Dans un carré de mâches, les pissenlits sont des mauvaises herbes ; dans un champ de pissenlits cultivés comme médicinales, les mâches sont de mauvaises herbes. Le pissenlit peut être cultivé ou mauvaise herbe sans cesser d’être un pissenlit, une fleur bleue ne peut pas être un pissenlit. Sa couleur est une propriété intrinsèque, celle d’être une mauvaise herbe, non. Il n’y a donc rien d’extraordinaire qu’une plante puisse passer du stade d’adventice à celui de cultivée … qu’il faudra défendre contre d’autres adventice, peut-être avec des désherbants sélectif comme dans le cas de la cameline rapporté par l’auteure.

Bref il en est des messicoles comme de toutes les autres plantes en danger, ici comme ailleurs. Il y a d’abord une raison bassement matérielle qui justifie qu’on tente de les sauver de l’extinction. Elles peuvent avoir des propriétés ignorées ou négligées utiles en médecine humaine ou vétérinaire, en agriculture comme stimulateur de croissance, insecticide, herbicide, utilisables en agriculture bio, comme plante compagne en agroécologie, etc. À côté de cet intérêt « scientifique », il y a le caractère symbolique que revêtent quelque unes et leur beauté.  Menacées, belles et rares , elles deviennent patrimoniales.
 
En conclusion, malgré toutes les critiques que l’on peut faire à cet ouvrage, il faut lui reconnaître le mérite de nous apprendre beaucoup de choses sur les messicoles que l’on ne risque pas de trouver dans les ouvrages de botanique ou d’agronomie actuels. Il est aussi indéniable que ce livre est plaisant à lire grâce à sa mise en page, ses illustrations, notamment les aquarelles de Nadine Jarentowski et surtout grâce au talent de narratrice de Sophie Lemonnier qui sait si bien raconter ces histoires de plantes. Cela rend ce livre captivant et fait oublier ses parti-pris et ses biais. J’en conseille vivement la lecture.

 Sophie Lemonnier, Illustrations de Nadine Jarentowski  L'aventure est dans les blés: Redécouvrir les plantes messicoles, nos sauvageonnes des moissons Broché –  septembre 2014, Editions Savoirs de terroirs, 285 pages.


 

 


Jeudi 2 Octobre 2025 Commentaires (0)

C’est pourtant ce que soutient l’ ASPAS, l’association de protection des animaux sauvages, en fait une association violemment anti-chasse et c’est sans doute ce qui explique la virulence de son cri d’alarme.


Elle sonne le tocsin. L’espèce est en danger, il faut agir : « Aujourd’hui, c’est le loup qui paye ; demain, quelles autres espèces suivront ? Victimes des mêmes préjugés, l’ours, le lynx, vont-ils connaître le même sort, entraînant dans leur chute l’ensemble du Vivant ? Sommes-nous condamnés à assister, impuissants, à cette 6e extinction de masse dénoncée par les scientifiques, orchestrée par certains lobbies massivement soutenus par les gouvernements ?» En rendant le loup chassable, c’est de fil en aiguille l’ensemble du vivant que l’on met en danger ! L’ensemble du vivant ! Vous vous rendez compte !  Mais rassurez-vous, heureusement l’ASPAS est là et avec elle, on peut agir : « l’heure est grave. Alors que les attaques contre la nature se multiplient, nous ne renoncerons pas. Pour continuer à agir, nous avons besoin de vous. Si vous le pouvez, faites un don à l’ASPAS pour nous permettre de continuer à agir : soyez à nos côtés dans ce combat pour protéger les loups et tous les animaux sauvages de l’inconscience, de l'égoïsme et de la cruauté. » Et être au côté de l’ASPAS, agir pour sauver le vivant, c’est faire un don à cette association : « 1€, 5€, 50€, 100€, … Chaque don est une action » (sic !)  100€ pour sauver le vivant, c’est donné mais n’oublions pas les points de suspension !

Il n’y a pas à dire, pour obtenir des dons, cette association sait faire. D’ailleurs, elle est prospère. Et si le vivant est en danger, ce n’est pas le cas de ses finances.

Pourtant, il suffit de réfléchir quelques secondes pour comprendre que rendre cette espèce chassable ne la met nullement en danger. Il s’agit d’une espèce qui est aujourd’hui en expansion, à la différence de l’Ours ou de Grand Tétras, par exemple. Il ne faut pas confondre un plan de chasse et les campagnes d’extermination dont l’espèce a été l’objet jusqu’en 1940, date officielle de sa disparition sur le territoire métropolitain. Il est d’ailleurs probable que c’est bien plus le poison que le fusil qui a permis la réussite de cette éradication.
Le sanglier est une espèce chassable et ce n’est pas ce qui a freiné son expansion ! Aucun des grands ongulés qui font l’objet de plans de chasse ne sont en danger d’extinction. Les massacres du début du siècle passé n’ont plus cours aujourd’hui et les chasseurs savent gérer leurs gibiers pour en assurer la survie dont d’ailleurs dépend la pérennité de leur loisir.   

Des naturalistes, par exemple François Terrasson hier, Jean-Claude Génot aujourd’hui, estiment que le fait que les loups soient chassés ne met pas en danger la pérennité de l’espèce. F. Terrasson explique qu’en motivant les tireurs amateurs autour de ce trophée, on s’allierait une corporation qui n’aurait dès lors aucun intérêt à sa disparition » (Un combat pour la Nature, Sang de la Terre éditeur, p. 84) Et les faits lui donnent raison comme le souligne Jean-Claude Génot, dans les régions où les loups sont chassés, l’espèce se porte bien. « C’est notamment le cas chez notre voisin espagnol »(Quelle éthique pour la nature, Édisud éditeur, p.91) »

Réguler la population de loup en France par la chasse permettrait aussi à l’Etat de faire des économies. Les pro-loups qui aiment ne comptent pas. Mais la note ne cesse de s’alourdir. Il était en 2004 de 1 794 225€. En 2021 (dernier chiffre public) il était de 33 910 000€. Qu’en serait-il si le loup repeuplait l’ensemble du territoire comme en rêvent certains irresponsables ?

Il est difficile de croire que l’ASPAS puisse réellement penser que faire du loup une espèce chassable serait mettre cette espèce en danger. Mais ce que ne supporte guère cette association supposée protéger les animaux sauvages c’est que la gestion du loup soit confiée aux chasseurs plutôt qu’à elle sans compter qu’elle voit là une bonne occasion de se faire de la pub en s’érigeant comme recours face à une menace imaginaire, la disparition de l’espèce Loup gris. Ne serait-ce pas cela qui est honteux ?

Mardi 15 Juillet 2025 Commentaires (0)

Ce dessin est extrait d’une grammaire pour le CM1 (Cours moyen 1ière année), édition de 1951 parue chez l’éditeur Belin. Il met en évidence et illustre une propriété de l’accord de l’adjectif qui déclenche l’ire de certains féministes lorsqu’elle est formulée comme elle l’est dans cette grammaire. Ils la considèrent sexiste parce qu’ils confondent le genre zoologique avec le genre grammatical. L’image les conforte dans leur condamnation en renforçant cette confusion.
La règle n'étant plus du tout ni formulée ni enseignée en ces termes, la confusion entre les deux types de genre ne peut plus exister et continuer à voir dans cette forme d’accord un sexisme, c’est confondre un objet : l’accord avec la façon de le décrire : la formulation de la règle. S’en prendre aujourd’hui à cet accord, c’est faire beaucoup de bruit pour rien !


Vaines alarmes sur un accord grammatical !

Une image valant mille mots ce dessin a été repris de nombreuses fois pour dénoncer la règle et pour faire l’apologie de l’écriture dite inclusive. Il semble que sa première apparition illustrait un article de Slate daté du 29/9/2017 de Titiou Lecoq intitulé « Si seulement mes enfants pouvaient ne pas apprendre «le masculin l’emporte toujours sur le féminin» ».

L’article est une ressassée des théories sur la langue caractéristiques d’un « féminisme agressif » pour reprendre l’expression de d’Emmanuel Todd. Son originalité est de les présenter sous la forme d’un témoignage. Cette grammaire était, dit-elle, celle qui était utilisée dans son école. A neuf ans elle aurait été choquée comme toutes les filles de sa classe en découvrant cette règle qui assurait la victoire et la domination des hommes sur les femmes alors que les garçons au contraire triomphaient : « J’avais 9 ans, et cette image m’a révoltée. Le jour de cette leçon, toutes les filles de la classe ont hué et les garçons ont applaudi. On comprenait parfaitement ce qui était en jeu –et l’illustration du livre nous le jetait à la gueule. Les filles perdaient la partie. Guillaume et Quentin ont claironné: «Vous êtes moins fortes, vous êtes moins fortes» » Choquée et humiliée : « Il nous a donc fallu apprendre par cœur et réciter «le masculin l’emporte toujours sur le féminin». Ce n’était pas seulement une règle écrite. C’était une phrase qu’on devait dire à haute voix, plusieurs fois, devant toute la classe. Je me sentais assez humiliée de devoir faire ça. (..) On a fait tous les exercices pour bien se rentrer dans le crâne que le masculin l’emporte toujours sur le féminin et qu’il s’agissait d’une règle qu’on ne devait pas questionner. » Bref le conditionnement a bien fonctionné et « En fin d’année, tous les élèves de la classe avaient vissé (sic!) dans la tête la formule «le masculin l’emporte toujours sur le féminin».

Heureusement la narratrice a poursuivi ses études, ce qui lui a permis de se délivrer du formatage de l’école primaire : « Il a fallu attendre la fac pour apprendre que cette règle n’était pas immuable » et la « découverte » de la (prétendue) masculinisation de la langue par des grammairiens suprémacistes mâles voulant assurer « la supériorité du masculin. Il s’agissait de prouver cette supériorité jusque dans la langue courante. » On ne peut trouver plus belle formule pou illustrer la confusion des genres grammaticaux et zoologiques : le masculin, c’est le mâle, la supériorité de masculin c’est celle du mâle ! Confusion associée à une théorie complotiste de l’évolution de la langue, du Viennot tout craché en somme.

Témoignage ou fiction littéraire ? La journaliste romancière écrit : « Quand j’étais en CM1, on nous a fourni un livre de grammaire. Il était très vieux » Certes ! Titiou Lecoq est née en 1980 (source Wikipédia), elle avait donc neuf ans en 1989, la grammaire datant de 1951, l’ouvrage était vraiment vieux, très vieux même : presque quarante ans, si vieux qu’il était obsolète et quasiment inutilisable. C’est pour le moins étonnant qu’il fût encore employé dans une école. Entre 1951 et 1980, le statut des femmes a évolué, 1968 est passé par là, les mœurs ont changé et le confort « moderne » est apparu. Il me parait douteux que l’on ait pu encore utiliser des grammaires des années cinquante avec leurs illustrations désuètes et leur vision ringarde de la société même si comme objet de collection, elles nous enchantent avec leur charme rétro.

En 1984 était paru le « Nouveau Bescherelle » dans lequel la fameuse formule, « le masculin l’emporte » n’était plus employée.
Les enfants et tout pratiquant de cette grammaire apprennent ceci :
« Lorsqu’un adjectif qualifie plusieurs noms de genres différents, il se met au masculin pluriel : Le chat, la belette et la souris semblèrent atterrées »
On remarquera que si le chat réfère sans doute à un chat mâle – sinon on aurait écrit la chatte, on ne sait rien quant au sexe de la belette et de la souris qui peuvent très bien être des mâles ! L’exemple est donc propre à montrer aussi la différence entre le genre zoologique et le genre grammatical.
Le nouveau Bescherelle n’est pas du tout un cas isolé et aujourd’hui, la linguiste Y. Grinshpun affirme qu’«aucune grammaire contemporaine ne se présente comme manifeste sexuel : à l’école primaire, les jeunes apprenants qui rencontrent pour la première fois la règle de l’accord de résolution l’entendent formulée en termes grammaticaux et non pas en termes sexuels. C’est donc une déformation de la réalité pédagogique que d’accuser les grammaires « d’enfoncer dans le crâne [des enfants] que le masculin l’emporte sur le féminin » ( Yana Grinshpun. La “ masculinisation ” du français a-t-elle eu lieu ? Le genre grammatical et l’écriture inclusive en français, 2021, 9798518877252. ‌hal-03433958‌)
 
Bref que le témoignage de Titiou Lecoq soit un témoignage authentique ou une fiction littéraire, il n’en reste pas moins qu’il est trompeur d’utiliser des manuels scolaires d’une époque révolue pour montrer que la langue est sexiste. Si l’on compare le statut actuel des femmes aujourd’hui à celui qui était le leur dans les années cinquante, il est évident même aux yeux de ceux qui ne sont pas particulièrement féministes que la société française était à beaucoup d’égards sexiste, et donc ce n’est pas surprenant que la façon d’enseigner non seulement la grammaire mais aussi bien d’autres matières fut imprégnée de ce sexisme. Il n’est donc pas très honnête d’utiliser les grammaires de cette époque pour nous faire croire que la langue, en tant que telle est sexiste à cause du rôle joué par le genre grammatical masculin. Mais pour ceux qui militent en faveur d’une langue et une écriture qu’ils disent inclusives, il doit être difficile de résister à la tentation d’utiliser cette illustration d’une règle dont ils veulent bannir l’utilisation.

Mettons les choses au point : si on continue d’enseigner l’accord de l’adjectif dans toutes ses subtilités, il y a maintenant plus d’un demi-siècle qu’il n’y a plus beaucoup de grammaire, sans doute aucune, qui se permettrait d’écrire que le masculin l’emporte (Bouhours) parce que le plus fort (Beauzée).

Donc que Titiou Lecoq se rassure, si jamais elle avait été réellement inquiète : ses enfants ne seront pas contraints de réciter que le masculin l’emporte, ce n’est ni de cette façon que l’accord de l’adjectif est enseigné aujourd’hui, ni qu’il le sera demain.

Complément 

Vaines alarmes sur un accord grammatical !

 




Ce n’est pas seulement dans la formulation des règles d’accord que les grammaires de l’époque renforçaient ce que les féministes dénoncent aujourd’hui comme des stéréotypes de genre. Comme on peut le constater avec la reproduction ci-contre d’un extrait d’une des pages de la grammaire Belin de 6ème et 5ème publiée dans les années 50. Le travail de la mère, c’est celui d’une femme au foyer. Il est genré, ce ne peut être celui du père. Pas de salle de bain, la toilette se fait dans un baquet dans la cuisine. Pas d’électroménager non plus ! C’était mieux avant ?

Mardi 13 Mai 2025 Commentaires (0)

Transition et Indépendance énergétique sont les deux totems pour lesquels l’Etat français et l’UE veulent transformer à marche forcée nos territoires en un « immense gruyère » pour extraire du lithium sans se soucier le moins du monde des environnements humain et naturel, dans un mépris total des populations locales en polluant et en accaparant l’eau et en polluant l’air. Sous le fallacieux prétexte de lutter contre le réchauffement climatique, on néglige tous les autres enjeux environnementaux comme la biodiversité, l’eau, l’air, les sols. Politique de Gribouille qui pour se protéger de la pluie, se réfugie dans la rivière : pour protéger notre environnent en tentant d’atténuer ce réchauffement, on va le saccager en donnant libre court à un extractivisme débridé qui cherche bien plus le profit que la santé de la planète.


C’est le cas en particulier à Echassière dans l’Allier qui aurait le triste privilège d’être l’une des plus grandes mines de lithium d’ Europe si le projet porté par la société « Imerys Ceramics France » aboutissait. Après l’État français qui a déclaré ce projet de mine « Projet d’intérêt national majeur » avant même les conclusions des simulacres de concertation en cours, voilà la Commission européenne qui vient lui prêter main forte en en faisant un Projet Stratégique, ce qui entre autres chose, vise à raccourcir les délais de mise en œuvre. Comme le note le journal L’humanité du 25 mars qui cite la Commission, ces projets « bénéficieront également de dispositions rationalisées en matière d’autorisation » selon les dispositions du CRMA qui stipule que « la procédure d’octroi de permis ne dépassera pas 27 mois pour les projets d’extraction et 15 mois pour les autres projets. Actuellement, les procédures d’autorisation peuvent durer de cinq à dix ans. » » Quand on connaît l’ampleur du projet et ses impacts potentiels, un tel délai est une garantie.
Imerys compte extraire à Échassières plus de 2 millions de tonnes de roche par an, soit 5500 tonnes extraites par jour, utiliser 1,2 millions de m3 d’eau par an soit 3287 m3 par jour ( en litres 3 287 000l). En plus de ces énormes quantités de roches et d’eau, l’exploitant prévoit aussi d’utilise par an 4000 tonnes d’acide chlorhydrique, 1500 t d’acide sulfurique, 2500 t de fluorure de sodium, qui seront transportés par camions. A l’usine de conversion située à Montluçon ce sont 600 à 800 000 tonnes de déchets toxiques qui seront rejetés ! Cela demande études, informations, concertations et bien entendu contre expertises et contestations.
Ces délais raccourcis vont restreindre voire annuler les possibilités de recours devant les tribunaux que ce soit ceux des particuliers pour faire valoir leur droit à vivre dans un environnement sain ou ceux des associations qui les défendent ou qui défendent l’environnement et la Nature. Comme le souligne L’Humanité «Rationalisation et simplification, le refrain est bien rodé au niveau européen comme au niveau national ».
Il s’agit en fait d’imposer autoritairement ces projets de mines ou de recyclage de métaux rares, projets à fort impact environnemental qui suscitent le rejet des riverains comme de tous ceux qui se soucient de la nature. Le macroniste Stéphane Séjourné, commissaire européen chargé du marché intérieur et des services, a été clair : « Les délais doivent être tenus par les autorités publiques nationales. » Et il ajoute « « En 2025, nous emploierons la réglementation européenne pour faire respecter les délais. » Bref les droits des gens et leurs possibilités de les faire respecter, la Commission de l’UE est bien décidée à passer outre. Encore un bel exemple de démocratie qui de plus nous est administré par des non-élus en poste grâce à des combinaisons d’appareil s’apparentant à des magouilles.
L’Union européenne montre là encore un autoritarisme qui est fort inquiétant.
 

Vendredi 4 Avril 2025 Commentaires (0)

Ukraine : A rebours des USA et de la Russie qui cherchent la paix, l’Assemblée nationale française a voté une résolution belligène.Malgré leurs déclarations tonitruantes à la tribune, les députés RN une fois de plus en s’abstenant ont laissé passer ce texte. En la circonstance les députés « écologistes » ont bien mérité le titre d’ « escrologistes » qui ne leur est attribué pas toujours à bon escient par leurs adversaires, ils ont oublié que la guerre est toujours une catastrophe écologique, une négation de la vie, que l’industrie de guerre est un gaspillage d’énergie et de matières dont certaines sont rares. Ils veulent nous forcer à rouler en véhicules électriques mais votent pour que le pays s’équipe de chars et autres véhicules qui fonctionnent à cette énergie fossile tant honnie, ils ne s’inquiètent du nucléaire que lorsqu’il est civil, des fusils que lorsque ce sont ceux des chasseurs… ! Quant aux députés socialistes, il y a longtemps qui ont jeté leur pacifisme aux orties comme la plupart de leurs principes, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’ils défendent un tel texte. Les députés LFI et PC sont les seuls a ne pas avoir laissé leur pacifisme au vestiaire et à avoir voté contre.


Le texte de la résolution est consultable sur le site de l’Assemblée nationale : ici

Il y aurait bien d’autres motifs que le pacifisme pour voter contre cette résolution et à la dénoncer : parti pris, falsification de l’historique du conflit, mensonges purs et simples, russophobie manifeste, reconduction et alourdissement des sanctions qui nuisent à notre économie, reprise d’une propagande de guerre belliqueuse et belligène. Heureusement cette résolution sera sans grande conséquence comme le fut celui du même acabit voté par le Parlement européen.
 
Certes les Russes ont envahi l’Ukraine ce qui est contraire au droit international mais même si cette agression était illégale, elle avait de sérieux motifs et était largement provoquée. Outre la défense des russophones, la Russie ne pouvait pas tolérer que l’Ukraine entre dans l’OTAN et que des bases militaires otaniennes se construisent à sa frontière, de même que les US naguère n’avaient pas toléré l’installation des missiles russes à Cuba. La résolution votée à l’AN néglige tout ce contexte et pire réécrit l’histoire en invoquant des  « opérations de déstabilisation menées dans les régions de Donetsk, Louhansk et Kharkiv à partir d’avril 2014 par la Russie ». Elle donne tous les torts à la Russie, oublie qu’après le coup d’état de Maïdan le pouvoir central a voulu « dérussifier » de force les populations russophones de régions du sud est de l’Ukraine en interdisant notamment leur langue dans les textes officiels et les manuels scolaires et en récrivant ceux d’histoire.  Ce qui a provoqué la révolte de ces populations et la proclamation des républiques autonomes du Donbass et de Louhansk, entrainant une guerre civile. Dire que cette guerre civile qui a suivi est le fait d’opération de déstabilisation menée par les Russes est un mensonge repris sans critique à la propagande occidentale.
 
Et ce n’est pas la seule falsification : La majorité de l’ AN en votant ce texte  «Condamne les ingérences russes dans les processus démocratiques de l’UE et dans les scrutins moldave, géorgien et roumain» alors que ces ingérences sont plutôt le fait de l’UE dans le cas de la Géorgie dont le processus électoral présidentiel a été reconnu sincère, alors que de sérieux doutes planent sur le référendum moldave dans lequel l’UE ne s’est pas privée d’intervenir. Quant à l’élection en Roumanie, last but non the least, il a été établi que la campagne sur le réseau Tik Tok de Călin Georgescu a été organisée et financée par le parti au pouvoir pour réaliser un coup tordu qui s’est retourné contre lui. Et aujourd’hui parce que Călin Georgescu, arrivé en tête au premier tour et favori du second n’est pas un candidat qui convient au pouvoir en place et à l’UE, ils l’empêchent de se présenter en invoquant des arguties juridiques avec le gouvernement Français à la manœuvre. Les Roumains sont dans la rue pour réclamer la démocratie et condamner les ingérences de l’UE et en particulier celles du gouvernement français qui avec ce vote devient celles de la France. En outre, il est pour le moins regrettable que les seuls politiciens qui se sont insurgés en EU soient membres de partis populistes et nationalistes. En d’autres termes  « le jeu démocratique, et la liberté d’expression pour ceux qui sont de mon avis, pour les autres … ».

J’introduis ici une longue parenthèse pour éviter les malentendus : en ce qui me concerne, le personnage de Călin Georgescu m’interroge. Du côté positif : son passé en fait un écologiste et un écologue reconnu internationalement. Sa volonté de réexaminer l’adhésion de son pays à l’OTAN et de vouloir la paix et une bonne entente avec le voisin Russe me convient. Il est certain qu’il est souverainiste et eurosceptique. Cela suffit en UE et en France tout particulièrement de le qualifier d’extrême droite. Si l’on y ajoute sa russophilie, cela en fait un mouton noir qu’il faut à tout prix empêcher de nuire ; à tout prix, c’est-à-dire au prix de la régression de la démocratie dans un pays de l’UE, donc en UE. Mais du côté négatif, je trouve ses références incessantes à Dieu agaçantes au plus haut point. Certaines de ses déclaration sont fausses ou exagérées mais il est loin d’être le seul homme politique à en proférer. Mais il lui arrive de reprendre à son compte des théories que j’estime totalement farfelues du style de celles qui fleurissent dans les salons du type « Marjolaine » ou »Vivre autrement » ou qui sont propagées sur les réseaux sociaux. Cela ne cadre pas vraiment avec sa carrière d’enseignant et de haut fonctionnaire dans les instances nationales de son pays et à l’ONU. Comme le remarque une députée européenne, « il cochait pourtant toutes les cases : droit de l’homme / écologiste / agenda 21 ».  Cependant ce n’est pas à cause de ses bizarreries que tout a été mis en œuvre à Bruxelles et en Roumanie pour l’empêcher de se présenter mais à cause de la menace du retrait d’une Roumanie russophile de l’OTAN et du soutien qu’elle n’aurait pas manqué d’apporter à ceux qui dans l’UE veulent arrêter la guerre en Ukraine au prix de concession substantielles à la Russie, actant le fait que  cette dernière a quasiment gagné la guerre et que renverser la situation sur le terrain ne pourrait se faire qu’au prix d’une troisième guerre mondiale.  Je ferme la parenthèse et reviens à mon sujet la critique de la résolution votée à l’AN.
 
Comme selon le texte voté à AN la Russie a tous les torts, est le Mal personnifié, il ne faut pas se gêner. Un majorité de l’AN demande donc « l’utilisation des avoirs russes gelés », en clair un vol. Mais comme les Occidentaux sont le Bien, voler les Russes, ce ne peut pas être mal !
 
La majorité de l’AN « invite l’UE et ses Etats membres à faciliter le processus d’adhésion de l’Ukraine », l’un des pays parmi les plus corrompus du monde, qui a pour héros des nazis comme Stéphan Bandera célébré chaque année et dont une des artères principales de Kiev a été rebaptisée de son nom. La Majorité de l’AN veut cette adhésion,  quoi qui qu’il en coûte et il en coûtera très cher à notre agriculture et à nos salariés. Mais c’est au nom de nos valeurs !
 
La majorité de l’AN «­ - Rappelle que la restauration de la souveraineté de l’Ukraine dans ses frontières internationalement reconnues est l’objectif légitime» Non, car cette restauration se ferait de de gré ou de force sans tenir compte de l’avis des habitants des régions en litige, au mépris de leur droit, internationalement reconnu, des peuples à disposer d’eux-mêmes qui fut à l’origine de cette guerre ! Objectif de surcroît totalement inatteignable aujourd’hui sauf à entraîner l’UE et les autres pays de l’OTAN, US compris dans une guerre généralisée alors qu’aujourd’hui l’US veulent négocier une paix rapide. Après avoir « encouragé (sic) l’EU et l’OTAN à accroître leur soutien militaire à l’Ukraine » sous-entendu pour continuer la guerre, ce qui va sans doute sans dire mais est bien plus clair en le disant , elle ose conclure en parlant de paix durable. Comme le parlement européen qui avait voté une résolution semblable, l’AN nous plonge dans un monde Orwellien où la paix (durable s’il vous plaît !), c’est la guerre qui doit durer.
 
Je ne sais si les députés qui ont voté ce texte ont regardé une carte du continent européen. Ils auraient pu constater la progression continue de l’OTAN vers l’Est alors qu’il avait été entendu que celle-ci ne s’étendrait pas à l’est au-delà de l’Allemagne réunifiée. S’ils l’avaient fait honnêtement, ils auraient dû sourire en lisant dans ce texte que la Russie et son mauvais génie Poutine, réincarnation du diable, étaient « impérialistes », car si impérialisme il y a, que dire de celui de l’Occident otanien ?
Enfin comme si les précédentes sanctions censées nuire à la Russie n’avaient pas suffisamment impactée notre économie,  le texte voté par une majorité de députés « invite les États membres de l’Union européenne à mettre fin dans les délais les plus brefs à leurs importations de combustibles fossiles russes et l’Union européenne à renforcer dès à présent le contrôle et la régulation des importations de gaz naturel liquéfié russe, notamment en limitant son accès aux infrastructures européennes et en imposant des restrictions aux contrats de long terme susceptibles de prolonger la dépendance énergétique » Comme l’UE a besoin de ce gaz, elle l’achetera plus cher via l’Inde : Errare humanum est, perseverare dabolicum  
 
On aurait pu penser qu’une majorité de députés n’auraient pas voté un tel texte russophobe et partisan qui s’apparente à de la propagande de guerre alors que nous sommes en paix, que la Russie n’est pas notre ennemie, ni même un adversaire et devrait être un partenaire car elle fait partie du continent européen qui ne se réduit pas à l’UE. Le reconnaître, ce serait une base solide  pour construire une paix durable alors que s’armer jusqu’aux dents ce n’est pas préparer la paix mais risquer à tout moment la guerre.
 
 
 

Jeudi 27 Mars 2025 Commentaires (0)
1 2 3 4 5 » ... 41
Profil
Jean-François Dumas
Jean-François Dumas
Dernières notes
Recherche
Galerie
Tilleul Boulevard de la République
Square Pompidou
Cerisier Rue des Ormeaux
Boîte aux lettres, chemin de Pont haut, Colmars-les-Alpes (04)
Sans titre, chemin de Pont haut, Colmars -les-Alpes
Meurtrière, Colmars-les-Alpes