La fin de l'année et le début de l'année nouvelle sont propices aux bilans. 2010 fut une année particulièrement chargée en catastrophes naturelles, dues en général à des évènements climatiques hors norme.
Nicolas Hulot, figure de proue de l'écologie médiatique est venu nous expliquer sur TF1 que tout cela était dû au réchauffement climatique.....un réchauffement climatique qui semble s'être arrêté depuis maintenant dix ans. Ignore-t-il cette « pause » dérangeante dans l'évolution du climat? Si cela était le cas, il partagerait cette ignorance avec beaucoup d'écologistes politiques qui continuent d'exiger des mesures radicales pour lutter contre ce réchauffement qui semble avoir cessé de lui-même....
Les climatologues du GIEC, eux, le savent. Ils s'en émeuvent, mais pas sur la place publique. Comme ils ne veulent pas renoncer à leur thèse fondamentale, ils ne parlent pas d'arrêt mais de pause. Cependant, si cette pause dure, ce ne sera plus une pause....


En haut à droite, on voit bien le plateau : la température s'est stabilisée depuis une dizaine d'années. C'est la pause qui dérange.
En haut à droite, on voit bien le plateau : la température s'est stabilisée depuis une dizaine d'années. C'est la pause qui dérange.

En tout cas, cette pause n'était prévue par aucun des modèles dans lesquels ils placent leur confiance. En attendant de savoir ce que nous réserve l'avenir, ils essayent de comprendre pourquoi la température moyenne du globe est restée stable depuis une dizaine d'année sans renoncer à expliquer l'augmentation de cette température au cours du dernier quart du siècle par les émissions de gaz à effet de serre dues pour l'essentiel aux activités humaines.
Bertrand Russell remarquait que c'était une chose curieuse que de voir « l'homme de la rue » se mettre à croire en la science au moment même où les savants perdaient leur foi. Mais c'était au temps de grands bouleversements en physique, en mathématique et en logique. Aujourd'hui, nous avons affaire à des communautés de professionnels sûrs de leur compétence et peu enclins à douter de leurs savoirs, soucieux d'en tirer une autorité dans le champ politique en profitant du scientisme dans lequel baignent le public comme les décideurs politiques.
Dans cet article je ne cherche pas à savoir qui a raison, le GIEC ou les climato-sceptiques. Je tiens cependant à préciser ma position en la matière. Je pense que le terme de « climato-sceptique » est un mauvais terme pour désigner ceux qui considèrent soit que le climat ne se réchauffe pas, soit que les causes du réchauffement ne sont pas celles que le GIEC avance, soit que la notion de réchauffement climatique global (ou refroidissement) est dépourvue de sens. Ils ne sont pas sceptiques, pas plus que ne le sont en matière de religion les athées. Les athées sont certains de la non existence d'un Dieu, d'une transcendance, etc. alors que les croyants eux estiment que ce Dieu, cette transcendance ou quoi que ce ce soit d'autre comme objet de leur croyance existe. Ni les uns ni les autres ne sont sceptiques. Ils savent. Or, le sceptique ne sait pas, il doute. Les climato-sceptiques ne doutent pas, ni non plus les climatologues du GIEC et leurs partisans. Les uns et les autres savent. Ou de moins croient savoir. Il suffit de lire les publications des uns et des autres pour en être convaincu. Le véritable sceptique en la matière est celui qui déclare ne pas savoir, ne pas savoir de quoi demain sera fait, que les uns ou les autres ont peut-être raison ou tort. En matière de prévision du climat futur, cette position est la mienne. Cette position est celle qui se rapproche le plus d'une véritable position sceptique. Comme il m'est impossible de la désigner ainsi sous peine de malentendu, je la qualifierais d'agnostique.
Ce n'est pourtant pas cette position que je souhaite argumenter dans cet article, du moins pas directement. Je veux montrer que lorsque les climatologues « réchauffistes » cherchent à défendre leurs affirmations sur le changement climatique malgré des données en apparence défavorables, ils adoptent une attitude qui ne peut être condamnée d'emblée. Une démarche de ce type n'est pas toujours injustifiable et elle peut être féconde pour comprendre la machinerie climatique. Néanmoins la motivation la plus puissante de cette attitude n'est pas d'ordre épistémique, elle doit être recherchée ailleurs, dans la volonté d'intervenir dans le champ politique pour impulser des mesures visant à limiter les émissions anthropiques de gaz à effet de serre. La création du GIEC a permis à tout un réseau de chercheurs de le faire. Ils ne peuvent renoncer au dogme qui fonde leur croisade sans perdre toute l'autorité que leur confère la reconnaissance de leur savoir par les « décideurs » politiques et avec cette perte, celle de crédits (au sens sonnant et trébuchant) de recherches, de postes de pouvoir dans leur domaine et de postes tout court.
Bien entendu, que les motifs qui conduisent à choisir l'exploration d'une voie plutôt que d'une autre ne soient pas purement, ou même principalement, épistémiques n'est ni une raison suffisante, ni même une raison nécessaire pour invalider ce choix. La mise ne évidence de la nature et du caractère déterminant de ces motifs permet seulement d'avoir une image plus réaliste de la recherche scientifique comme des communautés de chercheurs et en conséquence de ne pas prendre leurs paroles pour parole d'évangile. Après tout, c'est en recherchant une route plus courte pour les Indes que Christophe Colomb découvrit l'Amérique. Ses motifs n'étaient pas totalement désintéressés, ceux des financeurs de ses voyages ne l'étaient pas du tout.

De l'imprévu....

Depuis 2000 jusqu'à aujourd'hui, depuis dix ans donc, le « réchauffement climatique » qui aurait dû s'accentuer selon les modèles des climatologues du GIEC marque une pause imprévue (voir les courbes figure 1 et 2). Les modèles du GIEC ne peuvent expliquer ces phénomènes contradictoires avec leurs prévisions. Ils ne devraient pas se produire. De là à considérer qu'ils n'existent pas réellement, il n'y a qu'un pas que certains climatologues franchissent allégrement. « Les données sont certainement fausses. Notre système d'observation est déficient » déclare Kevin Trenberht, directeur de la section d'analyse climatique du Centre national de la recherche atmosphérique du Colorado. [1] Réaction sincère sans doute, mais étrange et que l'on a envie de considérer comme bien peu scientifique, voire « obscurantiste » [2].
N'allons pas trop vite cependant. Lorsque des données viennent mettre en défaut un ensemble d'hypothèses qui semble avoir fait, jusqu'à présent ses preuves dans un grand nombre de cas, il est naturel de suspecter ces données nouvelles. Dans le cas particulier qui nous occupe, cela peut paraître d'autant plus justifié que les données en causes ne sont pas des températures relevées mais des moyennes réalisées sur des températures ayant été « normalisées » en fonction, entre autre, du lieu de la station. Ces divers traitements peuvent introduire des biais ou être impuissants à les corriger. Donc, en fin de compte, il n'est pas aussi absurde qu'il y paraît au premier abord de remettre en cause les données. Cependant on ne peut à la fois rejeter les données lorsqu'elles ne sont pas conformes aux prévisions et les accepter lorsqu'elles le sont, alors même qu'elles ont été obtenues dans tous les cas selon les mêmes protocoles. De plus, à trop contester les données, les climatologues du GIEC pourraient obtenir le résultat inverse de celui qu'ils recherchent et à la limite permettre une remise en cause de cette augmentation de la température moyenne, température moyenne que d'autres climatologues considèrent dépourvue de tout sens climatologique...

Un dogmatisme parfois fécond....

Certes, les données qui montrent une stagnation de la température moyenne au cours de la dernière décennie au lieu d'une élévation accélérée constituent un début de condition nécessaire au rejet des modèles du GIEC mais en aucun cas une condition suffisante. Il reste en effet à explorer de nombreuses possibilités qui permettraient de garder l'essentiel des thèses du GIEC sur le climat, moyennant quelques ajustements et compléments. Malgré les apparences, le dogmatisme implicite d'une telle attitude n'est pas contraire à une démarche scientifique et il peut être fécond, contrairement à l'espèce de déni de réalité étudié dans le paragraphe précédent. Il peut conduire à des découvertes remarquables bien que cela ne soit pas toujours le cas. Pour le montrer nous allons faire un détour par l'analyse d'un épisode de l'histoire de l'astronomie, un épisode célèbre et souvent célébré pour la plus grande gloire de la Science avec un S majuscule et de la raison calculante : la découverte de Neptune par Le Verrier et Adams.[3]
À son grand regret, Kepler avait découvert les lois sur les orbites des planètes qui portent aujourd'hui son nom. En fait, des observations plus précises montrent que ces lois ne sont qu'approximativement vraies. Le cours réel des planètes présente des écarts par rapport à elles. Ceci s'explique bien dans le cadre de la mécanique céleste newtonienne. Pour qu'une planète les suive, il faudrait que le système soit réduit à cette planète seule avec le Soleil. Le système solaire possède plusieurs planètes qui s'attirent les unes les autres selon la loi de la gravitation universelle, d'où ces écarts par rapport aux lois de Kepler que l'on appelle des anomalies.

Urbain Le Verrier
Urbain Le Verrier
Une des lettres de créance de la théorie de Newton est de pouvoir les prédire et les calculer. Il y avait plusieurs problèmes cependant : les anomalies calculées ne correspondaient pas exactement à celles observées, notamment dans le cas d'Uranus, planète découverte en 1781. Pour Le Verrier comme pour ses collègues, la théorie de Newton ne pouvait pas être fausse, l'attraction universelle ne pouvait pas ne pas l'être dans le cas d'Uranus, il fallait donc trouver une hypothèse pour expliquer ses anomalies qui, si elle était vraie, permette de réconcilier les particularités du mouvement de cette planète avec la théorie. Cette hypothèse, ce fut Neptune : la postulation d'une nouvelle planète jusqu'alors inconnue dont les caractéristiques et l'orbite furent calculées de telle sorte que les anomalies d'Uranus redeviennent conformes à la théorie. Restait alors à l'observer en braquant un télescope à une date donnée et sur une portion de l'espace indiquée par Le Verrier. Comme chacun le sait, la planète fut, à peu de choses près au rendez-vous que lui avait assigné le mathématicien...La morale de cette histoire bien connue est que le dogmatisme peut être payant et qu'il peut initier une démarche féconde. Démarche qui réussit parfois....

Mais pas toujours !

Fort de ce succès Le Verrier voulut rééditer son exploit avec les anomalies de Mercure qui ne cadraient pas avec les prévisions de la mécanique céleste . Il postulat une planète Vulcain pour réconcilier les données de l'observation astronomique avec la théorie en vigueur. Hélas, cette fois Vulcain ne fut pas au rendez-vous et malgré de nombreuses recherches ne fut jamais découverte. Cette planète resta au stade de mythe mathématique et les anomalies de Mercure restèrent inexpliquées. La mécanique céleste était mise en défaut. Fut-elle abandonnée? Non. Tout simplement parce qu'elle n'avait pas de concurrent et aussi parce que l'on ne désespérait pas en modifiant une ou plusieurs hypothèses auxiliaires la réconcilier avec ces données récalcitrantes. C'est un peu comme à la guerre, il faut parfois sacrifier une section, voire un bataillon tout entier pour préserver le cœur d'une théorie. Ici, ce que l'on remettait en cause, c'était le nombre des corps célestes composant le système solaire. Celui-ci est contingent dans le cadre de la théorie.

De l'astronomie à la climatologie

Après ce détour par une science vénérable et une théorie qui fut reine jusqu'à l'orée du sciècle dernier, revenons à la climatologie. Face à l'arrêt du réchauffement climatique et face à des données difficiles à contester, les climatologues du GIEC qui ne souhaitent pas remettre en cause les hypothèses à la base de leurs modèles sont dans une situation en partie analogue à celle de Le Verrier et de ses collègues devant les anomalies d'Uranus. Ils ont à résoudre un problème du même type.
Plusieurs facteurs peuvent être invoqués pour expliquer cet arrêt sans mettre en cause la thèse d'un réchauffement du climat dû au largage anthropique de gaz à effet dans la troposphère [4] qui comme leur nom l'indique renforce cet effet de serre.
Un des facteurs pourrait être la baisse de l'activité solaire qui ressemble à celle qui a eu lieu lors du « petit âge glaciaire » au XVII ième et XVIII ième siècles. Cependant, il est peu probable que cette baisse d'activité suffise à elle seule à expliquer cet arrêt ou cette pause.
De nouvelles données concernant la variation de la teneur en vapeur d'eau de la stratosphère devraient être aussi prises en compte. C'est du moins ce qui ressort d'un article publié dans Science en mars 2010 par Susan Solomon et collaborateurs [5]. Susan Solomon est vice-présidente du GIEC et co-signatrice du rapport de 2007 dudit GIEC. Selon cet article de 2010 il y aurait eu depuis le tournant du siècle une décroissance de la teneur en vapeur d'eau de la stratosphère. Cette décroissance actuelle pourrait être liée au réchauffement climatique global de la planète dans le dernier quart du XX ième siècle. C'est cette décroissance qui pourrait expliquer la « pause » actuelle dans le réchauffement global.
Si ce rôle de la vapeur d'eau stratosphérique était confirmé, ce qui aurait pu apparaître comme une remise en cause de la thèse selon laquelle les changements climatiques que nous vivons sont dus à nos activités assure au contraire son succès. La planète s'est réchauffée à un rythme accéléré au cours du dernier quart du XX ième siècle à cause principalement du renforcement de l'effet de serre dû aux activités humaines. Si la diminution de la teneur en vapeur d'eau stratosphérique est la principale cause de la pause actuelle dans le réchauffement climatique global et si cette diminution est due au réchauffement antérieur d'origine principalement anthropique, alors ce sont bien les activités humaines qui ont été directement par le réchauffement, puis indirectement responsables des modifications du climat au cours des décennies passée et de la décennie actuelle, le réchauffement climatique global déclenchant aujourd'hui un feed back négatif.
Toutefois avec cette prise en compte de la variation de la teneur en vapeur d'eau de la stratosphère, les activités humaines génératrices de gaz à effet de serre largués dans la troposphère, pour essentielles qu'elles continuent d'être, ne sont plus les seules causes du réchauffement. L'augmentation initiale de la vapeur d'eau stratosphérique de 1980 à 2000 pourrait être responsable de 30% du réchauffement : « la vapeur d'eau stratosphérique a probablement augmenté entre 1990 et 2000, ce qui aurait augmenté le réchauffement de la surface de 30% »[6] Cette variation de la vapeur d'eau stratosphérique ne serait peut-être pas liée directement aux activités humaines mais à des changements de température qui se seraient produits à la surface des océans et dont la cause première reste à déterminer.
La thèse initiale ne sort donc pas tout à fait indemne de l'épreuve. Elle est affaiblie : « ces découvertes montrent que la vapeur d'eau représente un facteur important du changement climatique global décennal de la surface»[7]. Elle perd aussi sa belle simplicité initiale : dans les changements climatiques qui sont en œuvre depuis le XX ième siècle, les activités humaines sont un facteur prépondérant qui intervient directement de façon moindre que prévue et indirectement d'une façon étonnante et totalement imprévue au départ. D'ailleurs, si cette explication de la pause décennale est correcte, il faudrait mieux, en toute rigueur parler de changement climatique global que de réchauffement climatique global. Un réchauffement que d'autres facteurs annulent n'en étant plus vraiment un.
Ici encore, comme dans le cas de la découverte de Neptune, le dogmatisme est fécond. Cette « pause », l'introduction de données sur la variation de la vapeur d'eau stratosphérique pour sauver les modèles en vigueur, la recherche sur les raisons de ce phénomène, de son importance sur la régulation du climat global ouvrent de nouvelles perspectives de recherches dont on ne peut guère anticiper les résultats. Une chose est sûre cependant : il y a encore beaucoup à apprendre sur le climat de la Terre et ses variations.
D'un point de vue théorique, que les modèles en cours montrent leurs limites est au moins aussi intéressant que s'ils avaient prévu correctement l'évolution actuelle du climat et notamment cette fameuse pause. D'un point de vue pratique, par contre, il en va tout autrement. Nous souhaiterions des prévisions fiables sur lesquelles s'appuyer en toute confiance. Il est évident que nous devrons y renoncer.
Une pause qui dérange

Les raisons du dogmatisme des climatologues

Le problème des climatologues et celui de Le Verrier présentent de fortes analogies formelles, les démarches entreprises également. On peut constater que, malgré les apparences, on aurait tort de condamner celle des climatologues comme irrationnelle sans condamner aussi celle de Le Verrier et Adams. Devant des données récalcitrantes qu'il n'est pas possible de remettre en cause, ils construisent une démarche structuralement identique. Il y a pourtant des différences qu'il est temps de préciser maintenant. La principale est celle-ci : Le Verrier utilise une théorie bien corroborée de façon indépendante et qu'il veut réconcilier avec de nouvelles données récalcitrantes tandis que les climatologues du GIEC utilisent des modèles informatiques de simulation qui produisnt une évolution du climat global contraire à celle qui semble se dessiner.
La théorie de Le Verrier, la mécanique céleste newtonienne, peut être interprétée de façon réaliste sans absurdité. Si elle était vraie, elle nous dirait ce que sont les objets de son domaine et leur comportement réel. Par contre, on ne peut dire sans absurdité qu'un modèle du type de ceux utilisés par les climatologue est vrai en ce sens : il est une représentation simplifiée de phénomènes qui sont trop complexes pour être étudiés directement. Ils constituent une forme d'expérience de pensée extrêmement sophistiquée : la simulation. L'expérience de pensée, quelle que soit sa forme, nous place dans l'irréel : faisons comme si. Il en est de même pour la simulation qui peut être plus ou moins bien réussie mais ne peut être qualifiée de « vraie » sans abus de langage.
Lorsque l'on à affaire à une théorie, le dogmatisme peut donc se justifier plus facilement que lorsque l'on a affaire à un modèle. En un sens, le choix de Le Verrier était contraint. Il ne pouvait toucher aux principes de sa théorie. Par contre un modèle dont les prévisions ne coïncide pas avec les données doit être révisé ; révisé ne voulant pas dire abandonné. Pour cette révision le climatologue a plus de latitude que ne l'avait l'astronome pour choisir ce qui doit être modifié, étant entendu que l'accord avec les données doit être retrouvé et le recours éventuel à de nouveaux facteurs justifié. Compte tenu de cette latitude, on peut s'interroger sur ce qui guide les climatologues du GIEC dans leur volonté de conserver l'hypothèse selon laquelle les rejets anthropiques de gaz à effet de serre sont le facteur, ou du moins l'un des facteurs essentiels, du changement climatique.

Pour cela commençons par détruire de fausses évidences qui semblent clore le débat d'emblée.
Pour convaincre tout un chacun on part d'abord d'une sorte de lapalissade : les gaz à effet de serre augmentent l'effet de serre ; l'augmentation de la teneur en gaz à effet de serre de l'atmosphère renforcent l'effet de serre et donc la température sur Terre augmente.
Ensuite on met en avant les constatation suivantes :
  • le CO2 est un gaz à effet de serre qui s'accumule dans la troposphère,
  • en 60 ans la teneur en gaz carbonique de la troposphère a augmentée de 40%,
  • cette augmentation est due aux activités humaines et notamment ( mais pas seulement) à l'utilisation d'énergies fossiles,
  • au cours de la même époque la température moyenne du globe a augmenté de 0,8° C environ.
La conclusion est évidente :
  • le réchauffement a pour origine ces activités,
  • si rien n'est changé, ce réchauffement continuera à s'amplifier. Il ne reste plus qu'à en montrer les conséquences catastrophiques. Les « climato-sceptiques » vont contre l'évidence, ils sont au service des lobbies ou ils sont des illuminés.
Il n'est donc pas nécessaire de rechercher plus avant les raisons de l'attachement des climatologues à leur hypothèse fondamentale. Elle n'est pas contestable sauf à aller contre l'évidence.
Cette évidence s'effondre cependant lorsque l'on prend conscience que cette augmentation de 40% représente le passage de 280 ppm (partie pour million) à 380 ppm, c'est a dire d'une troposphère dont la teneur en CO2 était de 0,028% à une troposphère dont la teneur est de 0, 038%. Une telle augmentation vraiment minime peut avoir un effet sur le climat, mais elle est si minime que cela n'a plus rien d'évident. [8] Il faut le prouver et du coup le contester n'a plus rien d'irrationnel. L'issue de la controverse reste, aujourd'hui encore et quoi que l'on en ait dit, incertaine. Rappelons au passage que ce qui est contesté, ce n'est pas que le climat global se soit réchauffé ; ce sont les causes de ce réchauffement et ce à quoi nous devons nous attendre. [9]
Pour comprendre pourquoi les climatologues sont, en majorité, peu enclins à rejeter la thèse de l'origine anthropique, il faut rappeler l'ambigüité du GIEC qui est une institution à la fois régulière et séculière au sens monastique de ces termes. Elle est régulière dans la mesure où il y a un réseau de chercheurs qui forment une communauté étudiant le climat avec ses propres règles, ses protocoles de recherche, ses publications, ses colloques, etc.. C'est une institution séculière : ce réseau de chercheurs revendique une reconnaissance et une légitimation dans le champ politique sur la base de la compétence de ses membres dans leurs domaines du savoir ; reconnaissance et légitimité qu'il a obtenu grâce à la constitution et au contrôle de ce GIEC chargé de rédiger et publier les fameux rapports périodiques sur le climat et d'être force de proposition pour les « décideurs » politiques. La genèse du GIEC montre bien l'ambigüité du statut de cette instituion Renaud Russeil la résume ainsi dans la revue Biocontact . « Dans les années soixante, un scientifique suédois, Bert R. J. Bolin, suppose qu'une surproduction de dioxyde de carbone générée par l'activité humaine pourrait contrecarrer le refroidissement climatique (refroidissement, ce n'est pas une erreur) annoncé par plusieurs média internationaux. L'énergie est un problème majeur de l'époque. On vient de vivre le premier choc pétrolier (1973). Dix ans plus tard, Margareth Thatcher politise le danger du CO2 : elle demande à un groupe de scientifiques de prouver que le CO2 est responsable des changements climatiques. Exploitant la thèse de Bolin, elle menace d'abandonner les mines de charbon pour se tourner vers le nucléaire ; elle contrera ainsi une nouvelle grève des mineurs (1984) et se débarrassera de la dépendance vis-à-vis des pays producteurs de pétrole. Le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) vient de naître. Bolin en devient le premier président en 1988. »
Dans ces conditions, il est impossible ou du moins très difficile pour ce réseau de remettre en cause le dogme même qui lui assure sa reconnaissance et son efficace dans le champ politique. Les enjeux de savoir se mêlent à des enjeux de pouvoir ; il n'est pas étonnant que les dérapages se multiplient et que la déontologie de la recherche soit quelque peu malmenée. Le dogme du réchauffement climatique d'origine anthropique est une sorte d'hybride scientifico-politique. S'il est faux, on aura du mal à s'en débarrasser. S'il est vrai....

Chance morale

Malgré les « sommets » à répétition, malgré les bilans carbone et plans climat qui font prospérer les bureaux d'études divers et variés, les émissions de CO2 d'origine anthropiques ont continué de croître en 2010 de 3% par rapport à 2009 pour atteindre 31,7 milliards de tonnes. Il ne semblerait pas que la température moyenne du globe reprenne son ascension pour autant. Est-ce à dire qu'un miraculeux feed back négatif dû à la diminution de la teneur en vapeur d'eau de la stratosphère nous protège? Nous n'en savons rien. Si cela était le cas, nous aurions de la chance car il est bien difficile de limiter ces émissions de CO2, du moins tant qu'il y aura du pétrole, du gaz, du charbon, conventionnels ou non à brûler.
Quand je parle de chance, c'est bien entendu de chance morale qu'il s'agit en ce qui nous concerne ; nous, les occidentaux actuels en tant que sujet moral [10]. Nous subirons que très peu les conséquences du changement climatique, même s'il s'emballe comme prévu par certains modèles. Les effets les plus catastrophiques ne se sont pas pour demain mais pour la fin de ce siècle. Mais les humains de cette fin du XXI ième siècle nous jugeront. Et ce jugement ne sera pas le même si le réchauffement se poursuit ou si le feed back négatif joint à l'épuisement graduel des énergies fossiles est suffisant pour le rendre négligeable ou s'il cesse pour une tout autre raison. S'il se poursuit le jugement sur notre incapacité à prendre des mesures efficaces sera sévère. S'il s'arrête de lui-même, les générations futures seront beaucoup plus indulgentes envers notre ignorance et nos faiblesses. Elles en souriront peut-être.

NOTES

[1] – Cité et traduit par Jean Staune, La science en otage, Paris, 2010, p. 159. L'auteur présente une analyse bien documentée et objective de la controverse, cite ses sources avec possibilité de les retrouver sur Internet. Sa lecture a attiré mon attention sur des textes peu connus. Je ne partage pourtant pas du tout les interprétations qu'il donne de la controverse, pas plus que je ne souscris à sa « troisième» voie. Je n'accepte ni son éloge bizarre du nucléaire, ni sa croyance qu'avec une technologie et une science vraiment libre de préjugés, notre civilisation et notre mode de vie pourra perdurer. Quant à sa critique des écologistes, elle est si caricaturale qu'il ne vaut même pas la peine d'en parler. Il en va de ce livre comme de beaucoup de sites qui critiquent les thèses du GIEC. Instructifs et dignes d'intérêt lorsqu'ils argumentent sur le fond et sur la question du climat proprement dit, ils deviennent partiaux, pleins de sous-entendus et de préjugés politiques que je ne partage pas lorsqu'ils s'aventurent dans le champ social et/ou politique. Voir par exemple http://pensee-unique.fr d'où j'ai tiré les illustrations humoristiques.

[2] – Jean Staune, o. c., p.160.

[3] – L'analyse qui suit s'inspire en partie de la reconstruction de la démarche de Le Verrier faite par le philosophe américain Hilary Putnam dans un article publié en 1974 et devenu depuis un classique de la philosophie des sciences anglo-saxonne, « The corroboration of theories », in A. Schlipp, ed., The philosophy of Karl Popper, The Librairy of living philosophers, vol. XIV, La salle, Il., 1974, pp. 221-240. Il s'agit bien d'une reconstruction car la véritable histoire de cette découverte fut laborieuse. De plus, Le Verrier s'est trompé deux fois. Tout d'abord, selon ses calculs, Neptune aurait dû être éloigné de 38 U. A. alors qu'elle ne l'est que de 30,11 U.A . Ensuite, il a trouvé que la masse de Neptune était de 32 fois celle de la Terre alors qu'elle n'est que 17 fois supérieure. Coup de chance, les deux erreurs se compensent. Autre heureux hasard : Compte tenu des erreurs de localisation, si les astronomes avaient cherché la planète 50 ans plus tard, ils ne l'auraient pas trouvée. Du point de vue de la logique de la démarche et de sa reconstruction rationnelle, on peut négliger ces détails.

[4] – Rappel : Comme très bien expliqué dans Wikipédia « La troposphère est la partie de l'atmosphère terrestre située entre la surface du globe et une altitude d'environ 8 à 15 kilomètres, selon la latitude et la saison. Elle est plus épaisse à l'équateur qu'aux pôles. La frontière entre la troposphère et la stratosphère s'appelle la tropopause. »

[5] – Susan Solomon, Karen H. Rosenlof, Robert W. Portmann, John S. Daniel, Sean M. Davis, Todd J. Sanford, Gian-Kasper Plattner, « Contribution of stratospheric water vapor to decadal changes in the rate of global warming », Science, 5 mars 2010, vol. 327, p. 1219 – 1223. C'est en lisant le livre de Jean Staune, o. c., que mon attention a été attirée sur cet article.

[6] – o. c., tf. J. Staune, o.c., p. 167.

[7] – ibid., p. 167.

[8] – On trouve cet argument dans l'ouvrage de J. Staune, qui pourfend de façon très convaincante la pseudo évidence de l'explication canonique du réchauffement climatique, p. 164 et sq.

[9] – Il y a aussi ceux qui considère que la notion de « climat global » et donc de « réchauffement » ou de « refroidissement » de ce climat n'a pas de sens. Selon les régions du globe le climat change : parfois, il se réchauffe ; parfois dans d'autres régions, il se refroidit.

[10] – Sur ce concept de moral luck, cf. J.P. Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé, Paris, 2002, pp. 123 et sq. qui cite l'ouvrage de Bernard Williams, Moral Luck, Cambridge University Press, 1981. Jean-Pierre Dupuy remarque que ce concept de chance morale « peut sonner comme un oxymore  dans le contexte néokantien qui domine sous nos latitudes » (p. 123)

Une pause qui dérange

Dimanche 16 Janvier 2011 Commentaires (1)
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