Comme elles sont élégantes, dans la haie, les baies d’un joli rouge vif et luisant de la douce-amère! Belles mais vénéneuses… La douce-amère marie les contraires : amertume et douceur ; régal pour beaucoup d’oiseaux, toxique, voire mortelle pour tous les mammifères, hommes y compris. Elle peut aussi guérir mais profanes s’abstenir. Et la tradition lui attribue des propriétés surprenantes. D’une certaine façon, avec elle, l’amour côtoie la mort. Donc, prudence…


Dessin extrait de la Flore de l'abbé H. Costes, t. 2 p.613
Dessin extrait de la Flore de l'abbé H. Costes, t. 2 p.613
Nom
Solanum dulcamara L. 1753
Famille des solanaceae [solanacées]

Le nom du genre vient du latin sol : soleil, un genre dont les plantes membres recherchent les stations ensoleillées. Selon une autre étymologie il viendrait du verbe solari : consoler à cause des propriétés narcotiques de nombreuses espèces de ce genre.
Pour l’espèce, dulcis est un mot latin qui signifie «doux» et amarus «amer» En français comme en latin mais aussi en anglais, en allemand, en néerlandais et dans bien des langues, elle tire son nom de la saveur de son écorce lorsqu’on la mâchonne – chose à éviter de faire, la plante étant vénéneuse dans toutes ses parties. Assez curieusement, à rebours de l’ordre des termes dans le nom, le doux suit l’amer : « Lorsqu’on les mâche [les tiges] on perçoit une saveur amère qui est bientôt suivie d’un goût douceâtre » (Barbier 1837, p. 471)
Elle a aussi beaucoup d’autres noms vernaculaires. Citons : morelle grimpante (par opposition à la morelle noire qui ne grimpe pas), crève chien (allusion possible à sa toxicité dont les animaux de compagnie peuvent faire les frais), réglisse sauvage (référence à l’un de ses usages à ne pas suivre), herbe à la fièvre, herbe à la quarte ou «quarte» signifie «fièvre quarte», une fièvre intermittente (renvoie sans doute à des propriétés fébrifuges non attestées par ailleurs) Elle a aussi d’autres appellations dont la raison, s’il en est une, n’est pas évidente : loque, bronde, bois de ru.

Période de floraison
Fleurs de juin à août, baies de septembre à décembre, d’abord vertes, puis rouges et enfin jaunes.

Description
Sous-arbrisseau de 60cm à 3m, sarmenteux.
●Grosse racine, ramifiée et charnue.
Tiges lianiformes, rampantes ou grimpantes, plus ou moins volubiles mais sans dispositif d’accroche, parfois retombantes, pubescentes.
Feuilles alternes, pétiolées avec pétiole plus court que le limbe, cordiformes à la base de la plante, trilobées au sommet, avec un grand lobe central en forme de cœur et deux latéraux plus petits ovales à subaigus.
Fleurs monoïques (1 ─ 1,5cm) en cymes par 10 ─ 25 sur un long pédoncule opposé à une feuille supérieure, 5 sépales dentées soudées entre elles, plus courtes que le tube, 5 pétales, égaux, soudés à la base à lobes étroits, aigus, recourbés vers l’arrière donnant à la fleur un aspect étoilé, cinq étamines jaunes réunies en un tube saillant d’où dépasse un stigmate unique à long style.
Fruits, baies ovoïdes (1 – 1,5cm), vertes puis rouge vif luisant avec de nombreuses petites graines blanc ivoire, lenticulaires d’environ 3mm de diamètre, aplaties sur les bords, au hile bien marqué. Il est difficile de confondre ces baies avec d’autres, peut-être avec des groseilles mais cette confusion serait assez grossière.

Habitat
Haies, bois clairs, pierrailles, bords des ruisseaux, la douce-amère aime les lieux humides mais ensoleillés. Elle fréquente aussi des stations plus sèches comme rudérale. En d’autres termes, c’est une espèce héliophile et de demi-ombre, hygrophile à mésohygrophile, nitrophile. Son amplitude altitudinale va de 0 à 1700m.
Plante très commune dans toute la France, mentionnée en Europe dès le XIIIème siècle.

Remarque importante

La douce-amère est une plante fortement TOXIQUE pour tous les mammifères, hommes et animaux domestiques inclus. Elle le serait aussi pour les tortues terrestres.

La Morelle douce-amère – Solanum dulcamara
  • Si un cheval ingère 130gr de la plante, une paralysie mortelle peut survenir. Heureusement, il semble qu’elle ne soit pas recherchée par les équidés.
  • Ce sont les baies encore vertes qui sont les plus toxiques : dix baies non mûres provoquent une très grave intoxication chez l’enfant qui peut être fatale.
Ce sont les alcaloïdes que la plante contient qui sont responsables de ces troubles : la solacéine et la solanéine. De plus, les tiges sont riches en saponines ; les graines contiennent des alcaloïdes de type atropinique et des substances à effets bradycardisants et antimitotiques (empêchant la division cellulaire).
Pour inciter à la prudence, voire à l’abstention, dans l’utilisation en automédication de cette plante, inscrite à la Pharmacopée française, rien ne vaut une description de l’intoxication qu’elle provoque. Celle qui suit s’appuie sur Delmas et Delaveau (1978) et sur Girre (2001).
Les premières manifestations de l’intoxication sont d’ordre digestif avec des nausées, des vomissements, des coliques et des diarrhées. Si les doses ingérées sont fortes, les diarrhées deviennent sanglantes et il y a atteinte rénale avec protéinurie et hémoglobinurie, c’est-à-dire présence de sang et de ses constituants dans les urines. Apparaissent ensuite des symptômes neurovégétatifs, dilatation des pupilles (mydriase), accélération du rythme cardiaque (tachycardie), sécheresse de la bouche et des muqueuses, maux de tête, bourdonnement d’oreilles. Apparaissent parfois des délires, des hallucinations et des convulsions évoluant vers une paralysie : coma avec hyporéflexie (affaiblissement des réflexes), troubles respiratoires et cardiovasculaires dont l’issue peut être fatale. Bref, une mort bien douloureuse. Les principales victimes de la douce-amère sont des enfants et des personnes qui veulent l’utiliser en automédication interne sans connaissances suffisantes.
Les usages répertoriés dans les paragraphes suivants sont donc là dans le but de présenter un panorama des connaissances concernant cette plante et non comme des recettes à mettre en pratique. L’auteur de cet article décline toute responsabilité si d’aventure, un de ses lecteurs passe outre ces conseils de prudence et d’abstention et que cela tourne mal pour lui. La douce-amère a beaucoup d’usage phytothérapiques mais bien qu’il soit tentant de l’utiliser, elle fait partie de ces plantes auxquelles il vaut mieux ne recourir que sous la surveillance d’un spécialiste.

La Morelle douce-amère – Solanum dulcamara
Commentaires 

La douce-amère appartient à la même famille que la tomate, l’aubergine ou la pomme de terre.
Les tubercules de pomme de terre (Solanum tuberosum L.) sont comestibles comme chacun sait mais ils deviennent toxiques s’ils verdissent, verdissement qui se produit lorsqu’ils sont exposés à la lumière. Tout le reste de la plante est toxique, à un degré moindre certes que la douce-amère. Les tomates (Solanum lycopersicum L.) avant qu’elles ne soient mûres présentent également une certaine toxicité alors que mûre, elles sont parfaitement comestibles. Dans tous les cas, ce sont les mêmes solanines qui sont en causes.

  • On notera donc qu’un même végétal peut être toxique dans un état et ne plus l’être dans l’autre.

  • On remarquera également que dans une même plante, certaines parties peuvent être toxiques et même fortement toxiques alors que d’autres seront de très bon comestibles.

  • On peut se demander aussi pourquoi un fruit qui n’est pas arrivé à maturité est toxique ou plus toxique que le même arrivé à maturité. L’ingestion des fruits par les animaux qui rejettent ensuite les graines dans leurs excréments est un moyen de dispersion des plantes. On parle dans ce cas de zoochorie. Pour que cela fonctionne, il faut que les graines puissent se développer et arriver à maturité. Donc que le fruit ne soit pas mangé trop tôt. Gorgé de substances toxiques, astringentes et repoussantes, celui-ci n’est guère appétissant. L’ingurgiter donnera lieu à une mauvaise expérience. Les fruits trop verts sont comme les raisins de la fable, immangeables. Peut-être ce savoir est-il acquis, peut-être est-il inné chez l’animal. La couleur verte qui est celle de la plupart des fruits charnus non mûrs permettrait non seulement au fruit de se confondre avec le feuillage et de passer plus ou moins inaperçu, mais de plus elle jouerait le rôle de signal : passez votre chemin, je ne suis pas, ou pas encore comestible. Les belles couleurs, rouge, jaune, noir, voire même blanche (le gui) serait là pour attirer l’attention de l’animal et lui dire : «Je suis bon à manger », les toxines sont moins virulentes, voire ont disparu – cas de la tomate – comme les autres substances astringentes et détestables. Au contraire, le fruit mûr est gorgé de sucre ou de graisse. Ainsi, pour la douce-amère et autres fruits rouges, le code couleur serait à l’inverse de celui de la route. Vert, stop, on attend. Rouge, c’est bon, allez-y ! Certains parleront d’adaptation réciproque mais indépendante, d’autres de coévolution.

  • La dissémination ornithochore de la douce-amère.
Il reste cependant à expliquer pourquoi la douce-amère et bien d’autres fruits sauvages sont toxiques pour les mammifères, ce qui constitue une bonne défense contre ces prédateurs éventuels alors qu’ils ne le sont pas pour les oiseaux sur lesquels les principaux poisons d’origine végétale tels que les alcaloïdes et les glucosides sont sans effet. Tout se passe comme si les plantes avaient renoncé à défendre leurs fruits contre les oiseaux frugivores. Pour le dire autrement, c’est comme si elles avaient choisi de privilégier les oiseaux comme agents de leur dissémination. Coévolution ? Hasard ? En tout cas, ce fut un bon choix. En effet, à quelques exceptions près, une graine court beaucoup moins de dangers dans son voyage à travers le corps d’un oiseau surtout s’il est frugivore que lorsqu’il est ingéré par un animal pourvu de dents comme le sont les mammifères. Les oiseaux n’ont pas de dent et avalent donc le fruit sans porter atteinte aux graines qu’il contient et leur appareil digestif n’est pas de type broyeur de telle sorte que les graines ingérées avec la pulpe ont toutes les chances de ressortir intactes dans les déjections, le passage dans l’estomac et l’intestin de l’oiseau ayant simplement attendri les téguments extérieurs, ce qui favorisera la germination des graines. Bon choix aussi parce que les oiseaux ont un transit intestinal beaucoup plus rapide que les mammifères, bon choix enfin parce qu’ils se déplacent plus vite et plus loin. Certes toutes les plantes n’ont pas « choisi » de refuser leurs fruits aux mammifères qui peuvent se montrer aussi de bons agents disséminateurs. Il suffit de rencontrer sur un sentier une crotte de renard à la saison des cerises pour le comprendre. Avec l’homme civilisé par contre, les graines des fruits comestibles n’ont pas eu de chance. Rien ne germe dans la porcelaine. Sans ses lieux d’aisances modernes, l’homme serait pourtant un bon disséminateur pour quelques solanées qu’il a domestiquées. La preuve : derrière les dunes de certaines plages, poussent de succulentes tomates sauvages.
La morelle douce-amère est à l’abri des aléas que lui ferait courir l’ingestion de ses fruits par des Sapiens sapiens civilisés. Elle se rattrape avec les oiseaux. Il y aurait une vingtaine d’espèces d’amateurs se chargeant de la propager selon Crocq (2007). En voici une première liste établie, d’après un recensement des observations rapportées par Crocq (2007): Faisan de Colchide, Rouge Gorge familier, Merle noir, Fauvette à tête noire, Mésange bleue et autres mésanges, Etourneau sansonnet, Casse noix moucheté, Pie bavarde, Pinson des arbres, Bouvreuil pivoine, Gobe mouche gris, Pigeon ramier, Râle d’eau, Bécassine des marais.

  • Une plante envahissante
La douce-amère peut ainsi devenir une plante que les humains trouvent envahissante, surtout s’ils ont eu la mauvaise idée de l’introduire dans leur jardin au titre de plante ornementale : les oiseaux en sont friands et les graines se retrouvent un peu partout. D’autant que la douce-amère a plus d’un tour dans son sac pour assurer sa survie. Non contente de se faire aimer des oiseaux, elle est capable de se bouturer : « les racines de la douce-amère sont d’une vitalité extrême. Il suffit qu’il en reste un fragment dans le sol pour que la plante repousse après son arrachage. » Becker, 1984, p. 186

La Morelle douce-amère – Solanum dulcamara
Usages

(Voir la mise en garde ci-dessus)

Confiserie
Les tiges ont été mâchées comme des bâtons de réglisse sans dommages évidents si ce n’est, dit-on, des vertiges légers. Mâchonner des tiges de douce-amère est cependant fortement déconseillé.

Phytothérapie

Ces usages sont très anciens.

On utilise principalement la tige.
Cette tige, qu’il faut choisir pleine de moelle est, selon P. Lieutaghi, récoltée à l’automne et, selon cet auteur, il faut sélectionner les tiges de l’année. Le docteur Valnet, [Valnet (1983)] estime également qu’il faut les récolter en automne, « quand les feuilles ne sont plus en activité ». Il ne précise pas s’il faut choisir des tiges de l’année. Pour d’autres, il faut récolter celles qui ont au moins un an durant l’hiver avant l’apparition des feuilles. Ce qui d’une certaine façon revient au même : en hiver les feuilles ne sont plus en activité, et pour cause, il n’y en a plus. Mais du coup, se pose un problème pratique de repérage et d’identification de la plante, un problème tel que je me demande si ceux qui donnent cette indication ont essayé de récolter une plante quelconque. Par contre, sur le site hippocratus.com auquel renvoie l’article de Wikipédia consacré à la douce-amère, on indique qu’il faut les récolter en été ! J’ai plutôt tendance à faire confiance à Lieutaghi et Valnet. La question de l’âge d’une tige bonne à utiliser est liée à celle de la posologie : plus la tige est lignifiée, donc âgée, moins elle renferme de principes actifs, moins elle est toxique, mais son efficacité diminue d’autant. Ce sont ces tiges lignifiées que mâchonnaient les enfants de la campagne.

Lieutaghi explique comment conditionner la drogue.
Les tiges émondées sont tronçonnées en fragments de 5cm et fendues par le milieu. Séchées, elles ne doivent pas être conservées plus d’un an.

C’est un dépuratif renommé.

La douce-amère aurait aussi une action contraceptive chez la femme, associée à une action emménagogue en empêchant l’ovulation. Cette propriété, peu mentionnée, est confirmée aujourd’hui par l’analyse chimique des principes actifs de la plante : « Ces molécules [les glucoalcaloïdes] sont accompagnées d’une agglutinine et de saponosides stéroïdiques qui sont des hétérosides de tigogénol, diosgénol et yamogénol (structures chimiques anticonceptionnelles). » Girre, 2001, p.33

Les principales indications de la douce-amère chez les phytothérapeutes, ce sont les dermatoses.
  • En usage externe
le Docteur Valnet propose la décoction d’une poignée de tiges ou de baies dans un litre d’eau que l’on fera bouillir dix minutes.
Cette préparation sera utilisée en lotion sur dartres, herpès et en compresse sur les hémorroïdes non ulcérées, les dartres et l’eczéma (Valnet, 1983, p.246). Avec quelques variantes, on trouve cette préparation pour le même usage avec les mêmes indications chez de nombreux auteurs.
  • En usage interne
en décoction de tiges séchées, le Dr Valnet donne comme indication principales les dermatoses, les rhumatismes, la goutte. P. Lieutaghi (1978, tome 2, p.41) retient les usages de cette décoction pour traiter les dermatoses.
Les résultats sur les dermatoses telles que l’acné, l’eczéma, les dartres, l’herpès et le psoriasis semblent bien attestés. P. Lieutaghi cite Cazin (1850) et Leclerc (1976). Pourtant l’efficacité de ces traitements a été parfois mise en doute (cf. par exemple, Barbier (1837, p. 471). Aujourd’hui, la toxicité de la plante et les effets secondaires du traitement font que l’usage de la douce-amère en phytothérapie est restreint. Par contre elle est encore utilisée en homéopathie en association dans des pommades contre les dermatoses.

Quant à la préparation de la décoction, on notera de légères différences selon les auteurs.
Selon Lieutaghi(1978) les doses sont de 8 à 30 g de tiges sèches pour 1 litre d’eau, en commençant par 8 g et en augmentant progressivement jusqu’à 30 g et sans jamais dépasser 50 g. Pour Valnet (1983) on part de 10 gr pendant une semaine et l’on augmente ensuite progressivement jusqu’à 30 g. La différence entre ces deux auteurs est plus importante pour ce qui concerne la préparation de la décoction. Pour le premier, il faut laisser infuser les tiges dans un litre d’eau pendant quelques heures et réduire ensuite d’un tiers par ébullition. Il faut boire 3 tasses par jour de cette liqueur. Pour le second, la préparation est plus rapide. On fait bouillir pendant 2 minutes et on laisse infuser pendant 10 minutes et boire deux tasses par jour entre les repas. En fait, la posologie doit être adaptée dans chaque cas. C’est ce qu’avait déjà indiqué, un médecin du XVIIIème siècle, Joseph Barthélémy François Carrère.
Un peu d’histoire
La façon de conserver et conditionner la douce-amère, les indications thérapeutiques de l’usage interne de sa décoction, le mode de préparation et d’administration de cette décoction ont pour origine commune un ouvrage de Joseph Barthélemy François Carrère intitulé Traité des propriétés, usages et effets de la douce-amère ou solanum scandens dans le traitement de plusieurs maladies surtout des maladies dartreuses, à Paris : chez Cailleau, 1781. Dans ce traité, le docteur Carrère expose qu’il a expérimenté avec des douces-amères de diverses origines, que c’était celles qui provenaient de stations sèches des montagnes des provinces du sud du royaume qui étaient les plus efficaces. Il trouve que celles cultivées dans les jardins sont peu ou pas efficaces, comme si la culture leur faisait perdre tout pouvoir. L’auteur précise qu’il n’emploie que la tige de la douce-amère, coupée en morceaux d’un ou deux pouces, écrasée au marteau ou fendue en deux, voire en quatre si elle est très grosse. Il faut que la tige ne soit pas creuse mais garnie de moelle. En outre, la douce-amère choisie ne doit pas être fraiche mais ne doit pas être trop sèche non plus, « il faut la choisir, qui ait perdu sa trop grande humidité, &qui commence à être à peine sèche » Autant de précisions que l’on retrouve deux siècles plus tard dans l’ouvrage de Lieutaghi.
Selon le docteur Carrère, il faut la faire bouillir à l’eau très lentement et à petit feu « jusqu’à réduction de la liqueur de moitié » Il explique que sinon, « il résulterait deux inconvénients d’une ébullition précipitée ; la liqueur vanterait, & la partie la plus volatile de la Plante se dissiperoit avec l’écume ; la liqueur n’aurait point encore le tems de se charger des principes de la Plante » (p.105)
Connaissant la toxicité de la plante, le docteur Carrère s’est montré d’abord très prudent et n’a utilisé que des doses très faibles de tiges de douce-amère : 1/2 gros, soit environ 2 g. Puis il raconte que devant les résultats, il s’est enhardi peu à peu et a augmenté les doses dès le début du traitement. C’est lui, semble-t-il, qui a eu le premier l’idée d’augmenter progressivement la concentration de la décoction. Du moins il est le premier à avoir couché par écrit dans un traité savant ce protocole d’administration de la drogue.
Malgré cela, la potion devait rester dure à avaler. Aussi, pour les estomacs qui ne pouvaient supporter cette boisson, le docteur avait une solution de rechange : « je leur donne des pilules faites avec l’extrait de la même plante ; chacune de ces pilules est de quatre grains, & équivaut à un gros de tige » (p.105)
Dans cet ouvrage sont décrits avec beaucoup de précisions les effets secondaires indésirables qui se manifestent souvent en début de traitement pour disparaitre ensuite ; principalement des migraines, vertiges, étourdissements, diarrhées que rapportent également les ouvrages contemporains.
Il en est un cependant que ceux-ci passent pudiquement sous silence « ce remède, écrit J. B. F. Carrère parait chez les femmes porter directement vers les parties naturelles ; il y excite beaucoup de chaleur, quelquefois des démangeaisons : il provoque même l’appétit vénérien ; je l’ai vu produire quelquefois ce dernier effet avec violence. Cet accident n’arrive pas toujours, quoiqu’il soit assez fréquent. » (p. 118)
Certes, il semble bien que Joseph Barthélémy François Carrère fut le premier à présenter de façon détaillée le traitement des dermatoses, rhumatismes et de la goutte avec une décoction de tiges de douce-amère dans un traité de phytothérapie. Il revendique d’ailleurs cette priorité mais il est évident qu’il ne partait pas de rien. Il connaissait la toxicité de la plante, savait qu’il fallait l’utiliser avec prudence. Ce savoir, il le tenait sans doute de la tradition populaire, celle des guérisseuses mais aussi celle des sorcières. Une plante qui était à la fois aphrodisiaque et contraceptive ne pouvait qu’être une création du diable. En tout cas, la tradition veut qu’en sorcellerie on en ait fait grand usage.

Sorcellerie

En sorcellerie la douce-amère était dénommée « herbe d'amour », ce qui permet de supposer que les cueilleuses de plantes en connaissaient parfaitement les propriétés. Elles s’en servaient aussi pour soigner les maladies de peau. Les sorcières étaient bien souvent aussi des guérisseuses à des époques où cette médecine populaire était au moins aussi efficace et beaucoup moins dangereuse que la médecine officielle qui, notons-le, était pratiquée presque uniquement par des hommes. Michelet n’a-t-il pas dit de la sorcière qu’elle était « la prêtresse de la nature » et « l’unique médecin du peuple » ? Médications par les bonnes herbes et envoutements allaient de pair sans que, semble-t-il, il y ait une démarcation bien nette entre les deux.

  • Les feuilles de la plante placées dans l’oreiller étaient censées guérir un chagrin d’amour et aider à retrouver le sommeil.

  • Un rameau suspendu en collier préviendrait des insolations…. !!!

  • Pour envouter et lier à soi la personne aimée, il fallait penser très fort à la personne en cause tout en mettant une feuille de douce-amère dans la bouche. Il fallait ensuite appuyer cette feuille sur un bras. Si une tâche apparaissait, le sort avait fonctionné mais si c’était un pli, il avait fait long feu et il fallait recommencer.

  • La douce-amère aurait fait partie avec d’autres plantes de « l’onguent de vol » avec lequel on racontait que les sorcières s’enduisaient le corps les nuits de sabbat. Cette information qui a pour source essentielle les aveux extorqués à de pauvres femmes sous la torture est pour le moins sujette à caution comme l’est l’existence même de tels sabbats.





La Morelle douce-amère – Solanum dulcamara
Références :

Barbier (J.-B. G.) 1837, Traité élémentaire de matière médicale, 5° éd. revue et augmentée, Bruxelles

Becker (G.) 1984, Plantes toxiques, Gründ, Paris

Cazin (F. J.) 1868, Traité pratique el raisonné des Plantes médicinales indigènes, 3°éd. revue et augmentée, Paris

Carrère (J. B. F.) 1781, Traité des propriétés, usages et effets de la douce-amère ou solanum scandens dans le traitement de plusieurs maladies surtout des maladies dartreuses, chez Cailleau, Paris.

Coste (H.) 1937, Flore de la France, de la Corse et des contrées limitrophes, tome 1, tome 2, Librairie des sciences et des arts, Paris

Crocq (C.) 2007, Les oiseaux et les baies sauvages, Belin, Paris

Delmas (A. M.) et Delaveau (P.) 1978, Guide des plantes dangereuses, Maloine, Paris

Girre (L.) 2001, Guide des baies toxiques, Delachaux et Niestlé, Lausanne

Leclerc (H.) 1976, Précis de phytothérapie, 5° éd, Masson, Paris

Lieutaghi (P.) 1978, Le livre des bonnes herbes, tome 2, Les nouvelles éditions marabout, Verviers

Valnet (J.) 1983, Phytothérapie, Masson, «le livre de poche», Paris

Iconographie : J.F. Dumas, Wikipédia, Flore de l'abbé H. Coste

La Morelle douce-amère – Solanum dulcamara

Dimanche 25 Septembre 2011 Commentaires (3)
Profil
Jean-François Dumas
Jean-François Dumas
Dernières notes
Macron et le slime 04/06/2017
Recherche
Galerie
Tilleul Boulevard de la République
Square Pompidou
Cerisier Rue des Ormeaux
Boîte aux lettres, chemin de Pont haut, Colmars-les-Alpes (04)
Sans titre, chemin de Pont haut, Colmars -les-Alpes
Meurtrière, Colmars-les-Alpes