En tout cas, c’est ce que l’on peut redouter à la lecture du discours prononcé par J M Ayrault au VIIème Forum de "Paris-Capitale Economique". Il annonce son soutien à « Paris-Saclay ». Dans la foulée, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche a signifié sa volonté de relancer ce projet après une pause de plusieurs mois, lors d'une visite sur le campus de l'université Paris-Sud jeudi 8 novembre. Tout cela au détriment de l’agriculture locale superbement ignorée par l’un et l’autre.


Après Notre Dame des Landes, voici  Paris-Saclay.
En ce qui concerne le plateau de Saclay, Jean-Marc Ayrault et Geneviève Fioraso vont poursuivre la politique de Sarkozy et de Pécresse sans avoir demandé l’avis de l’association « Sauvons la Recherche » : «C’est donc sans avoir reçu ni entendu nos organisations que le Premier Ministre s’apprête à annoncer sa décision, ce qui est pour le moins contradictoire avec la volonté affirmée par le nouveau gouvernement d’un réel dialogue avant toute prise de décision. Dans le même temps, le gouvernement a fait inscrire au projet de loi de Finances 2013 88.6M€ d’autorisations d’engagements pour le déménagement d’AgroParisTech et de l’INRA sur le plateau de Saclay, ce qui semble d’ores et déjà indiquer une volonté de prolonger les mesures initiées par le gouvernement précédent. Si le nouveau gouvernement décidait ainsi de poursuivre la mise en place de l’Université Paris-Saclay, nous ne saurions l’accepter ! » Le nouveau gouvernement l’a pourtant décidé, une fois de plus sans concertation.

« L’obsession étrange de vouloir détruire des terres Fertiles »

Dans son discours, le premier ministre s’est empressé de chausser sans le dire les pantoufles du mort, le précédent président remercié par les Français. Comme l’écrivent Claudine Parayre et Laurent Sainte Fare Garnot, de la Coordination pour la solidarité des territoires d’Ile-de-France et contre le Grand Paris (Costif) : « dans la bouche du premier ministre, on retrouve les mots du gouvernement Fillon/Sarkozy pour vanter les mérites du projet Paris-Saclay, projet scientifique, économique, urbanistique, facteur d’attractivité, “ cluster ” qui a vocation à jouer les premiers rôles sur la scène internationale. » Et dans ce discours, il n’y a pas un mot sur l’agriculture du Plateau. Avec les deux responsables du Costif on est en droit de s’interroger : « Quelle obsession étrange de vouloir détruire des terres fertiles cultivées, à l’heure où la main mise sur les terres agricoles est devenue un risque majeur sur la planète ? » Des terres essentielles pour parvenir à une autosuffisance alimentaire de la Région et d’une fertilité exceptionnelle d’autant que le limon du plateau et l’astucieux système de rigoles de drainage datant de Louis XIV permettent aux agriculteurs de cultiver sans arroser même en période de sécheresse, atout très important en ces périodes d’aléas climatiques. Une agriculture constitutive de l’identité de ce territoire, lieu de biodiversité et de paysages, patrimoine historique avec les rigoles et espace de liens pour les habitants comme le rappellent Claudine Parayre et Laurent Sainte Fare Garnot.

Le premier ministre a précisé que « le développement urbain, universitaire et économique de Paris-Saclay ne peut se concevoir sans qu’un moyen de transport adapté ne desserve le plateau et l’accompagne dans sa montée en puissance. » Prudent, il n’a pas précisé quel moyen de transport serait « adapté » à la traversée du Plateau de Saclay. Lors de la séance du Conseil régional du 10/02/2011 la présidente du Groupe Europe – Ecologie / les Verts, Cécile Duflot, vilipendait l’accord sur le Grand-Paris conclu entre Jean-Paul Huchon et Maurice Leroy, le ministre de la ville de François Fillon. Elle déclarait à propos de ce transport en commun « adapté » : « Certains verront (…) le Grand Paris Express de plus près. Malheureusement, c’est ceux qui n’en veulent pas. Ce sont les habitants, ce sont les paysans du Plateau de Saclay, ceux qui vivent à proximité des meilleures terres agricoles d’Ile-de-France. Peu importe que les élus locaux se soient unanimement mobilisés contre le projet ! Peu importe que le débat public ait été sans appel ! Peu importe que le chantier sur ce territoire, ne soit rien de plus qu’un caprice présidentiel habilement relayé par Mme Pécresse, et qui organise le déménagement du service public de l’éducation en Ile-de-France ! » Aujourd’hui, les noms ont changés, alternance oblige : François Lamy a remplacé Maurice Leroy, Geneviève Fioraso, Valérie Pécresse. Cécile Duflot n’est plus présidente du Groupe EE/LV au Conseil régional d’Ile de France, elle a été promue Ministre de l'Egalité des territoires et du Logement et se retrouve en charge de ce Grand Paris qu’elle refusait naguère. Les ministres ont changé ; le projet lui n’a été modifié qu’à la marge. Ministre mais discréditée, la voilà obligée d’adorer ce qu’elle voulait brûler.
Dans son allocution, Jean-Marc Ayrault s’est déclaré « investi personnellement » dans le projet «Paris – Saclay », s’intronisant ainsi fossoyeur en chef du Plateau éponyme, opération d’intérêt national oblige. Il n’a cependant pas manqué d’associer les autres ministres de son gouvernement à cette relance du saccage de terres agricoles et d’espaces naturels : « Les Ministres qui m’accompagnent connaissent bien ce dossier ; Cécile Duflot, François Lamy mais aussi Geneviève Fioraso, bien sûr. » Mais c’est lui, Monsieur Ayrault qui dirige. Sur ces terres, il veut «un tissu urbain continu et dense qui rassemble et qui décloisonne et qui donne de la qualité, et qui donne l’envie d’y vivre, d’y venir travailler » En paraphrasant Claudine Parayre et Laurent Sainte Fare Garnot on peut prédire que demain, si, à Dieu ne plaise, ce projet imbécile se réalise le premier ministre mangera des pommes de terre, des lentilles, des poulets et des yaourts venant d’Amérique du Sud et achetés à prix d’or à cause du renchérissement inéluctable de l’énergie alors que ceux provenant de l’Ile-de-France et en particulier du plateau de Saclay auraient été plus frais, donc bien meilleur et bien meilleur marché. Mais Jean-Marc Ayrault n’agit pas en connaissance des conséquences. Il invite les collectivités locales à participer à cette mise à mort de l’agriculture de proximité, à cette stérilisation de terres fertiles en leur proposant de signer avec l’Etat ces fameux CDT, Contrat de développement territorial, contrats dont Cécile Duflot devra vérifier la conformité avec les orientations anti-écologiques que le Chef a développé dans cette allocution scandaleuse : « Il importe aussi, dixit J. M. Ayrault, que les collectivités locales soient pleinement impliquées dans ce projet d’aménagement majeur. Sous l’autorité de la ministre de l’Egalité des territoires et du Logement (Cécile Duflot) et du préfet de région, l’Etat veillera à ce que les deux contrats de développement territorial de Paris-Saclay traduisent l’ensemble des engagements. J’invite d’ailleurs la région et les Conseils généraux de l’Essonne et des Yvelines à se joindre à ces contrats, s’ils le souhaitent bien sûr et s’ils le décident.» Cette fois, celle qui fut autrefois une militante écologiste ne pourra plus se dérober. La voilà en première ligne. Toute la question est de savoir si son parti avalera cette grosse couleuvre : une ministre issue de ses rangs organisant le bétonnage d’espaces naturels et agricoles au nom d’une prétendue compétitivité de la France.
Il est plus prudent de ne compter ni sur la direction de ce parti, ni sur ses ministres pour organiser la résistance aux visées du gouvernement sur le Plateau de Saclay. C’est la Coordination pour la solidarité des territoires d’Ile-de-France et contre le Grand Paris (Costif) qu’il faut soutenir, c’est sur elle que repose nos espoirs de sauver le Plateau. Elle comprend d’ailleurs dans ses rangs des adhérents d’EE/LV militants et/ou élus locaux. Il faut participer aux actions qu’elle propose, les relayer en commençant, si ce n'est déjà fait, par signer en ligne la pétition qu’elle propose en cliquant ici


Pour lire l’article de C. Parayre et L. Sainte Fare Garnot paru sur Médiapart cliquer ici

Lundi 26 Novembre 2012 Commentaires (0)
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