Habiter une région redessinée par le fait du prince, pure entité administrative et être écologiste voici deux raisons pour ne pas aller voter dimanche.


Vous avez peut-être comme moi la malchance d’être électeur dans l’une de ces nouvelles régions découpées en dépit de la géographie, de l’histoire, faite de territoires rassemblés et séparés en vertu d’illusoires critères économiques sans que les sentiments d’appartenance des gens aient été pris en compte, sans que ceux qui y vivent aient été consultés. Ma région, celle des Arvernes, l’Auvergne, existait avant même que la France n’existe, la voilà rayée d’un trait de plume par un politicard menteur sans vergogne, hôte temporaire de l’Elysée, élu sur un malentendu grâce à de fausses promesses. Ma région n’existe plus administrativement et je ne me reconnais absolument pas dans la nouvelle entité abstraite délimitée par ce fait du prince Hollande. Aller voter, ce serait entériner implicitement cette réforme territoriale, reconnaître cette monstruosité qui n’a même pas encore de nom et l’accepter.

Si vous êtes dans le même cas que moi habitant cette région ou une autre ayant subie le même sort, ne votez pas ! Ne faites pas cet acte d’allégeance à ce président et à ce gouvernement qui en la circonstance comme en beaucoup d’autres abusent de leur pouvoir et tuent ainsi la démocratie représentative qui est déjà à bout de souffle.

Il faut souhaiter qu’il y ait une participation minimale à cette élection pour que tous ces politicards qui sollicitent nos suffrages ne les aient pas ! Qu’une majorité d’abstentionnistes fasse qu’ils ne représentent qu’eux-mêmes.

Même si j’étais électeur en Île de France comme ce fut le cas naguère, je n’aurai quand même pas voté bien que cette région soit restée intacte lors du grand redécoupage car c’est aussi parce que je suis écologiste que je n’irai pas voter parce qu’il n’y a plus de parti qui représente l’écologie, notamment pas celui qui prétend le faire : EE-LV. En outre, je ne veux pas donner ma voix à un parti qui veut couvrir la France d’aérogénérateurs de 150 mètres de haut comme si « sauver la planète » obligeait à saccager le peu d’espaces naturels qui nous restent, à défigurer notre patrimoine architectural et nos paysages remarquables ou ordinaires mais aimés par ceux qui les habitent.

Sans aucun doute, vous n’aimeriez pas avoir ces gigantesques hachoirs à oiseaux et à chauve-souris près de chez vous, moi non plus. Alors pensons aux autres, à ceux qui les subissent ou qui risquent de les subir et ne votons pas EELV, ce parti pseudo écologiste dévoyé par ses cadres arrivistes, propagandiste d’une écologie vampirisée par la lutte contre le dioxyde de carbone à laquelle tout devrait être subordonnée pour le plus grand profit des multinationales et des affairistes de l’éolien terrestre ou maritime. Et ce n’est pas de gaité de cœur que j’écris cela.

Après m’y être beaucoup investi, j’ai quitté Les Verts il y a quelques années peu de temps après qu’ils soient devenus EELV et que sous prétexte d’ouverture à des représentants de la société civile, ont afflué aussi et surtout des lobbyistes de causes sociétales et des carriéristes pour la plupart sans culture ni convictions écologistes. J’ai considéré alors et je considère toujours qu’il ne joue plus son rôle qui est d’abord d’offrir un débouché politique aux luttes écologistes de terrain même s’il s’est un peu assaini avec le départ des Placé, De Rugy, Pompilli et compagnie et qu’aujourd’hui, il présente des listes en rupture avec le PS dont la politique anti-écologique est pire que celle que l’on a dû subir sous le règne de Sarkozy. Mais ce n’est qu’au premier tour.

Le second tour sonnera dans beaucoup de cas l’heure du ralliement des listes EELV aux listes d’union avec le PS, malgré Sivens, malgré Notre Dame des Landes, malgré Roybon, malgré le Grand Paris et le massacre des terres agricoles sur Plateau de Saclay ou dans le Triangle de Gonesse (Val d’Oise), ou bien encore à Agen, malgré la poursuite en catimini de la construction de la poubelle nucléaire de Bure, malgré la haine du sauvage qui se traduit par l’abattage des grands prédateurs comme le loup et le soutien aux chasseurs, malgré tout à la fois la dérive sécuritaire, le glissement vers un état policier, la répression des écologistes qui se battent sur les territoires et l’impunité des exactions des agriculteurs.

Il ne faut pas oublier que la majorité des députés de ce parti, Duflot y compris, ont voté l’état d’urgence. Cet état d’urgence aux dispositions liberticides aggravées n’ajoute rien à la sécurité des Français mais il est bien commode pour réprimer les écologistes de terrain qui contestent effectivement l’ordre établi ou se battent réellement contre les projets inutiles, petits ou grands. Les perquisitions et assignations à résidence de militants opposés à Notre Dame des Landes effectuées en marge de la COP21 le montrent à l’évidence. Pourtant, il n’est pas besoin d’être grand politologue pour prédire que la plupart des listes EELV fusionneront avec celles du PS sous divers prétextes : union contre la droite, faire barrage au FN, avoir des conseillers dans les nouvelles assemblées. C’est ainsi que dans la région emblématique d’Ile-de-France, on peut prédire sans grand risque de se tromper qu’Emmanuelle Cosse fusionnera ses listes avec celles de Claude Bartolone, ce président de l’Assemblée nationale qui n’a pas voulu accorder une minute de silence à la mémoire de Rémi Fraisse sous de fallacieux prétextes !

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Certes la question climatique mérite que l’on s’en préoccupe et il y a urgence. Mais il y a d’autres questions locales ou globales qui méritent une attention au moins égale. Parmi les questions globales, au moins aussi préoccupante et encore plus urgente que le changement climatique, il y a la croissance démographique de notre espèce qui étouffera la Planète tout autant que le réchauffement climatique (dont elle est sans doute un facteur) et l’épuisera à coup sûr. Et là, chez EELV c’est le silence absolu. Le sujet est enterré alors qu’il était l’un des problèmes majeurs des fondateurs de la pensée écologique, qu’elle soit politique, radicale, superficielle ou profonde.

EELV participe activement à ce que Guillaume Sainteny nomme si justement la « vampirisation de l’écologie » par la lutte contre le changement climatique à laquelle toute autre question environnementale devrait être subordonnée. J’appelle à tout le moins à ne pas voter pour EELV, un parti dont les députés et sénateurs « foulent au pied » par leurs amendements au profit de l’industrie éolienne deux acquis environnementaux majeurs: la loi montagne et la loi littorale.

Ce parti et ses élus cherchent à développer à n’importe quel prix des parcs d’aérogénérateurs industriels de grande hauteur et à les imposer aux locaux qui n’en veulent pas. Dans ce but, ils ont été les auteurs de propositions et amendements qui remettent en cause plusieurs grands principes du droit de l’environnement pour lesquels les associations de protection de la Nature et de l’environnement ont combattu pendant des années et des années : outre les lois Montagne et Littoral, il s’agit du principe de participation du public aux décisions ayant un impact sur l’environnement.

Comme le relève Guillaume Sainteny dans son ouvrage Le climat qui cache la forêt « Certains de ces amendements [des députés EE-LV] proposent de passer du régime d’autorisation à celui de la simple déclaration, pour les éoliennes de plus de 50 mètres de hauteur, ce qui aurait pour effet de supprimer l’enquête publique et les modalités d’information, de consultation et de participation du public qu’elle comprend. D’autres, critiquant les dispositions des lois Montagne, Littoral et Grenelle s’appliquant aux ENR suggèrent le vote de dérogations de principe à la règle de l’urbanisation en continuité pour ces installations » (p. 240). L’auteur souligne « l’ironie politique » de ces amendements et propositions lorsque l’on se souvient que la loi Littoral a été adoptée à l’unanimité, il y a trente ans et qu’il n’y avait aucun député ou sénateur Verts à cette époque alors que « ce sont des parlementaires EELV qui, une fois élus réclament son assouplissement ».

Malgré ses beaux discours sur la démocratie, il s’agit pour EELV de se passer de l’«acceptation sociale» pour ces installations en les soustrayant aux procédures de la démocratie environnementale et de la démocratie tout court au prétexte que, permettant d’atténuer le changement climatique (ou étant supposées le faire), les activités des industriels de l’éolien seraient par là même et a priori des activités écologiques qui devraient échapper à toute réglementation environnementale. Ce qui revient à nier d’avance ou passer outre les impacts sanitaires, environnementaux, les atteintes portées par ces gigantesques convertisseurs d’énergie aux espaces naturels, au patrimoine paysager et/ou architectural.

Il ne faut pas oublier non plus que ce passage en force en modifiant le dispositif législatif de consultation de la population et de la possibilité d’ester en justice a été initié pour l’urbanisme par l’ex-ministre du logement, Cécile Duflot, pour imposer sa politique de «reconstruction de la ville sur la ville» en dépit de l’opposition quasi générale des habitants à la densification de leur quartier et de leur ville, opposition dont les élus municipaux sont bien obligés de tenir compte, à la différence de ceux de collectivités plus éloignées des électeurs, collectivités auxquelles la ministre Duflot a attribué le pouvoir décisionnaire en matière d’urbanisme.

Artificialisation des espaces naturels, saccage des paysages, atteintes graves à la biodiversité, si vous êtes écologiste vous ne pouvez pas voter pour des EELV qui veulent installer de force partout ces cure-dents démesurés. Je précise que n’est pas l’éolien en tant que tel qui fait problème mais la manière dont il se développe, tant sur la forme que sur le fond. Oublié un des principes de base écologiste : « small is beautiful ».

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Dans ma région le programme de la liste EELV consiste en un catalogue de mesures conformes à la vulgate écolo technocratique qui donne dans l’illusion de la croissance verte créatrice d’emplois, finalement assez PS compatible. Ces mesures sont enrobées d’un prêchi-prêcha sur la région idyllique que serait l’ARA si les gens votaient pour cette liste. Bien entendu, tous les sujets qui fâchent sont omis. Petite revue de détails non exhaustive.

Et d’abord, le plus scandaleux : rien sur le nucléaire …ou si peu

…alors que l’ancienne région Rhône Alpes, morceau de la nouvelle ARA, rengorge d’énergie nucléaire, qu’elle est la région la plus nucléarisée de France avec un quart des réacteurs de l’hexagone, qui plus est des réacteurs qui devraient aller à la casse puisqu’ils furent construits dans les années 70 et 80 pour une durée de vie de 40 ans ! Rien sur ces réacteurs dont EDF veut prolonger l’existence d’au moins vingt ans. Rien sur les problèmes de sureté que cela implique.

Rien non plus le projet de l’Iceda (installation, conditionnement, entreposage des déchets activés) en construction près de la centrale du Bugey. Cette plateforme devrait conditionner, dans un vaste entrepôt de 8000 m2, une partie des déchets nucléaires des 9 réacteurs d’EDF en cours de démantèlement. L’association « Sortir du Nucléaire » organise régulièrement des manifestations contre ce projet et les travaux ont été suspendus suite à un recours associatif : le permis de construire a été octroyé en violation avec le Plan local d’urbanisme (PLU) de Saint-Vulbas.

Rien sur le site du Tricastin qui accueille « la plus importante concentration d'industries nucléaires et chimiques de France. C'est le site nucléaire le plus étendu de France devant l'usine de retraitement de La Hague avec plus de 5000 employés qui travaillent sur trois sites séparés : un site du CEA (enrichissement de l’uranium à des fins militaires), un site Areva, un site EDF.

Quel avenir pour ces sites si l’on « sort » du nucléaire ? Quel avenir pour les gens qui y travaillent ? Les passages sur l’emploi et l’économie ne font que reprendre les orientations générales d’EELV et sont muets sur ces questions essentielles si l’on veut mettre en œuvre un vrai programme écologiste, antinucléaire. « La transition énergétique est par exemple une formidable opportunité de créer des dizaines de milliers d’emplois pour tous types de qualification » répète, tel un perroquet le programme de la liste EELV, mais si on la conçoit en écolos cette transition énergétique, on doit aussi dire qu’elle détruira la plupart des 5000 emplois du site du Tricastin, sans compter ceux des salariés d’EDF des centrales du Bugey et de Cruas-Meysse.

On nous dit simplement – seule allusion au nucléaire – que les économies d’énergie et le développement des énergies renouvelables nous permettront une indépendance énergétique en nous libérant du nucléaire et du charbon. Nucléaire et charbon mis sur le même plan, il faut quand même le faire ! « Enfin remettre la main sur notre production énergétique sans condamner notre climat ni dépendre des énergies fossiles ou du nucléaire dont Fukushima a récemment rappelé le danger qu’il fait peser sur l’humanité. » CO2 quand tu nous tiens…

Le quasi silence sur le nucléaire et les problèmes que pose son abandon démontre à l’évidence que les candidats de la liste EELV de la région ARA n’ont pas envisagé réellement et concrètement ce que représenterait cet abandon pour la Région qu’ils prétendent gérer et qui est, rappelons-le la plus nucléarisée de France. C’est la preuve que cet abandon n’entre pas du tout dans leur projet. Par contre, ils dissertent sur la filière « bois » et « les filières de l’énergie renouvelable, secteur très positif en termes d’emplois, [qui] seront également soutenues dans leur développement, à commencer par l’éolien qui s’avère très compétitif ». Avec des clampins de ce genre, on aura à la fois la peste (le nucléaire) et le choléra (l’éolien industriel). Manifestement, ils se moquent de nous, nous les anti-nucléaires qui voulons vraiment l'abandon de cette industrie mortifère. Je serai tout de même curieux de savoir ce qu’en pense Michèle Rivasi, fondatrice de la CRIIRAD et aujourd’hui députée européenne sous les couleurs d’EELV.

Et rien non plus...

- Pour rejeter les Center-parcs alors qu’il est proposé de « défendre les actions innovantes dans le secteur touristique pour être au plus près des attentes des clientèles », vu le contexte des luttes actuelles, à Roybon en forêt de Chambaran en Haute Savoie, il aurait peut-être fallu être plus précis, même si l’on sait que les élus EELV se sont toujours opposés au projet de center parc projeté par Pierre et Vacances qui cependant correspond sans doute aux attentes d’une certaine clientèle.

- Rien sur le gaspillage éhonté en eau et énergie des canons à neige et la neige artificielle dite de culture, rien sur l’extension des stations de sport d’hiver ni sur les dérogations sur la circulation des motoneiges pour se rendre aux restaurants de haute montagne…

- Pas de chapitre « protection des milieux naturels », milieux qui ne sont envisagés que sous leurs seuls aspects récréatifs, ou touristiques avec certes quelques développements sur la trame verte et bleue et sur la nature en ville. Lorsqu’il est proposé de «permettre à chacun d’avoir un espace naturel près de chez lui, y compris dans les grandes villes. Passer ainsi à 30% d’espaces naturels protégés et de nature en ville dans la région », on se demande ce que peut bien désigner ce terme d’espace naturel dans l’esprit des rédacteurs ! En tout cas rien de précis sur les « espaces naturels »dans les milieux naturels ou peu modifiés par l’homme !

Et là on retrouve une énorme lacune très significative. Aucune des « 46 propositions pour une région Auvergne Rhône-Alpes plus écologique » ne porte sur la biodiversité comme telle. Simplement un vœu pieu très général « d’une politique régionale ferme en faveur (…) de la protection de la biodiversité. » Rien sur le loup que l’on fusille dans le Massif central, le Jura et les Alpes dès qu’il pointe son museau, ni sur le lynx et autres prédateurs dans le collimateur des éleveurs ovins, de celui des chasseurs et de la Reine Ségolène. D’ailleurs, rien sur la chasse non plus, ni sur le massacre des bouquetins du massif du Bargy en Haute-Savoie. Par contre il est fait la part belle à l’agriculture et à l’élevage qu’il s’agit de « renforcer »

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Bref demain on ne rasera pas tout à fait gratis mais ce qu’il y a de sûr, c’est qu’EELV négociera des vice-présidences avec le PS.

On ne peut plus compter sur EELV et il n’y a aucun autre parti pour lequel voter. Dimanche, j’irai me promener en espérant ne pas rencontrer ces chasseurs que tous les politicards caressent dans le sens du poil. Ami(e)s écolos, faites donc de même et continuons le combat anti-nucléaire, continuons de défendre les zones humides, les terres agricoles, les espaces naturels et inventons une nouvelle façon de faire société. Dans la conjoncture actuelle, cela ne passe pas par les urnes mais se joue sur le terrain.

Mercredi 2 Décembre 2015 Commentaires (1)
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