Le 4 novembre s'est tenue à la mairie d'Issy-les-Moulineaux la deuxième séance de la Commission locale d'information (CLI) du CEA de Fontenay-aux-Roses (CEA/FAR). C'était la première plénière de travail de cette commission après la séance inaugurale d'installation en février dernier. Bien que le CEA/FAR se soit réjoui de l'existence de cette Cli, il n'a guère fait preuve de transparence dans ses réponses aux élus et aux associations au cours des débats. S'il se réjouissait, c'était peut être parce qu'il espérait nous bercer avec le sempiternel crédo des gestionnaires de sites : "Tout va bien : toutes les mesures de sécurité sont prises" C'était sans compter sur les représentants d'associations et les deux élus Verts membres de la commission (Marc Lipinski pour la Région et moi-même Jean-François Dumas pour Sud-de-Seine).



La CLI

Depuis 1999, le CEA de Fontenay se dénucléarise. Il décontamine et démantèle ses installations nucléaires de base. La Cli est une instance officielle d'information et de concertation en matière de sûreté nucléaire, de radioprotection et d'impact des activités nucléaires sur les personnes et l'environnement, en l'occurrence la dénucléarisation et le démantèlement des installations nucléaires de base (INB) du site de Fontenay-aux-Roses. Cette Cli succède à une autre instance de concertation l'ICIS qui suivait les travaux de démantèlement. Elle est composée d'élus, de représentants de l'ASN , de l'IRSN, d'associations environnementales et de quartiers, de représentants des syndicats et bien sûr de représentants du CEA/FAR.

Pour un fonctionnement démocratique et transparent de la CLI

L'orientation budgétaire et les questions autour de la construction du site internet de la commission nous ont donné l'occasion d'obtenir des garanties sur le pluralisme de l'information et de la formation ainsi que sur le fonctionnement démocratique de la commission garanti par une bonne circulation de l'information. Il restera à s'assurer que ces garanties seront bien mises en œuvre. Le Président a fait beaucoup de promesses sur ces sujets. Il faudra qu'il les tiennent.

Aucun engagement précis sur les délais : le démantèlement , un véritable travail de Pénélope, jamais achevé...

A l'issue de son exposé sur l'état d'avancement du chantier de dénucléarisation, la directrice du CEA/FAR fut questionnée sur les délais de son achèvement. Il faut rappeler que selon l'échéancier présenté en 1999, tout devait être terminé ...cette année ! Aujourd'hui, on nous parle de 2017, 2018.

Pressée d'être plus précise, la directrice du CEA/FAR n'a pas voulu ou pu l'être. Elle ne garantit même pas 2018, se bornant à affirmer qu'elle ne veut pas s'engager sur des délais parce que la sécurité prime et peut retarder les choses. Pour en savoir un peu plus, Il faut lire le rapport de 2009 de l'ASN. Disons pour faire bref que l'ASN est le gendarme du nucléaire chargé de faire respecter la réglementation et de veiller à la sûreté des divers sites nucléarisés. Ce gendarme lui-même commence à s'impatienter :«  L'ASN insiste sur le fait que la maîtrise globale des délais inhérents au programme de démantèlment doit être garantie, malgré les aléas propres aux filières de prise en charge des déchets et de disponibilité des emballages de transport.  »
Les motifs de retard donnés à l'ASN diffèrent donc sensiblement de celui avancé devant la CLI. Le respect de la sécurité a bon dos ! Il semblerait que les vrais problèmes soient la saturation des centres de stockage existants et des problèmes de transport. À qui le CEA/FAR a-t-il donné les vraies raisons de son incapacité à s'engager sur une date pour la fin du démantèlement du Centre? A l'ASN ou à la CLI? Ni à l'une ni à l'autre?

Stockage ou entreposage?

Si aux yeux d'un profane, il y a peu de différence entre ces deux termes, dans le domaine du nucléaire, ils n'ont pas du tout les mêmes implications. L'entreposage n'est, comme son nom l'indique, que provisoire. Le stockage est destiné sinon à être définitif, du moins il est pour une durée indéterminée. Du point de vue de la sûreté nucléaire les règles qui régissent l'un et l'autre sont différentes. Pour le stockage, elles sont évidemment plus drastiques. Au CEA/FAR, les déchets de la décontamination et du démantèlement des INB sont entreposés sur le site. Le CEA/FAR est très sourcilleux sur les termes et corrige vivement si vous prononcez « stockage » Mais un entreposage qui dure trop longtemps n'est-il pas un stockage dans des conditions qui ne sont pas satisfaisantes du point de vue de la sûreté? On comprend dès lors le mécontentement de l'ASN lorsque le CEA/FAR se révèle incapable de fournir un calendrier précis pour l'enlèvement de tous ces résidus.

Et le coût de tout cela? Énorme et flou...

Pas plus qu'elle n'a voulu s'engager sur un calendrier précis, la directrice du CEA/FAR n'a voulu donner de précision sur le coût de l'opération. Malgré des demandes réitérées, elle se borna à dire que les estimations de départ seront dépassées . Étant donné que les délais sont presque multipliés par deux, on s'en doutait. Mais de combien? Mystère... Mystère même sur l'estimation initiale, qu'elle n'a pas voulu préciser. Je vais le faire ici à sa place. Lors de sa conférence de presse de Janvier 1999, le directeur du CEA/FAR de l'époque avait avancé la somme énorme de 910 millions de francs (138,3 millions d'euros) qui devait être abondée chaque année sur décision gouvernementale. La dérive financière du chantier est-elle si importante qu'elle oblige la direction actuelle à être bien moins précise et beaucoup plus cachotière?
Sur le coût global du chantier, les sommes dépensées jusqu'à présent, sur la question de savoir comment ces sommes sont financées et par qui, nous n'aurons rien appris au cours de cette séance de la CLI. Je reposerai donc ces questions publiquement dans le cadre de la CLI ou ailleurs, chaque fois que j'en aurai l'occasion.

Un numéro bien au point

S'il est bien peu prolixe en ce qui concerne l'aspect financier du chantier, le CEA/FAR l'est beaucoup plus lorsqu'il s'agit de détailler les mesures de surveillance de l'environnement et leurs résultats. Le numéro du responsable environnement est bien au point avec assez de becquerels, gigabecquerels, μs, d'activité α, β, γ, de 7Be, 40K, 137Cs, etc. pour méduser le profane et le laisser sans voix lorsque la conclusion arrive : Tout va bien, les rejets radioactifs dus au Centre sont insignifiants, très loin des autorisations. Depuis que les laboratoires nucléaires sont à l'arrêt, c'est vrai. Heureusement d'ailleurs. Dans le cas contraire, cela voudrait dire que quelque chose d'anormal et de grave s'est produit lors des opérations de démantèlement . Cela n'a, Dieu merci, jamais été le cas jusqu'à présent. Mais demain?

Les demandes de l'ASN

À l'issue de ses inspections, l'ASN envoie aux directeurs des sites contrôlés une « lettre de suite de mission  »qui comprend une synthèse de l'inspection, des questions et des demandes ( qui sont en fait des ordres) assorties d'un délai pour répondre. La réponse de l'inspecté consiste en une description des mesures prises ou qu'il s'engage à prendre. Ces lettres sont mises en ligne sur le site de l'ASN où tout le monde peut les lire et les télécharger. Par contre, l'ASN ne publie pas les réponses des inspectés parce qu'elles sont de leur responsabilité, comme est de la responsabilité de ces inspectés de rendre publiques ou non leurs réponses.
La dernière inspection du CEA/FAR a eu lieu le 30 juin 2010 sur le thème de la gestion des déchets. À la lecture de la lettre qui a suivi, on peut constater que si cette gestion est globalement assez correcte, elle est cependant loin d'être parfaite. Ce qui a posé problème aux inspecteurs de l'ASN, c'est la manière dont étaient entreposés des futs de solvants et d'autres, violets, aux contenus indéterminés dans un local passablement saturé. Certains de ces fûts étaient posés à même le sol. Les inspecteurs veulent savoir si le cuvelage en béton est suffisant pour supporter le poids des fûts entreposés. Ils s'interrogent aussi sur la stabilité de l'empilement des fûts sur trois rangs de hauteur.
C'est évidemment la perte d'étanchéité des fûts et du cuvelage lors d'un effondrement d'une pile ou de tout l'empilement des futs, voire de celle du béton du cuvelage à cause du seul surpoids qui font problème.

Le refus du CEA/FAR de présenter à la CLI la réponse qu'il avait donné aux demandes del'ASN sur ce sujet.

Cette perte d'étanchéité et la diffusion dans le sous-sol de liquides contaminés pourraient avoir de graves conséquences environnementales. En effet, le CEA/FAR est construit sur une butte de sable de Fontainebleau (le coteau du Panorama) qui repose sur des marnes imperméables. Entre ces marnes et le sable, il y a une nappe phréatique dont le trop plein s'écoule à la Fontaine des Bouffrais à Fontenay et dans l'étang Colbert au Plessis. Les solvants contaminés diffuseraient à travers le sable et rencontreraient l'eau de la nappe phréatique qui serait contaminée et qui en s'écoulant par ses exutoires répandrait cette radioactivité dans l'environnement.
C'est pourquoi, après avoir rappelé cela, j'ai interrogé les représentants du CEA sur la réponse et les mesures prises suite aux demandes de l'ASN sur ce problème de l'entreposage de solvants radioactifs dans le bâtiment 10. En vain, les représentants du CEA n'ont pas voulu ou n'ont pas pu répondre à cette question précise. Les généralités qu'ils ont énoncées étaient si vagues que le Président de la CLI a déclaré qu'il allait organiser une réunion du groupe de travail « Science et technologie » à laquelle je serai invité et au cours de laquelle le CEA devra répondre à ces questions. J'ai demandé que lors de cette réunion le CEA/FAR réponde aussi à d'autres questions que l'on est en droit de se poser lorsque l'on lit les lettres d'après missions de l'ASN concernant la gestion des déchets et leur confinement, leur transport et les risques d'incendie. Ce sont ces trois thèmes qui sont les plus importants pour les habitants de Sud de Seine. Pour le premier, on vient de le voir sur un cas particulier. Pour le second parce que les convois empruntent la voirie de nos villes, pour le troisième parce que selon le PPI du CEA/FAR, c'est le cas principal où une contamination de l'air pourrait se produire affectant un large périmètre autour de l'INB en cause.
J'attends avec impatience cette réunion dont je communiquerai les résultats sur ce blog.

Lundi 8 Novembre 2010 Commentaires (0)
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