Greta Thunberg devant le parlement suédois
Greta Thunberg devant le parlement suédois
Après avoir fait le buzz en Pologne lors de la COP 24, Greta Thunberg, l’écolière climato-catastrophiste de 15 ans réédite à Davos en fustigeant et culpabilisant les « adultes » qui n’agissent pas « pour le climat » alors qu’il y a urgence. Décidément, elle n’a rien d’autre à faire que de parcourir le monde pour réciter la bonne parole du GIEC (qui paye ?) et faire l’école buissonnière tous les vendredis devant le parlement suédois avec la bénédiction de ses parents. Elle est adulée des ONG. Son sermon tient le devant de la scène alors que la parole de chercheurs confirmés comme Richard Lindzen ou François Gervais n’est guère écoutée et retient peu l’attention des médias. Pourtant eux savent de quoi ils parlent mais comme ils sont climato-réalistes, ils ne vont pas dans le sens des prophéties du GIEC et la doxa dominante. Pourtant les écouter permettrait de prendre un peu de recul devant l’alarmisme climatique pour raisonner sainement. Vus les enjeux écologiques, économiques et sociaux, cela serait bien nécessaire.
 
Et que penser de ces marches pour le climat auxquelles participent des Gilets Jaunes qui se sont pourtant insurgés contre la taxe carbone, une mesure prônée par les gourous du réchauffisme catastrophique censée renchérir l’énergie pour inciter à des conduites et des choix « vertueux » alors que pour la plupart des gens, aujourd’hui, il n’y a pas de choix véritable?
 
On baigne dans l’incohérence, dans un irrationnel auréolé de scientisme.

Si les médias main stream se pâment devant une gamine récitant son catéchisme, si les processions pour « sauver le climat » recueillent un certain succès, c’est que la « lutte contre le réchauffement climatique », réchauffement climatique supposé déchaîner sur la planète les flammes de l’enfer, est devenue une religion vis-à-vis de laquelle il ne fait pas bon douter ou plaisanter. 

 

C’est ce que voulaient certaines des ONG environnementalistes climato-catastrophistes. Il faut reconnaître qu’elles ont réussi : l’opinion publique ou du moins une partie de celle-ci s’est approprié la question climatique comme d’un « sentiment religieux », expression reprise à Stéphane Foucart.

 
Ce journaliste, prophète du malheur climatique a écrit un texte étonnant sous sa plume de  pourfendeur des climato-réalistes et autres climato-sceptiques. Etonnant lorsque l’on connait ses positions, mais très juste par ailleurs : le réchauffement climatique est pour l’opinion une sorte de démiurge qui exige des sacrifices expiatoires pour s’apaiser. C’est évidemment complétement irrationnel, absurde mais pour Foucart « utile politiquement ». En d’autres termes, plutôt que développer leur aptitude à comprendre les thèses sur l’évolution du climat, les preuves sur lesquelles elles reposent, les controverses entre chercheurs, les organisations environnementalistes et écologistes en pointe dans la « lutte pour le climat » ont choisi d’abrutir les gens pour leur faire avaler la doxa officielle. Et Foucart approuve. Evidemment ça marche quand sont à la manœuvre  les deux gourous hélicologistes Hulot et Artus-Bertrand avec de plus quelques peoples célèbres qui n’y connaissent rien mais ont été frappés par la révélation GIEC.
 
Pour bien mesurer le cynisme et la duplicité de tous ces propagandistes de la nouvelle religion, il faut lire l’extrait tiré de l’ouvrage Stéphane Foucart  L’avenir du climat que je rapporte ci-dessous. Ils savent très bien que rendre le réchauffement climatique d’origine anthropique responsable de tout aléa climatique n’est au mieux pas justifié, au pire carrément faux. Ils le savent mais se gardent bien de le dire, ou de le dire nettement. Laisser croire à ces calembredaines est nécessaire pour que les gens acceptent les sacrifices que l’on veut leur imposer et les atteintes à la nature que l’on veut perpétrer pour une transition énergétique qui a pour but  de ne rien changer afin que le capitalisme mondialisé revêtu de ses nouveaux habits verts continue de dominer et d’exploiter les gens et d’harasser la Nature pour le plus grand profit de quelques-uns.
 
 
Voici le texte tiré de l’ouvrage de Stéphane Foucard : L’avenir du climat : enquête sur les climato-sceptiques, Folio actuel, 2015, 432 pages.

« Certaines organisations environnementalistes semblent espérer que l’opinion va s’approprier la question climatique comme elle pourrait le faire d’un sentiment religieux. Dans ce schéma, le réchauffement devient une manière de démiurge à qui tous les dérèglements météorologiques peuvent être attribués. Qu’il fasse trop chaud, et c’est le réchauffement. Qu’il fasse trop froid et ce peut être encore le réchauffement. Partout sur le globe, il suffit de promener sa loupe pour obtenir des explications à toute forme de calamité – la principale vertu de la religion étant précisément d’en fournir, surtout quand c’est impossible. La taxe sur les émissions de carbone, le renoncement à la société de consommation et au mode de vie occidental deviennent alors des sacrifices expiatoires faits à la divinité.
(…) Qui n’a pas pensé, même fugacement, que ces jeunes militants pleins de ferveur pouvaient s’apparenter aux pèlerins d’une nouvelle religion naturaliste vouée, c’est selon à la planète ou au climat. Etrange spectacle – et, il est vrai, peut-être politiquement utile – que ces cohortes de jeunes extraordinairement motivés, piétinant dans un froid polaire pour demander à ce que l’on sauve le climat. » (Les italiques sont de l’auteur).

 
 
Quelques propos de la jeune héroïne du climat :
 
« Certaines personnes disent que nous devrions étudier pour devenir chercheurs sur le climat, afin de pouvoir résoudre la crise climatique. On a les outils pour la résoudre. (…) Pourquoi devrions-nous étudier pour un futur qui n’existera bientôt plus, alors que personne ne fait rien pour le sauver ? »  https://www.lemonde.fr/climat/visuel/2018/12/13/en-suede-greta-thunberg-en-greve-scolaire-pour-le-climat_5396984_1652612.html

Inutile d’étudier plus, elle en sait assez ...

□ Au fait quelles sont ses sources ?

« Je lis des livres et des articles, j’écoute les scientifiques comme le Britannique Kevin Anderson, par exemple. » https://www.letemps.ch/suisse/greta-thunberg-adultes-se-sentent-coupables-un-enfant-dit-quils-volent-futur

Un peu vague et léger mais il est certain que dans le genre prophète du malheur, il n’y a guère mieux que Kevin Anderson !
 
Le réchauffement climatique, nouvel opium du peuple ?

Dimanche 27 Janvier 2019 Commentaires (0)

Il est difficilement acceptable qu’une protection réglementaire dont bénéficient un espace vert et les arbres qui y résident puisse être annulée très facilement, ce qui rend cette protection excessivement fragile et dépendante des changements de majorité, des alliances, des marchandages dans les conseils municipaux ou autres assemblées territoriales. Le classement en EBC par exemple est certes nécessaire mais ne saurait être suffisant.


A Fontenay-aux-Roses, le cas de la Place de Gaulle  avec ses marronniers, les uns abattus et les autres en passe de l’être en fournit, hélas, une preuve éclatante. Il aura suffi que dans le nouveau PLU, Messieurs Vastel (maire) et Faye (adjoint à l’urbanisme) déclassent cet espace pour que ces arbres soient détruits sans autre forme de procès et sans recours possible devant les tribunaux pour que soient plaidées leur cause et la cause de cette place, véritable cœur de la ville, de son individualité singulière.

Il en va des marronniers de la place de Gaulle comme d’autres êtres naturels irrémédiablement détruits et de la Nature elle-même qui n’a jamais été aussi malmenée malgré un arsenal juridique impressionnant censé les protéger.

La faiblesse  et l’inefficacité de ces protections viennent du fait que ces êtres ne sont protégés juridiquement qu'en tant qu’OBJETS et non en tant que SUJETS pouvant se défendre devant les tribunaux, par l’intermédiaire d’un porte-parole, bien entendu.

Que cela puisse être le cas, et que cela soit efficace, c’est qu’argumentait Christopher Stone, un professeur de droit californien en 1972 dans un article intitulé « Les arbres doivent-ils pouvoir plaider ? » (récemment traduit en français avec une préface de Catherine Larrère aux éditions Le Passager Clandestin).

En la circonstance, les arbres en cause étaient des Séquoias de la Mineral Valley, une vallée alpine sauvage et reculée dans laquelle la société Walt Disney voulait construire une gigantesque station de ski. (Hé, oui ! vous avez bien lu : la société Walt Disney, Mickey ou plutôt Picsou…)

L’affaire est  remontée jusqu’à la Cour Suprême fédérale devant laquelle les défenseurs de la vallée (le Sierra Club) ont perdu au motif que n’étant pas personnellement lésés, ils n’avaient pas intérêt à agir (3 voix contre 4). L’un des juges William Douglas qui a voté en faveur du Sierra Club a repris dans son argumentaire la proposition de Stone de conférer une personnalité juridique aux êtres naturels et qu’ils puissent  être représentés devant les tribunaux comme c’est le cas (aux USA) pour certains êtres inanimés.

S’agissant de leurs porte-paroles, le juge Douglas considérait que ce devaient être ceux qui ont une relation intime avec la chose inanimée qui va être blessée, polluée ou dégradée. Mutatis mutandis, dans le cas de la place de Gaulle et les marronniers,  ce seraient les Fontenaisiens qui aiment ce mail et ses marronniers constitués ou non en association qui seraient ces porte-paroles.

 Après avoir été très mal accueillie,  la proposition du professeur Stone, reprise par le juge Douglas a fait son chemin mais dans d’autres pays que la France, par exemple en Nouvelle Zélande qui a accordé le statut de personne juridique à un fleuve situé sur le territoire d’une communauté Maori qui en est son représentant légal. En France malheureusement accorder des droits à de telles entités se heurte à la division fondamentale du droit qui sépare celui des personnes d’avec celui des choses, tandis que les humanistes exclusifs qui règnent dans les comités divers et variés considèrent cette attribution comme contraire à la tradition qu’ils défendent et à la dignité humaine telle qu’ils la conçoivent.

Bref, ce n’est pas demain que les marronniers et la Place de l’église seront dotés d’une personnalité juridique et pourvus d’un représentant légal. Ils seraient ainsi soustraits aux bons ou mauvais vouloirs des politiques, aux aléas des changements de majorité dans les assemblées qui ont le pouvoir de définir les documents d’urbanisme et l’affectation des sols ; ils pourraient  faire valoir leur point de vue et faire respecter leurs droits.

Et d’ailleurs, demain, il est fort possible qu’ils aient disparu. Il y aura sans doute toujours une place dénommée  Place de Gaulle, mais ce ne sera en fait qu’un homonyme. C’est une autre qui sera là, à la même place.

Si l’on envisage la question sous un angle plus global dans ce pays, il est fort probable que les rivières, des forêts, les landes, les zones humides, les prairies d’altitude, leurs habitants permanents, la faune et la flore seront encore et toujours malmenés puisque peu de gens, y compris parmi les écologistes, sont prêts à reconnaître leurs droits. La plupart sont plutôt enclins à vous rire au nez lorsque vous abordez la question.
 
Note : L’histoire s’est bien terminée pour la Mineral Valley. La société Walt Disney a abandonné le projet. Je ne suis pas certain qu’il en ira de même pour ce qui reste de la Place de Gaulle…
 

Mardi 22 Janvier 2019 Commentaires (0)

Le gouvernement a profité de l’été pour voter en douce une mesure scandaleuse qui donne carte blanche aux industriels de l’éolien pour défigurer nos côtes. Il faut réagir !


Non à la mainmise des industriels de l'éolien sur le littoral français !

Cette mesure – il s’agit de l’article 58 de la fameuse loi « Confiance » que je vous détaillerai dans quelques instants – est le résultat d’un intense lobbying des grandes entreprises du secteur éolien…

Elle a été votée en toute discrétion le 10 août dernier. Sans faire la une des journaux, sans déchaîner vents et marrées… Tout était parfaitement orchestré pour ne surtout pas éveiller la colère et l’indignation des Français
Pourquoi ?

Tout simplement parce que, désormais, avec cet article de loi voté sournoisement, les citoyens n’ont plus aucun moyen de s’opposer aux futurs projets éoliens près de leur littoral !
Ce n’est pas une plaisanterie : les habitants d’une région côtière ne disposent à présent – et sans le savoir – de plus aucun recours pour empêcher l’implantation de ces mâts gigantesques qui défigurent nos littoraux, affaiblissent l’activité des pêcheurs et massacrent la biodiversité…
Dénonçons ce scandale en signant la pétition « NON AUX PARCS ÉOLIENS TROP PROCHES DES CÔTES » !

Si personne ne s’insurge contre cette mesure aberrante, voici les nouvelles modalités qui s’appliqueront désormais pour tout nouveau projet d’éoliennes en mer :

1ère étape : la fausse consultation

Lorsque la construction d’un champ éolien en mer est envisagée, un débat public est organisé par la Commission nationale du débat public.
Si vous pensez que ce débat donnera la parole aux citoyens, qu’ils pourront décider du nombre d’éoliennes ou même tout simplement choisir de s’opposer à ce projet… Détrompez-vous ! Les citoyens seront uniquement consultés « sur le choix de la localisation de la ou des zones potentielles d’implantations des installations envisagées » (nouvel article L. 121-8-1, du code de l’environnement créé par la loi).
Autrement dit, on fait semblant de débattre, on fait semblant de laisser voix au chapitre aux Français sur des sujets qui auront un impact colossal sur leur quotidien… mais la décision est déjà prise d’avance : l’implantation d’éoliennes en mer se fera coûte que coûte dès qu’un projet sera lancé… C’est honteux !

2ème étape : on simplifie la vie aux industriels

Désormais, c’est l’Etat qui prendra à sa charge toutes les études d’impacts préalables sur l’environnement… Ces études qui étaient jusqu’ici aux frais des industriels, seront à présent financées par les impôts des Français ! Inadmissible…

3ème étape : désigner le vainqueur et lui offrir nos océans

Une fois l’appel d’offres lancé et le lauréat désigné, l’Etat remet TOUTES les autorisations environnementales et d’occupation du domaine maritime à l’entreprise : c’est ce qu’on appelle le « permis enveloppe ».
Mais le pire dans tout ça, c’est que lorsque l’industrie détient ce permis enveloppe, elle a toutes les libertés !!! Elle peut à tout moment choisir de modifier son projet, par exemple décider d’ajouter plus d’éoliennes, modifier le lieu d’implantation ou encore la dimension des mâts…

C’est inacceptable !!!

Ce qui, jusqu’ici, permettait aux citoyens de pouvoir s’opposer et de faire annuler des projets délirants de parcs éoliens en mer, c’était justement parce que les industriels ne disposaient pas de toutes ces autorisations difficiles à avoir…

Par cette nouvelle mesure, le gouvernement a donc balayé d’un revers de main tous les garde-fous, tous les moyens de recours dont disposaient les Français qui refusaient de voir s’implanter des dizaines d’éoliennes au large des littoraux…
Un cadeau colossal pour les industriels…
… et un déni total du droit des citoyens de saisir la justice pour défendre leur cadre de vie ou leur environnement !


Pour s’opposer à cette mesure scandaleuse, il n’y a pas 36 solutions : seule une mobilisation citoyenne de plusieurs dizaines de milliers de personnes pourra exiger le retour des anciennes procédures.

Il est inacceptable de laisser nos océans entre les mains d’industriels qui ne pensent qu’à faire fructifier leur business et qui foutent totalement de la biodiversité ou du climat …

Si les citoyens indignés par cette trahison honteuse des autorités publiques, qui donnent carte blanche aux industriels au détriment des riverains, des pêcheurs et des défenseurs du littoral et de la biodiversité marine – ne se font pas entendre maintenant, la voie sera libre pour les grandes firmes de l’éolien pour en demander toujours plus…

Rien ne les empêchera d’aller implanter des éoliennes jusqu’au Mont Saint Michel, ou d’exiger les mêmes passe-droits pour l’éolien terrestre…

De nouveaux projets sont déjà prévus à Fécamp, Saint-Brieuc, Courseulles-sur-mer, Noirmoutier, Ile d’Yeu, Ile d’Oléron…

Ces villes seront bientôt saccagées par des parcs éoliens marins à dix kilomètres seulement des côtes qui ne cessent de se multiplier, au mépris des paysages, des citoyens et du bon sens le plus élémentaire.

Savez-vous que l’Etat prévoit 2500 éoliennes le long de nos côtes d’ici 13 ans ?

Imaginez le littoral français ceinturés de parcs de 60 à 80 aérogénérateurs avec des mâts de plus de 200 mètres de haut. C’est un massacre !
Nous sommes tous concernés.

Oui, pas seulement les habitants ou les estivants de ces côtes, ni même les amoureux du merveilleux patrimoine paysager français.
Oui, nous sommes tous concernés car nous allons tous payer pour ce projet fou : pour installer 3 parcs éoliens trop proches des côtes (10 km) vous et moi et tous les contribuables allons payer 1 milliard d’euros par an de subvention, pour un prix de l’électricité à 226 euros le mégawatt-heure.

Par comparaison les Allemands font des parcs éoliens non visibles des côtes, à plus de 50 km en mer, sans subvention publique. Le prix de l’électricité y ressort inférieur à 50 euros le mégawatt-heure.
Stupéfiant, non ?
Il faut arrêter ce massacre avant qu’il soit trop tard.
Signez et faites signer la pétition !

cliquez ici pour aller sur le site de la pétition.

(Source de ce texte : Étienne/CITIZACTION)
 

Dimanche 14 Octobre 2018 Commentaires (0)

Faire pièce aux contre-vérités véganes sur l'élevage en général et l'élevage laitier en particulier est une nécessité au moment où ce lobby végan tente d'imposer des menus végétaliens dans la restauration collective, notamment scolaire.

C'est dans ce but que je diffuse ici la vidéo réalisée par un éleveur qui met en évidence les falsifications et les mensonges des vidéos de propagande végane sur l'élevage laitier.


Pour avoir une vision exacte de ce qu'est l'élevage français, du travail de l'éleveur,  et pour comprendre comment est produit le lait que nous buvons, je vous conseille vivement de vous abonner à sa chaîne https://www.youtube.com/watch?v=gmVLEz9iRAs&feature=youtu.beu

Il serait souhaitable que des végans de bonne foi visionnent aussi ces vidéos pour à tout le moins se faire une idée correcte de ce qu'ils condamnent par ailleurs.

Rappel : un menu végétalien est un menu qui ne comporte aucun produit d'origine animale (ni œufs, ni lait, produit laitier comme yaourts, beurre, etc. ) tandis qu'un menu végétarien est simplement sans viande.
 


Dimanche 2 Septembre 2018 Commentaires (1)

Extraits de Facebook, à diffuser sans modération


« Les Yeux Dans Les Herbes a partagé la publication de Les Capri'ces des Cévennes.
 
« Voici un petit message de ma soeur qui vient de commencer une petite ferme laitière en bio produisant du pélardon, bientôt des glaces et de la crème de châtaigne...
 
« Ils ont des chèvres assez courantes et une race en conservation (plus rare et bcp moins productive (chèvre du massif central) mais qui produit du lait de qualité. Ils font du pastoralisme (élevage en paturage naturel) dans les hauteurs des cévennes.
« C'est un énorme travail mais comme beaucoup de petits agriculteurs on trouve que c'est un beau métier et on l'aime avec le souci de s'améliorer et d'améliorer notre capacité de résilience.
 
« Le gouvernement annonce qu'il souhaite une agriculture plus respectueuse et une meilleure qualité alimentaire. Pourtant ils sont sur le point de retirer les aides aux zones de montagne réputées trop pauvres pour nourrir un troupeau. Pourtant des chèvres ça ne mange pas que de l'herbe et bien au contraire elles se nourrissent de callune, de chataignier, de chene vert, de ronce, de genêt... Toutes ces plantes qui poussent à l'état naturel dans le terroir des Cévennes et qui leur donne une énergie et une qualité de lait bien meilleures. Et c'est dans les tuyaux de retirer les aides aux petits agriculteurs et la réponse se fera à la fin du mois de mars... Tout bientôt... La plupart des aides bénéficient déjà aux gros agriculteurs qui souvent les prennent sans avoir aucune responsabilité à tenir sur tous les dommages collatéraux qu'ils peuvent produire. Les abeilles payent déjà un lourd tribut et nous, autres êtres vivants, nous sommes aussi dans ce contexte, les proies souvent indirectement consentantes de ce système agricole majoritaire ultra subventionné.

Les Capri'ces des Cévennes
 
Petit message à faire circuler, s'il vous plaît.
Profitant d'une période très intense pour les éleveurs (mises bas des animaux, début de production), le gouvernement envisage purement et simplement de tuer les petits élevages de zone de montagne. En tout cas, pour notre part, si cette "mesure" passe, notre projet est tué à peine né.
 
 
En effet, comme vous le savez certainement, notre élevage comme beaucoup d'autres est malheureusement aujourd'hui dépendant d'aides Européennes. Or il est question de supprimer de la PAC (politique agricole commune) les aides pour les surfaces enherbées à moins de 50%. C'est à dire, pour des fermes comme la nôtre, supprimer 100% des aides. C'est bien connu, nos chèvres ne se nourrissent pas sur nos sols, car nos terres, c'est de la merde. Le chêne vert, le châtaigner, la callune, le genêt, les chèvres n'aiment pas ça d'ailleurs ! Elles préfèrent l'herbe déposée sur un tapis dans une chèvrerie, et l'éclairage artificiel !!! Je rajouterais que pour faire des économies, ils sont prêts à détruire la seule activité qui maintient les milieux ouverts dans le sud, luttant ainsi entre autres contre les incendies, tout en participant à l'économie et à la vie locale et surtout rurale, au tourisme, à l'autonomie alimentaire française (de qualité et dans le respect de l'homme et de l'animal) et à la préservation de mosaïques de milieux essentielles à la biodiversité.
 
A peine installés, ou plutôt en cours d'installation, nous utilisons la totalité de notre temps (soit de 7h à 23h, en mangeant sur le pouce) et de notre énergie pour prendre soin de nos bêtes et mettre en place notre ferme, mais nous sommes déjà fatigués de payer toujours plus, tout en refaisant le travail de chaque organisme que l'on doit payer derrière (msa, chambre d'agriculture, ...), tout en se faisant traiter comme des moins que rien (impôts, banques, ...), tout en revoyant nos légitimes soutiens financiers (oui, nous travaillons dur pour le bien commun, et nous respectons, NOUS, les engagements que nous contractualisons avec l'Europe et l'Etat) être remis en question tous les quatre matins. Mais c'est comme ça et malgré tout bien sûr nous sommes déterminés. Sauf que. Sauf que sans argent, sans ces aides qui nous permettent de payer toutes les charges toujours plus lourdes (alimentation des chèvres autre que parcours, électricité, taxes diverses, assurances, essence, fournitures pour la transfo et la commercialisation, etc.), et le laboratoire de transformation a 80 000€ de normes par exemple, et bien, on ne va pas pouvoir continuer longtemps ! Notre ferme peut être viable pour une personne sans les aides, nous avons veillé pour. Le souci étant que la masse de travail est tellement énorme qu'on ne pourrait pas se permettre que l'un de nous deux travaille à côté pour subsister, comme certains le font. Notre système en élevage ET transformation fromagère ET pastoralisme ET vente directe ne nous permet pas ce "luxe". Pour autant, nous ne le changerions pour rien au monde, car nous pensons que c'est le plus éthique sur les plans humain (sauf peut-être pour nous-même ?) et animal. Etre rémunérés justement sans aides, ça serait l'objectif bien évidemment. En attendant, nous avons besoin de ces aides, comme énormément de petits éleveurs, et nous avons besoin de portevoix pour nous faire entendre.
 
L'échéance est fixée au 31 mars 2018. Emballez c'est pesé.
 
 
Reconnaissance des surfaces pastorales par la PAC : Le ministère prêt à lâcher les éleveurs !En Ariège, au moins 1 ferme sur 4 serait impactée, soit un peu plus de 8.000 hectares !
https://www.azinat.com/2018/03/reconnaissance-des-surfaces-pastorales-par-la-pac-le-ministere-pret-a-lacher-les-eleveurs/
 
Alors qu’à longueur de discours Macronien, il nous est rappelé la nécessité d’opérer une « révolution agricole », « une montée en gamme » de nos produits, nous avions compris, nous, éleveurs pastoraux des zones difficiles, dites à handicaps naturels, que nous étions désormais en pointe pour porter haut les couleurs des produits vertueux. Production peu consommatrice d’intrants chimiques, lien fort au territoire, entretien de milieux ouverts, maintien d’emplois et de vie dans nos vallées….
 
Coutumier du fait, le gouvernement nous a rapidement consultés, sollicités pour faire des propositions argumentées ; pour finalement, dans la précipitation, nous mettre devant le fait accompli ! Il n’y a pas de marges de manœuvre possibles et les échéances sont imminentes, fixées au 31 mars !
 
Pour la Confédération paysanne, il est incompréhensible et intolérable, de surcroît au regard des ambitions portées par le Président de la République, d’abandonner ces paysannes et paysans.
 
Aussi, las, les paysans de la Confédération paysanne, ne participeront plus à ces mascarades de discussions au ministère.
 
Nous sommes aujourd’hui vendredi 9 mars à l’Hôtel de Région à Toulouse au CRAEC pour porter la voix des éleveurs pastoraux qui se sentent totalement abandonnés par les propositions du ministère de l’agriculture. C’est l’État que nous interpellons concernant la reconnaissance des surfaces pastorales.
 
De même, lundi 12 mars, lors de la session chambre à Foix, nos élus proposeront au vote une motion enjoignant l’État de profiter de la possibilité offerte par le règlement Omnibus (modifications de certaines dispositions à mi-parcours d’un programme européen, dont la PAC), avant le 31 mars pour faire enfin reconnaître définitivement les surfaces pastorales comme étant des surfaces productives.
 
Et nous n’hésiterons pas à poursuivre ces mobilisations jusqu’à Paris dans le courant de la semaine prochaine.

Ne pas reconnaître ces surfaces pastorales aujourd’hui, c’est accepter moins de paysans demain et plus de friches partout !
 (Communiqué de la Confédération Paysanne)

 
 

Dimanche 25 Mars 2018 Commentaires (4)

Résumé : les espèces actuelles pourront-elles faire face au changement (réchauffement) climatique ? Certaines, peut-être. Elles se sont déjà adaptées au réchauffement en cours. Mais s’il s’aggrave ? D’autres semblent avoir plus de difficultés. Mais elles n’ont peut-être pas dit leur dernier mot. Peut-être cela se jouera-t-il au niveau non plus de l’espèce mais des populations d’une même espèce, peut-être même au niveau des individus. De nombreux facteurs peuvent interagir. Les premières réponses apportées à cette question étaient fort propices à une prophétie du malheur et pour le grand public, l’ours blanc menacé par la fonte de la banquise était devenu – il l’est encore – le symbole des ravages que causerait le réchauffement climatique sur les espèces animales. Le changement climatique en cours était considéré comme une menace de plus, peut-être la plus grave, qui pesait sur la biodiversité, les espèces ne pouvant faire face à un réchauffement trop rapide pour qu’elles s’adaptent. Un tableau bien noir, bien trop noir ? Devant un état des lieux mitigé et des connaissances peu sûres et lacunaires, les cassandres réchauffistes s’ingénient à gommer toute incertitude et à ne considérer que le mauvais dans ce qui pourrait advenir pour la biodiversité avec un réchauffement climatique qui perdurerait, ce dont on peut aussi douter. Des chercheurs se prêtent à leur jeu lors qu’ils adressent au « grand public ». Pourquoi donc chercher à faire peur à l’opinion publique ? Certes l’érosion rapide de la biodiversité est hélas, un constat solidement établi mais les changements climatiques n’en sont pas la cause principale.


Changement climatique et survie des espèces
Étant donnée l'actualité et les effets de manches de Hulot à l'Assemblée nationale, il m'a semblé utile de remettre en avant cet article écrit en 2014 et qui n'a pas pris une ride depuis.

Le tableau était-il trop noir ?


En fait, le tableau ne serait pas aussi noir qu’on le supposait : « More recently, however, many ecologists have questioned the gross oversimplifications that go into some of these projections, such as the supposition that species are largely immutable, unwavering in their behavior, physiology, and other traits despite rapidly changing environs. (Plus récemment, cependant, beaucoup d'écologues ont mis en doute les sur-simplifications grossières qui entrent dans certaines de ces projections, comme la supposition qu’en dépit d’environnements changeant rapidement, les espèces sont pour une large part immuables, invariables dans leur comportement, leur physiologie et autres caractères) » (Chase J. 2014). En la matière, il faut se garder d’affirmations tranchées, en général fausses, qu’elles soient alarmistes ou trop optimistes. Certes comme pour toute variation des conditions environnementales, il y aura des perdants et des gagnants, des modifications dans la répartition spatiale des habitants de la planète. Les conséquences du changement climatique peuvent différer selon les populations d’une même espèce, voire d’un individu à l’autre, selon qu’elles peuvent ou veulent ou non mettre en œuvre des stratégies d’adaptation. La question de l’évaluation de l’impact des évolutions phénologiques sur les espèces et donc la biodiversité donne de cela une illustration parfaite. En fin de compte, même pour une seule espèce, l’impact du changement climatique sur son évolution future est une question sans réponse nette.
Sur la question de l’impact du changement climatique sur la biodiversité, il serait donc bon de faire preuve de modestie. Outre l’extrême complexité des phénomènes en jeu, leurs interrelations et l’étendue de notre ignorance à leur sujet devraient nous inciter à la prudence dans les prévisions et pronostics sur les évolutions futures. On le montre à propos des mésanges charbonnières (Parus major), du cerf élaphe (Cervus elaphus) et du chevreuil (Capreolus capreolus) dont le cas, paradigmatique, sera étudié en détail.
 

Oeufs de mésanges charbonnières Muséum d'histoire naturelle de Toulouse
Oeufs de mésanges charbonnières Muséum d'histoire naturelle de Toulouse
Le cas des mésanges charbonnières.

Des études faites sur des populations de ces mésanges aux Pays-Bas sur la période 1973 – 1995 (cf. Visser et al. 2001, 1999, 1998) montreraient qu’elles ne réussissent pas à modifier leur période de ponte alors que les chenilles dont elles dépendent pour leur nourriture et celle de leurs nichées éclosent 9 jours plus tôt en synchronie avec l’avancée du débourrage des bourgeons et du développement des feuilles. Le développement des oisillons est ainsi compromis par une nourriture devenue plus rare lors de la période du nourrissage qui est en retard par rapport à l’optimum de présence de la ressource. Ceci expliquerait en grande partie le déclin de cette espèce que l’on observe aux Pays-Bas, déclin que l’on devrait donc mettre à charge du réchauffement climatique. Mais les résultats de ces études sont en contradiction avec celles menées en Angleterre sur une population de mésanges charbonnières du bois de Wytham, près d’Oxford sur la période 1970 – 1997. Les femelles de cette population ont avancé leur période de ponte de 13 jours (cf. McLeery & Perrins 1998 ; Cresswell & McLeery 2003 ). Sur la période 1961 – 2007, soit sur 47 années les mésanges ont avancé leurs dates de ponte en moyenne de 14 jours. Les données sur l’abondance de nourriture dans la forêt montrent que ces 14 jours correspondent à l’avancement de la présence des chenilles dans les bois (cf. Charmantier A, et al. 2008). Malgré la « rapidité » du changement en cours, ces mésanges auront donc su s’adapter.
Selon que l’on est « réchauffiste catastrophiste » ou «climato-sceptique » on insistera sur les dis-synchronies ou au contraire sur les adaptations. Les chercheurs eux vont s’interroger sur le pourquoi d’une telle différence, sur quels indices se fondent les mésanges pour décider de leur période de ponte et pour cela découvrir ce qui les induit en erreur dans le cas des populations hollandaises et qui au contraire expliquerait leur succès dans le cas des populations anglaises serait d’une aide précieuse. Cette adaptation fine et en temps réel du comportement est-elle due à une plasticité phénotypique ou à une microévolution ? Les chercheurs penchent pour la première hypothèse. (Pour en savoir plus cf. Charmantier A., et al. 2008 ainsi que l’article de l’auteur sur le site FUTRA-Science à télécharger ici ). En tout cas, il paraît bien difficile de faire un pronostic sur le devenir de l’espèce.

Changement climatique et survie des espèces
Une adaptation comportementale du même type de celle des populations de mésanges charbonnières britanniques a été établie pour le cerf élaphe (Cervus elaphus) à partir d’un suivi sur une période 28 ans d’une population de cette espèce d’ongulés sur l’île de Rum en Écosse. Les chercheurs ont relevé des variations temporelles significatives sur les dates d’œstrus et de mise bas pour les femelles ; sur les dates de perte des bois, de perte du velours, du début et de la fin du rut chez les mâles. Ces dates ont avancé de 5 à 12 jours sur la période. Ces chercheurs ont mis en évidence une corrélation entre ces changements et la croissance des plantes au printemps et en été. (Cf. Moyes K. et al., 2011). Il est donc étrange que celle-ci n’existe pas chez son cousin, le chevreuil (Capreolus capreolus). Ce dernier s’avère incapable de régler la période des naissances sur le pic printanier des ressources végétales dont il dépend (Plard F. et al., 2014) (Gaillard et al., 2013) alors que la lactation entraîne une augmentation de 230% des besoins énergétiques par rapport au métabolisme basal (Carruette et al., 2004, p. 114).

La fin annoncée du chevreuil forestier

Cette incapacité du chevreuil à modifier la période de naissance en fonction de l’optimum des ressources alimentaires forestières proviendrait du fait que le cycle reproductif du chevreuil dépend de la photopériode c’est-à-dire du rapport entre les durées du jour et de la nuit qui est resté le même alors que depuis la fin du petit âge glaciaire sous l’effet de températures plus douces le printemps est de plus en plus précoce, la végétation repart plus tôt. De plus, chez le chevreuil la date de naissance ne semble pas être héritable : bien que les femelles nées tôt dans la saison aient plus de chance de survivre, elles n’ont pas tendance à mettre bas plus tôt que les autres (Plard F. et al., 2014).

De cela on pourrait conclure que faute de nourriture suffisante pour les chevrettes allaitantes, les chances de survie de leurs faons seront plus faibles si la désynchronisation s’accentue au fil des ans. À long terme l’espèce pourrait décliner. Ce n’est pourtant pas le cas. « Le cerf et le chevreuil en France sont en forte augmentation depuis 1985(à 2013), tant en termes d’effectifs que de surface forestière colonisée » selon les statistique du Ministère de l’environnement (ici). Si l’on assiste à un tassement en milieu forestier après l’explosion démographique des années 90, globalement les effectifs de chevreuils sont en augmentation et leur expansion est continue. Si le chevreuil est pénalisé en milieu forestier par rapport à d’autres ongulés en ne pouvant pas adapter sa période de mise bas, il possède d’autres capacités qu’il peut utiliser pour développer des stratégies adaptatives à l’évolution du climat.
Changement climatique et survie des espèces

En particulier, Il est connu pour son aptitude à coloniser des milieux très divers. Forestier d’origine, Il ne vit plus seulement en forêt, il habite aussi le bocage, les pâturages où des haies lui permettent de se dissimuler. Il a commencé à coloniser la plaine, les « openfields » dès les années 50 où il se repose à même les labours, se fiant à l’homochromie de son pelage pour être à l’abri des regards indiscrets. Il peut demeurer aussi tout près des habitations, dans les banlieues des villes où il tire profit parfois des potagers pour améliorer son ordinaire (Carruette et al., 2004, pp. 56 – 60 ; Abbas F., 2011. pp.18 – 21). C’est la plasticité comportementale dont il fait preuve qui lui a permis de s’adapter à la fragmentation et à la diversification de son milieu initial. « La plasticité comportementale d'une espèce en fonction des conditions du milieu affecte son succès dans les paysages fragmentés. Le chevreuil est l’exemple le plus remarquable de cette plasticité chez les ongulés. Cette espèce a rapidement étendu sa répartition à partir de son habitat d’origine, la forêt tempérée, jusqu'aux plaines agricoles ouvertes et au biome méditerranéen. » (Abbas F., 2011, p.19) Il faut remarquer que la désynchronisation entre la période de mise à bas et l’optimum de ressources alimentaires ne vaut que pour les populations de chevreuils qui vivent dans les milieux forestiers et qui se nourrissent des jeunes pousses. Dans les milieux ouverts que le chevreuil a commencé de coloniser depuis un peu plus d’un demi-siècle, les chevrettes allaitantes ne souffrent pas de cette désynchronisation car avec les cultures agricoles, elles ont à disposition d’autres sources alimentaires. Cette plasticité comportementale fera sans doute que le changement climatique ne sera pas une menace bien grave pour la survie de cette espèce. Peut-on en conclure qu’à terme, il y aura des chevreuils dans le bocage et les milieux ouverts mais qu’il n’y aura plus de chevreuil dans les forêts si le réchauffement climatique se poursuit ?
Pour l’affirmer Plard F. et al., (2014), Gaillard et al., (2013) et les auteurs cités en références de ces articles supposent que le réchauffement climatique va se poursuivre et que le printemps arrivera de plus en plus tôt accentuant ainsi la désynchronisation avec la période de mise bas des faons. Cette hypothèse essentielle pour prédire un sombre avenir aux chevreuils strictement forestiers est pour le moins discutable.

Les raisons d’en douter

Admettons que le réchauffement se poursuive. Même dans ce cas, il n’est pas assuré que les printemps seront de plus en plus précoces. En particulier la précocité du débourrement des bourgeons pourrait diminuer faute d’hivers suffisamment froids pour lever leur dormance. En outre pour des peuplements de hêtres, de chênes pédonculés et de bouleaux pubescents, dans le cas d’un doublement CO2 sans limitation des ressources en eau, les températures nécessaires pour le débourrement augmenteraient de 4 à 6 degrés selon Lebourgeois F.& Godfroy P.(2006, p.39) qui citent Kramer & Mohren (1996) et Kramer et al.(2000). De manière plus générale l'action des différents facteurs sur la date de réalisation des phénophases apparaît complexe : « si la température et la photopériode sont généralement les principaux facteurs déterminant, d'autres paramètres interviennent aussi pour réguler la phénologie qui est, de plus, contrôlée génétiquement. L'influence des divers facteurs est variable suivant les espèces et les phénophases considérées. Ainsi, pour le débourrement du hêtre, la photopériode joue un rôle important, ce qui ne semble pas être le cas pour d'autres espèces telles que les chênes » (Differt J., 2001, p. 115) Pour l’auteur « la connaissance actuelle de la phénologie n'est pas une base suffisante pour des prévisions fiables ». Il est donc bien difficile de savoir si les printemps de l’avenir seront plus ou moins précoces que ceux d’aujourd’hui et ce qu’il en sera de la désynchronisation entre l’optimum des ressources alimentaires en forêt pour les chevreuils et les mises bas des chevrettes.

Changement climatique et survie des espèces
La date de débourrage des bourgeons varie en longitude, latitude et en altitude assez fortement et pour beaucoup d’espèces d’arbres, le hêtre excepté, sans corrélation avec la photopériode alors que la photopériode est déterminante pour la reproduction du chevreuil. Il en résulte que la synchronisation de la mise bas si elle existait dans les milieux forestiers caducifoliés tempérés n’est pas la règle en tout lieu et en tout milieu, indépendamment des modifications dues au changement climatique. Ainsi «L'élévation se traduit par un retard au débourrement de près de 7 jours par 100 m en Haute-Ardèche (Oswald 1969), 4j/100 m dans la région de Clermont-Ferrand (Lavarenne-Allary 1965), 2,6j/100 m en Bavière (Malaise1967). En Autriche, Worrall (1983) indique un retard de 1 jour pour une élévation de 17,2 mètres et 15,2 mètres pour l'épicéa et le mélèze. » (Lebourgeois F.& Godfroy P., 2006, p.35). Les variations selon la latitude, la longitude et l'altitude concernent principalement les événements phénologiques du printemps et de l'été, le début de la phénophase étant d’autant plus tardif que ces paramètres ont des valeurs élevées. Ainsi pour la longitude, les phénophases printanières commencent plus tard à l’Est qu’à l’Ouest. En Europe centrale, le décalage étant selon les espèces d’arbres de 0,4 à 1,6 jours pour 100 km. En France la variation est de 3,6 jours par degré. On observe également des variations en latitude. Plus on va vers le nord et plus le débourrage est tardif. Pour toutes ces données sur les variations phénologiques en longitude, latitude et altitude on se reportera à Lebourgeois F.& Godfroy P. 2006, pp. 33 – 36. Soulignons que cette variabilité se manifeste surtout au moment de la reprise de la végétation et va donc influer sur les périodes où les chevreuils devraient avoir le maximum de ressources alimentaires. Etant donnés son aire de répartition, les habitats colonisés, l’espèce est donc exposée à des variations phénologiques conséquentes qui peuvent être plus importantes que celles se manifestant en un même lieu à cause du réchauffement climatique. Par exemple dans la forêt de plaine en Limagne, le débourrage des bourgeons est en avance d’environ 22 jours par rapport à celui des bourgeons des arbres des forêts au pied du Puy de Dôme, alors que le réchauffement climatique aurait déterminé une avancée d’environ 15 jours seulement. L’espèce a donc été apte à faire face aux variations phénologiques dans l’espace affectant ses ressources alimentaires en variant son régime sinon elle n’aurait pas pu coloniser à partir de son milieu d’origine, les forêts caducifoliées de plaine de climat tempéré, des milieux aussi divers que les openfields, les forêts de montagne à dominante de résineux, de l’extrême sud de l’Espagne jusqu’à la Scandinavie. Apte à faire face dans l’espace aux variations phénologiques avec leurs désynchronisations éventuelles, pourquoi ne serait-elle pas apte à y faire face dans le temps ?

Changement climatique et survie des espèces
Dans un milieu pauvre caractérisé par des forêts de conifères et de landes de bruyères sur sol sablonneux au Danemark, dans l’est du Jütland, les chevreuils se nourrissent toute l’année de bruyère qui présente une forte teneur en lipide. Dans cette région la densité de chevreuil est faible mais les individus sont prospères (jusqu’à 20kg pour un brocard de quatre ans) (Carruette et al. (2004, p. 27). Aiguilles de conifères et bruyère ne sont certes pas des nourritures variées comme celles dont peut disposer le chevreuil dans une forêt caducifoliée à des latitudes plus basses mais elles sont présentes toute l’année. L’avancée du printemps due au réchauffement climatique n’a pas d’influence sur la ressource alimentaire disponible pour ces chevreuils forestiers pour leur poids, leur potentiel reproductif et la rapidité de la croissance des faons.

Le chevreuil vivant dans des forêts caducifoliées montre une appétence prononcée pour le lierre et la ronce qui sont disponibles toute l’année. Même lorsque des feuillages verts d’essences variées sont disponibles, lierre et ronce constituent encore dans une hêtraie-chênaie calcicole une partie importante du bol alimentaire (un quart selon Carruette et al. (2004, p. 116) qui s’appuie sur les travaux de Maillard et Picard(1987), Maillard et al. (1989). (note : Lierre et ronce ne seraient pas consommés en été dans la forêt de Chizé si l’on se fonde sur la liste fournie par Maryline Pellerin en annexe de sa thèse (Pellerin M. 2005, p. 233)).

D’autre part les populations de chevreuils montrent une tendance à l’autorégulation. Dans le cas des chevreuils vivant dans l’est du Jütland, une région pauvre en ressources, les chevreuils sont prospères mais peu nombreux. Pour l’Alsace on peut se rapporter au SDGC du bas Rhin, (2006, p. 69). Dans la forêt de Chizé, « forêt mise en Réserve Biologique Intégrale », la population de chevreuils est l’une des rares populations de grands herbivores en Europe, et la première en France, qui s’est stabilisée naturellement (i.e., présente une croissance annuelle nulle sans prélèvements par l’homme)( ici ). Dans la forêt des Trois Fontaines, le taux de croissance a baissé au cours de la période allant de 1985 à 2011 passant de 1,23 à 1,06 (Plard et al. 2014). La résultante mécanique de cette baisse est une densité moindre de chevreuils exploitant le milieu, cette densité étant le principal facteur déterminant la ressource alimentaire disponible (ici ). Il n’est donc pas étonnant que les études sur les «Réponses des populations de Vertébrés aux changements climatiques –paramétrage et premières applications de modèles prédictifs basés sur les processus démographiques» sur menées dans le cadre d’une appel à projet du GICC (Gestion et impact du Changement climatique) dépendant du Ministère de l’écologie, montrent que « les effets des conditions climatiques au printemps sur la survie des jeunes diffèrent selon que la densité de la population est faible ou forte » (Gaillard et Grosbois 2009, p. 9). La baisse de densité jointe à une exploitation intensive des ressources disponibles – bruyère dans le cas des populations danoises, ronces et lierre dans le cas des populations vivant dans des forêts caducifoliées – pourrait être un palliatif à la désynchronisation induite par la géographie et/ou le réchauffement climatique entre période de mise bas et période d’optimum des ressources alimentaires à disposition.

Certes, il y a une corrélation assez nette, mais avec des exceptions remarquables, entre la richesse du milieu, le poids des chevreuils, leur rapidité de croissance et leur performance démographique. Les chevreuils forestiers sont moins lourds que ceux de plaine et ont une croissance moins rapide. Selon l’état de la forêt, il y a aussi des variations sensibles. Les chevreuils vivant dans une jeune plantation offrant une végétation abondante en sous-bois seront plus lourds que ceux vivant dans une vieille futée avec une maigre végétation au sol due au manque de lumière. Ceux vivant dans une forêt ayant une forte productivité comme celle des Trois Fontaines auront de meilleures performances reproductives que ceux vivant dans une forêt à faible productivité comme celle de Chizé.

En résumé, il faut supposer chez le chevreuil une plasticité alimentaire, avec un avantage pour les chevreuils vivant dans un paysage agricole hétérogène où ils peuvent tirer tout le parti de cette plasticité, les ressources alimentaires étant variées (cf. Abbas F., 2011). Est-ce pour autant qu’il faut augurer la disparition du chevreuil forestier sur le long terme ? À dire vrai, il semble à l’évidence que nous n’en savons rien !
Que sera le climat de la Champagne (Forêt des Trois Fontaines), du Poitou (forêt de Chizé), de l’Alsace, des volcans d’Auvergne, du Jütland, …, dans cent ou même cinquante ans ? Est-ce qu’il y aura une poursuite du réchauffement global du climat comme le prédit le GIEC ? Les mésanges charbonnières auront-elles prospéré ? Auront-elles décliné ? Qu’en sera-t-il des populations de chevreuils ? Lorsque l’on étudie chaque espèce en détail, on prend la mesure de la complexité de chaque cas, des lacunes, des incertitudes voire des confusions de nos connaissances et pourtant, il s’agit d’espèces connues, faciles à étudier. Pour d’autres…
En toute honnêteté et modestie, Gaillard et Grosbois affirment à propos des vertébrés : « Les projections des dynamiques des populations de vertébrés étudiées pour les scénarios de conditions climatiques futures produits par la communauté IPCC (GIEC selon l’acronyme français) ont été entreprises (…). Cependant, ces projections sont encore soumises à de fortes incertitudes et posent d’importantes questions méthodologiques. » (Gaillard et Grosbois, 2009, p. 16). Cela peut être généralisé à l’ensemble du vivant.

Changement climatique et survie des espèces
Des oracles orientés et malavisés

En supposant que le réchauffement global se poursuive, nous sommes encore loin, semble-t-il, d’avoir atteint l’optimum médiéval. Il est agaçant de voir l’accent toujours mis sur le mauvais côté de la chose, sur les conjectures les plus pessimistes surtout lorsque le discours s’adresse au grand public. Particulièrement significative à cet égard est la co-production audiovisuelle grand public intitulée « Sciences en questions - Changement climatique et biodiversité » présentée par le Muséum National d'Histoire Naturelle, le GIS Climat-Environnement-Société et La Huit (accessible ici ). Cela est poussé jusqu’à la caricature dans la séquence intitulée « Quel est l’impact de l’augmentation de CO2 sur la biodiversité ? » dans laquelle Paul Leadley, professeur d’écologie à l’Université Paris XI ne développe que des exemples d’effets que l’on suppose potentiellement négatifs de cette augmentation, exemples qu’il va chercher à l’autre bout du monde sans jamais parler des effets bénéfiques pourtant avérés que cette augmentation a sur la végétation et sur les arbres en particulier. Arguant d’une réponse différentielle au CO2 entre les plantes grimpantes et les arbres dans les forêts tropicales, il invoque l’hypothèse d’une mort de ces arbres tués par ces plantes grimpantes qui se développeraient mieux et plus vite par une meilleure assimilation du CO2 ! Hypothèse pour le moins hypothétique puisqu’une étude sur la réaction des forêts tropicales au changement climatique réalisée par une équipe internationale coordonnée par Jérôme Chave du CNRS parue en 2008 (Chave J. et al. 2008) la même année que la réalisation de la vidéo montre que dans tous les sites étudiés à l'exception d'un seul, les espèces à croissance lente ont augmenté en biomasse, mais pas les espèces à croissance rapide. Il n’y a donc pas de preuve qui établirait clairement que les forêts tropicales ont modifié leur fonctionnement en réponse aux changements climatiques dans les deux dernières décennies. Elles réagiraient à des phénomènes intrinsèques, plutôt qu'aux changements climatiques. Cette étude de grande envergure a concerné plus de 2 millions d'arbres en forêts tropicales appartenant à près de 5000 espèces, répartis sur 12 sites et 3 continents qui ont été suivis depuis les années 1980. Dans les forêts tempérées, l’augmentation de CO2 a aussi des effets bénéfiques sur les arbres. Nécessaire à la photosynthèse, ce qu’est bien obligé de rappeler Paul Leadley dans son speech, on peut le considérer comme une sorte d’engrais atmosphérique qui favorise la croissance de la végétation. De plus en régulant leurs besoins hydriques par le contrôle de l’évapotranspiration les arbres de la plupart des espèces s’adaptent à un climat plus sec malgré la rapidité des changements. Cette plasticité a des limites à déterminer mais elle semble suffisante pour permettre leur migration. Là encore les conséquences du réchauffement climatique ne seraient pas aussi délétères que supposé initialement.

Comme le montrent les cas analysés dans cet article, il est assez mal avisé de vouloir jouer les Cassandre sur la question de l’impact d’un incertain changement climatique sur la biodiversité mais l’optimisme en la matière n’est pas de mise non plus, les études qui se succèdent ayant tendance à se contredire les unes les autres.

Des menaces plus graves sur la biodiversité

Cela dit, il y a bien d’autres causes de l’érosion de la biodiversité que le réchauffement climatique qui semble d’ailleurs marquer le pas. Et s’il advenait que les causes de ce changement ne soient pas d’origine anthropique mais cosmique, nous ne pourrions rien faire pour l’entraver. On pourrait simplement se consoler en considérant que si nous allions vers un refroidissement les conséquences sur la biodiversité seraient encore plus catastrophiques comme nous l’enseignent les glaciations passées.
Même s’il perdure, le réchauffement climatique n’est sans doute pas la menace la plus grave qui pèse sur la biodiversité. La menace la plus grave qui est établie en toute certitude, la cause majeure d’érosion de la biodiversité n’est rien d’autre que la transformation de l’usage des terres par les activités humaines. L’augmentation de la population humaine, une agriculture « chimique » et l’exploitation des ressources naturelles avec une intensité et une efficacité sans cesse accrue grâce aux perfectionnements technologiques accentuent le processus. Ce sont elles qui entraînent une accélération sans précédent de la destruction, la dégradation ou la fragmentation des habitats de nombreuses espèces animales et végétales. Ce sont sur elles qu’il faut agir en priorité si l’on veut tenter d’enrayer l’érosion de la biodiversité.

Références

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Carruette P., Etienne P. et Mailler M., 2004. Le chevreuil, Delachaux et Niestlé, Paris p. 114

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Photos :
Wikimedia Commons : Ghislain38, Didier Descouens ,Richard Peter Deustche Fotothek, Mucki, Amanda77, Hans Hillwaert, Vera Buhl.
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Dimanche 25 Mars 2018 Commentaires (1)

Voici le communiqué publié par un collectif d'associations dont Maisons Paysannes de France et Patrimoine Environnement concernant les conclusions du "groupe de travail sur l'éolien" piloté par le ministère de l'environnement. On note surtout une volonté d'entraver les possibilités de recours devant les tribunaux des associations de défense des riverains, des paysages, du patrimoine avec la reprise de propositions du Syndicat des Énergies Renouvelables. Plutôt que d'obliger les promoteurs à se conformer aux lois et règlements protecteurs en vigueur, il s'agit sinon d'empêcher du moins de restreindre singulièrement les possibilités des associations et des citoyens d'ester en justice parce qu'ils gagnent trop souvent leurs recours. Et cela avec la bénédiction des seules associations représentées qui étaient FNE, WWF et LPO ; associations dont on connait la complaisance à l'égard des pouvoirs (voir le livre de Fabrice Nicolino : Qui a tué l'écologie?) et les ambiguïtés.
Les nuisances environnementales, les atteintes à la biodiversité et à la naturalité, la destruction des paysages devaient-elles cesser d'être prises en compte dès qu'il s'agit de ces gigantesques machines à brasser du vent et à hacher oiseaux et chauves-souris?
Pour elles les leçons que l'on prétend tirer de Notre-Dame-des-Landes ne s'appliqueraient pas. Pourquoi ?


A la suite de l’annonce des conclusions du groupe de travail sur l’éolien, les associations signataires font connaitre leur vive opposition aux mesures annoncées jeudi 18 janvier 2018 par Monsieur Sébastien Lecornu, Secrétaire
d’Etat à la Transition écologique et solidaire.

1. La soit disant consultation évoquée par le ministre a soigneusement tenu à l’écart les riverains d'éoliennes et les associations qui les représentent et ont pour objet la défense du Patrimoine et des paysages ;

2. Ces mesures ne prennent aucunement en compte l’impact de la proximité des habitations face à des engins de plus en plus haut (200 mètres) ;

3. Elles ignorent tout autant la protection des paysages et l’environnement du patrimoine, classé par l’Etat, qui n’est même pas mentionné par les propositions ;

4. Il s’agit par une démarche à caractère financier (sur le dos des consommateurs) de faciliter à tout prix une industrialisation massive des espaces naturels et agricoles, au mépris de ce que devrait être une démarche écologique respectueuse ;

5. Pour tenter de museler l’opposition des citoyens, le choix est fait de mettre en place des procédures dérogatoires au droit commun français.
 

Un véritable équilibre doit être trouvé entre la politique de protection du patrimoine et celle de l’environnement. Toutes deux contribuent à l’activité économique.

Les associations signataires restent disposées à une véritable concertation qui doit enfin avoir lieu entre le gouvernement et les parties prenantes.
 

Dimanche 21 Janvier 2018 Commentaires (1)

Cet article complète un article précédent : " Les végans croient qu’un régime végétalien permet de manger sans tuer ou faire souffrir des animaux. C’est faux !" Il s'agit d'un examen de la critique de l'article Mike Archer "Ordering the vegetarian meal? There’s more animal blood on your hands" parue sur le blog de l'association L 214.Ce texte est révélateur de la façon dont cette association et ses membres traitent leurs contradicteurs : total contresens sur le propos assaisonné d'invectives et d'insultes contre quelqu'un qui a eu l'outrecuidance de contester leurs dogmes. Le rejet de la domestication et le tabou de la viande tels sont les deux piliers du véganisme comme le montre cette controverse.


En annexe, le lecteur trouvera la traduction de l'article de Mike Archer initialement publié en anglais sur le site "The conversation". Il pourra se faire ainsi sa prorpre opinion sur ce texte.

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Pour L214 , c’est l’astrophycien végan Aurélien Barrau qui s’était chargé de critiquer l’article de Mike Archer « Ordering the vegetarian meal? There’s more animal blood on your hands » lorsque celui-ci faisait le buzz sur les réseaux sociaux. Sa spécialité ne le recommandait pas spécialement pour effectuer ce genre d’exercice et dès le début de son texte, c’est vraiment mal parti.
 
Toute la réfutation est hors sujet. Barrau comme bien d’autres critiques végans ont négligé le fait que l’article d’Archer concerne l’Australie. Il suffit de lire son texte pour le voir. Mais de plus en réponse à des commentaires sous le texte il précise : « my focus was on the Australian situation ». Peine perdue pour beaucoup de commentateurs dont Barrau.
 
Barrau fait comme si Archer plaidait simplement pour un régime omnivore à base de viande. Or le régime qu’il considère éthiquement et écologiquement responsable POUR L’AUSTRALIE est certes un régime omnivore à base de viande, mais de viande bovine issue de bétails élevés à l’herbe sur des parcours et dans des pâtures australiennes ou de viande de kangourou provenant de chasses à but commercial. Il ne propose pas de manger de la viande de bovins nourris avec du blé et du soja dans des parcs d’engraissement. Il est sans doute opposé à ce type d’élevage, vues les références à Simon Farlie et Lierre Keith et son souci que la superficie des terres consacrées aux grandes cultures ne soient pas augmentée.
 
Selon Barrau, l’enjeu de l’article consisterait  à tenter de placer le lecteur dans la catégorie des gens qui font preuve d’une violence qui n’a même pas le courage de s’assumer ; la violence en question étant de faire le choix de consommer de la viande. « Celui qui non seulement poursuit l’activité [de consommer de la viande] et veut de plus se convaincre qu’il est bienfaisant envers ses victimes, adopte un positionnement particulièrement lâche et intenable au niveau éthique ». Mike Archer serait donc un lâche embrassant le mal. Comme injure, on ne peut guère faire mieux. Cet exergue particulièrement agressif et méprisant est bien dans le style des végans.
 
Barrau l’étaye sur deux prémisses qu’il considère incontestables « l’industrie de la viande cause d’infinies souffrances à des êtres sensibles » et « je sais que [je] n’ai pas biologiquement besoin de viande ». Abstraction faite de l’hyperbole « infinies souffrances » la première n’est pas fausse mais Archer ne plaide pas en faveur de cette industrie, bien au contraire.  Ce que défend Archer dans son texte est un élevage extensif herbager et dans ce cas parler d’infinies souffrances n’est pas seulement exagéré, c’est faux. Même des tenants de la libération animale moins excessifs que Barrau le reconnaissent : sans doute une vie de bovin dans un élevage herbager extensif vaut la peine d’être vécue même si elle renferme son lot de désagréments et de souffrances.  Mais existe-t-il une vie qui n’en renferme pas ?
 
La seconde est par contre très discutable. Les spécialistes de la question ne sont pas d’accord entre eux et il est difficile de croire qu’un régime végétalien soit une bonne chose, ne serait-ce que parce que l’équilibrer sans l’aide d’un nutritionniste professionnel est délicat. Pour les enfants, il est pour le moins aventureux. 
 
Mais le pire est que Barrau se contente d’affirmer sans preuve que l’enjeu de l’article est celui qu’il indique alors que ce n’est pas du tout le cas. Archer ne pose pas le problème en ces termes. Pour lui, il s’agit de dénoncer l’hypocrisie des végans qui racontent que leur régime est « sans souffrance animale » et ne nécessite pas de tuer des animaux. Il s’agit ensuite de repenser la façon de vivre de façon soutenable des ressources naturelles de l’Australie, de s’y insérer de telle sorte que l’ile soit encore vivable, et capable de nourrir ses habitants sur le long terme tout en préservant la faune et la flore autochtone et en l’utilisant de façon responsable. Voir son ouvrage, Going Native, 2004 dont le titre est à lui seul tout un programme. Ce qu’il dénonce, c’est la destruction des milieux naturels primitifs de l’ile pour leur infliger des monocultures de plantes étrangères, ces plantes qui sont à la base des régimes végans.
 
Bref avec des insultes liminaires fondées sur des affirmations discutables ou fausses et sur des contresens, c’est vraiment mal parti. 
 
Et ça continue …
 

Barrau écrit : « il faut typiquement dix fois plus de cultures pour nourrir les animaux d’élevage que pour nourrir directement les hommes avec des végétaux ! L’argument de l’auteur joue donc précisément contre son propos. L’affaire est entendue. »
 
Malheureusement pour lui, il s’agit dans le cas d’espèce envisagé par Archer de modes d’élevage herbager dans lesquels le bétail est nourri à l’herbe. Il ne faut que des surfaces de cultures insignifiantes pour ces modes d’élevage, voire pas du tout. L’affaire est loin d’être entendue et Barrau a tout faux.
 
Barrau écrit « l’article est totalement incohérent parce qu’il compare essentiellement de la viande qui serait obtenue par prélèvement (gardons à dessein des termes froids et neutres) dans la nature à une alimentation végétarienne provenant de cultures de céréales ! S’il était logiquement conséquent il considérerait alors des végétariens qui se nourrissent en cueillant les fruits sur les arbres de forêts. »
 
Décidément, on dirait que Barrau ne connaît rien à l’élevage sur prairies ou en parcours. Cette viande n’est nullement « obtenue par prélèvement dans la nature », il s’agit d’élevage et non de chasse bien que Archer préconise aussi d’ajouter à la viande bovine d’élevage, de la viande de kangourou obtenue par une chasse soutenable, c’est-à-dire préservant la bonne santé des populations chassées. Ensuite si cet élevage et cette chasse sont réels et permettent d’obtenir une grande partie de la viande rouge consommée sur l’ile, les végétariens frugivores humains se nourrissant des fruits des arbres des forêts australiennes sont issus de l’imagination de Barrau. Comment opposer des pratiques réelles à des fictions saugrenues ?
 
Mais cette fiction est en fait un procédé rhétorique pour mettre les modes d’élevages herbagers entre parenthèses et opposer un régime végétalien à un régime omnivore avec de la viande d’animaux nourris aux grains (céréales/légumineuses). Barrau se réfère aux cochons, aux moutons et aux bovins. Ce qui va lui permettre d’assener ce dont les végans nous rebattent les oreilles : «L’essentiel des cultures aujourd’hui déployées sur Terre sont faites pour nourrir des vaches, des cochons et des moutons. C’est un fait que personne ne peut contester (…) Donc tous les arguments – très pertinents – suivant lesquels ces cultures sont nuisibles sont précisément ceux pour lesquels il faut en effet diminuer l’alimentation carnée » 
 
Pour les cochons, il est effectivement indiscutable que l’immense majorité d’entre eux  sont élevés hors sol avec des farines végétales, pour la France souvent importées, ce qui est une hérésie. Selon les modes d’élevage pour les moutons et les bovins, l’herbe et le fourrage peut aller de 60 à près de 100% de la ration.
 
Cela dit, dans le régime que défend Archer, il n’est question ni de porcs ni de moutons, seulement de bovins élevés en herbager extensif et de kangourous « prélevés dans la nature ». Je ne sais ce que cherche à réfuter Barrau, mais ce n’est pas ce que défend ou propose Archer dans son article. Je pense qu’Archer n’est pas partisan de « l’industrie de la viande » que pourfend Barrau. En tout cas, pour ce qui est de l’Australie, compte tenus des arguments qu’il avance, Archer ne l’est pas. Pour lui l’Australie doit compter sur ses landes pour un élevage bien plus écologiquement responsable dans lequel les ruminants ont leur véritable utilité – transformer de l’herbe en protéines assimilables par l’homme – et se nourrissent conformément à leur nature de ruminants. Il est aberrant de nourrir les ruminants avec des céréales et des tourteaux de soja dans des élevages hors sols et de bousiller des milieux naturels pour les mettre en culture afin de les produire. Nul besoin d’être végan pour s’accorder sur un tel constat. Mais qui défend cela ? Pas Mike Archer en tout cas qui regrette même que l’Australie pratique des cultures de céréales pour l’export.
 
Au passage Barrau souligne que « cultiver pour les hommes et non les animaux d’élevage permettrait de nourrir environ 4 milliards d’humain[s] en plus ». Il reprend cet argument dans deux passages de son texte. Or ce n’est pas le régime végétalien qui est censé nourrir le plus de gens mais un régime lactovégétarien pour une raison simple, c’est que la majorité des terres pâturées ne peuvent être mises en culture, trop humides, trop sèches, sol trop pauvre ou pas assez profond… C’est notamment le cas de l’Australie pour 70% de son territoire comme le souligne Archer dans son texte.
 
De plus il faut se méfier d’une sorte d’effet rebond en la matière. Tout le passé de l’humanité montre que dès qu’il y a un potentiel de nourriture disponible la population croît. Or ce serait une très mauvaise chose du point de vue de la durabilité de l’espèce humaine car il y a déjà surpopulation par rapport à une capacité de charge terrestre qui ne pourra pas toujours être artificiellement augmentée. Pour Archer « « We can certainly agree about the most threatening elephant in the room in this and most other sustainability discussions: massive human overpopulation. » Donc inutile d’en rajouter et c’est Archer en la matière qui a raison.
 
Pour appuyer ses dires sur le caractère néfaste écologiquement de l’élevage, Barrau ressort un « visuel » de propagande de son association L214 où il est indiqué que pour produire 1 kg de viande de bœuf, il faut 1 500 litres d’eau sans préciser bien entendu qu’il ne s’agit pas d’eau potable mais d’eau virtuelle qui comptabilise l’eau de pluie qui tombe sur les parcours et les pâtures et qui y tomberait de toute façon qu’il y ait ou non des troupeaux qui y sont élevés. Cette eau de pluie dite « verte » constitue l’essentiel de ces fameux 1500 litres dont les végans nous rebattent les oreilles mais Barrau est astrophysicien, pas agronome et il peut colporter sans état d’âme les approximations qui l’arrangent.
 
Barrau qui croit avoir montré l’inanité éthique des préconisations de Mike Archer va dans une seconde partie de son article « noter quelques points signifiants ».

● « Il [Mike Archer] insinue qu’il va proposer un cheminement sous couvert de l’autorité de Singer afin de mettre le lecteur réticent en confiance. » Mike Archer n’insinue rien du tout. Il reprend le principe de Peter Singer selon lequel « si nous pouvons choisir la façon de nous nourrir, nous devons choisir celle qui cause le moins de souffrances inutiles aux animaux » et il veut de démontrer qu’en Australie, un type de régime à base de viande bovine et de kangourou est celle qui répond à ce principe et non comme l’ont conclu Singer et d’autres théoriciens et militants de la « libération animale » un type de régime végétalien. On remarquera les connotations péjoratives du verbe choisi « il insinue » et non « il suggère », terme neutre. Et bien entendu, il ferait cela pour « duper » le lecteur. C’est donc reparti pour les sous-entendus malveillants et les injures plus ou moins voilées en guise d’arguments.
 
● « De façon volontaire ou non, l’article a conduit nombre de lecteurs – la consultation des réseaux sociaux l’atteste – à croire à l’existence d’un vaste débat sur le sujet alors que ce n’est évidemment pas le cas : personne ne doute sérieusement que l’industrie de la viande soit hautement néfaste à l’environnement et hautement cruelle pour les animaux qui en sont victimes. » Encore faut-il préciser ce que l’on entend par industrie de la viande. En outre les méfaits écologiques que les végans attribuent à l’élevage herbager font effectivement débat. Voir le cas de l’eau, mon article « Stop au bourrage de crâne » https://www.jfdumas.fr/Stop-au-bourrage-de-crane-Le-mode-de-vie-vegan-n-est-ni-ecologique-ni-ethique-_a389.html et la bibliographie associée, les dossiers de l’INRA sur la question et les références associées (http://www.inra.fr/Chercheurs-etudiants/Systemes-agricoles/Tous-les-dossiers/Fausse-viande-ou-vrai-elevage/Quelques-idees-fausses-sur-la-viande-et-l-elevage/(key)/0). Pour ce qui concerne la cruauté de l’élevage industriel, il ne devrait guère y avoir de débat mais ce n’est pas le cas de l’élevage herbager au moins jusqu’au transport à l’abattoir. C’est à ce niveau que le bât blesse et que les choses devraient être singulièrement améliorées. Elles le seraient déjà beaucoup si les règles du « bien-être animal » étaient appliquées. Il y a donc débat.
 
● « Laisser croire à une situation incertaine quand il n’y a pas de débat authentique est une supercherie intellectuelle. Quand, de plus, il s’agit non pas d’un simple positionnement théorique mais de la légitimation de la mise à mort de 2000 êtres vivants par seconde, la technique devient nauséabonde » Donc dans son article Mike Archer se rendrait coupable d’une supercherie intellectuelle nauséabonde en faisant croire qu’il y a débat concernant les dégâts environnementaux de l’élevage industriel. Toujours l’injure et l’invective et toujours aussi mal à propos !
 
Comme on vient de le voir, les dégâts attribués à l’élevage qui n’est pas un élevage intensif hors sol font débat. Mais ce n’est pas la question que soulève Archer dans son article. Il oppose l’agriculture qui a détruit les milieux naturels de l’Australie, leurs végétations et leurs faunes autochtones et l’élevage qui les laisse intact pour l’essentiel. Et cela ne fait pas débat.

En outre est hors de propos la référence aux « 2000 êtres vivants tués par seconde » qui sont des animaux de boucherie,  volailles, monogastriques et ruminants, toute espèce confondue au niveau de la Planète : « estimation approximative du nombre d’animaux tués à l’échelle planétaire pour fournir la viande utilisée dans l’alimentation humaine », car répétons-le : l’article de Mike Archer concerne l’Australie.
 
● « L’article exprime une empathie attendrissante pour les souris tuées lors des labours ou dans les silos à grain. Il cherche à rallier la sympathie de ceux qui savent qu’en effet ces petits mammifères sont capables de ressentis très subtils (…). Le processus est assez grossier car il est difficile de croire que l’auteur puisse réellement se soucier du sort des souris compte-tenu de l’immense cynisme de son entreprise. » Toujours des invectives et des insultes. Il ne s’agit pas de rallier la sympathie mais de montrer qu’il s’agit d’êtres sensibles qu’il faut tuer pour préserver les récoltes qui sont les éléments de base du régime végétarien et végétalien. Il y a autant de raison de se soucier du sort de ces animaux que de celui des animaux de boucherie.
 
● « L’article use de l’argument suivant lequel nos dents et notre système digestif seraient adaptés à la consommation de viande. Il est fort regrettable qu’il utilise ici le mode assertorique – qui l’assène comme une évidence – alors que(…) il y a là un véritable débat chez les spécialistes ! » C’est faux. Il n’y a que certains végans qui nient cette évidence….
 
● « Plus généralement, l’article semble user d’un stratagème assez banal et étonnamment efficace : plus la supercherie est « grosse », plus le mensonge est « évident », mieux il fonctionne. L’abattage des animaux pour fournir de la viande tue environ 65 milliards d’animaux terrestres par an (et sans doute environ mille milliards de poissons, crevettes, poulpes, etc.). La mise à mort se passe souvent dans des conditions indescriptibles, après les avoir condamnés à une vie de pure souffrance. Présenter cela comme un bienfait pour les animaux est aussi logiquement stupéfiant qu’éthiquement innommable ». « Stratagème », « supercherie », « mensonge », les amabilités continuent de pleuvoir… Mike Archer n’a jamais présenté comme « un bienfait » pour les animaux d’être mis à mort. Il a simplement affirmé que la mort d’un bovin tué abattu dans les règles était moins cruelle, moins douloureuse que celle d’une souris tuée par empoisonnement. Le vrai reproche que l’on peut faire à Archer, c’est de ne pas s’interroger sur le respect effectif de ces règles et de le tenir pour acquis. Mais peut-être que même dans les cas où les bovins sont abattus de façon condamnable, la souris empoisonnée souffre encore plus…
 
C’est le sang de ces petits rongeurs et autres animaux des champs que les végans ont sur les mains pour se nourrir. Et au total, cela fait beaucoup plus de victimes que lorsque l’australien « carniste » mange son steak de kangourou ou de bœuf élevé à l’herbe sur le sol de son ile. Et bien entendu, c’est cela que Barrau ne veut pas entendre même si cette conclusion ne vaut que pour cette contrée lointaine très différente de la nôtre.
 
 
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Bien entendu le régime considéré comme éthiquement recommandable et écologiquement responsable pour l’Australie ne le serait peut-être pas en Europe, la situation de l’Australie, sa géographie, sa végétation, sa faune et sa flore étant tout à fait singulière.  D’ailleurs en Europe, il n’y a pas de kangourous à chasser ! Les pullulations de souris qui sont à la base de l’argument d’Archer n’existent qu’en Australie, en Chine et par endroit en Californie. Ailleurs, il semble que ce ne soit pas le cas. D’ailleurs Archer reconnait que « In other areas it's less clear how many sentient animals are killed to produce a given amount of grain. I can't comment on this because my focus was on the Australian situation. » Pourquoi ne pas l’admettre et s’en tenir là ?
 
Peut-être parce que les végans veulent que la consommation de viande soit bannie partout, ou du moins partout où la civilisation occidentale prédomine. Le véganisme ne défend pas « les animaux », catégorie hétérogène s’il en est. Ce qu’il condamne, c’est la domestication et donc parmi les espèces du règne animal, celles qui importent aux végans sont celles dont nous tirons notre nourriture, dont nous utilisons les produits dans le cadre de cette domestication, ce qui revient à se soucier d’avantage de ces espèces que des autres. Les espèces sauvages ne les intéressent que si elles sont chassables, mangeables, utilisables d’une façon ou d’une autre. Les ravageurs des cultures ne font pas partie de leur priorité. Ils refusent de manger du miel pour ne pas exploiter les abeilles et risquer de les tuer mais ils se soucient peu de l’extermination des doryphores dans les champs de pomme de terre ! Voilà bien la   preuve qu’un strict « anti-spécisme » est intenable.


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Mike Archer

Commander un repas végétarien ? C’est avoir plus de sang sur les mains !
 
L’éthique des mangeurs de viande rouge a été récemment mise sur la sellette par des critiques qui s’interrogent ses conséquences pour l’état de l’environnement et le bien-être animal. Mais si vous voulez minimiser la souffrance animale et promouvoir une agriculture soutenable, adopter un régime végétarien risque d’être la pire des choses  que vous pourriez faire.
 
Un éthicien réputé Peter Singer déclare que si nous pouvons choisir la façon de nous nourrir, nous devons choisir celle qui cause le moins de souffrances inutiles aux animaux. La plupart des avocats des droits des animaux considèrent que cela signifie que nous devons manger des végétaux plutôt que des animaux.
 
Il faut environ entre deux et dix kilos de végétaux, selon le type de céréales considérées, pour produire un kilo d’animal. Etant donnée la quantité limitée de terres productives dans le monde, il peut paraître à certains qu’il est plus logique de réserver notre intérêt culinaire aux végétaux, parce que l’on pourrait sans doute obtenir plus d’énergie par hectare pour la consommation humaine. Théoriquement ceci devrait aussi signifier que moins d’animaux sensibles seraient tués pour rassasier les appétits voraces de toujours plus d’humains.
 
Cependant avant de rayer la viande rouge produite dans des zones de parcours (rangelands-produced  red meat)  de la liste des « bons à manger » pour des raisons éthiques ou environnementales, testons ces hypothèses.
 
Les données publiées suggèrent que, en Australie, produire du blé ou autres céréales conduit à :
     ●       au moins 25 fois plus d’animaux sentients tués par kilogramme de protéines exploitables
     ●       plus de dommages environnementaux, et
     ●       bien plus de cruauté envers les animaux qu’il en résulte de l’élevage pour la viande rouge.
 
Comment cela est-il possible ?
 
Pour produire du blé, du riz et des légumineuses, l’agriculture nécessite le défrichage de la végétation indigène. À lui seul cet acte cause la mort de milliers d’animaux et de plantes australiennes par hectare. Depuis que les Européens arrivèrent sur ce continent, nous avons perdu plus de la moitié d’une végétation indigène endémique, principalement pour augmenter la production de monocultures d’espèces introduites pour la consommation humaine.
 
La plupart des terres arables de l’Australie sont déjà exploitées. Si plus d’Australiens veulent que leurs besoins nutritionnels soient satisfaits par des plantes, nos terres arables devront être cultivées encore plus intensivement. Cela nécessitera une nette augmentation de l’usage d’engrais, d’herbicides, pesticides et autres fléaux pour la biodiversité et la santé environnementale. Ou, si les lois actuelles étaient changées, plus de végétation indigène devrait être éradiquée pour l’agriculture (une surface de la grandeur de l’état de Victoria et de l’état de Tasmanie pour produire la quantité supplémentaire requise pour une nourriture végétalienne).
 
La plupart du bétail abattu en Australie se nourrit uniquement sur des pâturages. Ce sont habituellement de zones de parcours qui constituent environ 70% du continent.
 
Le pâturage se déroule principalement  sur des écosystèmes indigènes. Ceux-ci ont et maintiennent un niveau beaucoup plus haut de biodiversité indigène que les cultures. Ces zones de parcours ne peuvent pas être utilisées pour produire des récoltes, de telle sorte que dans ces zones la production de viande ne limite pas la production d’aliments végétaux. L’élevage est la seule façon pour les humains d’obtenir de substantiels nutriments de 70% du continent.
 
Dans certains cas, les zones de pâturages extensifs ont été considérablement altérées pour augmenter le stock de végétaux faciles à stocker. Le pâturage peut aussi causer des dommages significatifs comme la perte de terre arable et l’érosion. Mais il ne conduit pas à la « blitzkrieg » contre l’écosystème naturel requise pour faire pousser les cultures.
 
Ces dommages environnementaux ont amené des environnementalistes célèbres à remettre en question leurs préconceptions. Le défenseur de l’environnement britannique Georges Monbiot, par exemple, rendant publique sa conversion de végan à omnivore après avoir lu le plaidoyer de Simon Fairlie sur la soutenabilité de la viande. Et la militante environnementaliste Lierre Keith a documenté les incroyables atteintes à l’environnement global impliquées dans la production de nourriture végétale pour la consommation humaine.
 
En Australie nous pouvons aussi satisfaire une part de nos besoins en protéines en utilisant de façon soutenable la viande de kangourous sauvages. A la différence des animaux de boucherie introduits, ils ne portent pas atteinte à la biodiversité indigène. Leur démarche est légère, ils produisent peu de méthane et ont de relativement faibles exigences en eau. Ils fournissent aussi une viande exceptionnellement saine, pauvre en matière grasse.
 
En Australie 70 % du bœuf produit pour la consommation humaine provient d'animaux élevés sur des pâturages avec très peu ou pas de suppléments de céréales. En permanence, seulement 2 % du troupeau de bovins national de l'Australie mangent des céréales dans des parcs d’engraissement ; les autres 98 % sont élevés à l'herbe. Les deux tiers de bétail abattu en Australie se nourrissent uniquement  au pâturage.
 
Pour produire des protéines à partir de la viande de bovins élevés à l’herbe, on tue du bétail. Une bête morte livre (en moyenne, sur l’ensemble des pâturages Australiens) une carcasse d’environ 288 kilogrammes. C’est approximativement 68% de viande désossée qui, à raison de 23% de protéines donne 45 kg de protéines par animal tué. Ceci implique 2,2 animaux tués pour 100 kg de protéines animales utilisables.
Produire des protéines à partir de céréales implique de labourer les praires et de les ensemencer. Tous ceux qui se sont assis sur un tracteur en train de labourer savent que les oiseaux de proie qui vous suivent toute la journée ne sont pas là parce qu’ils n’ont rien d’autre de mieux à faire. Labourer et récolter tue des petits mammifères, des serpents, des lézards et autres animaux en grand nombre. En outre des millions de souris sont empoisonnées chaque année dans les installations de stockage des grains.
 
Le plus grand nombre de pertes d’êtres sensibles et le mieux documenté est celui des souris empoisonnées lors de leurs invasions. 
Partout en Australie où l’on produit des céréales, une invasion de souris a lieu en moyenne tous les quatre ans avec 500 à 1000 souris par hectare. Le poison en tue au moins 80%.
Au moins 100 souris sont tuées par hectare et par an (500/4 x 0.8) pour faire pousser les céréales. Les rendements moyens sont de 1.4 tonnes de blé/hectare ; 13% du blé constitue des protéines utilisables. Par conséquent, au moins 55 animaux sentients  meurent pour produire 100kg de protéines végétales utilisables : 25 fois plus que pour la même quantité de viande de bovins élevés en terre de parcours (rangeland beef).
 
Une partie de ces céréales sont utilisées pour « finir » les broutards dans les parcs d’engraissement (une autre est destinée aux vaches laitières, aux porcs et à la volaille), mais malgré cela, beaucoup plus d’êtres vivants sensibles sont sacrifiés pour produire des protéines utilisables à partir des céréales que du bétail de zone de pâturages extensifs.
 
Il y a une autre question à aborder ici : la question de la sensibilité (sentience) – la capacité à ressentir, percevoir ou être conscient.
 
Vous pouvez ne pas penser que les milliards d’insectes et d’araignées tués par la production de céréales sont sentients, bien qu’ils perçoivent et répondent au monde qui les entoure. Vous pourriez ignorer les serpents et les lézards en tant que créatures à sang froid incapables de sensibilité bien que qu’ils forment des couples et prennent soin de leurs jeunes. Mais pour les souris ?  
 
Les souris sont beaucoup plus sensibles (sentientes) que nous le pensons. Elles chantent les unes aux autres des chants d’amour complexes, personnalisés qui deviennent de plus en plus complexes au cours du temps. Chanter quel que soit le genre de chant est un comportement rare parmi les mammifères qui n’était connu auparavant que chez les baleines, les chauves-souris et les humains.
 
Comme des adolescentes humaines en pamoison, les jeunes filles souris essaient de se rapprocher d’un chanteur de charme talentueux. A présent les chercheurs tentent de déterminer si les  innovations dans les chants sont génétiquement programmées ou si la souris apprend à varier ses chants lorsqu’elle grandit.
 
Les bébés souris laissés au nid chantent pour leur mère – un genre de chant pleureur pour lui dire de revenir. Pour chaque femelle tuée par le poison que nous répandons, en moyenne six bébés souris entièrement dépendants mourront de faim, de déshydratation ou par prédation malgré qu’ils aient chanté de tout leur cœur pour appeler leur mère, lui dire de revenir à la maison.
 
Quand le bétail, les kangourous, ou d’autres animaux de boucherie sont abattus, ils sont tués instantanément. La souris meurt lentement et d’une mort par empoisonnement très douloureuse. Du point de vue du bien-être, ces méthodes de tuer sont parmi les moins acceptables. Bien que les bébés kangourous soient parfois tués ou laissés à eux-mêmes, seulement 30% des kangourous tirés sont de femelles, dont quelques-unes seulement auront des jeunes (Selon le code déontologique de l’industrie, les chasseurs doivent éviter de tirer sur des femelles avec des jeunes dépendants). Cependant, lorsque nous empoisonnons délibérément leurs mères par millions, souvent nous laissons mourir de nombreux bébés souris dépendants.
 
Remplacer la viande rouge par des céréales conduirait à la mort de beaucoup plus d’animaux sensibles (sentients), une souffrance animale beaucoup plus grande et entrainerait significativement plus de  dégradations environnementales. Des protéines obtenues à partir de bétails élevés à l’herbe coûtent bien moins de vies par kilogramme : c’est un choix qui est plus humain, plus éthique et bénéfique à l’environnement.
 
Ainsi, que doit faire un humain affamé ? Nos dents et notre système digestif sont adaptés à un régime omnivore. Mais aujourd’hui nous devons prendre en compte des questions philosophiques. Nous nous soucions de l’éthique mise en jeu dans la mise à mort d’herbivores et nous nous demandons s’il n’y aurait pas une autre façon plus humaine d’obtenir des nutriments adéquats.
 
Compter sur les céréales et les légumineuses conduit à la destruction des écosystèmes indigènes, à des menaces significatives sur les espèces indigènes et à au moins 25 fois plus d’animaux sensibles (sentients) morts par kilogrammes de nourriture. La plupart d’entre-eux se chantent des chansons d’amour les uns aux autres, jusqu’à ce nous les tuions en masse de façon inhumaine.
 
L’Honorable Michael Kirby, ancien juge à la Haute Cour, écrit que :
 
« Par notre sensibilité (sentience) partagée, les êtres humains sont intiment connectés aux autres animaux. Pourvu de raison et de parole, nous sommes les seuls capables de prendre des décisions éthiques et de nous unir pour un changement social au bénéfice d’autres qui n’ont pas de voix. Les animaux exploités ne peuvent protester contre leur traitement ou demander une vie meilleure. Ils sont entièrement à notre merci. Ainsi toute décision concernant le bien-être animal, que ce soit au Parlement ou au Supermarché, nous met en face d’un grave test de caractère moral »
 
Nous savons que les souris ont une voix mais nous ne l’avons pas écoutée.
 
Le défi pour un mangeur éthique est de choisir le régime qui cause le moins de morts et de dommages à l’environnement. Il semble qu’un régime omnivore qui inclut la viande bovine d’élevage herbager soit plus soutenable d’un point de vue éthique et même que le soit un régime qui inclut du kangourou prélevé dans la nature de façon durable.
 
Je remercie de nombreux collègues et parmi eux Rosie Cooney, Peter Ampt, Grahame Webb, Bob Beale, Gordon Grigg, John Kelly, Suzanne Hand, Greg Miles, Alex Baumber, George Wilson, Peter Banks, Michael Cermak, Barry Cohen, Dan Lunney, Ernie Lundelius Jr et les experts relecteurs anonymes de l’article de l’ Australian Zoologist pour leurs utiles critiques.
 

Tf. : JF D.

Titre original :  Ordering the vegetarian meal? There’s more animal blood on your hands
https://theconversation.com/ordering-the-vegetarian-meal-theres-more-animal-blood-on-your-hands-4659

Dimanche 21 Janvier 2018 Commentaires (0)

Les travaux agricoles nécessaires à la production des céréales et légumineuses qui sont des éléments de base d’un régime végétalien sont la cause de la mort d’un grand nombre d’animaux des champs qui sont souvent tués de façon beaucoup plus cruelle que le bétail. C’est ce qui ressort des débats auxquels a donné lieu, il y a quelques années, la parution dans des revues spécialisées de deux articles, l’un en 2003 de Steven Davis, professeur de Zoologie à l’ Oregon State University, l’autre en 2011 de Mike Archer, professeur à l’University of New South Wales (Université de Nouvelle-Galles du Sud – Australie), zoologiste et paléontologue impliqué dans le domaine de la biologie de la conservation. Une version de ce dernier article a été publiée sur le site The Conversation, ce qui lui a assuré un écho dépassant le cercle des spécialistes et des militants de la cause animale. Alors que le véganisme s’offre aujourd’hui en France une grande visibilité grâce à des militants acharnés, ce débat semble oublié alors qu’il n’a rien perdu de sa pertinence ni de son actualité. Le but de cet article est de le rappeler et d’en tirer les principales leçons. Il doit être suivi d’un autre exclusivement consacré à la réaction à l’article de Mike Archer par la très active association néowelfariste végane L214.


Les végans croient qu’un régime  végétalien permet de manger sans tuer ou faire souffrir des animaux. C’est faux !
Le principe du moindre mal est un principe accepté dans toute éthique animale, libération des animaux, droit des animaux, végane. C’est à lui que les végans recourent pour justifier le choix d’un régime végétalien même dans le cas où l’on devrait reconnaître que les végétaux sont des êtres sensibles (sentients) et donc capables de souffrir « puisque l’inefficacité de la production de viande signifie que ceux qui en mangent sont responsables de la destruction d’au moins dix fois plus de plantes que les végétariens ». Mais ce recours au principe du moindre mal peut se retourner contre eux si le nombre d’animaux tués volontairement ou non dans l’agriculture est effectivement supérieur à celui du bétail et autres animaux tués en élevage et si de plus, les morts ainsi occasionnées sont extrêmement cruelles. 
 
Si dans un régime végan on ne mange pas de grands herbivores, ni aucun produit animal, il faut tuer beaucoup plus de petits mammifères pour manger végan : Steven Davis.
 
En 2003 dans un article qui a fait date « The Least Harm Principle May Require that Humans Consume a Diet Containing Large Herbivores, Not a Vegan Diet », Steven L. Davis accepte le principe du moindre mal et considère, au moins pour les besoins de la discussion, qu’il doit s’appliquer à notre façon de nous nourrir : d’un point de vue moral, il faut choisir celle qui épargne le plus d’animaux et leur fait subir le moins de dommages. Il indique que cette façon d’aborder le problème est en accord avec l’Ethique des droits des animaux du philosophe Tom Regan mais alors que Regan en conclut que le régime vegan est le seul acceptable d’un point de vue éthique, un régime d’où tout produit d’origine animale serait exclu, Davis conteste cette conclusion et soutient une position inverse. Si l’on admet qu’il n’est pas plus mauvais (condamnable d’un point de vue éthique) de tuer une vache qu’une souris ou des animaux des champs comme le pigeon, le moineau, l’étourneau, le faisan, la dinde sauvage, le lapin, le lièvre, le rat des champs etc. alors, selon Steven Davis, Tom Regan se trompe. Lorsqu’il faut labourer, désherber, récolter céréales ou légumineuses nécessaires pour le régime végan, l’agriculture tue, volontairement ou non, bien plus d’animaux que l’élevage herbager sur prairies permanentes. Tous ces travaux agricoles entrainent une mortalité animale inaperçue qui n’est pas prise en compte. Pourtant elle est bien plus importante, en quantité que la somme du bétail tué et des petits animaux sauvages morts à cause des travaux sur les pâtures requérant l’intervention de tracteurs et matériel agricole divers ; ceux-ci étant bien plus rares, voire inexistants : pas de labourage, ni de semis, ni de récoltes.  
 
En 2002, lors de la présentation de ses recherches à l’occasion du Congrès de la « European Society for Agriculture and Food Ethics » qui s’est tenu à Florence, Davis avait estimé qu’il y avait une lacune conséquente dans les théories des droits des animaux, l’absence de prise en compte des animaux des champs cultivés : « Au cours du temps que j’ai passé à étudier les théories des droits des animaux, je n’ai jamais trouvé quelqu’un qui ait envisagé la mort des animaux des champs ou le ‘préjudice’ qu’on leur cause. Cela est, me semble-t-il, une sérieuse omission »
 
Selon Davis, si ces animaux ne sont pas pris en compte par les théories des droits des animaux, et ont fait l’objet de bien peu d’études, c’est parce qu’on les voit comme des animaux dont on peut se passer, ou qu’on ne les voit pas du tout. 

Mais si on les prend en compte alors tout change selon lui. « Bien que l’on ne dispose pas d’estimations précises du nombre total d’animaux tués par les différentes activités agricoles du labourage à la récolte, quelques études montre qu’il doit être très élevé » (Although accurate estimates of the total number of animals killed by different agronomic practices from plowing to harvesting are not available, some studies show that the numbers are quite large). Pour les USA, il l’estime à 15 animaux/ha/an. Sur la base de 120 millions d’hectares cultivés en 1997 et si l’on suppose que toute cette surface est utilisée pour produire des aliments destinés à un régime végan, on obtient « 15 x 120 millions = 1 800 millions ou 1.8 milliard d’animaux tués annuellement pour produire une alimentation végétarienne. »
 
D’un autre côté, dans l’élevage herbager de ruminants, la récolte du foin demande beaucoup moins d’activité agricole, de passages de tracteurs. De plus « on tuerait encore moins d’animaux des champs si les animaux herbivores (ruminants comme le bétail) était utilisé pour récolter le foin et le transformer en viande et produits laitiers ». Davis considère que le fourrage fauché sur prairies permanentes et le pâturage seraient le nec-plus-ultra de l’agriculture sans labour, agriculture sans labour reconnue par tous les naturalises (wild écologist) comme « ayant des effets largement positifs sur les mammifères sauvages ». Sur ces bases, Davis estime que l’on peut diviser par deux le nombre d’animaux des champs tués dans le cadre d’un élevage herbager de ruminants.
 
Si l’on suppose que la moitié des terres agricoles des US soit utilisée pour produire des végétaux pour la consommation humaine et que l’autre moitié soit utilisée pour des productions de viande et de lait, « combien d’animaux seraient tués par an pour la nourriture humaine ? »
« 60 million ha de production végétale × 15 animaux/ha = 0.9 milliard
60 million ha, de production herbagère × 7.5 animaux/ha = 0.45 milliard
Total: 1.35 milliard d’animaux »
 
A ces 1.35 milliard d’animaux sauvages tués dans le cas d’un régime omnivore avec de la viande de bétail provenant d’un système herbager, il faut ajouter le bétail tué que Davis évalue sur la base des statistiques officielles à 74 millions de ruminants, somme qu’il obtient en doublant le nombre de ruminant effectivement tués (37 millions) pour remplacer les 8 milliards d’autres animaux de ferme effectivement tués. En définitive dans ce régime, le nombre d’animaux tués est de 1.424 milliard. Si on le compare au 1.8 milliard dans le cas d’un régime végétarien, si l’on applique le principe du moindre mal, l’affaire est entendue. Mais qu’est-ce qui empêcherait de l’appliquer ? D’un point de vue purement éthique, non spéciste, est-il plus moral de tuer une souris qu’une vache ?
 
Davis termine son article en réfutant une objection qui réapparaîtra souvent dans le débat, ceux qui la soulèveront semblant avoir oublié que Davis l’avait envisagée et tenté de la réfuter. Il y aurait cependant une différence : la vache est tuée volontairement, la souris accidentellement lors de travaux agricoles ou à cause de la perte du couvert végétal, par exemple, due à la moisson du champ. Pour Davis, il n’y a pas de réelle différence : « Il me semble que le préjudice causé à l’animal est le même : la mort est la mort ». Il rappelle que les philosophes utilitaristes qui développent une éthique animale ne voient aucune différence entre les deux cas : ce qui compte étant les conséquences et non les intentions. Enfin, l’agriculteur compte sur la prédation pour se débarrasser des souris et autres animaux des champs dont il juge la présence inopportune et à défaut il les empoisonnera lui-même.
 

Les végans croient qu’un régime  végétalien permet de manger sans tuer ou faire souffrir des animaux. C’est faux !
La riposte végane : Gaverick Mathenay
 

La riposte des végans à cet article ne s’est pas faite attendre. Elle apparaît sous la forme d’un article dans le numéro suivant de la même revue qui avait publié l’article de Davis. L’auteur Gaverick Mathenay est aujourd’hui à la tête d’une agence des renseignements US. Il est aussi le cofondateur de « New Harvest » qui promeut notamment la viande in vitro en remplacement de la viande obtenue par l’élevage d’animaux.
 
Dans son article il évoque plusieurs arguments notamment les mauvais traitements qui sont infligés aux bestiaux dont le marquage au fer rouge, la castration et l’écornage mais aussi le percement des oreilles pour y accrocher les étiquettes de traçabilité. Mais comme on peut difficilement comparer les souffrances des animaux sauvages éventrés ou empoisonnés avec celles des bœufs ou des vaches laitières, l’argument n’est pas celui qui a été retenu par la plupart des auteurs qui ont suivi.
 
L’argument qui a semblé massue est le suivant : dans son raisonnement Davis oublie qu’il faut beaucoup plus de surfaces dans le cas des systèmes herbagers pour produire des protéines animales (viande et lait) que dans un système de culture soja/maïs pour produire la même quantité de protéines. Dans le premier cas, pour produire 1 tonne de protéines issues de la viande, il faut 10 ha ; 2.6 ha pour le lait, alors que dans le second cas, il ne faut que 1ha. En reprenant les chiffres de Davis de 15 animaux tués à l’hectare dans le cas des systèmes de cultures et de la moitié dans les systèmes herbagers, pour les 20 kg de protéines annuelles recommandées pour un adulte, un végan devra tuer 0.3 animal sauvage, un lacto-végétarien 0.39 et un omnivore à la façon Davis 1.5. En appliquant le principe du moindre mal on doit choisir le régime Végan.
 
Il y a un autre point faible dans l’argumentation de Davis que les végans vont mettre en lumière : la différence entre le fait de tuer par accident, involontairement, et celui de tuer volontairement dans un système où tout est organisé en fonction de la fin poursuivie, l’abattage et la préparation des carcasses en viande bouchère. C’est comme si on mettait sur le même plan, les homicides involontaires et les homicides volontaires. Ce qui est tout à fait contre-intuitif et contraire à l’esprit des lois pénales dans la plupart des cas.
 
Le mérite de Davis reste celui d’avoir attiré l’attention sur ces animaux sauvages qui ne sont ni mangeables (au moins dans la culture occidentale), ni chassables, souvent considérés comme des « pestes » et qui sont les oubliés de tous les éthiciens des droits des animaux comme de leurs adversaires. L’existence de ces victimes de la production de céréales/légumineuses qui sont à la base des régimes végétaliens affaiblissent la condamnation des « carnistes » par les végans : pour produire les éléments de base de leur régime, il faut aussi tuer des êtres sentients.
 
Cela ne saurait satisfaire les végans qui aimeraient qu’aucun animal ne soit tué pour leur nourriture. Aussi certains se sont attaqués aux estimations de Davis des 15 animaux tués à l’hectare dans le cas des cultures de légumineuses ou de céréales. Ils recherchent dans les études écologiques ou éthologiques des données ou des résultats  qui leur permettraient d’établir que les travaux agricoles sur les cultures céréalières et légumineuses ne causent la mort que d’un nombre infime d’animaux et notamment de rongeurs. Une étude est très populaire dans leur littérature : « The effects of Harvest on arable wood mice, Apodemus sylvaticus » de T. E. Tew & D. W. Macdonald, Biological Conservation 1993, 65, 279-283. Des 32 souris que les auteurs avaient équipées d’un radiotraceur, une seule a été tuée par les machines lors de la récolte. 17 autres ont été prédatées lorsque le couvert végétal a disparu après la récolte. Certains végans oublient carrément ces dix-sept. Ils ne retiennent que la souris écrasée et estiment qu’il s’agit une mort accidentelle. C’est le cas d’Ophélie Veron dans son ouvrage Planète végane paru en 2017. Des éthiciens végans comme le philosophe australien Andy Lamey (2007) et certains naturalistes protecteurs des rapaces considèrent qu’il ne s’agit là que de phénomènes naturels, et que du point de vue des rapaces, cette récolte qui met le champ à nu est une bonne chose. En fait, en interférant dans des processus naturels et parce qu’il interfère, l’agriculteur est bel et bien responsable de cette prédation : elle a lieu immédiatement après la récolte qui dépouille le champ de sa végétation haute. D’ailleurs l’agriculteur aussi voit d’un bon œil cette prédation qui détruit des rongeurs qui attaquent ses récoltes. Naturalistes de la conservation et agriculteurs choisissent donc entre les espèces que ce soit d’un point de vue « patrimonial » ou d’un point de vue économique, les rapaces seront classés espèces patrimoniales et les souris des pestes. Une classification pour le moins spéciste et anthropocentrique.
 
De plus outre leur intérêt écologique et éthologique, tous les articles cités qu’ils concernent les mulots, les rats des rizières, etc. … cherchent à mieux connaître ces rongeurs dans le but de trouver des moyens pour au mieux de les priver de leur domaine vital lorsqu’il empiète sur les terres agricoles, au pire pour les éliminer plus efficacement en diminuant les risques et en minimisant les coûts. De telle sorte que l’on ne peut plus guère considérer ces morts comme accidentelles. D’où, à nouveau la question : d’un point de vue éthique, tuer une souris pour éviter ses vols de céréales serait-il plus condamnable que de tuer une vache pour la manger ou une chouette par superstition ? Si pour Regan seuls les mammifères adultes d’un an ou plus appartiennent à la communauté morale, ce n’est pas le cas des oiseaux qui ne sont admis au sein de cette communauté qu’au bénéfice du doute. Si d’un autre côté, on considère, comme les végans, qu’il suffit qu’un être soit sentient pour faire partie de cette communauté, alors il est tout aussi blâmable de tuer un quelconque d’entre eux.
 

Les végans croient qu’un régime  végétalien permet de manger sans tuer ou faire souffrir des animaux. C’est faux !
En Australie, c’est un régime omnivore à base de viande bovine et de kangourou qu’il faut préférer d’un point de vue éthique : Mike Archer
 
En 2011 dans un article qui a eu un fort retentissement «Ordering the vegetarian meal ? There’s more animal blood on your hands » paru sur le site The conversation, Mike Archer, un paléontologue et zoologiste australien, défend pour l’Australie une thèse analogue à celle que Steven Davis a argumentée pour les USA. Une première version de cet article intitulée « Slaughter of the singing sentients: measuring the morality of eating red meat. » avait été publiée dans Australian Zoologist. Le texte de The conversation est un peu abrégé et ne cite pas toutes les références de l’article initial publié au format d’une revue scientifique avec comité de lecteurs. Dans la bibliographie de cet article, il ne cite pas l’article de Davis. L’éthicien auquel Mike Archer se réfère n’est plus l’américain Peter Regan mais son compatriote l’australien Peter Singer, le philosophe utilitariste de la « libération animale ».
 
Mike Archer est connu d’un large public pour avoir initié un programme de recherche pour ressusciter par clonage deux espèces endémiques et emblématiques de l’Australie, la grenouille à incubation gastrique, éteinte depuis 1983 et le tigre de Tasmanie dont le dernier sujet est mort en 1936. En 2014, les généticiens australiens travaillant sur ce programme ont réussi à recréer des embryons de grenouilles à incubation gastrique. Mais ils sont tous morts. Malgré cet échec le projet continue et des essais sont menés une fois par an, suivant le cycle de reproduction de la grenouille hôte.
 
Comme l’avait fait Davis dans le cas Tom Regan et des US, Archer a pour but d’établir que du principe qu’il attribue à Singer « si nous pouvons choisir la façon de nous nourrir, nous devons choisir celle qui cause le moins de souffrances inutiles aux animaux », il ne suit pas que le régime des Australiens doit être végan mais omnivore à base de viande rouge de bovins élevés en pâturage extensif sur prairies ou sur des parcours et de viande de kangourou obtenue dans le cadre d’une chasse commerciale soutenable (durable) qui garde l’espèce en bon état de conservation. Il reconnait qu’il y a là comme un paradoxe lorsque l’on sait qu’il faut environ entre deux et dix kilos de végétaux, selon le type de céréales considérées, pour produire un kilo d’animal, ce qu’il ne remet pas en doute.
 
Archer constate qu’en Australie toutes les terres arables défrichées sont utilisées pour produire des aliments végétaux. Il insiste sur le fait que cette mise en culture a été une catastrophe écologique. Le défrichage de la végétation indigène a occasionné la destruction de milliers de plantes et d’animaux autochtones pour produire du riz, du soja, du maïs et autres végétaux. Il écrit : « Depuis que les Européens arrivèrent sur ce continent, nous avons perdu plus de la moitié d’une végétation indigène endémique, principalement pour augmenter la production de monocultures d’espèces introduites pour la consommation humaine. » Et c’est cette végétation et les animaux sauvages autochtones qu’il faut préserver. Mais si tous les australiens devenaient végétaliens, il faudrait, selon lui, encore augmenter les surfaces agricoles de façon très importante ou augmenter à coup d’engrais et de pesticides la productivité et le rendement des terres déjà cultivées pour satisfaire la demande en végétaux. Deux solutions inacceptables d’un point de vue écologique.
 

Archer souligne qu’en comparaison en Australie l’élevage est beaucoup moins néfaste que l’agriculture céréalière. C’est un élevage extensif qui se déroule sur des écosystèmes primaires qu’il ne détruit pas, même si par endroit, il peut entraîner des dommages significatifs à la couverture végétale. Ces zones de pâturage ne sont pas adaptées à la culture. Cet élevage est la seule façon de les utiliser pour en obtenir de la nourriture. En Australie, elles couvrent 70% du territoire. Cet élevage produit les deux tiers des bovins tués. Très peu sont « finis » avec des suppléments de céréales et seulement 2% sont nourris aux céréales dans des parcs d’engraissement. Il résulte de cela que d’une part l’élevage n’entre pas en compétition avec la production de céréales pour la nourriture humaine et que d’autre part son bilan écologique est incomparablement supérieur à l’utilisation des sols pour l’agriculture, notamment en ce qui concerne la préservation des écosystèmes autochtones et de la végétation endémique de l’Ile. En outre la chasse commerciale au Kangourou fournit aussi une viande de bonne qualité et les kangourous n’endommagent pas les sols fragiles par piétinement comme le font les bestiaux.
 
Archer estime que la mise en culture des prairies pour produire des céréales ou des légumineuses  a entrainé un véritable massacre d’êtres vivants, plantes et animaux sauvages qui ne seraient peut-être pas tous reconnus comme sentients mais parmi eux il y en a qui le seraient indubitablement. Toutefois à la différence de Davis, ce n’est pas à un décompte de ces animaux qui sont des victimes collatérales de travaux agricoles tuées de façon non intentionnelle qu’Archer va s’attacher. De ce fait, il évite les discussions sans fin sur la question de savoir si l’on doit compter comme animal tué pour produire de la nourriture les animaux écrasés par un tracteur, hachés par une moissonneuse-batteuse, ou prédatés suite à une récolte ou un labour. Ce qu’Archer met en avant c’est la destruction des milieux naturels et des écosystèmes associés par l’utilisation agricole des sols. Ce qui est indiscutable et doit être pris en compte dans nos choix de nourritures.
 
Il va s’en tenir aux pertes des souris des champs lors des épisodes de pullulation. Dans ces épisodes qui se reproduisent tous les quatre ans, on compte 500 à 1000 souris par ha. 80% sont tuées par empoisonnement. Ce qui fait une moyenne d’au moins 100 souris/ha/an de tuées empoisonnées (500/4 x 0.80).
 
Archer calcule ensuite combien de protéines disponibles sont produites à l’hectare en blé. On obtient en Australie pour un rendement moyen de 1.4 tonnes/ha, 13% de protéines utilisables. Sur cette base il faut 0.55 ha pour obtenir 100 kg de protéine végétales utilisables. Donc 55 souris au moins (100 x 0.55) sont tuées pour obtenir cette quantité de protéines. Pour une même quantité de protéines il fallait abattre 2.2 bovins. Donc il faut tuer 25 fois plus d’animaux pour les obtenir à partir de végétaux  que pour les obtenir à partir de viandes animales.
 
On voit qu’en procédant de cette façon, Archer ne peut pas être accusé de ne pas prendre en compte le nombre d’hectares nécessaires pour produire des céréales ou de la viande bovine. D’ailleurs dans le cas d’élevages extensifs sur parcours, l’estimation des surfaces parcourues par les troupeaux n’aurait guère de sens. Une objection du type de celle que Mathenay adressait à Davis ne serait donc pas pertinente.
 
Dans son calcul Archer traite de la même façon, accorde autant de considération à une souris qu’à une vache.  Revient alors la question récurrente : tuer une souris, est-ce aussi condamnable, moralement parlant, que de tuer une vache ?
 
On aurait tendance à répondre non. Mais si l’on adopte le point de vue d’une éthique animale, il n’y a pas lieu de faire de différence entre les deux sur la base de leur appartenance spécifique ou de l’intérêt qu’elles ont pour nous. Si nous le faisions, nous ferions preuve de spécisme, un défaut moral aussi condamnable que le racisme aux yeux des éthiciens de philosophie animale.
 
Tout être  sentient (sensible) en tant qu’être sentient mérite une même considération que n’importe quel autre être sentient. C’est pourquoi Archer va s’efforcer d’établir 1° : que les souris des champs sont des êtres sentients. Elles éprouvent des sentiments, communiquent entre elles en chantant des chants personnalisés de structures complexes, notamment des chants d’amour, chants que nous ne pouvons entendre car ces vocalises se situent dans la gamme des ultrasons. Les jeunes appellent leurs mères en émettant aussi des chants.  Donc en tant qu’être sentient, une souris est l’égal de tout autre être sentient, donc d’une vache. Il n’est ni plus ni moins moral de tuer une vache qu’une souris. 2° il estime que les souris, êtres sentients, souffrent beaucoup plus lorsqu’elles meurent empoisonnées alors que ce n’est le cas ni des bovins s’ils sont abattus selon les règles, ni des kangourous s’ils sont tués par de bons tireurs conformément aux instructions. Les souris sont empoisonnées. « Du point de vue du bien-être, ces méthodes de tuer sont parmi les moins acceptables ». Quant aux jeunes souriceaux, lorsque leur mère est tuée, ils sont condamnés à mourir de faim et de déshydratation dans une longue agonie bien qu’ils aient « chanté de tout leur cœur pour appeler leur mère, lui dire de revenir à la maison ».

Les végans croient qu’un régime  végétalien permet de manger sans tuer ou faire souffrir des animaux. C’est faux !
En résumé il faut tuer et tuer salement avec beaucoup de souffrances pour produire des céréales et des légumineuses, base du régime végan. Archer peut alors conclure que pour un Australien « Remplacer la viande rouge par des céréales conduirait à la mort de beaucoup plus d’animaux sentients (sensibles), une souffrance animale beaucoup plus grande et entrainerait significativement plus de dégradations environnementales. Des protéines obtenues à partir de bétails élevés à l’herbe coûtent bien moins de vies par kilogramme : c’est un choix qui est plus humain, plus éthique et bénéfique à l’environnement. » Le régime qu’il juge le plus éthiquement correct est donc à base de viande rouge obtenue à partir de bêtes issues d’élevages herbagers, de chasses commerciales écologiquement responsables de kangourous. 
 
Inutile de dire que les végans ont réagi avec une grande vigueur à cet article. Mais la plupart de leurs critiques –  quand elles ne sont pas ad hominem et donc irrecevables – sont hors sujet. Elles se fondent sur l’état de l’élevage envisagé au niveau mondial, alors qu’Archer s’en tient au cas de l’Australie qui est bien spécifique. Ce type de critiques assez redontantes constitue l’essentiel des « réfutations » de Patrick Moriarty 2012, Garry Francione  2013, All Animals Australia  2014, ... Ces critiques tombent dès lors que le propos est bien restreint à la situation en Australie qui est d’ailleurs tout à fait originale. Il y a bien quelques passages de l’article d’Archer qui pourraient laisser penser que ce dernier croit son analyse généralisable, notamment lorsqu’il cite George Monbiot, Simon Farlie et Lierre Keith. Le titre de la version publiée sur le site The conversation peut aussi porter à confusion. Mais dans l’ensemble il prend soin de rapporter son propos à l’Australie.
 
Il y a une leçon importante à tirer de cette absence de pertinence des critiques que l’on vient d’évoquer et qui sont hors sujet : d’une manière générale, le contexte et les situations sont très différentes d’une région du monde à une autre. C’est vrai pour les rendements des cultures de céréales et de légumineuses qui varient aussi d’une année sur l’autre et parfois de façon significative. C’est vrai aussi pour les changements d’occupation des sols. La déforestation en Amérique du Sud n’a pas son équivalent en Europe où l’on assiste à une tendance contraire. Ce qui menace les forêts en Europe, c’est l’exploitation du bois dans le cadre d’une transition énergétique. En France l’élevage bovin pour la viande et le lait est principalement herbager. C’est vrai pour les pullulations de rongeurs. En France par exemple, les prairies sont victimes de pullulations de rats taupiers et les régulations par empoisonnement sont catastrophiques pour les populations de milans royaux. Par contre les pullulations de souris dans les champs de blé ou de maïs sont plus rares. Bref, en matière d’élevage et de cultures, un raisonnement à l’échelon planétaire doit être conduit avec prudence en dépit de la mondialisation des échanges commerciaux.
 
En lisant les autres critiques qui sont formulées par ces auteurs, on en arrive à se demander s’ils  ont lu l’article qu’ils prétendent critiquer. Par exemple All Animals Australia reproche à Archer de ne pas prendre en compte l’érosion des sols due au pâturage alors qu’il le prend en compte et recommande de mieux utiliser la viande issue de la chasse commerciale aux kangourous qui « ont le pied léger ».
 
Lorsque Francione reprend la ritournelle selon laquelle les céréales sont cultivées principalement pour nourrir les bovins, il ne semble pas avoir lu l’article. De même lorsqu’il déclare que dans un monde végan le problème des pullulations de rongeurs ne se poserait pas avec une telle ampleur parce qu’il y aurait moins de quantité de céréales produites et que l’on trouverait des meilleures solutions respectueuses de la vie des animaux. Si comme c’est le cas en Australie les bovins ne consomment que très peu de céréales, étant élevés conformément à leur nature, c’est-à-dire avec de l’herbe, ce n’est pas moins de céréales qu’il faudrait dans une Australie végane, mais plus.
 
Si Francione a vraiment lu l’article, il ne l’a pas compris parce qu’il semble ne pas pouvoir s’abstraire de sa vision de bétails nourris à l’américaine avec des céréales dans des parcs d’engraissement. Enfin quant aux méthodes respectueuses de la vie des animaux pour faire face à ces pullulations, on aurait aimé en savoir un peu plus. Ainsi invoquées, elles ne sont qu’une façon de refuser de prendre en considération le problème, problème très gênant pour un végan qu’il préfère évacuer par un effet de rhétorique creux. C’est assez pitoyable de la part d’un philosophe, figure de proue d’un véganisme abolitionniste qui se veut sans concession.
 
Sur quelques points Archer semble un peu trop optimiste comme sur le respect des règles de bien-être animal et des chartes de bonnes pratiques. Par exemple pour ce qui concerne la chasse commerciale du kangourou, il semblerait, si l’on en croit All Animals Australia 2014, que les choses ne se passeraient pas aussi bien sur le terrain avec dans certains cas des animaux seulement blessés et des femelles accompagnées tuées et leurs jeunes abandonnés à eux-mêmes. Il en va sans doute de même en ce qui concerne l’abattage des bovins dans les abattoirs où en Australie pas plus qu’ailleurs les règles pour éviter toute maltraitance ne sont pas toujours respectées.
 
Ceci nous conduit à envisager la question de la souffrance : il est difficile de comparer et de décider dans le cas d’espèce si l’agriculture entraine plus de souffrances pour les souris que l’élevage herbager pour le bétail ou la chasse commerciale pour les kangourous. Marquages au fer rouge, écornages (si c’est le cas), castrations sont le lot des bestiaux mais pas celui des kangourous, ni des souris. Bref, le débat peut être sans fin. Bien que les vaches et les broutards souffrent de tous ces maux, que leur existence est brève, il est difficile d’affirmer que leur vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue. La vie sauvage recèle d’autres expériences et aléas aussi douloureux…
 
In cauda venenum : JF D
 

Certes l’Orégon n’est pas l’Australie et l’Australie n’est pas l’Europe. Ce qui vaut pour l’un ne vaut pas pour les autres. Mais il y a tout de même un point important qui ressort des débats autour des articles de Stephen Davis et Mike Archer, c’est que pour produire les éléments de base d’un régime végétarien, il faut tuer et faire souffrir des animaux, notamment des rongeurs, de taupes et des oiseaux comme les corbeaux, les pigeons ou les étourneaux sans compter les limaces et quantités d’insectes ravageurs que les végans et les philosophes animalistes ont tendance à oublier. Ceux qui penseraient que cela est dû aux grandes cultures seraient contredits par tous ceux qui cultivent un lopin de terre ou un potager en autoproduction. Même la permaculture n’échappe pas à cette nécessité que ce soit directement ou par l’intermédiaire de carnivores. C’est tout simplement parce que c’est une loi de la nature.
 
C’est cela qui explique en fin de compte la virulence des végans militants et de leurs idéologues. Tout d’abord, il leur est difficile d’admettre que les aliments qu’ils cuisinent et mangent ne peuvent pas être produits sans souffrance et qu’il faut que des animaux soient tués volontairement. Ensuite la mise au grand jour et le rappel de ces tueries et de leur cruauté abolissent la différence éthique qui pouvait sembler exister entre leur végétalisme et l’omnivorisme ordinaire de la plupart des gens, ou ceux spéciaux préconisés par Steven Davis pour les US ou Mike Archer pour l’Australie. Pour décider du meilleur choix non seulement en terme d’éthique animale, mais aussi en terme d’éthique environnementale, il faut procéder au cas par cas, recourir au principe du moindre mal et les résultats ne sont pas toujours ceux que l’on attend. La belle simplicité de la propagande végane se révèle alors pour ce qu’elle est : de la propagande et de l’endoctrinement.
 

o00o  Références  o00o
 
All Animals Australia,  2014 « Debunking “Ordering the vegetarian meal? There’s more animal blood on your hands.” » https://allanimalsaustralia.wordpress.com/2014/11/12/debunking-ordering-the-vegetarian-meal-theres-more-animal-blood-on-your-hands/
 
Archer M., 2011 « Slaughter of the singing sentients: measuring the morality of eating red meat. »,  Australian Zoologist: 2011, Vol. 35, No. 4, pp. 979-982.
 
 Archer M., 2011b « Ordering the vegetarian meal? There’s more animal blood on your hands » https://theconversation.com/ordering-the-vegetarian-meal-theres-more-animal-blood-on-your-hands-4659
 
Davis S.L., 2003 « The Least Harm Principle May Require that Humans Consume a Diet Containing Large Herbivores, Not a Vegan Diet » Journal of Agricultural and Environmental Ethics (2003) 16, n°4 : 387. https://doi.org/10.1023/A:1025638030686
 
Francione  G., 2013 « Vegetarianism: less grain for cattle, fewer animals killed in grain fields » http://www.abc.net.au/radionational/programs/scienceshow/vegetariansim3a--less-grains-for-animals2c-less-animals-kille/4679802#transcript
 
Lamey A. 2007 « Food Fight! Davis versus Regan on the Ethics of Eating Beef (August 25, 2008) ». Journal of Social Philosophy, Vol. 38, No. 2, pp. 331-348, Summer 2007. Available at SSRN: https://ssrn.com/abstract=1253172
 
Matheny G,. 2003 « Least Harm: A Defense of Vegetarianism from Davis’s Omnivorous Proposal »
Journal of Agricultural and Environmental Ethics 16, no. 5 (2003): 509
 
Moriarty P., 2012 « Vegetarians cause environmental damage, but meat eaters aren’t off the hook » https://theconversation.com/vegetarians-cause-environmental-damage-but-meat-eaters-arent-off-the-hook-6090
 
 

Lundi 15 Janvier 2018 Commentaires (7)

A supposer que le véganisme ne soit pas supérieur à d’autres règles de vie tant d’un point de vue écologique que diététique, cela rendrait la tache de le faire adopter plus ardue, mais cela ne remettrait nullement en cause ses règles vie et leur fondement éthique. Le véganisme est avant tout un style de vie découlant d’une éthique. Ce sont les fondements de cette éthique qu’il s’agit de questionner dans cet article.


Je compte montrer qu'une éthique végane est incapable de justifier les limites de la communauté morale, c’est-à-dire de fournir un critère discriminatif permettant de séparer les entités vivantes entre d’un côté celles envers lesquelles nous avons les mêmes devoirs que ceux que chacun de nous à vis-à-vis d’autrui (c’est-à-dire les autres humains) et ceux qui n’ont qu’une valeur instrumentale. Cette impossibilité a des conséquences catastrophiques pour cette éthique. Il ne s’agit pas de critiquer ceux qui ont choisi ce style de vie et les règles de conduite qu’il implique tant que cela ne dépasse pas les limites d’un choix personnel. Par contre il s’agit de montrer que les végans militants qui tentent d’imposer aux autres leur choix par la persuasion et peut-être un jour par la force ou par la loi ne sont nullement fondés à le faire.

Pourquoi est-il important pour une éthique végane de justifier une frontière bien nette entre les êtres vivants qui appartiennent au règne animal et ceux qui appartiennent à un autre règne, notamment le règne végétal ? Tout simplement parce qu’il faut que soit justifié que l’on puisse utiliser ces derniers, eux ou leurs produits pour nos usages, notamment les tuer pour les manger, ou les exploiter en utilisant leurs produits sans contrepartie, en ne leur attribuant de valeur qu’instrumentale en tant qu’ils nous sont utiles.
 
Les ricanements et les plaisanteries du style « Tu as déjà entendu crier la carotte quand on la coupe » ne sont pas de mise. Ils témoigneraient au mieux de l’ignorance, au pire de l’esprit borné de ceux qui s’en gargarisent. Je citerai donc à leur intention ce texte de John Stuart Mill qu’un des philosophes les plus importants dans le domaine de l’éthique animale, théoricien et défenseurs des droits des animaux, Tom Regan a mis en exergue de son ouvrage princeps en la matière « Tout grand mouvement doit faire l’expérience de trois étapes : le ridicule, la discussion, l’adoption » mais qui est aussi très pertinent dans le contexte.

A la racine du véganisme, une ontologie populaire non questionnée.
 
Quel statut attribuons-nous spontanément aux plantes herbacées, aux buissons, arbustes et arbres qui nous entourent dès que nous quittons les espaces urbanisés ? Nous ne les considérons pas comme des entités constituées de matière inerte comme les cailloux du chemin, ces choses sont vivantes. Elles ne sont pas des machines et nous le savons bien mais nous les considérons un peu comme des machines réagissant machinalement aux stimuli de leur environnement. Ceux qui s’en soucient le moins les perçoivent même comme des choses inanimées. Nous leur refusons toute vie psychique, toute mémoire et toute intelligence parce que nous savons qu’elles n’ont ni cerveau, ni système nerveux. N’ayant ni l’un, ni l’autre elles ne peuvent éprouver de douleur, elles ne peuvent souffrir pensent la plupart des gens.

Ce n’est pas le cas du merle que notre présence a surpris et qui s’envole avec un cri moitié de colère moitié d’effroi, du moins l’interprétons nous ainsi. Si nous avons entendu parler de la théorie de l’animal machine, nous la trouvons tout à fait saugrenue en notre for intérieur : ce merle peut souffrir de même que cette vache qui mâchouille paisiblement dans le pré en nous regardant de ses grands yeux rêveurs. Nous la jugeons pas très intelligente – et nous avons sans doute tort ; mais intelligente tout de même – et nous avons raison.
 
C’est finalement sur cette base que va s’édifier l’éthique animale végane ou non. Les entités vivantes se répartissent en deux catégories. Il y a celles qui ont la capacité de ressentir, d’avoir des expériences, et donc au moins d’éprouver de la douleur, les êtres sensibles, « sentients » selon ce mot anglais aujourd’hui sans équivalent dans notre langue mais qui correspond assez bien à un des sens qu’avait le mot « sentiment » dans la langue classique et qu’il a perdu depuis. Il y a celles qui ne sont pas des êtres sensibles, sentients. Elles ressemblent aux cailloux par exemple qui ne sont pas sensibles, mais s’en distinguent parce que les cailloux ne sont pas vivants. Telle est l’ontologie populaire non questionnée qui est le socle de toutes ces éthiques.

La sentience
 
La première pierre de la construction d’une éthique animale sur ce socle a été posée par Rousseau lorsqu’il écrit dans ce passage souvent cité du Discours sur l’origine et le fondement de l’inégalité parmi les hommes : « Si je suis obligé de ne faire aucun mal à mon semblable, c’est moins parce qu’il est un être raisonnable que parce qu’il est un être sensible : qualité qui, étant commune à la bête comme à l’homme, doit au moins donner à l’une le droit de n’être point maltraitée inutilement par l’autre » La bête ayant le droit de ne pas souffrir, nous avons le devoir de ne pas la maltraiter inutilement. Ainsi les animaux peuvent avoir des droits. En fait les philosophes contemporains qui se sont occupés d’éthique animale étant de langue anglaise, ils se réfèrent plutôt à Jeremy Bentham qui affirme : « la question n’est pas : peuvent-ils raisonner ? ni : peuvent-ils parler ? mais : peuvent-ils souffrir ? » Savoir si un être X peut ou non souffrir fait partie de ces questions qui, en droit au moins et en dernière instance, devraient pouvoir être tranchées par l’expérience, l’observation. Par contre, la question de savoir si la possibilité de souffrir possédée par un être fait de lui un membre de la communauté morale, une entité vis-à-vis de laquelle nous avons des devoirs ne peut pas être tranchée par l’observation, l’expérience. C’est une évaluation. Elle n’est pas gratuite pour autant mais repose sur ce que nous pensons être bien ou mal. Et qui pourrait affirmer que ce n’est pas mal de faire souffrir un être inutilement ?
 
Je ne m’attarderais pas sur l’éthique animale de Peter Singer même s’il a mis l’accent sur la sensibilité car il accepte l’utilisation des animaux et de leurs produits dans certaines conditions, ce qui rend cette éthique incompatible avec le véganisme.
 
La distinction entre agent et patient moral ; la valeur inhérente
 
L’éthique végane doit à Tom Regan deux choses : la distinction entre agents et patients moraux et la notion de valeur inhérente. Pour surmonter les éthiques qui excluent les animaux de la communauté morale parce qu’ils n’ont pas la capacité de distinguer et de choisir entre le bien et le mal, Tom Regan établit une distinction entre agent moraux et patients moraux. Les agents moraux ont cette capacité et peuvent agir en connaissance de cause tandis que les patients moraux ne l’ont pas.  Alors que les humains sont à la fois agents et patients moraux, les animaux ne sont que des patients moraux, mais ils ont néanmoins une « valeur inhérente » comme les agents moraux, c’est-à-dire une valeur qu’ils possèdent en eux-mêmes en tant que tels et indépendamment de leur utilité ou l’intérêt qu’ils peuvent avoir pour les autres comme c’est aussi le cas de ces patients moraux que sont les enfants en bas âge et certains adultes « arriérés mentaux ». Les animaux font partie de plein droit de la «communauté morale» en tant que détenteurs de cette valeur inhérente. Dans un vocabulaire de style kantien plus familier au lecteur français, on dirait que l’on ne peut les traiter comme de simples moyens car ce sont des fins en soi comme le sont les personnes humaines.

Pour être patient moral, il suffit d’être « le sujet d’une vie » selon Regan. Les être vivants reconnus tels seront ceux qui selon les termes même de Regan sont capables de percevoir et de se souvenir ; d’avoir des croyances, des désirs et des préférences ; d’être capables d’agir intentionnellement à la poursuite de leurs désirs ou de leurs buts ; qui sont sensibles et possèdent une vie émotionnelle ; qui ont un sens du futur, y compris un sens de leur propre futur ; qui ont une identité psychophysique au cours du temps ; et qui ont un bien-être individuel dérivé de l’expérience qui est logiquement indépendant de leur utilité pour les autres et des intérêts que leur portent les autres. Remplir cet ensemble de conditions et les remplir toutes suffit pour être un patient moral.

Selon Regan, les animaux qui sont ainsi reconnus comme patients moraux de plein droit et donc membres de communauté morale sont les mammifères adultes de un an ou plus. Les oiseaux, les poissons et les grenouilles ne le sont qu’au bénéfice du doute selon sa propre expression.
 
Le critère « être-le sujet –d’une-vie » n’est pas satisfaisant pour fonder les règles de vie végane. Pour les végans, la démarcation que l’on peut tracer à partir du critère « être sujet d’une vie » serait à la fois trop restrictif à certains égards et trop large à d’autres.  Pour un végan tous les animaux doivent être respectés et sont porteurs d’une valeur inhérente qui les rend égaux aux humains d’un point de vue moral. Or, en considérant les oiseaux, les poissons ou les batraciens comme n’étant des sujets-d’une-vie qu’au « bénéfice du doute », Regan établit une hiérarchie entre espèces animales qui n’est pas compatible avec le véganisme qui rejette indistinctement toute utilisation de produits animaux quel que soit l’animal considéré. Que l’on songe par exemple au refus des végans de consommer du miel. Pour les végans tous les animaux doivent être respectés, mais seulement eux. Or, Regan ménage la possibilité que des entités non animales puissent avoir une valeur inhérente sans que le critère «être-le-sujet-d’une-vie » soit satisfait. Il n’est pas une condition nécessaire d’attribution de cette valeur. De ce fait, ce critère est trop large pour un végan.
 
Une éthique végane : Gary Francione
 
Gary Francione est le philosophe qui a développé une éthique animale végane. Il est lui-même végan militant. Critique sévère des positions de Singer, Francione n’est pas utilitariste. Il s’inscrit plutôt dans le cadre du « déontologisme » comme Tom Regan. Mais sa théorie est à la fois plus simple et plus radicale. Nous n’avons aucun droit moral à nous approprier des animaux non-humains pour quelque raison que ce soit. Tous sont dotés de « sentience ». Cela suffit pour les reconnaître comme membres à part entière de « la communauté morale » et que s’applique alors à leur égard un principe « d’égale considération des intérêts  » qui ne souffre pas d’exception ou plutôt qui ne devrait pas en souffrir. Pour Francione cette égale considération des intérêts n’est jamais appliquée. Elle est biaisée dans les faits, au détriment des animaux à cause de leur statut de bien appropriable, même s’ils ne sont plus reconnus comme des simples biens meubles.
 
Francione critique la « théorie de la similitude des esprits » qui ne pourrait conduire au mieux qu’à instaurer de nouvelles hiérarchies au sein du monde animal sans être profitable le moins du monde aux animaux car «l’ennui avec ce jeu des caractéristiques particulières, c’est que les non-humains ne peuvent jamais gagner. » Francione prend l’exemple des perroquets dont l’éthologie cognitive a mis en évidence la capacité à former une pensée abstraite. « Sitôt attestée la capacité des perroquets à comprendre et à manipuler des nombres à un seul chiffre, nous voilà déjà en train d’exiger qu’ils en fassent autant avec des nombres à deux chiffres » (2006, Tf. p.205). C’est la même chose en ce qui concerne les chimpanzés et le langage, etc.
 
Francione montre l’arbitraire qu’il y a à vouloir attacher la valeur morale à une « caractéristique cognitive » quelconque « située au-delà de la simple sensibilité » en reprenant le cas des humains qui souffrent de « déficience mentale aggravée ». De plus quelle que soit la caractéristique choisie, elle varie de façon importante d’un individu humain à un autre « allant d’une simple différence de degrés à l’absence totale de la dite caractéristique ». En fin de compte il n’y a pour lui « qu’une seule manière de prendre vraiment au sérieux les intérêts des êtres non humains – et c’est de reconnaître que la sensibilité est le seul critère pertinent de considération morale » (2006, p.219).
 
Dans cette théorie, à la différence de celle de Regan, la frontière de la communauté morale est nette. Les êtres sentients sont du bon côté, les autres du mauvais. De plus pour Francione, tous les êtres sentients appartiennent au règne animal et à quelques exceptions près comme les éponges tous les membres du règne animal sont des êtres sentients. Les végétaux ne sont pas des êtres sentients et sont exclus de la communauté morale. Pour un végétaliste éthique, ce point est capital et ce type de végétalisme est un pilier du véganisme. Il est moralement condamnable de tuer des animaux et de manger leur chair. Comme il faut qu’une éthique n’induise pas des règles inapplicables, que nous dépendons et dépendrons longtemps encore de produits élaborés par des êtres vivants au moins pour nous nourrir même si cet état de chose est contingent dans l'absolu, il est constitutif de notre nature, il en résulte qu’il faut que nous soit moralement permis de manger certains d’entre eux ou les utiliser eux ou leurs produits, à savoir ceux qui ne font pas partie de la communauté morale parce qu’ils ne sont pas sentients : les plantes herbacées, les arbustes, les arbres et leurs produits.
 
S’il advenait que l’on puisse établir que les végans et les philosophes végans se trompent et qu’abusés par les apparences, ils aient cru à tort que les végétaux n’étaient pas sentients alors qu’en fait la plus part le seraient, ce qui serait d’abord remis en cause, ce n’est pas le critère qui permet de déterminer l’appartenance à la communauté morale, c’est la façon dont on l’a appliqué. Dans l’hypothèse où les êtres du règne végétal seraient reconnus comme sentients, la communauté morale devrait les englober. Le végétalisme ne serait plus éthique et de ce fait l’éthique végane deviendrait inapplicable. Pour éviter d’en arriver là, on pourrait être tenté de remplacer le critère de sensibilité par un critère plus restrictif mais on tomberait alors dans des valorisations arbitraires de telles ou telles aptitudes, un arbitraire que Francione lui-même a brillamment mis en évidence.
 
Bien qu’elle concerne des questions sur ce qui doit être et non sur ce qui est, que l’on ne puisse pas inférer le premier à partir du second, l’éthique animale de Francione et les règles de vie véganes qu’elle fonde peuvent être rejetées pour des motifs empiriques car c’est bien une question de fait que celle de savoir si les végétaux et notamment ceux que nous mangeons et dont nous utilisons les produits sont ou non pourvus de sensibilité. Si la réponse était positive, alors l’éthique animale végane serait mal en point. Or la réponse est positive comme le prouve abondamment les avancées contemporaines dans le domaine du comportement des plantes.
 
D’un pur point de vue philosophique et épistémologique, il est intéressant de remarquer que les éthiques véganes, le végétalisme éthique, le végétarisme éthique sont sensibles à une réfutation empirique, sans que soit transgressé le principe issu de Hume d'impossibilité de dériver ce qui doit être de ce qui est.
 
Ce que montrent les recherches actuelles sur le comportement des plantes
 
Tout d’abord les plantes savent distinguer le moi/du non moi selon la terminologie utilisée dans les articles consacrés à ce sujet, elles ont conscience de leur corps dans l’espace sinon elles ne pourraient pas pousser droit comme l’on brillamment démontré les chercheurs du PIAF –Laboratoire de Physique et Physiologie Intégratives de l'Arbre Fruitier et Forestier de l’INRA et de l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand. Ils ont découvert que « les plantes ne peuvent pas maintenir leur port érigé à l’aide de la seule perception de leur inclinaison par rapport à la gravité. Il faut leur adjoindre une perception continue de la propre courbure de leurs tiges et une tendance à la rectification de celle-ci. Il s’agit ainsi d’un phénomène de proprioception, comparable à ce que l’on rencontre chez les animaux et les humains et qui permet aux organismes d’avoir le sens de leur forme et de leur mouvement » ; autrement dit, une certaine conscience de leur propre corps. 
 
On a montré qu’elles avaient une perception fine de leurs entours. Agressées par un prédateur elles réagissent. Selon les espèces, elles peuvent envoyer des messages olfactifs aux insectes carnivores qui sont des prédateurs de ceux qui les rongent ou se rendre immangeable pour les mammifères qui attaquent leurs feuilles et même en faire des poisons mortels tout en prévenant les autres membres de leur espèce poussant dans le secteur en émettant des COV. Comme le souligne František Baluška, un des biologistes qui fait autorité dans le domaine du comportement des plantes : « If you don’t feel pain, you ignore danger and you don’t survive. Pain is adaptive. » (in Pollan, 2013) Il ne fait pas de doute que, comme sans doute tous les êtres vivants, les plantes peuvent éprouver de la douleur, c’est-à-dire par définition souffrir au sens premier du terme. Les plantes, y compris les plantes annuelles, ont des stratégies pour maximiser leur bien-être, subvenir à leurs besoins, se défendre des prédateurs, se reproduire. Elles peuvent se projeter dans un futur proche, elles peuvent apprendre et elles ont une mémoire très différente de la nôtre mais une mémoire tout de même. (Trewavas 2003, 2014, Hall 2011, Pollan 2013, Mancuso et al. 2015, Thellier 2015, Wohlleben 2015, Hallé 2016, etc.)
 
La découverte de ces capacités chez les plantes posent le problème des structures et processus qui les sous-tendent, les plantes n’ayant ni système nerveux spécialisé, ni cerveau. Cela reste pour l’heure en grande partie inconnu et objet d’hypothèses controversées. Ce qui est certain, c’est que les plantes ont une activité électrique et qu’elles sont capables de produire et d’émettre des signaux électriques. Il se pourrait que l’on ait là comme un cerveau diffus alors que celui des animaux est concentré en un seul organe. On pense aussi que les liquides circulants, phloème et xylème, jouent un rôle mais il reste à définir. Un vaste champ de recherches est ouvert mais comme le souligne Bruno Moulia le sujet n’est pas facile parce que les végétaux ont ceci de particulier qu’ils assurent de nombreuses fonctions avec les mêmes tissus. Cela n’a rien d’étonnant, après tout. Tout le monde « savait » ou du moins « croyait savoir » que les animaux pouvaient souffrir bien avant que l’on connaisse la physiologie de la douleur qui n’est d’ailleurs pas aussi bien connue que cela.
 
Il reste qu’il est contre-intuitif de concevoir les plantes comme des entités sensibles (sentientes) parce que certains de leurs mouvements sont tellement lents que nous ne les voyons pas (sauf en accéléré), qu’une partie essentielle de leur organisme est souterrain et donc nous est imperceptible, que nous ne sentons pas la plupart des odeurs qu’elles émettent et que celles que nous sentons, nous n’en saisissons pas le sens, etc. Bref, c’est contre-intuitif parce que nous ne savons pas lire leur comportement comme nous croyons savoir lire les comportements de certains animaux même très différents de nous, notamment ceux exprimant la douleur. Au sujet d’un ver de terre se tortillant au bout d’un hameçon, il nous est difficile de ne pas croire qu’il souffre même si nous ignorons à quoi peut ressembler la souffrance d’un ver de terre et même si cet être vaguement répugnant pour beaucoup ne nous inspire qu’une compassion minimale, voire pas de compassion du tout.
 
Comme il est difficile de douter de la capacité à souffrir d’un animal, la théorie des animaux machines parait absurde. Mais supposons que l’on ait de très bonnes raisons dérivées de théories solidement fondées de considérer que les animaux ne puissent pas être sentients, il pourrait être rationnel d’estimer que lorsqu’un chien blessé gémit, il ne s’agit pas vraiment de douleur mais que nous le croyons à cause d’une projection anthropomorphique spontanée due à l’analogie de son comportement avec nos propres comportements. Nous saurions qu’il ne souffre pas mais nous continuerions à avoir l’illusion du contraire.
 
Dans le cas des plantes, c’est exactement l’inverse. Nos croyances spontanées s’opposent à l’idée qu’une plante puisse être un être sensible, même si nous avons des preuves expérimentales contraignantes. Rejetant Descartes et sa théorie de l’animal machine non sentient, il est cocasse de constater que les végans sont contraints de défendre contre vents et marées une théorie qui ressemble fort à celle de la plante machine qui a toutes les chances d’être fausse.
 
Les éthiques animales véganes sont un spécisme zoocentrique
 
La caractérisation du zoocentrisme comme la défense des droits et intérêts des animaux face aux humains devrait être modifiée dès que l’on reconnait que les plantes sont des êtres sensibles (sentients). Il doit être considéré comme une forme de spécisme qui consiste à privilégier les intérêts et droits de la plupart des membres des espèces animales avec une préférence pour les mammifères humains compris , les oiseaux et les poissons au détriment de ceux des autres êtres vivants et donc des plantes. Les éthiques véganes, végétalienne éthiques et végétariennes éthiques sont zoocentristes.

Il est d’ailleurs remarquable que l’éthique animale qui est parfaitement en adéquation avec le véganisme, celle de Francione, soit aussi radicalement zoocentriste dans le sens rectifié de ce concept. Tous les arguments que Francione emploie pour faire des animaux des membres à part entière de la communauté morale s’appliquent tous aux plantes dès que l’on admet que ce sont des êtres sensibles, ce qu’il refuse ! Elles en seront membres de plein droit car « Il n’y a qu’une seule manière de prendre au sérieux les intérêts des êtres non humains – et c’est de reconnaître que la sensibilité est le seul critère pertinent de considération morale » (2006, tf. p. 219).

Francione critique la théorie de « la similitude des esprits » en ce qu’elle commet « une pétition de principe morale en ce sens qu’elle présuppose que nos aptitudes sont moralement d’une plus grand valeur que leurs aptitudes. Bien entendu, rien ne justifie une telle assertion si ce n’est le fait que c’est nous qui le disons et qu’il est de notre intérêt de le faire » (2006, Tf., p.208, souligné par l’auteur). Évidemment dans ce texte, « leurs aptitudes » renvoie à celles des animaux et eux seuls. Or pourquoi ne serait-ce pas le cas pour tous les êtres vivants sensibles ? Les plantes ont des aptitudes qu’aucun animal (nous compris) ne possède : percevoir les nuances de rouge dans la lumière qu’ils reçoivent, ou bien encore cette aptitude récemment découverte consistant dans la capacité d’une plante de percevoir son inclinaison par rapport à la gravité sans se laisser perturber par l’intensité des forces liées aux poids et accélérations, ce dont nous sommes incapables et sans doute beaucoup d’animaux avec nous compte tenu des structures anatomiques et des processus physiologiques sous-tendant cette aptitude (Cf. Chauvet et al. 2016, et une présentation de leur résultats sur le site de l’INRA ici : http://presse.inra.fr/Communiques-de-presse/Le-tour-de-force-perceptif-des-plantes-pour-se-maintenir-a-la-verticale). Francione restreint arbitrairement son argument aux seuls animaux et en exclut les plantes parce que « c’est nous – Francione et les végans – qui le disons et qu’il est de notre intérêt – Francione et les végans – de le faire ». 
 
La plante a conscience de son corps et cela lui est absolument nécessaire pour pousser droit. Dès lors ce que dit Francione à juste titre pour l’animal vaut mutatis mutandis pour la plante : « S’il est vrai que l’animal est capable d’avoir une conscience perceptive de son propre corps, il devient alors difficile de nier qu’il soit également capable corollairement de se reconnaître lui-même comme étant celui qui est en train de courir » Pour une plante : s’il est vrai que la plante est capable d’avoir une conscience perceptive de son propre corps, il devient alors difficile de nier qu’elle est également capable corollairement de se reconnaître elle-même lorsqu’elle oriente ses feuilles ou développe des racines exploratoires à la recherche d’endroits riches en substances nutritives (voir les observations sur le lierre terrestre rapportés in Lestel, 2011, p. 49 et Trewavas, 2006, p.3 avec de nombreuses références).
 
Francione ignore et néglige à un point tel les êtres vivants du règne végétal qu’il en vient à écrire «  de manière générale, la thèse selon laquelle les êtres humains posséderaient des caractéristiques psychiques qui feraient tout à fait défaut aux êtres non humains est incompatible avec la théorie de l’évolution » (2006, Tf. p.201). Pour lui, il semble bien que les plantes n’aient pas de « caractéristiques psychiques », sinon avec l’argument qu’il avance dans ce texte, la démarcation entre le règne animal et végétal ne tiendrait plus, le végétalisme éthique s’effondrerait par voie de conséquence. Il ne serait pas plus moral de tuer ou de faire souffrir des plantes que des animaux. Le végétalisme moral entrainerait dans sa chute le véganisme dont il est l’un des fondements, voire le principal lorsque l’on voit l’importance que prennent chez les végans les questions de régime.
 
Francione a développé un argumentaire pour refuser que les plantes puisse être objet de considération morale dans deux textes l’un de 2006, l’autre de 2011 qui reprend en grande partie le premier. Ces deux textes ont paru sur le blog « Animal Rights: The Abolitionist Approach » et traduit en plusieurs langues dont le français. Ils ont eu un retentissement important dans la galaxie végane et tous les sites végans ont repris et reprennent en totalité ou en partie l’argumentaire qui y est exposé souvent sans variante, parfois en le développant mais presque toujours sans citer la source, surtout lorsqu’il y a désaccord avec l’auteur sur le type de militantisme à développer pour que le monde devienne un jour végan. C’est pourquoi il est important de critiquer ces deux textes en détail d’autant qu’ils montrent de façon éclatante  que l’éthique animale végane ne peut intégrer la nouvelle conception des plantes qui se dégage de ce que les recherches scientifiques contemporaines nous font découvrir ou redécouvrir à leur sujet.
 
Avant d’entreprendre cette critique, il faut souligner que cette idée que les plantes sont des êtres sentients avait été déjà soutenue depuis très longtemps par de nombreux botanistes sur la base d’un faisceau d’observations concordantes. Sans remonter jusqu’à Théophraste et ses observations sur le phototropisme des végétaux et pour m’en tenir à la France, je citerais un texte de Charles Bonnet datant de 1781.

«Accablé de tant de faits qui paroissent tous déposer en faveur du sentiment des Plantes, quel parti prendra notre philosophe? Se rendra-t-il à ces preuves ? ou suspendra-t-il encore son jugement en vrai Pyrrhonien ? Il me semble qu’il embrassera le premier parti, surtout s’il compare de nouveau ces faits avec ceux que lui offrent les Animaux qui se rapprochent le plus des plantes.
Mais dira-t-on, votre Philosophe devroit comprendre qu’il est facile d’expliquer méchaniquement tous ces faits qui lui paroissent prouver que les Plantes sont sensibles. Il suffit d’admettre que les Végétaux ont des fibres qui se contractent à l’humidité & d’autres qui se contractent à la sécheresse. Cela est vrai, & notre Philosophe le sait très-bien : mais aussi qu’on a entrepris d’expliquer méchaniquement  toutes les actions des Animaux, non-seulement celles qui démontrent qu’ils ont du sentiment, mais encore celles qui paroissent prouver qu’ils sont doués d’un certain degré d’intelligence. »

Revenons maintenant aux textes de Francione. Dans le texte de 2006 il s’agit de répondre à la question : « Mais qu’en est-il des plantes ? ». Celui de 2011 est une charge virulente contre un article intitulé «No Face, but Plants Like Life Too» paru dans la rubrique Science du New York Times et contre son auteure, la journaliste scientifique Carol Kaesuk Yoon, végétarienne (végétalienne ?) apostat.

Dans le texte de 2006 Francione introduit sa réponse à la question « Mais qu’en est-il des plantes ? »  de façon quelque peu agressive bien dans le style végan en remarquant que ceux qui posent cette question savent pourtant faire la différence entre une laitue et un poulet. Il poursuit dans cette veine en faisant appel à la sensibilité morale des lecteurs avec une de ces « expériences de pensée » chères à a tradition philosophique anglo-saxonne mais qui mal employées, risquent,  dans le contexte de la philosophie morale, de ne conduire la réflexion guère au-delà d’un banal conformisme à l’air du temps. En l’occurrence, celle imaginée par Francione est plutôt saugrenue : il s’agit de comparer la réaction de convives lorsque l’on coupe le cœur d’une laitue avec celle qu’ils auraient dans l’hypothèse totalement absurde où l’on découperait un poulet vivant,  comme si les omnivores que les végans baptisent du doux nom de « carnistes » étaient aussi des carnassiers. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec ce que rapporte Nicolas Fontaine (1736) à propos des « Messieurs » de Port Royal qui adoptaient la vision cartésienne de l’animal machine : « On clouait de pauvres animaux sur des ais, par les quatre pattes, pour les ouvrir tout en vie, & voir la circulation du sang qui était une grande matière d’entretien » (p. 53), si ce n’est que la « grande matière » d'entretien des végans est le régime alimentaire.
 
La seconde « expérience de pensée » proposée est tout aussi stupide : il s’agit de comparer la réaction de quelqu’un lorsque l’on piétine une fleur de son jardin avec celle qu’il aurait si l’on donnait un coup de pied volontaire à son chien. Francione serait-il admirateur et des actes gratuits à la Gide? Là encore, on ne peut s’empêcher de rapprocher cette histoire inventée d’une anecdote bien connue et supposée réelle concernant Nicolas Malebranche. On raconte qu’après avoir donné un coup de pied à une chienne pleine qui venait se rouler à ses pieds pour se faire caresser et qui l’importunait, ce philosophe aurait répondu aux protestations de Fontenelle qui réagissait au cri de douleur poussé par la chienne : « Eh! Quoi, ne savez-vous pas bien que cela ne sent point ? » ? Cependant dans ce dernier cas, la situation n’est pas la même et montre, à l’inverse de ce que veut établir Francione, qu’il y a eu et qu’il y a peut-être des gens dont la sensibilité morale est ainsi faite qu’ils ne font pas plus de cas d’un chien que d’une horloge, voire même moins si l’horloge est un meuble de prix. Aujourd’hui ces gens-là seraient à rechercher plutôt du côté de ceux qui pratiquent la chasse à courre que des disciples de Descartes ou de Malebranche qui ne doivent plus être très nombreux.
 
En tout cas, cette façon qu’a choisie Francione de présenter les choses pour établir la thèse d’une différence de nature entre les plantes et les animaux confirme bien que cette thèse est ancrée sur l’ontologie commune de l’occidental moyen contemporain. Il s’agit de la faire se manifester comme une évidence mais c’est, en fait, une fausse évidence dont fait justice la recherche dans le domaine du comportement des végétaux.  Il faudrait en expliquer le caractère fallacieux au lieu de tenter comme le fait Francione de la justifier et de la renforcer.
 
Françione réitère en 2011 sans en changer un iota son assertion de 2006 selon laquelle la plante n’est pas un être vivant sensible (sentient) alors que l’animal en est un. Il affirme que seuls les animaux sont conscients de leurs sensations (sense perceptions) parce qu’ils ont un esprit. Le texte anglais dit très précisément : « Sentient beings have minds  (les êtres sentients ont des esprits) » et donc des préférences, des désirs, des volontés. Faisant allusion au célèbre article de Thomas Nagel « What is it like to be a bat? » il reprend alors la thèse qu’il a formulée à diverses reprises sous diverses formes selon laquelle le fait que les esprits de certains animaux soient très différents des nôtres et qu’ils pensent de façon très différente, d’une façon dont nous n’avons pas idée n’est pas pertinent ; seule compte la sensibilité (sentience). « [La chauve-souris et l’humain] font tous les deux partie des catégories d’êtres qui ont des intérêts ; ils ont tous les deux des préférences, des désirs, ou des volontés. (…). Il ne peut y avoir aucun doute raisonnable sur le fait qu’ils possèdent tous les deux des intérêts, y compris un intérêt à éviter la douleur et la souffrance ainsi qu’un intérêt à continuer à vivre. »  

Pour Francione, ce n’est pas le cas des plantes. Comme il l’affirme sans ambages, selon lui, une plante n’a pas d’esprit. «There is nothing that a plant desires, or wants, or prefers because there is no mind there to engage in these cognitive activities. (Il n’y a rien qu’une plante puisse désirer ou vouloir ou préférer parce qu’il n’y a pas d’esprit pour exercer ces activités cognitives). » Comment peut-il être aussi affirmatif et tenir aussi peu compte des avancées de la recherche sur le comportement des plantes ? Peut-être ignore-t-il ces avancées. En tout cas, arcbouté sur la sensibilité morale commune aux végans, il n’en a cure.
 
Dans ces deux textes sa vision du monde végétal reste mécaniste. Il compare une plante à une machine : dire qu’un moteur de voiture « a besoin » ou « veut » de l’huile n’est qu’une façon de parler et n’engage pas à lui attribuer un esprit ; de même dire qu’une plante a besoin d’être arrosée, etc. n’est qu’une façon de parler. De même, selon lui, ce n’est pas parce qu’une plante réagit à la lumière qu’elle est « sentiente ». Il considère que son comportement est analogue à celui d’une sonnette électrique : « Si je fais passer du courant électrique au travers d’un fil attaché à une cloche, la cloche sonne. Mais cela ne veut pas dire que la cloche est un être sensible (the bell is sentient ».
 
Une fois de plus s’impose le parallèle avec ce que les cartésiens de Port Royal pensaient des animaux selon le témoignage de Nicolas Fontaine: « « On ne faisait plus une affaire de battre un chien. On lui donnait indifféremment des coups de bâton, et on se moquait de ceux qui plaignaient ces bêtes comme si elles eussent senti de la douleur. On disait que c’était des horloges, que ces cris qu’elles faisaient quand on les frappait n’était que le bruit d’un petit ressort qui avait été remué mais que tout cela était sans sentiment. » (1736, p.p. 52 – 53). Francione s’inscrit violement en faux contre cette théorie appliquée aux animaux mais l’admet tout à fait pour les plantes. Sans doute trouverait-il qu’une horloge est encore une machine trop compliquée ; l’analogie avec un mécanisme beaucoup plus rudimentaire suffit : une sonnette…
 
Il nous semble évident que plane sur ce texte l’ombre de la théorie de l’animal machine que Francione refuse mais qu’il s’efforce de transformer en théorie de la plante machine. Pour les cartésiens de Port Royal, l’animal était comme une machine. Dans la philosophie de Francione, les animaux changent de statut mais ce sont les plantes qui sont vues comme des machines. On retrouve mais bien plus mal argumentés que chez les cartésiens, les mêmes refus. Les plantes ont des perceptions sensibles mais ce ne sont pas des êtres « sentients » parce que pour les premiers, elles n’ont pas d’âme (soul), pour le second elles n’ont pas d’esprit (mind).
 
Cependant il y a une différence de taille. Le dualisme cartésien permet effectivement d’instaurer une coupure nette, un mur étanche entre les êtres ayant une âme et ceux qui n’en n’ont pas. Ces derniers sont faits d’une seule substance, la substance étendue tandis que les premiers sont faits de deux substances distinctes « la substance pensante » et « la substance étendue », de l’union (problématique) d’une âme et d’un corps. Une éthique végane ne peut être fondée sur de tels présupposés dualistes. Dans la mentalité occidentale actuelle, pour tenir un propos universellement acceptable, on doit s’en tenir à la « substance étendue ». C’est donc au niveau de l’anatomie, de la physiologie et de l’évolution qu’il faut argumenter.
 
C’est bien ce que va faire Francione en épousant ce que l’on a appelé le « Brain chauvinism » (voir Trewavas, 2014 p.p. 201 – 202 et les références qu’il donne). Francione recourt d’abord à l’argument simplissime qui était déjà, des années plus tôt, celui de Singer dans La libération animale dont la première édition date de 1975  : pas de cerveau et pas de système nerveux donc pas d’esprit donc pas de sensibilité (sentience), équivalent moniste de l’argument dualiste : pas d’âme, donc pas de pensée et pas de perception sensible consciente.
 
Que Singer ait pu recourir à un tel argument en 1975, voire en 1992 date de la seconde édition de l’ouvrage, on peut l’admettre. La vision mécaniste des plantes était encore bien dans l’air du temps. Mais que Francione puisse reprendre quasi-textuellement le même argument en 2011, cela est assez surprenant d’autant qu’il réagit à un article dans lequel l’auteure fait un résumé des résultats obtenus dans le domaine du comportement des plantes qui aurait pu au moins l’amener à douter de son affirmation péremptoire « La différence entre l’animal et le végétal implique la sentience ».
 
Alors que la version dualiste n’est ni prouvable, ni réfutable dans le cadre d’une recherche scientifique, ce n’est pas le cas de la version moniste. Cette recherche a mis en évidence que les comportements manifestés par les plantes pour s’adapter à leur environnement complexe, résister et surmonter la concurrence, trouver leur nourriture dans le sol, etc. ne peuvent se réduire à de simples réflexes et il n’y a pas assez d’espace dans leur génome pour que des solutions soient encodées pour faire face à tous les aléas qu’elles auront à surmonter pour survivre. Les plantes sont un cas exemplaire d’êtres sentients manifestant des comportements intelligents tout en étant dépourvus de cerveau et de système nerveux spécialisés. Refuser de l’admettre, c’est refuser l’évidence, fermer la porte à des recherches qui peuvent s’avérer fécondes, adopter une posture rétrograde et obscurantiste au nom d’un zoocentrisme spéciste.
 
Le second argument que Francione développe est évolutionniste.  On peut le résumer ainsi : les plantes n’ont pas besoin d’être sensibles à la douleur puisque elles ne peuvent ni se défendre, ni se soustraire à une source de douleur en fuyant comme c’est le cas des animaux et des gens. Il est donc normal qu’au cours de l’évolution, elles n’aient pas développé cette capacité.
 
Evidemment, l’argument part de présupposés faux. La plante n’est pas passive comme ont l’air de croire Francione et Singer auquel Francione reprend l’argument. Elle sait se défendre et peut déployer diverses stratégies. Comme elle ne peut changer de place, elle se rend indigeste et toxique. Comme on l’a indiqué plus haut, ne pouvant fuir son prédateur, elle l’empoisonne ou si ce sont des insectes herbivores qui l’attaquent, elle appelle à rescousse les insectes carnivores prédateurs de ses ravageurs en émettant des odeurs qui leur est spécialement destinées et qu’ils savent déchiffrer. C’est le cas de vulgaires plantes cultivées comme le maïs, le chou, le haricot et le concombre. C’est aussi celui du tabac sauvage… Selon les espèces de plantes, l’appel au secours n’a pas même composition chimique mais ce qu’il faut surtout souligner, c’est que pour une même plante, sa composition chimique diffère selon l’herbivore ravageur, voire le stade de développement de la chenille que la plante reconnait probablement par la perception de la composition chimique de sa salive.

Enfin Singer et Francione estiment que dans l’hypothèse – pour eux folle et totalement irréelle – où l’on devrait reconnaître que les plantes sont des êtres sentients, il faudrait tout de même mieux s’abstenir de manger de la viande et cela selon Singer « même si les plantes étaient aussi sensibles que les animaux, puisque l’inefficacité de la production de viande signifie que ceux qui en mangent sont responsables de la destruction indirecte d’au moins dix fois plus de plantes que les végétariens » (p.411).En d’autres termes, manger des individus du règne végétal serait un moindre mal car au total il y aurait moins d’individus de ce règne qui seraient sacrifiés si tous, nous devenions végétariens ou végétaliens.

Cet argument a été repris très récemment sous forme d’une petite de bande dessinée par Insolente Veggie sur son blog. Il mérite donc une critique détaillée.
 
Remarquons tout d’abord que la formulation donnée par Singer de l’hypothèse de départ est étrange. Que peut bien vouloir dire « Même si les plantes étaient aussi sensibles que les animaux » ? Un être est « sentient » ou ne l’est pas. Cela relève du tout ou rien et n’est pas quantifiable. De plus si entre individus d’une même espèce appartenant à une même population, on peut supposer de fortes analogies dans les « expériences perceptives », on peut aussi supposer au contraire des différences qualitatives importantes entre les espèces. Si je peux encore lire le plaisir ou la douleur dans le comportement de mammifères proches, je peux aussi me tromper et en définitive, il faut reconnaître que j’ignore totalement ce que peuvent être les expériences vécues d’un chat familier sans même parler de celle d’un manchot de Terre Adélie, d’un rat-taupe nu ou de l’arabette qui s’est installée dans la pelouse de mon jardin.

Dans son propre exposé de l’argument, Francione échappe à cette critique. Il se borne à comparer le nombre de plantes consommées directement ou indirectement selon les régimes végans ou carnistes : «  Si C. Yoon [l’auteur avec laquelle Francione polémique] se préoccupait réellement de l’exploitation des végétaux, alors elle reconnaîtrait qu’en mangeant des produits animaux, elle consomme en réalité plus de végétaux que si elle consommait ces végétaux directement. Il faut plusieurs kilos de plantes pour produire un kilo de viande. Alors lorsque C. Yoon s’assoit pour manger ce « steak rare et somptueux », elle consomme environ 12 kilos de plantes.»
 
Il est regrettable que dans cette comptabilité à la Prévert, Singer comme Francione ne précisent pas de quelles plantes il s’agit, ni quelles parties des plantes sont consommées. S’il s’agit d’herbages ou de fourrage, alors pratiquement aucune plante n’est détruite car ces graminées pérennes coupées ou broutées au-dessus du collet ont la propriété de se régénérer rapidement et de s’enraciner plus fortement. Cela leur est même profitable ! Les prairies de fauche ou les pâtures ne deviennent pas des terrains nus une fois fauchées ou pâturées! En outre lorsqu’ils affirment qu’en mangeant directement des végétaux, les gens en consommeront moins au total que s’ils mangeaient de la viande, ils oublient que les humain ne peuvent pas digérer l’herbe que broutent les ruminants et que c’est justement pour cela qu’il faut en passer par eux qui, en transformant ces protéines végétales en protéines animales les rendent assimilables par l’homme. C’est ainsi, avec certes beaucoup de déperditions dans le processus, que ces douze kilos d’herbe deviendront l’un de ces steak somptueux dont semble raffoler C. Yoon et dont elle ne veut plus se priver faisant preuve ainsi d’une  complète immoralité aux yeux du philosophe végan tellement scandalisé qu’il en a oublié qu’il n’assimile pas l’herbe des prairies.
 
Si par charité l’on reformule l’argument en termes de protéines végétales des végétaux cultivés et de leur taux de conversion en protéines animales, l’argument montrera simplement qu’un régime végétarien est plus efficient qu’un régime « carniste », que la croissance de la population nous obligera sans doute à terme à considérer de nouveau la viande comme une denrée rare et chère consommée fréquemment seulement par un petit nombre de riches, les moins riches la réservant pour les menus de fête – la poule au pot du Bon Roi Henri – alors que tous les autres devront s’en passer. La viande sera peut-être demain un signe extérieur de richesse comme l’est aujourd’hui dans le langage sinon dans les faits le caviar. Un tel monde surpeuplé, fortement inégalitaire et totalement anthropisé serait tellement invivable que la privation de steak serait un moindre mal. De plus et surtout comme il ne s’agit plus ni de plantes, ni d’animaux mais de protéines, l’argument n’a plus de pertinence en ce qui concerne la façon dont on doit se comporter vis-à-vis des plantes et des animaux.
 
Dans un éclair de lucidité, Singer reconnaît que conduite à ce point « la discussion mène à l’absurde ». Mais pourquoi s’arrêter en chemin ? Poursuivons jusqu’à la réduction à l’absurde de la position végane. Pourquoi ne pas imaginer ne manger que les plantes qui sont les plus riches d’un point de vue nutritionnel pour en manger moins ? Mieux encore, pourquoi ne pas chercher à obtenir par sélection naturelle ou par génie génétique des variétés de ces plantes encore plus nutritives ? Pourquoi pas des protéines de synthèse ? Dans les régimes végétaliens, il faut bien ingurgiter des vitamines de synthèse et autres « compléments alimentaires » en plus des préparations végétales.
 
On pourrait aussi suggérer, comme certains végans non spécistes conséquents l’ont fait, que si les plantes étaient des êtres sentients il faudrait manger les fruits secs ou charnus, les graines que les plantes nous offrent mais s’abstenir de manger des racines ou des bulbes, des tubercules ou des plantes entières ou parties de plantes qu’il faut déterrer (pommes de terre, laitues et autres salades, poireaux…). Cela serait-il satisfaisant d’un point de vue éthique ?
 
Ce n’est pas certain car comme frugivore, nous trichons et nous dupons les plantes dont nous mangeons les fruits. Nous voulons bien la récompense que l’arbre nous offre (les enveloppes ou parties d’enveloppes charnues ou sèches des fruits) mais nous refusons les pépins, c’est-à-dire les semences qu’en tant qu’endozoochores, il nous reviendrait de disséminer. C’est ce qui explique par exemple, le succès de la création du Frère Clément Rodier, la clémentine, qu’il obtint par croisement entre un mandarinier (Citrus reticulata) et une espèce d’oranger (Citrus sinensis) l'un et l'autre produisant des fruits avec pépins. Et même lorsqu’il s’agit de fruits que nous ne pouvons manger sans avaler les semences comme les tomates par exemple, nous trichons encore en soustrayant ces semences à la terre, sauf cas exceptionnel par exemple celui de l’arrière d’une plage sans sanitaire où l’on voit pousser derrière le cordon dunaire des tomates aussi sauvages que vigoureuses et délicieuses. Bref, nous transformons une relation qui aurait dû être mutualiste entre la plante et nous en une relation de commensalisme dont nous sommes les seuls à tirer profit. Dans une vision végane du monde élargie aux plantes, on pourrait estimer qu’il s’agit d’une forme d’exploitation d’autres êtres sentients qui méprise un de leurs « intérêts » vitaux majeurs, celui de se reproduire.
 
Enfin que Francione reprenne cet argument est pour le moins étrange. Du point de vue abolitionniste  et d’une éthique des droits (qui n’est pas celui de Singer mais celui de Francione), il est exclu d’accepter que n’importe quel être sentient ne jouisse pas d’une égale considération de ses intérêts par rapport à n’importe quel autre. Dans l’hypothèse où la sentience serait reconnue aux plantes, il n’y a aucune raison d’en sacrifier délibérément certaines pour que d’autres puissent prospérer et se reproduire. Imaginons qu’au lieu de plantes, il s’agisse d’animaux et que l’on dise que manger plus de veaux permettrait d’épargner plus de poulets, que diraient les végans ? Bien sûr pour eux cela ne tient pas car les plantes ne sont pas sentientes ainsi que le proclame Insolente Veggie. Le problème, c’est qu’elle a tort. Les recherches dans le domaine du comportement des plantes le prouvent.
 
Enfin si l’on objectait que stricto sensu, la sentience des plantes ne pouvait qu’être inférée de leurs comportements, des modifications physiologiques dont elles sont le siège, on répondrait qu’il en est de même pour les animaux non-humains et certains philosophes estimeraient même qu’il en va de même pour tout individu humain distinct de lui.
 
Enfin il faut faire justice à l’argument ad hominem des végans lorsque est abordée la question des plantes et de leurs aptitudes. « Si vous mettez en avant ces aptitudes et cette sentience des plantes, c’est pour vous dédouaner d’être carnistes. ». C’est peut-être vrai pour Carol Kaesuk Yoon, cela ne l’est pas pour les chercheurs en biologie des plantes. Leur objectif, c’est plutôt de trouver des méthodes pour optimiser les rendements, rendre les plantes moins fragiles au vent, se passer de pesticides, etc. mais je crois qu’ils sont avant tout passionnés par leur sujet.
 
Conclusions
 
« Quand une bûche craque et pétille dans la cheminée, c’est du cadavre d’un hêtre ou d’un chêne que les flammes s’emparent. Le papier du livre que vous avez entre les mains, chers lecteurs, provient du bois râpé de bouleaux ou d’épicéas abattus – donc tués – à cette seule fin. (…) Le rapport entre les arbres et leurs produits est identique à celui existant entre les animaux et leurs produits. Nous utilisons des êtres vivants qui sont tués pour satisfaire nos besoins, il est inutile d’enjoliver la réalité. » (Peter Wohlleben, 2015, Tf. p. 250) Il n’y a pas de raison contraignante de privilégier les animaux qui sont au centre des éthiques animales abolitionnistes par rapport à une grande partie des végétaux. Les arbres et tous les végétaux respirent bien qu’ils n’aient pas de poumons. Pourquoi ne pourraient-ils pas souffrir ou avoir une certaine conscience d’eux-mêmes bien qu’ils n’aient, ni cerveau, ni système nerveux qui ressemblent aux nôtres ? Au fur et à mesure que notre connaissance objective du monde végétal progresse, il est de plus en plus manifeste que dans le règne végétal, la sensibilité, la perception du monde extérieur, les stratégies de survies existent comme dans le règne animal. Ce n’est pas parce qu’ils ne se déplacent pas, parce que leurs préoccupations sont étrangères aux nôtres , parce que leurs rythmes de vie sont bien plus lents et que leur vie se déroule sur des échelles de temps bien plus courtes ou incommensurablement plus longues que la nôtre et celle de nos animaux domestiques, que les végétaux ne doivent pas être considérés comme étant des êtres vivants ayant le même statut moral que les êtres appartenant au règne animal.
 
Il ne s’agissait pas ici de soutenir qu’il est bien ou mal de vivre selon le style végan. Il est au contraire de montrer qu’il n’est ni bien, ni mal de vivre selon les règles de vie végan et qu’il n’est ni mal ni bien de ne pas les suivre. Ceux qui choisiront de ne pas manger des animaux continueront de le faire quels que puissent être les arguments moraux que l’on pourra avancer pour les en dissuader. Ceux qui mangent de la viande continueront d’en manger et les arguments éthiques abolitionnistes seront sans effet sur eux.
 
Il y a des gens qui aiment les animaux et dont la conduite peut paraître extravagante à ceux qui ne partagent pas ce sentiment. Il y a des gens qui aiment les arbres, Peter Wohlleben en est un bon exemple. Aujourd’hui celui ou celle qui enlace un arbre et se colle à lui dans une tentative de communication fusionnelle comme cela se pratique au Japon risque, en France, d’être la risée de bon nombre de ses contemporains. Lorsqu’un chevreuil s’en prend à un jeune hêtre, arrache ses bourgeons et le mutile, c’est l’arbre que je défends, pas la bête, d’autant que dans beaucoup de forêts de plaine, faute de prédateurs il y a trop de chevreuils et cerfs qui mutilent les arbres et empêchent une régénération naturelle de la forêt. Dans d’autres civilisations dans le cadre d’une division du travail genrée, ce sont uniquement les femmes qui jardinent. Elles aiment les plantes qu’elles cultivent. Ces plantes SONT leurs enfants. Si dans notre civilisation l’amour des plantes n’est pas la chose la mieux partagée, la diffusion dans le corps social des découvertes ou redécouvertes concernant leurs comportements pourrait changer les choses.
 
Celle ou celui qui n’éprouve pas cet amour fou pour les animaux qui rend odieux l’idée que l’on puisse les traiter comme du bétail ne sera pas végan. Celui qui ne fait guère plus de cas d’un arbre que d’un piquet de bois, n’ira pas s’enchaîner à un hêtre et braver les tronçonneuses pour sauver cet arbre et cette forêt qu’il n’apprécie que comme un décor pour son jogging matinal. La compassion et l’amour s’éprouvent mais ne se commandent pas. Ces sentiments n’ont rien à voir avec l’exigence de justice qui est à la base des principales éthiques animales. Ils ne créent aucune obligation morale. Ce sont pourtant eux qui justifient nos préférences lorsque nous choisissons parmi les êtres sensibles ceux que nous utiliserons et ceux dont nous nous soucierons, ceux avec qui nous ferons société et défendrons. Et il peut très bien n’y avoir aucune cohérence dans ces choix. Les sentiments ne sont pas rationnels.
 
Ces quelques remarques suffisent à mettre en évidence qu’une éthique du care ne réussira pas d’avantage à justifier que l’on traite de façon différente et que l’on privilégie les êtres vivants animaux sur les autres car cette sollicitude pourra porter indifféremment sur un membre d’un règne ou de l’autre selon les individus humains. Bien plus, un même individu peut privilégier tantôt un animal, tantôt une plante en fonction des circonstances, des plantes et animaux en jeu.
 
Faut-il en conclure que nos rapports aux animaux doivent être laissé à l’arbitraire individuel, fût-il borné par des lois qui interdisent la cruauté à leur égard par souci d’humanité ? En fait, les avancées de la recherche sur le comportement des plantes nous incitent à revoir notre vision d’ensemble du monde vivant et donc celui de notre rapport à la nature. C’est dans le cadre d’une éthique de la nature ou de l’environnement que la question de ces rapports devrait être examinée.
 
 

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 Vidéo de Catherine Lenne https://youtu.be/VSToNWYNb7s
 

Mardi 26 Décembre 2017 Commentaires (1)
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