En 2002 déjà, le torchon brûlait entre Verts et PS à cause du nucléaire. Jospin affirmait devant la presse qu’il « n’était pas pour que la France renonce au nucléaire », une « petite phrase » qui avait été vécue comme une provocation par les Verts. Noël Mamère, le candidat Vert de l’époque, y voyait une déclaration de guerre, un geste typiquement politicien adressé aux chevènementistes et aux communistes, farouches partisans de toujours du nucléaire…


La polémique fut un temps apaisée, Jospin ayant rappelé qu’il ne s’était jamais engagé à abandonner le nucléaire, les Verts ayant souligné que la sortie qu’ils voulaient n’était pas pour le lendemain. La porte-parole des Verts de l’époque, Maryse Arditi déclarait : « On pensait que Jospin, plutôt pro-nucléaire, se tairait sur la question pour ménager tout le monde. (…) Dans les négociations, on avait mis des mesures qui balisaient un chemin vers la sortie du nucléaire : gros efforts sur les économies d’énergie, report des crédits de recherche du nucléaire vers les énergies renouvelables, arrêt des centrales les plus vieilles, etc. Ces mesures sont autant d’étapes, irréversibles pour sortir, à terme du nucléaire » La direction des Verts prenait-elle Jospin pour un benêt ou cherchait-elle à faire avaler au mouvement un futur accord de gouvernement avec quelques circonscriptions offertes en prime ?
La question du nucléaire devait revenir rapidement au premier plan. Les nucléocrates du PS n’étaient pas restés l’arme au pied. Il ne faut pas oublier l’influence de l’inénarrable Allègre sur son ami Jospin. Christian Pierret, autre pro-nucléaire de choc affirmait « qu’une décision rapide dev(ait) intervenir en ce qui concerne la construction d’une installation pilote afin de relancer le « réacteur du futur » qui n’était autre que l’EPR, la pomme de discorde aujourd’hui. Tête de série d’une nouvelle lignée de réacteurs, on partait pour un siècle !
Maryse Arditi mettait en garde le candidat PS : « Le candidat socialiste se dessert lui-même avec cette polémique. Non pas tant vis-à-vis du parti lui-même, mais surtout vis-à-vis de l’électorat vert, très volatile : s’il campe sur ces positions pro-nucléaires, les gens qui auront voté Mamère ne le suivront pas » Avec un deuxième tour qui à l’époque s’annonçait des plus serrés, nul doute que Jospin aurait dû faire des grosses concessions aux écologistes. Pro-nucléaire avec un programme où il n’y avait de socialiste que le sigle, Jospin n’a su convaincre ni la gauche, ni les écologistes. Le deuxième tour s’est joué entre Le Pen et Chirac.
Aujourd’hui, si comme en 2002, la question du nucléaire peut faire achopper une nouvelle fois un accord entre les écologistes et le PS, la situation est un peu différente.

C’est la candidate écologiste qui a ouvert les hostilités alors qu’en 2002 c’était Jospin qui avait tiré le premier. Elle sentait et savait que l’appareil d’EE-LV risquait de préférer ses intérêts propres (un accord électoral avec la promesse d’un nombre conséquent de députés) aux grandes causes qui sont censées constituer la raison d’être d’un parti écologiste digne de ce nom. Lorsque Cécile Dufflot déclarait qu’il n’y aurait pas d’accord avec le PS « sans ouverture de l'horizon d'une sortie du nucléaire », le sens de cette sibylline formule avait de quoi inquiéter : l’horizon recule toujours quand on croit l’atteindre. En interne, circulaient des textes qui expliquaient que l’obtention d’un groupe à l’assemblée était le plus important et que les autres exigences devaient lui être subordonnées.
Les ultimatums d’Eva Joly sont peut-être des « ultimatums à deux balles » pour des négociateurs PS méprisants, il n’en reste pas moins que, grâce à Eva Joly, Hollande a dû sortir de l’ambiguïté commode où il s’était réfugié. La question du nucléaire civil s’est invitée à la table des négociations à grand bruit et sous l’œil des médias. Comme la Corrèze n’est pas l’endroit d’où l’on peut le mieux juger des effets d’une catastrophe nucléaire, Hollande est resté « droit dans ses bottes », ringard et têtu, à l’écoute des nucléocrates inconscients, comme son prédécesseur en 2002. Les négociations sont en panne. Mais pas plus qu’en 2002, les écologistes ne pourront manger leur chapeau. En 2002, ils ne le pouvaient pas à cause des décisions de l'assemblée générale. Celle-ci réunie à Nantes avait adoptée à une écrasante majorité une motion qui déclarait que les divergences programmatiques entre le PS et les Verts ne permettaient pas la conclusion d’un « accord législatif avec participation gouvernementale » En 2011, ce sera très difficile, même si ce n’est plus une AG qui statuera mais un Conseil fédéral. Eva Joly et son équipe veilleront et les média seront à l’affût. Une fois de plus, les négociations risquent d’échouer.

Qu’un accord programmatique avec participation gouvernementale ne puisse être conclu avant le premier tour, n’est pas nécessairement un mal.

Que vaudrait un groupe parlementaire, une participation dans un gouvernement si ne se créait pas un rapport de force et si députés et ministres écolos n’avaient leurs sièges et leurs maroquins qu’en étant passés sous les fourches caudines du PS ? Presque rien. L’expérience malheureuse de l’union de la gauche plurielle de 1997 à 2002 sous la houlette d’un premier ministre peut-être socialiste mais pas du tout écologiste le montre avec évidence. Le PS ne sera pas assez généreux ou assez fou pour permettre aux écologistes d’avoir une minorité de blocage à l’assemblée.
L’absence d’accord avant le premier tour parce que la rupture s’est produite sur des questions aussi essentielles que le nucléaire, les questions d’infrastructures de transport et d’aménagement du territoire ouvre un espace politique à la candidate écologiste. Elle donne aux électeurs des raisons de voter pour elle et non pour un Hollande qui campe sur des positions aussi peu écolos. Il ne faut pas oublier que les sondages n’ont pas de valeur prédictive. Qu’au mieux, ils reflètent un état de l’opinion à un moment donné. Il n’est donc pas dit que les conditions de négociation au second tour seront aussi défavorables que le chantent les journaux qui voudraient bien voir les écologistes abandonner leur position intransigeante sur le nucléaire.
Aujourd’hui, Hollande shooté aux sondages voit la vie en rose et peut croire qu’avec ses 60 % et plus, il pourra se passer des écolos. Le réveil risque d’être rude. Sarkozy a déjà repris 8 points. Les hésitations de Hollande face à la crise de l’euro peuvent lui couter encore quelques points et rogner sa crédibilité. Ainsi que le demande Eva Joly : « Comment peut-on prétendre être crédible économiquement quand on présente un budget avec une croissance de 2,5%, dans (un) contexte (...) où chacun sait que la croissance n'est pas au rendez-vous, ce qui veut dire en réalité qu'il présente un budget avec un déficit qui ne se dit pas important ? » Le budget qu’elle a présenté est bien plus réaliste. Le deuxième tour risque bien d’être plus serré que le PS le croit aujourd’hui. Et le rapport de force en faveur des écologistes bien meilleur. La mise en garde de Maryse Arditi de 2002 peut très bien être d’actualité en 2012, au soir du premier tour. La transfuge Aurèlie Filippetti pourrait très bien se tromper totalement lorsqu’elle affirme « les temps ont changé,[les Verts]ne sont plus en position d'exiger quoi que ce soit » Au soir du premier tour, ils seront peut-être en position d’exiger beaucoup, d’autant qu’autre différence de taille, aujourd’hui le FN n’est pas une menace.

Jeudi 10 Novembre 2011 Commentaires (1)
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