En période pré-électorale, que pèse un mangeur de brebis occasionnel? La ministre de l’écologie, Nathalie Kosciuscko-Morizet a cédé à la pression des éleveurs de moutons des Alpes de Haute-Provence. Elle a autorisé l’abattage de six loups cette année, loups qui sont pourtant une espèce menacée protégée par la Convention de Berne dont la France est signataire.


Ces abattages sont inutiles comme le souligne l’association « Ferus » parce qu’ils sont réalisés hors contexte, loin des troupeaux et des alpages où les prédations sont réalisées et que le loup qui sera tué le sera au hasard. Il n’aura pas été tiré par l’éleveur ou le berger lors d’une attaque. L’expérience prouve d’ailleurs que les derniers tirs de cette sorte n’ont eu aucun effet dissuasif. C’est ainsi qu’il y a deux ans, les attaques se sont poursuivies et ont même augmentées après qu’une louve alpha ait été exécutée. Mais la ministre n’en a cure… Il s’agit de « faire un geste » pour apaiser la grogne des éleveurs et conserver ou gagner leurs suffrages, un geste qui coûtera la vie à une bête sauvage qui a tout autant le droit de vivre en montagne que quiconque. Une montagne qui ne doit pas être un immense parc à bestiaux pour de grands troupeaux laissés quasiment à eux-mêmes comme le voudraient les éleveurs.

Les chaînes de TV, FR3 local en tête naturellement, ont mis complaisamment en scène des cadavres de brebis supposées tuées par un loup qu’exhibait un éleveur de Barcelonnette et se sont fait l’écho de ses jérémiades amplifiées par quelques élus locaux soucieux de leur réélection. La Provence, le journal local, a clairement choisi son camp, celui des éleveurs, de « la filière ovine » même si pour établir un semblant d’objectivité, elle cite les communiqués de l’association Ferus et celui de la « coordination départementale Europe Écologie les Verts » considérées comme «pro-loups » qui condamnent la décision de la ministre. L’article que ce journal a consacré à la rencontre de la ministre avec les éleveurs Bas Alpins dans l’édition du 28 juillet vaut son pesant de cacahuètes. Tout y passe, tous les vieux clichés et notamment l’opposition entre les gens de terrain éleveurs, bergers et élus locaux d’un côté, technocrates et ministres parisiens de l’autre ; ces dernier n’ayant qu’une connaissance livresque du problème, voire une méconnaissance profonde de la réalité car « il y a en effet plus de soixante ans que les loups ne sont pas entrés dans Paris »….
Devant une telle bêtise et de tels lieux communs éculés, devant tant d’ignorance, on reste pantois. Quel type de lecteurs cherche donc à flatter le journaliste? Les éleveurs mais aussi les chasseurs (ce sont parfois les mêmes) car ce sont eux qui sont les plus acharnés contre loups, lynx, renards dans lesquels ils voient, à juste titre des concurrents.
Ce n’est même pas à l’opinion publique qu’a cédé la ministre, c’est à une pression médiatique qui voudrait en tenir lieu, une pression médiatique entièrement au service de lobbies d’éleveurs et de chasseurs.

Mardi 16 Août 2011 Commentaires (0)
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Jean-François Dumas
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