Il ne faut pas rêver, même si tous les élevages en batterie se mettaient aux normes qui s’appliqueront dès le 1 janvier 2011, ce ne serait pas Byzance pour autant… Les pauvres poules élevées en cage continueront de mener une vie misérable dans un univers que, bien qu’il s’agisse d’animaux d’élevage, je qualifierai de carcéral, pour ne pas dire plus. Il faut interdire l’élevage en batterie des poules pondeuses. C’est la seule solution humaine.


Palace quatre étoiles pour les poules pondeuses à partir du 1 Janvier 2012 ?
Pas encore de quoi chanter, les cocottes…

Au 1er janvier 2012, l'ensemble des élevages européens de poules pondeuses devront respecter de nouvelles normes fixées par la directive sur la protection des poules pondeuses adoptée en 1999. Actuellement, les poules disposent d'une surface équivalente à une feuille de format A4 (550 cm² par poule) et, à partir du 1er janvier 2012, elles disposeront d’une surface de 750cm2, soit 200cm2 supplémentaires, l’équivalent d’un peu plus de deux tickets de métro. Chaque poule devra disposer d’une mangeoire d’au moins (dans les faits, ce sera au plus) de 12 cm de long, d’un nid, d’une litière permettant le picotage et le grattage, d’un perchoir, d’un dispositif pour raccourcir leurs griffes et de l’accès à un abreuvoir. Mais toujours pas de sorties au grand air, ni de Chantecler…
Au vu des résultats de l'enquête menée par l’association L214 il s'avère que les aménagements, quand ils sont en place – ce qui n’est jamais le cas pour la litière – ne correspondent pas aux définitions communes des mots tels qu'on les utilise habituellement. Le "nid" est constitué par des lamelles de plastique qui pendent du plafond sur un sol grillagé. Le perchoir est constitué par une baguette suspendue à 3cm au fond de la cage. Un bout de papier de verre collé dans un coin de la cage fait office de raccourcisseur de griffes...

Leur vie reste misérable …

Sur les images de la vidéo tournée par cette association, on peut voir, quelles que soient les normes appliquées, des poules entassées dans des cages, sans accès à l'extérieur, déplumées, leurs crêtes tombantes, leurs becs épointés et des cadavres bloquant des œufs. On y constate le sol grillagé inconfortable et les bâtiments gigantesques abritant des empilements de cages alignées sur des centaines de mètres de long.
Les poules pondeuses resteront pendant 1 an dans cette promiscuité, dans l'impossibilité d'exprimer la plupart de leurs comportements naturels (gratter le sol, construire des nids, prendre des bains de poussière, etc.) avant d'être transportées à l'abattoir.

… et se conclut par une fin indigne !

Si au bout de 68 semaines elles sont encore vivantes, les poules sont entassées dans des caisses. Le ramassage, effectué à toute vitesse par des travailleurs recrutés pour l’occasion, se fait rarement en douceur. Il occasionne souvent des fractures aux pattes.
Vient alors le parfois long supplice du transport jusqu’à un abattoir qui peut être très éloigné car choisi en fonction du «cours de la poule de réforme » le plus avantageux qui ne dépasse d’ailleurs rarement plus de 15 centimes d’euros par tête. A leur arrivée, elles sont suspendues la tête en bas à des crochets sur une chaine automatiques, tuées par immersion dans un bain à électronarcose, saignées, déplumées, éviscérées puis conditionnées pour la consommation… Bon appétit !
Toutes les pondeuses terminent ainsi leur vie, qu’elles aient été élevées en cage, en plein air ou aient picoré bio. Mais au moins ces dernières auront eu une vie plus agréable.

Ne pas acheter d’œufs de batterie, c’est facile !

Il suffit de se souvenir de la signification du code indiqué sur la boite et sur chaque œuf conformément aux directives européennes.
Sur la première ligne apparait au début de la ligne un chiffre. S’il s’agit du chiffre 3, cela signifie que la poule qui l’a pondu est en cage. Vous ne l’achèterez donc pas.
S’il s’agit du chiffre 2, la poule ne verra pas la lumière du jour au cours de sa brève existence. Elle est dans un élevage au sol mais sans accès à l’extérieur. Vous éviterez aussi de l’acheter si vous êtes soucieux du bien-être des animaux d’élevage.
Le chiffre 1 réfère à un élevage en plein air, c’est-à-dire au sol avec accès à l’extérieur. Le chiffre 0 est le code pour un élevage biologique. Si vous achetez des œufs et que vous êtes soucieux du confort des poules qui les ont pondus, votre choix se portera sur ces deux dernières catégories.
A la suite du code du type d’élevage figure le pays de production en général FR puisqu’ils sont le plus souvent pondus en France. Mais pas toujours ! Enfin terminant la ligne il y a le code d’identification de l’élevage.
Vous achetez vos œufs sur un marché où ils sont vendus en vrac ? Méfiez-vous quand même. Chaque œuf doit être marqué individuellement comme indiqué. Vérifiez et vous aurez peut-être de mauvaises surprises.
Si vous découvrez des 3 ou beaucoup de 2 sur les œufs en vente dans votre supermarché, indiquez donc par écrit au directeur votre mécontentement, rédigez un message sur le livre des réclamations ou glissez ce message argumenté dans la boite à suggestion du magasin...

Pour l’interdiction de l’élevage des poules pondeuses en cage, c’est le moment d’agir !

Il reste qu’il y a tout un secteur où l’on ne peut guère agir en tant que consommateur votant avec son porte-monnaie. C’est celui des «œufs cachés», c’est-à-dire des œufs utilisés en pâtisserie, pour fabriquer des pâtes et de façon générale dans la fabrication de produits alimentaires. On ne pense pas toujours aux ingrédients qui ont servi à leur préparation et on en ignore souvent l’origine, sauf lorsqu’elle est indiquée sur l’emballage. En général et sauf mention, les œufs qu’ils contiennent sont pondus par des poules élevées en cage.
Enfin lorsque vous allez au restaurant ou à l’hôtel, vous ne savez pas comment sont traitées les poules dont vous mangez les œufs.
La modification des normes de détention des poules ne changera presque rien au sort indigne qui leur est fait lorsqu’elles sont élevées en cage. Son seul intérêt est de donner l’occasion de mettre en lumière la barbarie et la cruauté d’un tel mode d’élevage et de demander son abandon.
La nouvelle réglementation va imposer aux éleveurs des investissements conséquents même si la vie de l’animal ne sera guère améliorée. Même si cet investissement est financé en partie par des aides publiques, il risque d’alourdir encore l’endettement de certains de ces éleveurs. De plus, une fois cet investissement réalisé, l’éleveur voudra le rentabiliser. Il deviendra donc l’argument d’une opposition forte à la suppression de ce type d’élevage.
Plutôt que de modifier leurs installations et de s’endetter dans l’achat d’un nouveau matériel pour un mode d’élevage qui n’a pas d’avenir, les éleveurs devraient modifier leurs pratiques et se détourner définitivement de l’élevage industriel des poules en cage. Il est d’ailleurs déjà interdit dans d’autres pays d’Europe.

Retour vers la bassecour : pour des poulaillers partagés !

Ne plus manger d’œufs comme le veulent les végétaliens qui sont scandalisés par le sort des poules pondeuses, c’est aussi condamner à terme ces races de poules car à quoi bon les élever si ce n’est pour qu’elles pondent ! On en conserverait peut-être quelques-unes pour le folklore – pardon la mémoire ethnographique ! Leurs propriétaires les exhiberaient lors de fêtes de la nature, de l’environnement, ou bien encore à l’occasion des fêtes de Noël pour les montrer aux enfants. Les fermes de Noël sont, aujourd’hui déjà, des attractions au moins aussi prisées par les citadins, petits et grands, que la visite de la ménagerie d’un cirque ambulant. Il faut espérer que les animaux y sont bien traités lorsque, les lampions de la fête éteints, ils regagnent leur bétaillère.
Il existe sans doute de meilleures solutions. On crée des jardins partagés, pourquoi pas des poulaillers partagés qui en seraient un complément naturel ? Quelques poules, un coq, une cour pour s’ébattre et un refuge où ce petit monde se retire se percher pour dormir ; une modeste cabane dans laquelle l’on aura confectionné quelques nids douillets pour inciter les poules à venir y pondre. L’œuf pondu, elles en ressortiraient en caquetant fièrement. Le soir, elles se coucheraient comme des poules, très tôt en hiver et tôt en été. Quel plaisir, le matin, d’aller chercher l’œuf « au cul de la poule » et de le gober encore tout chaud pour son petit déjeuner… Plaisir simple de petits campagnards qui existe encore dans quelques villages où n’ont pas trop sévi les municipalité à coup de règlements d’hygiène visant à interdire ces bassecours. En ville, il faudrait trouver des espaces et modifier ces règlements d’hygiène trop hygiénistes. Impossible ? Et pourquoi donc ? On trouve bien de la place pour « les espaces verts » et les terrains de sport. Faciles à réaliser, ces jardins partagés avec leur poulailler semblent pourtant utopiques parce qu’ils supposent un changement substantiel des mentalités bien plus important encore que celui qui conduit à tolérer les herbes folles dans les rues. Il est en cours cependant puisque l’on commence à prôner une nécessaire autosuffisance alimentaire au moins à l’échelle d’une région. C’est un début.
En attendant, évitons d’acheter des œufs qui ne sont pas étiquetés 0 ou 1 au supermarché. Si nous en avons l’occasion, allons les acheter chez la fermière. Et dans le doute, abstenons-nous et consolons-nous : même si les œufs sont faciles et rapides à cuisiner, ce n’est pas bon pour la santé d’en manger trop. Ce sont des aliments très riches. D’ailleurs ils sont interdits à celles et ceux qui ont trop de « mauvais » cholestérol dans le sang.

On trouvera un dossier complet qui a servi de source principale à cet article, des suggestions d’action, notamment vis-à-vis des supermarchés, des modèles de lettre et une pétition sur le site de l’association L214

Iconographie : L124

Vendredi 30 Décembre 2011 Commentaires (0)
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