Au moment même où l’on découvre que les industriels de la barbaque ont pu faire prendre aux consommateurs du cheval pour du bœuf, on apprend que la commission européenne autorise à nouveau l’utilisation des farines animales, sous prétexte que la maladie de « la vache folle » aurait presque disparu.


Certes cette utilisation est, du moins pour l’instant, restreinte. À compter du 1er juin les farines animales ne pourront être données comme nourriture qu’aux poissons d’élevage. Dans un second temps, en 2014, elles pourront servir à engraisser les porcs et les volailles. Mais après ?

Des Pat pour nous rouler dans la farine…

Dans un souci d’opacité bien naturel chez les technocrates et pour éviter que le consommateur s’y retrouve, la commission de Bruxelles évite soigneusement la terminologie de « farine animale » qui rappelle par trop la vache folle. Elle autorisera l’utilisation de « protéines animales transformées » que l’on désignera sous l’acronyme de PAT. Comme cela, les technocrates se donnent le maximum de chances pour que le vulgum pecus n’y voit que du feu. S’il découvre quand même le pot aux roses et s’insurge que l’on fasse bouffer du cochon aux poissons et du poisson aux cochons, le biologiste «expert» pourra du haut de sa science le taxer avec morgue d’obscurantiste ignorant : on ne donne pas aux poissons de la viande de cochon cuite et réduite en poudre, on lui donne des protéines animales transformées par une cuisson à température élevée, sous pression ; des protéines animales qui, surtout, sont bon marché.

Les technocrates de Bruxelles tentent de nous rassurer en nous expliquant que les farines en cause, pardon, les PAT, n’ont rien à voir avec les anciennes farines animales. La moelle épinière et la cervelle seront éliminées et les morceaux utilisés seront des morceaux qui seraient propres à la consommation humaine, style « minerai » base des plats cuisinés... Bigre et beurk !…Selon un inspecteur des abattoirs cité dans un article de Rue89 : « Ce sont des bouts de machin, de gras notamment. En fait, c’est catégoriquement de la merde. Il y a 40 ans, cette matière allait à l’équarrissage pour être brûlée. Les industriels n’osaient même pas en faire de la bouffe pour chat. Là-dessus, nos grandes maisons auréolées de luxe et de qualité(…)ont décidé que c’était du gâchis... Avec les progrès de la chimie additionnelle, c’est devenu possible d’en faire quelque chose. C’est presque bon à manger, ça a bonne allure. Ces morceaux sont donc ramassés, mis en bloc et congelés et ils se baladent à droite et à gauche. » Ce seraient donc des choses de ce genre qui seraient la matière première que l’on transformerait en farines animales : des résidus de résidus de viande non commercialisable comme telle bien que prétendus « propres à la consommation humaine »

Dans le hachis, tout est permis

Après avoir autorisé que l’on donne du porc aux poissons, la Commission projette de proposer un texte permettant l'utilisation des PAT de porcs pour les volailles et de volailles pour les porcs. Par précaution, elle entend interdire le cannibalisme. En conséquence, les volailles ne pourront pas être nourries avec de la farine de volailles, mais de porc, et vice versa. De plus, les farines animales de toute espèce resteront interdites pour nourrir les ruminants (bovins, ovins et caprins), de même que les farines issues de ruminants. Tout cela est bel et bon et devrait rassurer pleinement les suspicieux que nous sommes si ce n’est qu’il est difficile de savoir ce qui compose un minerai de viande de cheval, bœuf, veau, vache, cochon ou poulet, infâme mixture de déchets de muscles, d’os et de collagène. L’inspecteur des abattoirs interviewé par Rue89 dans le cadre des lasagnes pur bœuf à la viande de cheval explique que « Quand le minerai est haché, il devient un magma(…) on ne peut plus savoir ce que c’est qu’avec des tests poussés. La mixture peut également contenir de l’âne et du mulet, personne ne s’en rendra compte. » Cela peut être du porc, tout aussi bien que du veau ou du poulet. Les industriels de la malbouffe ne sont pas des philanthropes. La recherche des prix les plus bas pour un maximum de profit est leur loi commune. Des farines à bas prix trouveront preneurs, qu’elles soient issues de suidés, gallinacés ou de bovidés, surtout si l’on ne peut connaître leur composition que par des tests poussés. D’ailleurs qui donc contrôlera ? Comment ? Qui payera les contrôleurs sur le terrain et dans les labos ? Aujourd’hui, selon Le Canard, personne ne sait de quelle administration relèvent ces infâmes barbaques. De plus, un contrôle rigoureux et efficace coûtera cher. Avec un contrôle au rabais, ce sera comme pour le dopage dans le sport cycliste ou autre : pas vu, pas pris…jusqu’à la prochaine épidémie et au prochain scandale. Un contrôle rigoureux et efficace fera perdre aux PAT leur principal avantage pour l’agroalimentaire : leur bas prix. Donc, il ne sera pas mis en place. En effet, les farines animales sont supposées améliorer la compétitivité des éleveurs parce elles sont moins coûteuses que les farines végétales qu’ils sont contraints d’utiliser actuellement. Compétitivité, que de crimes commis en ton nom ! Mais qui les jugera ?

Au secours de l’élevage de poissons en batterie

Sans farines animales, les élevages de poissons ne seraient pas viables. Pour la Commission, cette autorisation «améliorera la durabilité à long terme du secteur de l'aquaculture, car ces PAT pourraient être un substitut précieux aux farines de poisson, qui sont une ressource rare » et chère. indique la Commission. Doit-on voler au secours de cette aquaculture, notamment du saumon qui est un cauchemar écologique ? « Construite sur le modèle industriel, l’aquaculture n’est autre qu’un élevage en batterie, transposé en milieu marin. Avec toutes ses conséquences : concentration de déjections animales, eutrophisation et contaminations bactériennes des eaux, prolifération d’épidémies, accumulation de pesticides dans la chair des poissons, perte de la biodiversité génétique des spécimens et perte de la valeur nutritive du produit final. En 2004, des chercheurs britanniques ont établi que le volume de déjections non traité généré par la salmoniculture écossaise était équivalent à celui de l’ensemble des eaux usées de la ville d’Edimbourg. » Jean-Sébastien Mora, Le Monde Diplomatique, novembre 2012. Jean-Sébastien Mora ajoute : «Les piscicultures européennes comptent (..) plus de trente souches d’antibiotiques, parmi lesquels le teflubenzuron, la cyperméthrine, l’emamectine benzoate et l’azamethiphos, quatre molécules décrites comme des polluants marins par leurs fabricants dans les notes techniques d’utilisation. Et lorsqu’un poisson parvient à s’échapper de son élevage, il est porteur de bactéries et de parasites et, immunisé, est source de contamination envers les populations sauvages. En Écosse, la truite de mer sauvage, par exemple, serait en voie d’extinction en raison de propagations parasitaires répétées depuis les milieux d’élevage ». La dernière des choses à faire, c’est bien celle d’assurer la « durabilité » de cette aquaculture en faisant manger du cochon aux poissons pour soulager la pression sur les espèces de la pêche minotière (pêche dont les captures sont transformées en farine, essentiellement pour l'élevage). Comme le conclut l’article du Monde diplomatique : «affirmer que l’aquaculture peut être à la fois « compétitive » et « durable » n’a pour seul vertu que d’auto-convaincre les hommes d’affaire ayant fait le choix d’investir dans ce secteur. » Négligeant les leçons du passé et le principe de précaution, la Commission européenne est plus sensible aux arguments des lobbies des filières agricoles, aquicoles et agroalimentaires qu’à la santé des gens.


La démocratie au péril des lobbyistes et de députés étourdis ou sous influence…

Il n’était peut-être pas nécessaire de réaliser un sondage pour savoir que le rejet des farines animales est massif chez les consommateurs. L’association CLCV (Consommation, Logement et Cadre de Vie) en a tout de même fait réaliser un. Les résultats sont sans appel : 88% des consommateurs français sont, selon ce sondage, contre la levée de l’interdiction de toutes les farines animales. Qu’importe ! Sur l’avis d’experts anonymes, une commission non-élue décide le contraire à Bruxelles, évidemment sous la pression des lobbyistes de filières diverses comme ceux de l’agroalimentaire ou des éleveurs de porcs hors sol et de poulets en batteries. Le lobbying est tout aussi efficace à Strasbourg où, à rebours de leurs électeurs, le 6 Juillet 2011, les députés européens ont voté à une écrasante majorité, 485 voix pour et seulement 162 contre et 30 abstentions, une «résolution» « sur la législation de l'Union européenne sur les encéphalopathies spongiformes transmissibles (EST) et sur les contrôles des aliments pour animaux et des denrées alimentaires – mise en œuvre et perspectives» dans laquelle le Parlement européen se déclare « favorable – eu égard notamment au déficit actuel de l'Union en protéines — à la proposition de la Commission visant à lever l'interdiction de nourrir les non-ruminants avec des protéines animales transformées, sous réserve qu'elle s'applique uniquement aux non-herbivores et que les protéines animales transformées proviennent uniquement d'espèces n'ayant aucun lien avec les EST (encéphalopathies spongiformes transmissibles) » Heureusement il ne s’agit que d’une résolution qui n’est qu’un texte donnant un avis et n’a pas force de loi.

Il n’y a que huit députés français à avoir voté pour ce texte dont deux PS, Harlem Désir et Pervenche Berès , trois Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, Jackie Hénin et Hélie Hoarau, deux Parti populaire européen où siège les UMP, Brice Hortefeux et Joseph Daule, et pour les Indépendants…Corinne Lepage ! Et sur les huit, six se seraient trompés! Ils ont voté «pour» alors qu’ils voulaient voter «contre»… Il s’agit de Pervenche Berès, Jean-Luc Mélénchon et ses deux collègues du FDG, Brice Hortefeux et Corinne Lepage… On croit rêver ! Ils ont rectifié leur vote et cette rectification est inscrite au PV de séance mais ne compte pas comme le précise sur son blog Jean Quatremer, le correspondant pour les affaires européennes de Libération. Des erreurs heureusement sans conséquences mais qui en disent long sur les procédures de vote du parlement européen où les Eurodéputés votent « en rafale » en une fois, « le mercredi de la session mensuelle et non pas après chaque texte, comme en France, si bien que les eurodéputés peuvent s’y perdre » explique Jean Quatremer « d’où l’importance, nous dit-il, d’avoir une liste de votes bien préparée par son assistant parlementaire afin de ne pas se planter et d’y regarder à deux fois avant d’appuyer sur le bouton »

Si Mélanchon s’est trompé, c’est , selon Jean Qatremer parce que d’une part, il n’a pas d’assistant en permanence au Parlement européen et qu’en outre, il n’assiste jamais aux réunions de commissions parlementaires à Bruxelles, « là où le vrai travail se fait » Peut-être aussi que malgré ses tentatives pour « verdir » son discours, les sujets de ce genre ne le passionnent pas. Il n’en est pas de même pour Corinne Lepage et son explication, ou plus exactement les aveux qu’elle fait à Jean Quatremer sont renversants : « Ça va vachement vite. J’ai tweeté en même temps : ‘c’est un scandale’, ce que je n’aurais pas dû faire. C’est une bêtise. Heureusement, ce n’était qu’une résolution et heureusement que mon vote n’était pas déterminant » Avouer son erreur est certes une réaction « sensée » mais enfin! Voter pour, contre ou abstention sur des textes, c’est quelque chose de sérieux, c’est une des principales raisons d’être d’un(e) député(e). On ne fait pas autre chose en même temps, surtout quelque chose d’aussi futile que de tweeter… tweeter quand on fait campagne contre les antennes relais et les ondes électromagnétiques pulsées !

Que faire ?

Malgré l’avis positif du CNA (Conseil national de l'alimentation) du 2 décembre 2011 à cette réintroduction partielle des farines animales, avis fondé essentiellement sur des motifs économiques, le ministre de l’agriculture de l’époque, Bruno Le Maire, s’était opposé à cette réintroduction. Il avait préféré suivre l’avis négatif de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses) rendu le 16 novembre de la même année qui a estimé que les conditions permettant une utilisation sécurisée des PAT n'étaient pas réunies : «Tant que je serai ministre de l'agriculture, les farines animales ne seront pas réintroduites en France» avait-il déclaré.

Depuis la position de la France n’a pas variée, du moins en apparence. L’actuel ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, s'était prononcé contre le retour des farines lors du processus de discussion interne à l'Union Européenne mais il n’a pas été suivi. Ce qui montre une fois de plus, le peu de cas que Bruxelles fait des avis de la France.
La ministre de l’Environnement, Delphine Batho, « pense le plus grand mal » de cette décision de la Commission. Mais, comme le déplore le Canard du 20/02/2012, « au lieu d’annoncer que la France refuserait de suivre les consignes de Bruxelles (ce qu’elle est parfaitement en droit de faire, en s’appuyant notamment sur l’avis négatif donné en octobre 2011 par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (…)), elle a simplement promis un label « sans farines animales » » pour les poissons. Ce n’est en effet pas une bonne idée car, comme cela est vraisemblable, le poisson vendu sous ce label risque de coûter plus cher et accentuera l’alimentation à deux vitesses qui s’instaure de plus en plus.

Concernant le porc et les volailles, le ministre de l’Agroalimentaire, Guillaume Garot, a assuré le mardi 19 février, qu’autoriser les farines animales dans l’alimentation des porcs et des volailles n'était «pas à l’ordre du jour » : «La France considère que, dans le contexte où nous sommes, ça n’est pas à l’ordre du jour» a-t-il déclaré à l’Assemblée nationale. Aujourd’hui, le contexte n’est pas favorable ; mais qu’en sera-t-il demain lorsque la question viendra à l’ordre du jour ? Force est de constater pour le regretter que ce gouvernement de gauche, qui comprend des ministres qui se disent écologistes, a une position ambigüe, sans fermeté, ce qui n’était pas le cas du gouvernement précédent qui n’avait pourtant pas la fibre écolo.

Devant l’inconsistance et l’incohérence des élus, les consommateurs ne peuvent compter que sur eux-mêmes et leurs associations. Il faut tout faire pour que la grande distribution proscrive l’utilisation de toute farine animale dans les cahiers des charges auxquels doivent satisfaire ses fournisseurs. Il faut aussi tenter de rappeler à l’ordre le gouvernement et les élus par le biais de pétitions, lettre et mises en demeure. Une pétition circule déjà que l’on peut consulter ici

Références des sites cités

Nolwenn Le Blevennec, Minerai de viande : «Avant, on n’osait pas en faire de la bouffe pour chat» Ref
Jean Quatremer , Coulisses de Bruxelles,Ref
Jean-Sébastien Mora, Fausse solution de l’aquaculture, Ref

Remarque : Guillaume Garot a aussi indiqué que le ministre de la Pêche, Frédéric Cuvilier, «fait mouvement auprès de la Commission européenne pour qu’une filière alimentaire pour les poissons soit issue des rejets de pêche» On peut penser qu’il n’ignore pas qu’ainsi, il y a risque de cannibalisme. Il a bien raison de passer outre. En voulant proscrire ce cannibalisme pour les PAT autorisées soit disant par précaution, les technocrates de Bruxelles et leurs prétendus experts confondent les ruminants avec les carnivores et les omnivores. Si les ruminants ne sont effectivement pas cannibales dans la nature puisqu’ils sont « végétariens », que peuvent manger les poissons carnivores, si ce n’est manger des poissons, y compris des poissons de leur propre espèce en cas de disette, comme c’est le cas notamment des truites. Les cochons sont omnivores et à l’occasion les gros cochon mâles mangent les petits cochons nouveau-nés mais ils n’auront jamais dans la nature l’occasion de manger du poisson : ils ne savent pas pêcher.

Jeudi 21 Février 2013 Commentaires (0)
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